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ILES DE SAINT-BRANDAN ET DES SEPT-VILLES

« D’après une pieuse légende, au vie siècle, un moine écossais, saint Brandan ou saint Borandan, accompagné de son disciple saint Maclou ou saint Malo, se mil à la reclier-

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che des iles du Paradis (îles Fortunées), pour y convertir les infidèles. Un géant, baptisé sous le nom de Mildum, apprit aux deux saints qu’il y avait dans FOcéan une île défendue par des murs d’or, brillants comme du cristal, mais qui manquaient d’entrée. A leur requête, le géant entreprit de les y conduire, et se jeta à la mer, traînant le navire par un câble. Mais un ouragan les obligea de revenir en arrière, et bientôt après le pilote géant mourut. — L’île de Saint-Brandan se voit sur le globe terrestre de Martin Béliaïm, tracé en 1492, et sur la plupart des cartes du temps de Colomb.

» Des traditions analogues s’attachaient à la prétendue

Ile des Sept-Cités. Lors de l’invasion de l’Espagne par les

Maures, vers l’an 912, sept évêques, dit-on, suivis de leurs

ouailles, s’embarquèrent, et, après avoir vogué longtemps

sur FOcéan, abordèrent à une île inconnue, où ils bâtirent

sept cités magnifiques. Comme jadis Agathocle, les évêques brillèrent leurs vaisseaux, pour ôter à leurs fidèles tout espoir de retour. Dans la suite, plusieurs navigateurs portugais arrivèrent également à cette île ; mais ils n’en revinrent pas, retenus qu’ils étaient par les successeurs de ces évêques. Un jour, quelques marins se présentèrent devant le prince Henri pour lui dire qu’ils revenaient d’une expédi-

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tiou lointaine, pendant laquelle ils avaient visité Nie des Sept-Cités. Ils ajoutaient que les insulaires parlaient l’espagnol, qu’ils étaient catholiques, et qu’ils demandaient si les Maures étaient encore les mailres de l’Espagne et du Portugal. Tandis que les uns étaient à l’église, les autres ramassaient du sable sur le rivage pour faire cuire leurs mets, et ils virent avec étonnement qu'un tiers de ce sable était de l’or. Craignant d’être retenus malgré eux, les marins mirent à la voile et s’enfuirent. Telle fut l’histoire qu’ils contèrent à l’infant don Henri, dans l’espoir d’en obtenir une récompense. Mais le prince , mécontent de ce qu’ils avaient quitté Ti le si vite, leur ordonna d’y retourner pour en rapporter des renseignements plus détaillés. Les marins se le tinrent pour dit, et personne n’entendit plus parler d’eux. Cette histoire fit du bruit, et Fernand de Ulmo, capitaine de l’île de Terceire, fit avec la couronne de Portugal un traité, déposé dans les archives de Torre di Tombo, traité par lequel il s’engageait à tenter à ses frais la découverte de l’île, des îles ou du continent qu’on supposait être Pile des Sept-Cités, à condition que lui et ses héritiers auraient droit de juridiction sur ces terres, en payant au roi le dixième des revenus. Ulmo s’associa pour cetle entreprise Juan Alfonso del Estreilo, et, aux termes de leur

engagement, ils devaient partir en mars 1487, c’est-à-dire un an après la découverte du Cap de Bonne-Espérance par Barthélemy Diaz. On ignore quel fut le résultat de cette expédition.

» On crut longtemps à l’existence des îles de Saint- Brandan et des Sept-Cités, et cette croyance du moyen âge était en quelque sorte légitimée par les traditions de l’antiquité sur EAntilia, sur l’Atlantide et les Iles Fortunées.

» Aristote parle d’une grande île de l’Océan (Anlilia), découverte par les Carthaginois. Voici ses paroles : « En dehors des Colonnes d’fïercule, les Carthaginois trouvèrent, dit-on, une île déserte, abondante en bois, arrosée de fleuves navigables, et riche en fruits : elle est à plusieurs journées du continent. Les Carthaginois la visitèrent souvent, et y établirent même des colonies; mais, jaloux de celle possession, ils faisaient mourir ceux qui auraient pu en parler. »

