CHAPITRE CINQUIÈME
dans le tem])s, fil prendre un jour pour un de ces affreux sauriens. Heureux d'employer son courage à rassurer ses hommes qu'effrayait toujours l'inconnu, Colomb n'hésita pas à attaquer le monstre; il fondit sur lui, l'épée haute, le poursuivit jusque dans les eaux d'un lac et ne revint qu'après l'avoir exterminé, à la satisfaction générale. La peau, qui fut rapportée en Europe, avait sept pieds de longueur, dimension à laquelle l'iguane n'atteint plus de nos jours.
Colomb n'en dut pas moins plus d'une fois sourire de ce trophée, quand il sut que ce monstre, d'un si terrible aspect, avec sou énorme goitre, sa longue et forte queue, son épine dorsale tout entière dentelée en scie, ses griffes mobiles et pointues, est un saurien de mœurs aussi douces que notre lézard de muraille, et tellement ami de l'homme qu'il s'en laisse même manger.
Mais ni ce facile exploit, ni d'autres épreuves plus réelles, ni tant d'objets nouveaux, qui à chaque pas exerçaient sa pénétration, enivraient ses sens, exaltaient son âme, ni rien enfin de ce qui eût arrêté, ou du moins attardé tout autre, ne faisait oublier à Colomb le but pratique de son entreprise, et les promesses qui lui avaient valu la protection des deux rois. L'or dont il les avait éblouis d'avance, cet or qui devait payer leur concours, et, changé en fer, racheter le tombeau du Christ, voilà ce qu'il ne cessait de poursuivre, sur des indices de plus en plus encourageants.
Les naturels portaient déplus larges placpies du précieux métal. Un d'eux avait promis à Colomb de lui en indiquer soit un gisement, soit un dépôt considérable. Mais, en cette occasion, l'Amiral put reconnaître le penchant de cette race d'hommes au mensonge, ou du moins à une exagération qui est moins chez eux l'effet du calcul (juc d'une imagination vive, avec des moyens d'expression bornés.
L'homme n'ayant point tenu parole, Colomb remit à la voile, après deux jours seulement d'attente, et si peu découragé par le fait, qu'il écrivail
100 CHRISTOPHE rOLOMB.
«Tux rois : « Bientôt, je /e sens, oui, bientôt, j'arriverai aux lieux mêmes où naît Vor. ■>•> Il riait en effet bien peu éloigné du Mexique; mais la sanglante conquête de « ces lieux où naît l'or » était réservée à un autre.
En revancbe, le 28 octobre, il découvrait la perle des mers, la reine des Antilles, cetle île de Cuba dont les merveilles lui firent oublier en un instant tout ce qu'il avait vu jusque-là de plus encbanicur.
La supériorité de Cuba ne consistait pas seulement dans la richesse d'une végétation et surtout d'une flore sans pareilles; ce qu'admira le plus Christophe Colomb dans cette île merveilleuse, ce furent les dimensions |)lus vastes des mêmes objets qui avaient ailleurs charmé ses regards. Les fleuves, les lacs, les forêts, les montagnes, tout avait là un caractère d'ampleur, de force, de majesté sereine, qui, sans écraser la pensée, l'alanguissait dans une contemplation muette et passive. Colomb avoue qu'il eut grand'peine à s'arracher de ces lieux, où il lui semblait vivre dans un monde d'enchantements et de prestiges.
Les noms qu'il donna aux points principaux de cette île privilégiée, témoignent, presque tous, de son admiration ou de sa piété, La plupart ont été changés, même celui de Juann, qui certes valait bien le nom de Cuba. Le Port-Saint est devenu Baracoa ; du cap des Palmiers, du fleuve delà Lune, du fleuve des Mers on a fait la colline de Juan Dnnue, le havre de Baxe^, le havre de la Nativité (lu Prince.
Aux environs de ce dernier, les Indiens qu'il avait à bord indiquèrent, comme voisin, un lieu nommé /îo/(('o, où abondaient, à les croire, l'or, les perles et les épices. Ils parlaient aussi d'hommes à un seul œil; d'une île Mantinino, habitée uniquement par des femmes; d'hommes à têtes de chieu, mangeant la chair et buvant le sang des autres hommes. La première de ces relations doit être rangée avec celles dont fait déjà mention Hérodote. I^a seconde fut reconnue comme vraie en partie : il existait dans ces régions une île habitée par des femmes, mais seulement pendant quelques mois de
CM M'iiill-; Cl.NnllKMi;. lOI
i'aiiuéi!. QiKiiil ;iii.\ aiilliniiiophages à lèle de cliicii, il ha avait (|ii(! Irop de vrai dans Icui' lo^oudc. Ces monstres, auxquels on aurait voulu ne point (rouver liyurc inniiaine, étaient ces mêmes cannibales, objet de terreur pour les naturels des Lucayes, et désignés par eux sous le nom de Caniba.
