CHAPITRE ^l^'Q^lf:ME
moins durable, 1rs iiioiiidros détails de son arrivée dans le nouveau monde? A mon avis, la meilleure histoire de Christophe Colomb, ce serait la collection des écrits de ce grand homme, accompagnée de commentaires, qu'on serait libre de ne pas lire.
Les quelques pages suivantes donneront une idée de ce que serait cette histoire. On y verra en tonte ingénuité la somme d'im])ression que j)ro(luisirenf l'une sur l'autre deux branches de la race humaine, pour la première fois rapprochées de])uis le jour mystérieux du grand divorce.
« Voulant avant tout, dit Colomb, inspirer de l'amitié aux habitants de cette île, et certain, à les voir, qu'ils se fieraient mieux à nous, et seraient mieux portés à adopter notre sainte foi, si nous usions, pour les y amener, plutôt de douceur que de violence, je donnai à quelques-uns d'entre eux des bonnets de diverses couleurs, et des lils de perles de verre, dont ils se firent aussitôt des colliers. J'y ajoutai d'autres bagatelles qui les (irent si joyeux, si reconnaissants, que nous en fûmes dans l'admiration. Dès (ju'ils nous virent remontés sur nos embarcations, ils se jetèrent aussitôt à la nage, et vinrent nous offrir des perroquets, du fil de coton, des zagaies et bien d'autres objets encore, eu échange desquels nous leur donnions des perles de verre, des grelots et d'autres choses. Ils prenaient tout ce que nous leiu' donnions et donnaient tout ce (pi'ils avaient. Mais ils me parurent extrêmement pauvres en tonte chose.
.< Les hommes et les femmes sont nus comme an sortir du sein de leur mère... bien faits du reste, et de visage agréable. Leurs cheveux, gros comme des crins de cheval, tombent par devant jusque sur les sourcils. Far derrière ils en laissent croître une longue mèche... ces cheveux ne sont pas crépus... Ces hommes sont en vérité d'une belle rac{! : ils ont le front et la tête jtlus larges que les autres naturels que j'ai pu voir dans mes voyages; leurs veux sont beaux et grands, leurs jambes très-droites... leur taille élevée... leurs mouvements gracieux. Quelques-uns se peignent d'une couleur noirâtre, mais
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naturellement ils sont de la mèmecouleur que les naturels des îles Canares (les Canaries). . . Plusieurs se peignent en blanc, en rouge, ou de quoique autre cou-
leur, soit le corps (oui entier, soit le visage ou les yeux, ou même seulement le nez. Ils n'ont jioint d'armes comme nous, et ignorent même ce que c'est. Quand je leur montrais des sabres, ils les prenaient par le tranchant et S(
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l'oupiiioiil les doigts. Ils ne possèdent point de 1er. Leurs zagaies sont des hâtons auxquels s'adapte une dent de poisson ou quelque autre corps dur et aigu.
« Ayant observé que plusieurs avaient sur le corps des cicatrices, je leur demandai par signes comment et i)ar qui ils avaient été blessés, et ils me répondirent, de même, que les habitants des îles voisines venaient les atlaquer pour les prendre, et qu'eux se défendaient. Je pensai qu'en effet on vient de la lerre ferme pour les faire prisonniers et esclaves, d'autant qu'ils doivent être des serviteurs fidèles et très-doux. Ils répètent vite et facilement ce qu'ils entendent, et je crois qu'il serait aisé de les converlir au christianisme, car il ne me paraît pas qu'ils soient d'aucune secte.