» Diodore a voulu sans doute décrire la même île, quand il s’exprime en ces termes: « Du côté de la Libye, on trouve une île d’une étendue considérable, située au large dans l’Océan. Elle est à l’occident, et éloignée de la Libye de plusieurs jours de navigation. Son sol est fertile , monta-

gueux et d’une grande beauté. Cette île est arrosée par des fleuves navigables. On y voit de nombreux jardins, plantés de toutes sortes d’arbres, et des vergers traversés par des sources d’eau douce. O11 y trouve des maisons de campagne somptueusement construites et dont les parterres sont or-

nés de berceaux couverts de fleurs. C’est là que les habitants passent la saison d’été, jouissant voluptueusement des biens que la campagne leur fournit en abondance. La région montagneuse est couverte de bois épais et d’arbres frui-

tiers de toute espèce; le séjour dans les montagnes est embelli par des vallons et de nombreuses sources. En un mot, toute File est bien arrosée d’eaux douces, qui contribuent non-seulement au plaisir des habitants, mais’ encore à leur santé et à leur force. La chasse leur fournit nombre d’ani-

maux divers, et leur procure des repas succulents et somp-

tueux. La mer qui baigne cette île renferme une multitude de poissons, car l’Océan est naturellement très-poissonneux. Enfin, 1 air y est si temperé, que les fruits des arbres et d’autres produits y croissent en abondance pendant la plus grande partie de l’année. En un mot, cette île est si belle, qu’elle paraît plutôt le séjour heureux de quelques dieux que celui des hommes. »

» C est dans le Timée de Platon que l’on trouve la pre-

mière mention de l’île Atlantide. Dans ce dialogue, Critias raconte, sur la foi de Solon : « Il y avait, au-devant du détroit nommé les Colonnes d’Hercule , une ile plus grande que la Libye et l’Asie. De cette île on pouvait facilement passer aux autres iles, et de celles-là à tout le continent qui borde tout autour la mer intérieure; car ce qui est en deçà du détroit dont nous parlons ressemble à un grand port ayant une entrée étroite; mais c’est là une véritable mer; et la terre qui l’environne, un véritable continent. Dans cette île Atlantide régnaient des rois d’une grande et merveilleuse puissance ; ils avaient sous leur domination l’île entière, ainsi que plusieurs autres îles et quelques parties du continent. En outre, en deçà du détroit, ils régnaient

encore sur la Libye jusqu’à l’Egypte, et sur l’Europe

jusqu’à la Tyrrhénie Dans la suite, de grands

tremblements survinrent, et l’île Atlantide disparut sous la mer. Aussi, depuis ce temps, la mer est-elle devenue inaccessible et a-t-elle cessé d’être navigable, par la grande quantité de limon que l’île abîmée a laissé à sa place. »

» Quant aux îles Fortunées, la tradition qui les concernait avait sans doute pour origine cette croyance antique qui plaçait le séjour des morts à l’endroit où le soleil sem-

blait disparaître sous l’horizon. Les cités des vivants avaient leurs nécropoles toujours au couchant. Cependant les premières notions à peu près certaines sur l’existence des lies

Fortunées, à l’occident de l’Europe et de 1 Afrique, ne remontent pas au delà du siècle d’Auguste. Slrabon, citant quelques vers d’Homère sur les Cliamps-Élyséens ( Odyssée , iv, 561), ajoute, en guise de commentaire, que File des Bienheureux était située à l’ouest de l’extrême Maurusia (côte du Maroc). — On trouve dans Plutarque [vie de Scrtorius , 8) un curieux passage, qui paraît avoir été emprunté à un livre de Salluste dont il ne reste plus que des fragments. Sertorius, vaincu sur terre et sur mer, franchit le détroit de Cadix. « Il y rencontra, dit Plutarque, quelques marins qui venaient de visiter les Iles Atlantiques. Elles sont au nombre de deux, séparées l’une de l’autre par un passage très-étroit leur distance de l’Afrique est de dix mille stades (environ cinq cents lieues) ; on les nomme lies des Bienheureux. Les pluies y sont rares et peu abondantes; il n'y souffle que des vents doux et légèrement humides, qui fécondent le sol et le rendent propre à la culture. Beau-

1 Colomb avait-il lu ce texte? et était-ce d’après cette indication qu’il s’obstinait à chercher un passage à l’endroit où il n'y a qu’un isthme, celui de Panama. É. I)

ôl[) CHRISTOPHE COLOMB

coup de fruits y viennent d’eux-mêmes, et nourrissent sans peine un peuple heureux. La température et les saisons y entretiennent un air sain..., et la croyance que ces îles sont les Champs-Élyséens dont parle Homère s’est répandue jusque chez les peuples barbares K »

» On s’accorde à admettre que ces Iles Fortunées étaient Madère, les Canar ies, ou les Açores (on laisse le choix) 5 les Carthaginois pouvaient en effet les connaître , car ils avaient des établissements de commerce importants sur la côte opposée de l’Afrique. Mais quelques auteurs aussi ont soutenu que 1 une de ces îles, que Ptolémée désigne sous le nom d ’Jprositos, c’est-à-dire Inaccessible, était File de Saint-Brandan ou des Septicités. (Voy. Washington Irving. Vie de Christophe Colomb, t. iv, Appendice, no 23.)