De Caniba ou Kaniba, Colomb avait l'ait le pays du Grand Kan, et il faul avouer (jue bien des étyinoloyistes n'en auraient pas tant demandé pour airiver à la même conclusion. 11 envoya donc vers ce souverain une ambassade qui revint, n'ayant trouvé, an lieu de Quinsay et du Graiid Kan, (juun village de cinquante buttes et une jwpulation de beaux sauvages, fort accueillants du reste et, comme tous leurs pareils, jireiiant les Espagnols pour des dieux descendus du ciel.
l'iusieurs d'entre eux asjiiraient, au moyen d'un double tuyau appli(pié aux narines, uneberbesèclie qu'ils nommaient lahayu. Colomb ne lit nulle attention à cette [)articularité :il ne pouvait raisonnablement se douter que cette berbe infecterait un jour la terre entière, et serait, pour les possesseurs de l'Ile de Cuba, une immense ricbesse.
Quant aux [)roduclions utiles, elles étaient nombreuses et abondantes à soubait. Partout on rencontrait des épices de plusieurs sortes, des bois de teinture, du colon à profusion, mais fort peu de cet or à larecliercbe diupud devaient se concentrer tous les efforts de l'Amiral.
Cette considération le décida à quitter l'Ile de Cuba, et, dés (jue le temps le p(M'mit, il commenra d'en longer les côtes dans la direction du S. E., à la grande tern'ur des Indiens. C'était en effet sous ce vent ([u'on devait bientôt rencontrer, suivant leui' estime, ce pays de ISohiu, ou de Uabhnic, ou tïllaili, >é'j(»ur ^\^)<, belli(puMi.\ et féroces Cantba. Colomb l'espérait bien ainsi, par les raisons (pi'on a vues plus baut, mais il devait encore cette fois être trompé dans une |)artie de son attente.
L'ile importante où il aborda, le vendredi 7 décemlire, et (pi'i! nomma Ihspaniuld, — aujourd'liui Saint-Domingue et plus souvent llaiti, — cette ile,
ClllUSTUlMIE COLOMB.
dans laquelle il trouva tant d'objets et de lieux qui lui rappelèrent l'Espagne, était bien la mystérieuse liohio ou Bahèque, dont on lui avait tant parlé, mais clic ne contenait que peu ou point de Caniba ou Kaniba, et le Grand Kan n'y était même pas connu de nom.
l'(Midanl que l'Aniiral ('.\|)lorail encore la côlc N. E. de celle ile de (àiha, qu'il prenait pour l'exlréuiilé occidentale de l'Asie, un lait s'était produit, qui aurait pu avoir pour lui les conséquences les plus graves : ses Ibrces, déjà si restreintes, s'étaient tout à coup trouvées réduites de plus cruii tiers; la
106 cimisToriiE colomb.
plus forte des caravelles, après la sienne, celle que commandait Alonzo Pinzon, la Pm^a, avait disparu, et aux alarmes qu'il en avait d'abord conçues, avait dû bientôt succéder la pénible certitude d'une désertion.
Ce Piiizon, qui, aux termes des indulgents Mémoires de Colomb, « lui avait déjà fait bien d'autres choses, » depuis l'expédition commencée, ce cupide et envieux Pinzon, sur la foi de renseignements trop négligés, peut-être, par l'Amiral, avait résolu de chercher le pays de l'or au N. 0., comme eu eilct il s'y trouvait, et de se réserver à lui seul les profits et l'honneur d'une découverte qui eût éclipsé toutes les autres.
Colomb l'avait quelque temps attendu et môme lait chercher, pour la forme, mais bientôt, sans laisser voir qu'il crût à une déleclion, que chacun tenait pour certaine, il avait poursuivi son œuvre avec la liberté d'esprit d'un homme supérieur à tout événement. 11 sentait, il savait qu'aucune trahison, pas plus celle d'un Pinzon que toutes les trames d'un roi de Portugal, ne prévaudrait, jusqu'à une certaine heure, contre la puissance qui l'assistait.
Alonzo Pinzon, en eflet, après avoir été successivement pour Colomb un patron jaloux et un inférieur sourdement hostile, devait payer chèrement son premier acte d'insubordination ouverte. Cet homme, qui s'était cru, par ses talents et plus encore par sa richesse, au-dessus de l'obéissance, ne devait recueillir aucun fruit de sa rébellion. Il lui était réservé, à lui Espagnol, à lui un des puissants, un des ricos hombres de l'Andalousie, de subir, non plus seulement l'ascendant d'un homme de génie, mais la clémence du pauvre étranger, qui, naguère, sans les Pinzon, n'aurait j)U mettre en mer une caraquc.
