‹ Christophe ColombChapitre 30 sur 31 · G H H I S T 0 P H E COLOMB · texte numérisé non relu

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tùi ent, comme ils avaient fait lors de l’expédition do Bartolomeo ; la mer s’éleva, sans qu’on vît d’ailleurs les signes ordinaires d’une tempête; c’était comme un tremblement de terre sous-marin ; des chocs terribles secouaient les navires : la frayeur s’empara des équipages ; les hommes les plus résolus, secrètement troublés par les superstitions, étaient intimidés malgré eux; la manœuvre marchait mollement; le Cap des Tourmentes allait avoir raison une seconde fois des plus audacieux navigateurs; Gama, seul, de sang-froid, sauva tout par un mot : «Allons donc, enfants, dit-il, voyez-vous pas que c’est la mer qui tremble devant nous ? » Cette hâblerie portugaise, débitée à propos et du ton qu’il fallait, remonta les courages. Les marins accomplirent la manœuvre commandée, et le passage tant redouté se trouva franchi. On était alors au rocher de la Cruz, et même un peu plus loin, à la rivière de l’Infante ; c’était le point où Bartolomeo Diaz avait borné sa découverte, C’est à

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partir de cet endroit, le 17 décembre 1 497, que Gaina et les Portugais, commençant à remonter la cèle d’Afrique vers le nord-est, entrèrent, pour la première fois, dans la mer des Lndes.

Peu de temps après, ils passèrent un autre cap, qu’ils nommèrent le Cap des Courants, situé presque sous le tropique, et, aux premiers jours de mars 1 498, ils jetèrent l’ancre devant la ville de Mozambique, habitée par des Maures et par des Arabes mahométans, qui faisaient un grand commerce avec la mer Rouge et les Indes.

« Les Portugais y furent bien reçus; mais, dès que ces Arabes se furent convaincus que les étrangers qui montaient la flotte n’étaient point des musulmans, ils leur tendirent des pièges pour les massacrer. Cependant Gama arma deux des chaloupes de son navire, dont lui-même monta la première et Nicolao Coelho la seconde, et fit tirer sur les bateaux des Arabes, qui prirent la fuite. Ce fut là que Gama rencontra pour

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la première lois de grands bâtiments arabes sur lesquels on se sei vait de boussoles et de cartes marines. Les Portugais capturèrent quelques-uns de ces vaisseaux. Gama fit partager entre les gens de son équipage tous les objets pris, se réservant seulement les

livres arabes, pour les présenter au roi à son retour à Lisbonne *. »

Gama continua ensuite son voyage jusqu’à Mombaça, ville qui taisait aussi un commerce trcs-étendu, et où il eut encore à é viter les embûches des habitants.

Puis il arriva à Mélinde, à trois degrés au sud de l’Equateur. De tous les princes des côtes d’Afrique, le cheik de Mélinde fut le seul peut-être qui accueillit Gama sans arrière-pensée et sans velléité de trahison. Il lui donna même un pilote qui lui fut fort utile

pour le conduire dans l’Inde par une traversée directe.

J Santarem.

Gaina ayant pris, le 24 avril, sous la direction de ce pilote, la route de la côte de Malabar, traversa en vingt-trois jours, et, le 20 mai 1498, mouilla devant Calicut, la ville la plus commerçante et la plus riche de l’Inde à cette époque.

Dès lors le problème était résolu : grâce à Gama, le monopole du commerce de l’Orient allait passer de Venise à Lisbonne.

Un des marins qui accompagnèrent Vasco de Gama dans sa découverte a laissé un Routier ( Roteiro ) ou Journal du Voyage. Il en raconte naïvement les incidents de toute sorte.

« Une préoccupation singulière, née des traditions confuses répandues sur le Preste Jean, domine tout son récit : c’est l’idée que l’expédition, parvenue aux Indes, est arrivée en terre de chrétiens. Les temples, les rites de la religion hindoue, les statues bizarres nées d’une cosmogonie si dilférente, rien ne peut le détromper et les chels eux-mêmes paitagent son

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opinion, » 1 - ou veulent à tout prix la partager, par politique catholique. Le catholicisme ayant la prétention, indiquée par son nom, d’être la religion universelle, unique, il fallait qu’on le retrouvât, bon gie mal gré, en tout pays. Garna était trop politique pour contrarier ce système. Il l’acceptait sans examen, s’il ne le favorisait pas. Trouvait-on dans une pagode l’image de la divinité hindoue Maha-Madja, allaitant son fils Shakia-Bouddha, le maître, le dieu, qu’elle avait porté dans son sein? Aussitôt c’était Notre-Dame. De fait on pouvait s’y méprendre. Mais, au lieu que c’étaient les mythes orientaux du bouddhisme qui transportés dans l’Occident étaient devenus le christianisme, on croyait ou feignait de croire que c’était le christianisme qui, étendu par toute la terre, avait subi des modifications de forme selon 1 esprit de chaque peuple, en demeurant au fond

Voyageurs anciens et modernes.

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toujours le môme, selon son essence immuable.

Toutefois l’historien portugais Castanheda, naïvement traduit par le français Groucliy, laisse entrevoiries doutes religieux qui s’emparaient de quelques voyageurs pieux à la vue des statues et des peintures hindoues : « Au dedans de la chapelle, qui estoit un peu obscure, il y avoit une imaige cachée dedans le mur, que nos gens découvrirent de dehors, caron ne les voulut pas laisser entrer dedans, leur faisant signe que personne ne pouvoit là entrer, sinon les Cafres ; lesquels , montrant l’imaige , nommoient sainte Marie, donnant à entendre que c’estoit son imaige. Alors pensant le capitaine qu’ainsi fust, il se mit à genoux, et les autres avec lui, pour faire leur oraison. Jean de Saa, qui doutoit que ce fust une église de chrestiens, pour avoir vu la laydure des imaiges qui estoient peintes aux murailles, en se mettant à genoux, dit : — Si cela est un diable, je n’entends toutefois adorer que le vray Dieu. — Le

capitaine générai, qui bien l’entendit, se retourna vers lui en se riant. »

Comme nous ne faisons pas ici une histoire de Gama, et comme nous avons voulu seulement assigner sa place et son rôle dans les grandes découvertes géographiques qui marquèrent la fin du xve siècle, nous n avons à parler ni de son séjour à Calicut ni de son retour à Lisbonne. Disons seulement qu’il doubla de nouveau, en sens inverse, le Cap de Bonne-Espérance, le 20 mars 1499, et qu’il rentra à Lisbonne au mois de septembre de la même année, plus de deux ans après son départ.

Mais n’oublions pas, d’un autre côté, qu’au moment où Gama avait abordé pour la première fois aux côtes de l’Inde, déjà Christophe Colomb était occupé à préparer son troisième voyage vers le inonde nouveau qu’il avait trouvé, — sans le vouloir et sans le savoir, en cherchant seulement, comme

Gama et les Portugais, une nouvelle route vers l’ancien monde.

Colomb avait rencontré plus qu’il ne croyait. Gama avait fait ce qu’il voulait faire : par lui la nouvelle route des Indes était trouvée ; la circumnavigation de l’Afrique était accomplie.

Gama clôt le cycle ouvert par Ilannon.

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