" Le samedi lô octobre, au i)oint du jour, nous vîmes accourir sur le rivage beaucoup d'hommes jeunes et d'assez grande taille... ils approchèrent de mon navire dans des pirogues faites d'un seul tronc d'arbre, et travaillées d'une manière surprenante pour un pays si pauvre. De ces pirogues, les unes |)0uvaient porter de quarante à (piarante-cinq honnnes; d'autres étaient moins grandes, et quelques-unes si petites qu'un seul homme y pouvait tenir. Ils n'ont pour aviron qu'une sorte de pelle à boulanger, dont ils se servent fort adroitement. Lorsqu'une de ces pirogues vient à chavirer, tous ceux qui s y trouvent se jettent à la nage, la redressent et enlèvent l'eau qui y est entrée à l'aide de calebasses, qu'à cet effet ils portent attachées au corps... Ayant observé (jue plusieurs portaient comme ornement un petit grain d'or logé dans un trou qu'ils ont au nez, je parvins à ajiprendre, toujours par signes, qu'en naviguant au sud de leur île, nous découvririons une terre dont le roi possédait de grands vases d'or et une grande quatilé de ce métal... .\yant aussitôt résolu de naviguer dans cette direction, dès l'après-midi du lendemain, je les invitai à m'accompagner, mais ils refusèrent, d'où je compris que du pays dont ils me ])arlaient on venait souvent les attaquer... Les habitants de cette île sont doux : il est vrai que, séduits par les objets que nous
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leur laissons voir, il arrive parlois (|iie, u'ayaiil rien à olïrir eu échange, ils les dérobeiiL et se sauvent à la iiaye en les eniporlaul ; niais ils ilonneuL volontiers tout ce qu'ils possèdent pour nos moindres bagatelles, même pour des morceaux de vaisselle ou de verre cassé : j'ai vu un d'eux donner, pour trois de nos jjIus petites pièces de monnaie, environ trente livres de coton lilé... C'est une des productions de cette lie ; n'y voulant pas demeurer longtemps, je ne saurais les connaître toutes, l'ar le inème motif, et voulant tenter d'aborder à Cipango, le temps me nuuique })Our faire cliercher où les habitants de cette lie se procurent l'or (ju'ils portent à leur nez. Mais voici la nuit, et ils sont tous retournés à terre sur leurs canots. »
Ainsi qu'il l'avait résolu, Colondj entreprit dès le lendemain l'exploration des cotes de San Salvador. 11 trouva ])artout, chez les naturels, le même accueil et les mêmes usages, sauf, en quehjues endroits, des buttes «grossièrement construites en forme de tentes, et de délicieux vergers où poussaient des légumes, des arbres à fruits, et dans ces jardins, « les plus beaux qu'il eût jauKiis vus , » des sources d'eau douce très-abondantes , et ce qui , dans sa bouche, devient un ti'ait de caractère, « des pierres propres à bâtir des églises. »
Les habitants, venus à lui à la nage ou en pirogues, insistaient pour qu'il débaaquât ; mais la crainte des récifs lui lit prendre le large, et, bientôt, il se trouva entouréd'un si grand nombred'iles, qu'il ne savait à laquelle aborder : « ses yeux, dit-il, ne se lassaient pas d'admirer des verdures si belles et si diffé'rentes des nôtres, et il venait de terre une si bonne et si suave odeur, que c'était chose la plus douce du monde. »
11 se détermina enlin pour celle de ces îles qui lui paraissait la |)lus grande, et il en prit possession dans les formes accoutumées; comme à San Salvador, il y ht élever uiu; croix, et donna à la seconde terre où il eût abordé le nom de Sainte-Marie de la Conception. iN'y ayant trouvé ni or ni rien (jui dût le retenir, il continua ses explorations en débarquant dans une autre île, qu'en
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l'honneur du roi d'Aragon il nomma Fordinanda. Là, il trouva mati»'M'(> à des remarques, auxquelles leur forme naïve donne un piquant dont je ne veux |)as les priver. «Par les mœurs, dit-il, le langage et en toute chose, les habitants de Ferdinanda ressemhlent à ceux des autres îles, si ce n'est qu'ils ont quelques vêtements et sont moins sauvages et plus fins... ils savent mieux marchander que les autres. Je n'ai trouv('' aucune trace de religion, et je crois qu'ils se feraient aisément chrétiens, parce qu'ils ont beaucoup d'intelligence.
c( Les poissons, dans ces îles, diffèrent des nôtres à miracle ; il y en a défaits comme des coqs et dont les couleurs sont les plus belles du monde; il y en a de bleus, de jaunes, de rouges, et d'autres couleurs, toutes si merveilleuses, qu'il n'y a personne qui ne prenne le plus grand plaisir à les voir...
«Cette ile est très-verte, de surface plane et très-fertile... J'y vis beaucoup d'arbres, (juelques-uns semblables aux nôtres, mais la plupart si différents, que c'est comme le jour et la imit. Ainsi, par exemple, sur un de ces arbres, une branche avait les feuilles comme celles du roseau et une autre comme celles du lentisque, et ces arbres, réunissant cinq ou six formes différentes, ne sont pas entés, comme on ]iourrait le croire en attribuant aux effets de la greffe une telle diversité. Rien loin de là, ils naissent et croissent sans culture sur les hauteurs et dans les forêts. »
Cette dernière observation, une méprise, s'ex[tlique par la nuiltitnde de plantes grimpantes ou parasites propres à la flore du nouveau inonde. .Ne la regrettons pas, cette erreur presque enfantiiu' d'un giand homme; jamais les (Chateaubriand, les Cooper, les llumbohit, avec toute la magie de leurs descriptions, n'ont donné une ich'-e si vive de l'opulente végétât icm des tropiques.
Un spectacle encore plus merveilleux lui fut bientôt offert par une nouvelle ile, qu'en raison de sa beauté il s'empressa de saluer du nom d'Isabelle. Ses habitants l'appelaient ^S^no/r/o. ('/(''tait la ]ilns importante de celles on il eût encore abordé. Il v rencontra de vastes forêts, de yrands lacs rénandanl