Pendant (jue le traître Alonzo Pinzon se ménageait laborieusement cette dure épreuve, l'Amiral poursuivait le cours de ses découvertes dans l'ile d'Ilispaniola que, j)our éviter toute confusion, nous appellerons Saint-Domingue, d'un nom qu'elle reçut depuis.
Le premier point où il aborda, après en avoir relevé quelques autres moins
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jjropices à ses desseins, I'liI un port, (jui, |);ir exception, a gardé son nom priniilil' de Saint-.Nicolas.
Là, ses premiers soins, en vue jient-ètre d'un futur établissement dans i'iie, furent d'entrer en relations intimes et suivies avec une population (pii lui avait paru de race sinon supérieure, du moins })lns avancée (pie celle des iles précédentes. La peau des naturels de Saint-Domingue était plus blanche, leurs traits plus réguliers, i)lus semblables aux nôtres, et généralement beaux, surtout chez les femmes. Ils vivaient dans une nudité un peu moins complète, et chaque lionune, à l'exception des chefs, n'avait qu'une seule femme. Ils savaient tant bien que mal cultiver un sol qui fournissait de lui-même à la {)lupart de leurs besoins. Us avaient de larges et bonnes routes. Leurs iuittes, à plus d'un conq)artiment, et souvent accompagnées de galeries rusli(pies, étaient entretenues avec une e.xtrème |)ropreté; celles des chefs, spacieuses et commodes, n'étaient même [»as dépourvues de (piehiue élégance. Enfin un groupe de mille habitations, qu'on rencontra à quatre lieues de la côte, s'il ne répondait pas aux séduisantes descriptions de la fameuse Cipango, pouvait bien passer à la rigueur pour une ville.
Celte ville, à la vérité, fut trouvée com[)létement déserte : ses habitants l'avaient ahandorniée, emportant tout ce (pi'ils avaient de plus précieux; mais une jeune et belle Indienne ayant été anu'néc à Colomb, et renvoyée par lui chargée de présents et avec de grands égards, tout cbangi^a subitement de face.
Encore une fois, comme disait le bon Nolo, Colomb avait trouvé la Eemmc.
L'Amiral, cependant, n'accorde dans son journal ({u'une mention de (jnel- ([ues lignes à cette fennne, qui lui fut d'un si gi'aml secours, comme du reste tout son sexe, dans l'ancien et le nouveau monde, l'as une seule fois, — mais cette lacune inpardoniuible doit être le (ait du seul Las Casas, le terriblr" abrévialcur, — pas une seule fois il ne nomme la i)elle et touchante Anacoana, dont le nom signiliail jlear d'or.
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Le jour ne s'est pas encore fait, pas complètement du moins, sur le rôle si important, si capital, que joua cette fleur sauvage dans l'histoire des premières découvertes de l'Amiral, mais ce rôle apparaît de plus en plus grand, à mesure (pi'on pénètre dans les volumineuses et complètes archives de celte histoire. Plus on fouille dans ce vénérable fatras, et plus frais, plus vif s'en dégage le j)arfum d'Anacoana, la Fleur d'Or, plus on sent qu'elle ne sera complète, cette histoire de la découverte de l'Amérique, que lorsqu'elle aura été envisagée du point de vue américain.
Toujours, dès à présent, est-il certain, — Noio du moins n'en doutait pas, — que la belle et pure Anacoana, une des reines et prêtresses de Saint-Domingue, fut pour Colomb, dans celle ile pleine de mystères et d'abord hostile, une alliée enthousiaste, une protectrice intelligente et dévouée, en un mot, et toute proportion gardée, uue seconde Isabelle.
Grâce à elle, il devint sacn''; son origine céleste fut un dogme: il fut admis parmi les dieux, les zémès, d'une religion beaucoup moins simple qu'il ne narail l'avoir soupçonné au début.
Tout allait donc au mieux, suivant les désirs de Colomb, quand tout à coup il lit appareiller du port de la Conception, où il se trouvait depuis peu, el se dirigea, au nord, vers une terre supposée qui, au dire des Tlaïtiens, produisait de l'or en abondance. Les vents le poussèrent sur Tile de la Tortue, une île de peu d'importance comme étendue, mais dont les beautés naturelles le ravirent tellement, qu'il donna le nom de Paradis à une de ses vallées. Là, soit que l'admiration eût changé le cours de ses idées, soit qu'il commençât à se délier des rapports des naturels, il renonça à chercher l'or dans ce paradis dont tant de flibustiers devaient bientôt faire un enfer, et, longeant le canal qui sépare la Tortue de Saiut-Domingue, il reprit son exploration des eûtes de cette dernière île.