» Toutes ces traditions diversesjsupposaient à l’ouest des Colonnes d’Hercule, dans la mer inconnue, un continent ou des îles dont la découverte était un mystère. Mais, chose remarquable, ce n’est pas là ce qui avait le plus frappé l’esprit de Colomb : ce qui le préoccupait surtout, c’était la recherche d’une route nouvelle pour arriver au pays des

1 Quant à l’Ile des Bienheureux dont parle Hérodote (111. 26), c’était une oasis (probablement Syouah) située à l’est de Thèbes, en Égypte.

épices, de l'or el des éléphants, à l’Inde et à la Chine (Cipango et Catliay), dont on racontait tant de merveilles depuis le voyage de Marco Polo.

» C’était là aussi le principal motif des voyages de découvertes entrepris depuis plus d’un siècle par les Portugais. Si l’Afrique, disaient-ils, à l’exception de l’isthme de Suez, qui la joint à l’Asie, est de toutes parts environnée d’eau, on devra parvenir à l’Inde en longeant la côte occidentale et tournant l’extrémité australe de l’Afrique, tout aussi bien qu’en suivant la route ancienne, par la mer Rouge. — Et ils raisonnaient juste, comme le démontrèrent plus lard les découvertes de Barthélemy Diaz et de Vasco de Gaina. »

La suite de cet article contient encore un grand nombre d’autres textes remarquables et curieux, rassemblés avec soin.

pages 105 à 107.

Jean Reynaud, dans l'Encyclopédie Nouvelle , à l’article Colomb : ‘

« On s’étonne quelquefois que Colomb, après avoir été

en! end u, ait eu tant de peine à réussir en Espagne; en y réfléchissant attentivement, il nous semble que l’on devrait plutôt s étonner qu’après avoir été entendu il ait pu réussir Certes, si 1 Inquisition, qui ne faisait que de naître, avait eu dès lors toute sa rigueur, les choses auraient eu un autre cours que celui qu’elles ont eu. Il est clair que Colomb était hérétique en géographie au même litre que Galilée en astronomie, et qu’il méritait aussi bien d’être condamné pour avoir démontré les antipodes, que celui-ci pour avoir démontré la rotation de la Terre. Il est évident, en effet, que les Hébreux n’ayant jamais connu la sphéricité de la Terre, leurs livres doivent nécessairement porter la marque de cette ignorance radicale; de sorte que, si l’on admet que leur autorité est absolue, il faut reconnaître que la sphéricité de la Terre n’est qu’une fable, et, si l’on admet jau contraire que la sphéricité est réelle, il faut, par une conséquence non moins nécessaire, reconnaître que l’autorité de ces livres n’est point absolue, et que l’imperfection humaine s’y trahit.

» Constatons seulement, sans entrer ici dans l’exposé des doctrines géographiques de l’Église, que la religion catholique faisant dériver de l’Ancien et du Nouveau Testament tout l’ensemble de la connaissance humaine, n’a

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jamais eu, sur la forme de la Terre, d’autres opinions que celles de Moïse et des prophètes. Les premiers Pères, entraînés par la sévérité de leur logique et de leur foi, durent rejeler, comme contraire à l’orthodoxie, la science de Platon, d’Aristote, de tous les philosophes les plus éclairés de la Grèce, et apothéoser sans restriction des opinions qu’ils considéraient comme exprimées par la parole même de PEsprît-Saint. La Terre fut donc universellement considérée comme une surface plate, entourée de tous côtés par l’Océan, et supportant le ciel tendu au-dessus d’elle comme une tente : le tabernacle élevé par Moïse dans le désert était, suivant certains passages , la représentation symbolique du monde : to agion cosmicon , dit saint Paul. Quelque discordance qu’il y eût entre les phénomènes et le système, c’était aux phénomènes à s’humilier devant la majesté des textes saints. 11 faut se rappeler les paroles de saint Augustin au sujet des difficultés soulevées par les physiciens, relativement à l’Océan placé par la Genèse au-dessus du firmament : Quoquo modo autem et quœlibet aquœ ibi sint , esse eas ibi minime dubitemus ; major est quippc Scripturœ aucloritas quam omnis humani ingenii capacitas. » (In Gen n, 9.)