Il les trouva de plus en plus hospitalières, grâce au mot d'ordre et aux impressions semées par les rapides émissaires d'Anacoana.
niMMTnr, sixikme,
A poiiK^ avail-il mouille dans le port de la Paix, que [)lus de cinq ccnls Indiens, et jiarnii eux des femmes de la plus rare beauté, accoururent joyeu-
sèment à sa rencontre, amenant leur roi, et répondant, jiar cette marque de haute eonOance, à un des plus vifs désirs de l'Amiral. Bien que ce roi, ou plutôt ce clief de district qu'ils appelaient un caci(|ue, fût aussi peu vêtu que
no CHRISTOPHE colomd.
le moindre de ses sujets, la supériorité de son rang se laissait voir au premier abord, à ses manières plus libres et plus réservées à la fois. Colomb le reçut à bord avec les honneurs militaires, et obtint de lui quelques renseignements plus ou moins utiles, entre autres sur cette éternelle Babèque où Las Casas remarque qu'on n'arriva jamais. Evidemment, il y eut sur ce point un malentendu qui menace de ne jamais être éclairci.
Un autre cacique, non moins bienveillant, se trouvait en possession d'un morceau d'or gros comme le poing, il le divisa lui-même en plusieurs parcelles pour faciliter des échanges avec ses hôtes. Il annonça, du reste, qu'il avait envoyé chercher une jdus grande quantité de ce précieux métal; il parla lui aussi de Babèque, comme d'un pays très-voisin, et, le soir venu, il se retira dans l'intérieur de l'Ile où était son habitation.
Deux jours après, il revint porté à dos d'homme, en une sorte de palanquin, suivi d'une nombreuse escorte, et accompagné de deux vieillards, dont l'un était son conseiller et l'autre son précepteur à ce qu'on crut entendre. Il venait rendre visite à l'Amiral qu'il surprit, à bord, dînant sous le château de poupe.
Colomb, dont le sérieux est admirable en pareil cas, constate que ce cacique ne lui permit pas de se déranger, cl qu'invité à prendre part au repas, il n'accepta de chaque mets que juste ce qui était nécessaire pour ne point se montrer impoli. « Il en usa de même pour les boissons qu'il portait à sa bouche, et que, après y avoir goûté, il passait lui-même aux gens de sa suite. Son air, ses gestes, étaient d'une dignité remarquable. »
Cette dignité et cette discrétion no résistèrent i)as cependant à la vue d'un objet qui, sans doute, dépassait eu magnificence tout ce qui avait pu tenter jusqu'alors un prince si bien élevé.
Tandis que Colomb l'entretenait, à l'aide des Indiens de San Salvador emmenés pour lui servir de truchement, le cacique était devenu tout à coup distrait; ses yeux se portaient fréquemment, et comme malgré lui, vers la
CIIAI'ITUI-: SlXUvML.
garniture de lit de raiiiir;il. Celui-ci s'élanl empressé de la lui offrir avec une |)airc de chaussures rouges et uu collier de grains d'aiMi)re, la recoiiuais-
sauce du cacicjue cl, de ses ofliciers u"eut plus d(^ Ijoriu's, et l'opinion rpron s'efforçait de l(!ur donner de l'Espagne et de ses souverains, gagna plus au don de celte garniture (prà loid ce (pTon leur en avait dil. l'ius (pu,' jamais les
\l-l ClllUSTUlMll': llOLOMl).
deux rois furenl Icnus pour des dieux régnant dans le ciel. Le Icmps n'était pas encore venu où un grand poëte leur i'erait dire :
Pnur moi, je les crois fils de ces dieux iiialfaisaii(s, I^ur qui nos maux, nos pleurs, sont le plus doux encens. Loin d'être dieux eux-mémc ils sont ce rpie nous sommes : Vieux, malades, mortels. Mais s'ils étaient des hommes, (Juel germe dans leur cœur peut avoir enlanté Un tel excès de rase et de férocité?
Kncore quelques mois, et celte lerocité, cette rage, allaient s'abattre sur ce peuple innocent, bon, intelligent, hospitalier.
Kn attendant, s'il partageait le culte de ses grands, de ses chefs, pour ces dieux bienfaisants à si peu de frais, déjà la malice ordinaire aux petits, jointe à des relations })lus fréquentes, plus suivies, et moins gênées par l'étiquette, lui avaient révélé plusieurs classes parmi ces dieux, et bien des faiblesses chez ceux même du premier rang. Déjà il exploitait, entre autres, cette soif de l'or qui les possédait tous indistinctement, e(, à ce mot or qu'ils avaient toujours à la bouche, il répondait par des indications et des promesses de plus en plus éblouissantes et chimériques.
Tantôt, pour les séduire, on leur afiirmait qu'en tel ou tel lieu régnait un chef dont lu bannière était faite d'une immense plaque d'or battu ; tantôt on leur parlait d'un fleuve qui roulait de l'or dans ses sables; plus loin, à l'est, l'or était si commun qu'on n'avait qu'à se baisser pour en prendre. Un vieillard alla jusqu'à dire qu'une des îles d'où il venait n'était toute entière (ju'un rocher d'or.
Colomb n'ajoutait qu'une foi médiocre à ces paroles suivies de trop peu d'effets. « Quoi(|ue ces gens, écrivait-il, ne demeurent pas loin du pays où l'or se tiouv(î eu abondance, je crois qu'ils n'en ont que très-peu. » Et en effet,
CIIMMTIU' SIXIKMK. ]\'
s'ils en avaient eu davantage, ils l'auraient donné sans hésitation pour des verroteries, des lacets rouges, des aiguilles, et principalement de ces grelots, merveille des merveilles, dont le son clair et joyeux exaltait jusqu'au délire leur infatigable passion pour la danse. Pour pouvoir s'attacher aux poignets ou à la cheville du pied ces aiguillons, ces ailes sonores, ces chuq-chiiq, comme ils les nommaient, ils donnaient tout ce qu'ils avaient : des perroquets apprivoisés, des arcs, des flèches travaillées avec un goût barbare et charmant, de tout petits tabliers de coton, du pain de cassave, des fruits, des parfinns, des épices et autres denrées de toute sorte.
Ces mêmes objets, dn reste, il les offraient souvent pour rien, pour le seul plaisir de donner; aussi Colomb inférait-il justement de tant de libéralité que les contrées ohnamait l'or n'étaient pas en leur possession, mais bien eu celle des Caraïbes on Caribes. Peut-être même n'auraient-ils pas ('té fâchés que r.\miral et sa petite troupe de dieux allassent disputer cet or à de si cruels ennemis de leur race.
.Mais où Colomb retombait dans une erreur autorisée par les plus étranges rapports de sons, c'est lorsque ayant entendu donner à ces régions aurifères le nom de Civao, il se hâta de conclure de Civao à Cipango, comme 11 avait conclu de Kaniba à sujets du grand Kan.
Or, le plus curieux dans cette méprise, c'est que la véritable île de Cipango, aujourd'hui le Japon, avait alors un Daïri si pauvre qu'il ne put être enterré décemment. En outre, la population de ces lies était iunnense, bellicpicuse, el si peu hospitalière, que loin d'accueillir des étrangers comme des dieux, elle leur eut sans doute interdit l'accès de son territoire.
Colomb était donc beaucoup plus heureux qu'il ne le pensait lorsque, bercé d'illusions fécondes en résultats pratiques, il achevait d'explorer la côleN. E. de Saint-Domingue. Partout, du reste, il recevait le même accueil : à chaque station se renouvelaient presque identiquement les scènes qu'on a vues plus haut, à cela près que l'or sans être eiu:ore prodigué se montrait de moins en
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moins raro, jtrobahlement en raison do riniportancc croissante des caciqnes (|ni vonaieiiL on envoyaieni offrir leurs lionnnages à l'Amiral.
Près d'un llenve que celui-ci coin])are à nue mer, en rade de Saint-Thomas, il reçut en présent une ceinlure ornée d'une figure d'animal à longues oreilles, et dont la langue iiendante et le nez étaient en or battu et repoussé.
A trois lieues delà Punta Santa, dans l'intérieur des terres, un autre chef reçut avec honneur une députation de six hommes venant à lui de la part de Colomb, et il chargea ces envoyés d'offrir à leur maître jilusienrs morceaux d'or. Kufiii un masque de grande dimension, et en partie revêtu de feuilles d'or, fut également offert à l'Amiral par un cacique dont nous aurons bientôt et plus d'une fois à parler.
Bien que de telles offrandes fassent loin de répondre aux riches merveilles racontées par Marco Polo, l'Amiral était de jjIus ravi de la générosité, de la bonté, de l'intelligence des naturels et de leurs chefs. 11 n'allait pas tarder à en recevoir de nouvelles marques, dans une des situations les plus graves où jamaishomme de nier se soit trouvé.
Persuadé par de nouveaux rapports qu'il était près de Civao, il s'était lancé à la recherche de cet Ophir imaginaire, à travers une mer pleine de récifs et de bancs de sable, où rien ne répondait à son attente, mais qu'il avait fait explorer avec sa vigilance et sa ponctualité ordinaires. Mouillé dans une rade des plus sûres, après trente-six heures sans sonuneil, aucun danger n'étant à craindre sur des eaux calmes « comme dans une jatte, » il s'était enfin décidé à prendre un peu de repos. L'équipage, exténué, en avait fait autant, et le timonier laissé à la barre n'avait pas tardé lui-même à la confier à un novice, lorsque, tout à cou|), ce dernier se mit à pousser des cris déchirants.