Dans une note de l’article, déjà cité, de la Nouvelle Biographie générale, dirigée par le Dr Hoefer, on lit encore :

« D après la Bible (Psaumes cm et crv), la Terre est unci surlace plane, suspendue miraculeusement dans l’espace, et soutenue par la volonté de Dieu Dans la Géographie d’Homère, la Terre est un disque plat, qu’entoure le fleuve Océan. Leucippe enseignait que la Terre était plate. (Dans ces théories, les plus anciennes de toutes, il n’est pas encore question de la terre des Antipodes : Pomponius Mêla, Macrobe, Isidore de Séville, en parleront les premiers). Mais, si la Terre était un disque, quelle forme lui donnait-on ? Selon les uns, le disque était rond; selon les autres, il était carré; d’autres, enfin, pour concilier ces deux opinions, donnaient à la Terre la forme d’un cercle inscrit dans un carré. Posidonius la disait ovoïde. Il y en avait qui la représentaient sous la forme du manteau antique appelé chlamyde. D’après un manuscrit du vne siècle, cité par M. de Santarem, « la Terre est de la forme d’un cône ou d’une toupie, de sorte que sa surface va, selon ce système, en s’élevant du midi au nord. A la partie septentrionale est le sommet du cône, et

derrière le sommet le soleil se cache pendant la nuit... »

Voir aussi, à la fin de notre chapitre II, la cosmographie de Cosmas Indicopleustôs.

Un siècle avant notre ère, Lucrèce, dans son poëme de la Nature , à la fin du livre Ier, dissuade son ami Memmius de se laisser prendre aux opinions nouvelles de quelques hardis esprits de ce temps, qui avaient deviné la sphéricité de la terre, l’existence des antipodes, l’égalité alternée des jours et des nuits pour les deux hémisphères, la gravitation et l’attraction. Il est regrettable que le poète, dans son dédain si mal fondé, ne nous ait pas transmis les noms de ces voyants.

« Gardez-vous de croire, ô Memmius, avec quelques philosophes, que tous les corps tendent vers le centre du monde, que l’univers n’a pas besoin d’être retenu par des

chocs extérieurs, et qu’il n’est pas à craindre que les extrémités supérieures ou inférieures s’échappent, ayant toutes la même tendance vers un centre commun. Qui peut concevoir qu’un être se soutienne sur lui-même, qu’il y ait des antipodes où les corps pesants exercent leur gravitation en haut, et soient portés vers la terre dans une direction opposée à la nôtre , comme nos images représentées dans l’eau? C’est pourtant par de tels principes qu’on explique comment un monde d’animaux de toute espèce va et vient en dessous de nous, sans être plus exposés à tomber de la terre dans les régions inférieures que nous ne pouvons nous élever de nous-mêmes vers la voûte céleste. On ajoute que ces peuples voient le soleil quand les flambeaux nocturnes nous éclairent; qu’ils partagent alternativement avec nous les temps du ciel; que leurs jours et leurs nuits ont la même durée que nos nuits et nos jours. Voilà les erreurs grossières où sont tombés des philosophes, pour être partis de faux principes... »

lllud in his rebus longe fuge credere, Memmi, ln medium summæ (quod dicunt) omnia niti,

Atque ideo mundi naturam stare sine ullis Ictibus externis, neque quoquam posse resolvi Summa atque ima, quod in medium sint omnia nixa Ipsum si quidquam posse in se sistere credis ,

Et quæ pondéra sunt sub terris, omnia sursum Nitier, in terraquo rétro requiescero posta,

Ut per aquas quæ nunc rerum simulera videmus,

Et simili ratione animalia subtu’ vagaii Contendunt, neque posse e terris in loca cœli Recidere inferiora magis quam corpora nostra

Sponte sua possint in cœli templa volare;

Illi cum videant solem, nos sidéra noctis Cernere, et alternis nobiscum tempora cœli Dividere, et noctes pariles agitare diesque.

Sed vanus stolidis hæc omnia finxerit error,

Amplexi quod habent perverse prima viaï...

Ce que Lucrèce appelle erreur grossière était pourtant la vérité. 11 est regrettable que, dans son dédain pour des opinions qui lui paraissaient si absurdes , l’ami de Memmius ne lui ait pas cité et ainsi ne nous ait pas transmis les noms de ces hardis esprits qui avaient deviné et affirmé , plus de seize siècles avant Newton, le véritable système du monde.

FIN DE l’aPI'ENDICE

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