Colomb était déjà à ses côtés, ayant senti le |)reniier de tous que le navire avait touché, et commandant à ses hommes réveillés en sursaut les maiiœu-
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vros (le sauvptago. Le canot de poupe venait d'èlre mis en mer avec nneancro de dégapemenl, et déjà le grand mât s'inclinait sons les haches qui devaient l'abatln^ en vne d'alléger le navire, lors(|ne les hommes du canot s'étant éloignés à forces de rames au lieu de faire leur devoir, la manœuvre manqua, et le navire, abandonné par la marée, pencha de plus en plus, sans qu'il fût désormais possible de le relever. Il échoua enfin, mais heureusement sans se briser, grâce à la faiblesse des lames, et Colomb n'eut plus (lu'à faire transborder son équipage sur la Mila, qui lui avait renvoyé les marins fugitifs avec toutes ses propres embarcations.
Cette opération terminée, l'infatigable Amiral, ayant fait mettre en panne pour attendre le jour, revint à bord du navire échoué, pour mesurer l'étendue du désastre, et aviser aux moyens de le réparer ou du moins de le restreindre. Ayant reconnu avec douleur (pie ce dernier parti était le seul praticable, il envoya immédiatement à terre deux hommes de confiance, chargés de demander aide au jeune caci(|ue dont nous avons déjà ]iarlé plus haut.
C'est alors qu'apparut dans tout son jour l'humanité, la charité, disons le mot, de cette race d'hommes que la n(Mre a payée d'une si noir<> ingratitude.
Tandis que sur tout le littoral de l'ancien monde, l'infâme droit d'épaves était encore universellement reconnu, et généralement exercé, — à peine est-il aboli de nos jours, — ailleurs, des hommes sans lois écrites, des idolâtres, des sauvages, comme les appelait un Matheos ou un Pinzon, ne se contentaient pas d'arracher aux embûches de l'Océan la vie et les richesses d'hommes étrangers à leur sol, et dont ils avaient d('jà pénétré la cii])idité et les vices; ils recueillaient, ils assistaient ces futurs exterminateurs de leur race; ils les plaignaient, ils versaient des larmes sur eux.
Dès la pointe du jour, leur chef accourait tout éploré avec ses deux frères. Il mettaità la disposition de Colomb de grands canolset lesbras de toussessii-
iir. rjinisToi'iiK roi.oMiv
jets, |)our lui aider à décharger le navire échoué. Lui-même, il présidait à ces travaux, consoUiit de son mieux l'Amiral, lui répétant sans cesse que tout ce qu'il possédait était à sa discrétion. Enlin, précaution bien inutile, il établissait des gardes armés pour surveiller le sauvetage, et, chose merveilleuse, des mille objets qui furent débarqués, cl passèrent plusieurs nuits à ci(d ouvert, de ces objets dont les moindres, un clou, une aiguille, une bague de laiton, étaient convoités avec frénésie par ce peu|)lede grands enfants, pas un seul ne l'ut détourné.
Dans cette même nuit, peut-être, à cette même heure, en face, sur les côtes de notre Europe, un navire en perdition courait se briser sur des récifs où l'avait attiré un fende bruyère, — lui phare trompeur, abomination! — et aussitôt, dévalant de la falaise, avec des cris féroces, une horde de civilisés, de chrétiens, lionnnes, femmes, enfants, armés de crocs, de grappins, do fourches, achevait l'oinvre de la mer, lui dis])utnit, lui arrachait les débris du navire, et repoussait les naufragés loin de ce rivage où ils avaient cru voir' briller l'étoib^ du salut.
Colomb avait sans doute ce contraste présent à l'esprit, lorsqu'il écrivait à ses souverains : «Ces hommes sont aimants, nullement avides, et si j)ropres à tout que je ne pense pas qu'il y ait au monde meilleures gens. Leur parler est le {dus douxel le plus affable qu'on puisse entendre, et toujours accompagné d'un sourire bienveillant. On peut dire d'eux (pi'ils aiment leur prochain comme eux-mêmes. »
L'expérience (ju'il venait de faire de ces âmes « naturellement chrétiennes » détermina Colomb à fonder un établissement dans un lieu (jui, d'ailleurs, lui semblait désigné par un accident où sa pieuse résignation voyait le doigt même de la Providence. Il fit part de son intention au cacique Guacanagari dont il avait tant à se louer, et celui-ci l'approuva fortement, offrant de l'assister en tonte chose. Mais l'Amiral tenait, comme il l'a expliqué lui-même, à donner à ce chef et ;i ses sujets une grande opinion des talents et de la |)uis-
CIIAi'liltK SlXll'MK.
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sance des Espagnols. Il lil donc constrnire par ceux-ci uni; tourct un Ibrtin audessus de caveaux voûtés, où l'on rassembla les munitions de guerre et de
bouche, et autres denrées et objets de toute sorte, (jui pouvaient répondre aux futurs besoins de la garnison.
Ces travaux rapidement exécutés, sous la direction de Colomb, ingénieur et
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architecte, éiiicrvcillaient le jeune prince qui les suivait avec une intelligente curiosité. Dc-jà, adoptant en partie les usages européens, il portait liahitucllenient une chemise, des gants, des chaussures, présents de l'Amiral en qui ilseniblait aimerel révérer un père. Coiunie il parlait souvent de ces Caraïbes anthropophages dont les incursions désolaient ses petits Etats, Colondj résolut avant de partir de lui laisser ainsi qu'à son peuple une haute idée des ressources qu'ils trouveraient dans une sincère alliance avec lui. Une sorte d'exercice à feu sul'lit ])0ur leur inculquer celle opinion salutaire. Peu s'en ialhil luènie que le but ne fût dépassé, tant le bruit cl l'elTet d'une arquebuse et d'un espingard déchargés contre la coque de la Sainte-Marie, frappèrent tous ces pauvres gens de terreur.
Ces sages précautions prises, et la construction du fort étant terminée, Colomb consacra solennellenient ce berceau d'une naissante colonie, en le mettant sous l'invocation de la naissance du Sauveur : il l'appela Natimlad, comme nous aurions dit Noël, et il y lit arborer le drapeau de Castille. 11 éleva enmème tenq»ssur un coteau voisin la croi.x la plus monumentale qu'eût encore vue le nouveau monde.
Les Indiens assistèrent à ces cérémonies, avec leurchef revêtu d'un superbe niauleau écarlate, et entouré de noi)les et de prêtres, déployant une pompe dont rAmiral se montre à la fois émerveillé et édifié. Sou cœur nageait dans la joie devant la respectueuse attitude, et les fréquents signes de croix de ces sauvages (pi"il voyait, dans le plus prochain avenir, convertis à une religion dont ils pralicpiaient déjà la morale.
Aussi n(; fût-ce ])as sans un double serrement de cœur qu'il \mi enlin ses dernières dispositions pour un voyage devenu aussi nécessaire (jne ])érilleux, par suite de la perl(! totale d'un de ses deux navires, et du mauvais état du second. 11 procéda au choix de la garnison qui se composa de quarante-deux hoinmes, la plupart d'élite, sous le connnandement de sou neveu Diego de Araua; après cpioi, ayant pourvu de son mieux à tout événement, et laissant
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à la ])elite colonie les instructions les plus sages, les plus paternelles, il [irit congé derinconsolable Guacanagari, et, le vendredi 4 janvier, il partit pour rEuro{)e, sur la iSina chargée à couler, mais portant mieux que César et sa fortune.
 peine sorti de la passe, le vent tourna et devint tellement contraire qu'on ne put avancer (ju'en courant des bordées. Colomb en profita pour relever les points les plus saillants de cette admirable cote, dont il ne s'éloignait qu'en soupirant. Au pied d'un mont qu'il appela Monte Cristo, et comme il entrait dans le port du même nom, un cri parti de la hune signala la /*in/a. C'était en effet ce navire, que la brise fraicliie rangeait comme de force à son devoir.
Faisant de nécessité vertu, l'ainé des l'inzon fut bientôt près de l'Anjiral, au(piel, pour expliquer sa désertion, il donua des défaites dont celui-ci se laissa payer par prudence, mais non sans écrire sur son journal « ([ue, une fois sa mission remplie, il ne souffrirait plus les méfaits d'hommes indélicats et sans vertu, qui prétendaient faire prévaloir leur volonté contre celui qui leur fit tant d'honneur. »
l'inzon, au reste, en cette occasion, ne jjcrdit |)as seulement la confiance de l'Amiral; son crédit, comink! maiin, diminua aux yeux des é([ui])agcs, lorsqu'on s'aperçut (jue , dans son emj)rcssement à recueillir de for, il avait négligé d(î renouveler un de ses mâts devenu insuffisant, et laissé envahir la Pinta par des tarières, (pii en avaient fortement eudonnnagé la cocpie.
(>ette dernière avarie, jointe à uiU3 voie d'eau à réparte' sur la iSina, causa de longs retards à l'expédition de retour, et la livra à des tempêtes que plus de prouiplitiuie lui eût fait sans doute éviter.
i'eudant les relâches iu(''vilables auxcpu'Ues donnèrent lieu ces divers accidents, (iolouib ne perdit pas son temps : il explora la côte nord de Saint-Domingue jusqu'au golfe de Saniana, et put, en outre, donner une sévère leçon
i-2(i ciir.isToi'iiK roi.oMii.
à des naturels de la race des Ciguayens, qui avaient tenté de s'emparer d'un détachement espagnol.
Ce l'ut le premier sang versé par des Européens dans le nouveau monde; mais, ici du moins, la cause était juste, et comme il n'y avait ]»as eu mort d'homme, l'Amira^eut la satisfaction de ne point s'éloigner sans avoir vu la bonne intelligence rétablie entre ces Espagnols et ces sauvages, qu'il regardait tous également comme ses enfants.
Sur ces entrefaites, et pendant qu'il chercluiit au sud-est celte ile des Amazones, qu'on suppose être la Martinique, le vent s'étant déclaré favorable, il mit enlin le cap sur rEs})agnc, au nom de la sainte Trinité, esjjéraiit, disait-il, que malgré le délabrement des deux caravelles, le même Dieu (jui l'avait amené le ramènerait à bon port.
Le temps, pendant la première semaine, ne lit qu'ajouter à cette juste confiance; mais, à [)artir du 21 janvier, les changements de rumbs dovinrcnt frécpienls; des calmes et des bourrasques se succédèrent de façon ;'. ralentir indéfiniment une marche dans laquelle le moindre retard était un danger.
A chaque instant, la Niî^ia devait diminuer de toile pour attendre la Pinla, (pii n'allait ])resque plus qu'à la bouline.
Quinze jours plus tard ce[)endant les pilotes se croyaient très-près de l'Espagne, Colomb soutint ([u'ils se trouipaicnt de cent cinquante lieues, e'. l'événement ne lui donna (jue trop raison. A l'heure où, d'après leur estime, ils auraient dû se trouver à l'abri d'un port, ils virent fondre sur eux une tempête, qui, pendant trois fois viugt-qualn^ lieures, les tint sans relâche en face de la mort .
ha Pinta, hors d'état d'aller au plus près, avait dû fuir sous le vent. Une fois (îlie répondit au signal nocturne de la Nina; mais bientôt elle disparut dans la nuit.
Enlin le danger devint si pressant, que l'Amiral dut conlier à la mer le
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dôtiiil rcrit de sa diVoiivoiio. avec Imites les précautions usitées en ces cas extrêmes.
Ce devoir rempli, Coloinl), un monieiil abattu, sentit renaître en soi une confiance, qui ne devait |)as |)lus le tromper cette fois (ju'elle ne l'avait l'ait jusqu'alors.
Le vendredi, IT) février, on reconnut une terre où les pilotes virent les côtes d'Espagne, mais que l'Amiral déclara être une des îles Açores.
L'Amiral avait encore raison; mais ce qui dut moins le flatter, c'est que cette île de Sainte-Marie, où il lui fallait de toute nécessité relâcher, appartenait au roi de; Portugal, à un prince, dont, plus que jamais, il devait redouter la malveillance.
En effet, une partie de ses hommes n'eut pas plus tôt débarqué pour accom- |ilir un des vœux faits dans la tempête, que le gouverneur les fit arrêlei'. Colondj, comme on l'a su dejjuis, aurait eu le même sort, s'il eût mis un ])i('d hors de la Nina; mais il n'avait eu garde de le faire. Aussi, de guerre lasse, désespérant de l'attirer dans un piège, le gouverneur lui renvoya enfin ses hommes, et la Nina, sans môme avoir pu se ravitailler, dut reprendre le large, et courir au-devant d'une tempête plus fui'ieuse encore que celle où elle avait failli périr.
C'était ce fameux ouragan, le plus terrible, de mémoire d'homme, qui eût soulevé la mer océane. Eu Flandres seulement, vingt-cinq navires espagnols avaient péri.
La petite M/ïa ne périt point : tète baissée contre l'orage, elle rasa le terrible rocher de Cintra, et à travers mille dangers elle força la difficile entrée du Tage.
Encore une fois, ('olonib avait fait liuipossible, et il allait le faire encore.
Au moment où tout son (''quipage se lamentait de se voir tombé enli-e les mains du roi de Poi'tuyal, il écrivait à ce prince une de ces lettres comme
CIIRISTOPIII- COLOMli.
soul il en savait faire, etlo prince, désarmé, fléchi — et prudent, — envoyait cherclicr l'Amiral, avec des honneurs extraordinaires, l'adressait à la reine.
non moins ravie de le voir et de l'entendre; et, après bien des hésitations, vainqueur enfin de lui-même, il le laissait jjai'tir pour l'Espagne.
Au dernier moment, toutefois, il lui euvoya pi'oposer, vu le mauvais temps,