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Christophe Colomb et les académiciens espagnols; notes pour servir à lhistoire de la science en Espagne au XIXe siècle par l'auteur de la Bibliotheca americana vetustissima

Avec une perspicacité digne de remarque et d'éloge, l'Académie royale espagnole de l'Histoire a compris que les étranges conférences faites à l'Athénée de Madrid, en 1892, ne sauraient suffire j)our célébrer convenablement la gloire de Christophe Colomb '. Elle s'est même aperçue que la science, tant soit peu négligée dans ce milieu académique, exigeait aussi une coopération aux fêtes du quatrième centenaire de la découverte du Nouveau Monde. Sacrifiant au goût du jour, dans la limite de ses moyens, la docte compagnie décida donc de publier une « enumeracion » des documents et livres relatifs à Christophe Colomb et à ses voyages^. C'est mince, étant donnés

Ce travail a para dans le Centralblatt far Bibliolhekswesen , numéro de janvier-février 1894.

1. Hakrisse, Christophe Colomb devant l'Histoire ; Paris, 1892, in-8, pp. 54—77.

2. Bibliografia colombina. Enumeraciôn de libros y docnmentos concernientes d Cristôbal Colon y sus vinjes. Obra (/ne publica la Real Academia de la Historia por encargo de la j un ta directiva del cuarlo centenario del descubrimiento de America.

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l'homme et l'occasion. C'était encore au dessus de ses forces , ainsi que le lecteur ne va pas tarder à s'en convaincre.

A cet effet, elle nomma une junte d'académiciens, tous triés sur le volet. C'est leur élucubration que nous allons examiner.

Le lecteur nous pardonnera d'entrer dans de minutieux détails sur l'œuvre en elle-même et touchant les érudits qui ont présidé à sa confection. Ils sont au nombre de cinq : MM. Eduardo Saavedra, Juan de la Rada y Delgado , Marcelino Menéndez y Pelayo, Antonio Maria Fabié et Cesâreo Fernândez Duro < .

Nous avons tenu à être exactement renseigné sur les aptitudes de ces bibliographes péninsulaires pour la tache qu'ils ont entreprise. M. Saavedra est une sorte d'arabisant^, plutôt ingénieur des j)onts et chaussées, M. Rada a publié des articles d'architecture et fait une pièce de théâtre sur Christophe Colomb. M. Menéndez Pelayo a beaucoup écrit sur l'ancienne littérature de son pays, trop vite peut être; mais, à tout prendre, c'est un des quatre hommes de

Madrid , Establecimiento tipo^ràfico de Fortanei, impresor de la Real Academia de la Historia. 1892. 1 fort volume in-S" de x et 680 pages, avec 3 feuillets non chififrés pour additions, ein'ata et notice portant que l'impression du livre fut terminée le 1" août 1892.

1. Il convient de ne pas oublier deux coadjuteurs : « Los Sres D. Antonio Rodrigufz Villa, academico electo, y D. Cristobal Ferez Pasior, bibliografo laureado por la Biblioteca nacional. »

2. Le Seiîor Saavedra s'occupe de livres espagnols écrits en caractères arabes.

valeur^ de cette académie. M, Fabié se targue d'une biogra|)hie de Las Casas : médiocre paraphrase de Quintana, disent les gens versés dans la matière, car, personnellement, notre connaissance des efforts littéraires ou scientifiques de cet académicien est tout à fait limitée à trois articles de revue : élucubrations où l'ignorance du sujet le dispute à la puérilité des raisonnements. Il serait cependant doué d'étonnante façon, puisqu'il l'entendre, lui seul au monde fut jamais cajiable de saisir la portée de l'Histoire des Indes de Las Casas quand l'ouvrage eut été imprimé et répandu partout.

A un exégète de cette force, il fallait adjoindre un biographe et bibliographe consommé. L'académie madrilène n'hésita j)as et elle choisit pour cinquième membre de la junte son s})écialiste bien connu, le capitaine Duro. Tout d'ailleurs le désignait aux préférences de ses collègues.

Dans un voyage à l'étranger, cet académicien avait été frappé d'une notice concernant le clerc espagnol venu en France vers 1445 et qui, par son savoir et son adresse, émerveilla les docteurs de l'Université de Paris. Ce prodige d'érudition lui était totalement inconnu, bien que son nom soit écrit en toutes lettres dans vingt ouvrages, à commencer par celui qu'il avait sous les yeux. Sans perdre un instant, le capi-

1. Les trois autres sont M. Hinojosa, qui fait du droit et de l'épigraphie, le P. Fita, auteur de bons travaux sur l'histoire du moyen àg-e, puis M. Codera, qui a la spécialité de la numismatique arabe.

taine Duro, inspiré par l'amour de la patrie, informa l'Académie de l'Histoire d'une découverte si flatteuse pour la nation. Mais, dit-il à ses savants collègues, tous muets de regret, nul ne connaît un Fernando de Gordoba qui aurait été célèbre pour sa science à l'époque indiquée *. Après de profondes méditations ils finirent par identifier Fernand de Cordoue avec Fernando del Pulgar ! Ajoutons, comme trait bien typique, qu'il suffisait d'ouvrir la Bibliotheca de Nicolas Antonio, voire un simple dictionnaire de biographie, pour être tout à fait édifié sur Fernandus Gordubensis, certainement aussi fameux que l'est Pic de la Mirandole.

Un jour, l'Académie royale de l'Histoire s'aperçut que l'Espagne ne possédait aucun dictionnaire biographique de ses grands hommes. Elle résolut d'y pourvoir sans tarder et fit appel aux érudits de ce |)ays. Pour mieux traduire sa pensée, l'Académie chargea le capitaine Duro d'ajouter au programme de l'entreprise un échantillon de son savoir-faire^. Ge à quoi il ne manqua point. Le sujet choisi était don Juan d'Autriche : sujet facile assurément. Pour nous en tenir à la partie bibliographique, la seule aujourd'hui qui puisse intéresser nos lecteurs, rien de drôle comme ce spécimen donné en modèle aux

1. Bolethi de la Real Academia de la Ilistoria, 1887, t. XI, pp. 175—180.

2. Reglas acordadas por la Academia de la Historia para la redaccion de papeleias que han de servir de maieriales al diccionario hiografico espahol ; clans le Boletin de la R. Academia de la IJisioria,' 1885, t. VII, pp. 426— 427.

lettrés castillans. Une autorité que personne ne songera à récuser, don Domingo Rostrituerto , le décrit en ces termes :

a Cette bibliographie est une vraie salade. Les sources contemporaines y sont mêlées aux livres de seconde main et aux livres que l'auteur ne connaît que par références, plusieurs ouvrages y sont cilés sans la date et le lieu de publication, enfin les renvois à de grandes collections ou à des recueils manuscrits ne rendent pas compte du tout de la nature des pièces qu'on y peut consulter. Des livres sont cités sous trois noms d'éditeurs comme s'il s'agissait de trois ouvrages différents. Quant aux omissions elles foisonnent ^ . »

Et don Domingo n'a pas tout dit! Cette manière de comprendre la bibliographie est, ainsi que le lecteur s'en apercevra bientôt, un des traits caractéristiques de la science espagnole contemporaine, et qui doit (aire se retourner dans sa tombe le pauvre José Gallardo. Le capitaine Duro est un des représentants les plus distingués de cette école, comme le démontre la liste d'œuvres poétiques, concernant l'illustre navigateur, qu'il soumit naguère aux bibliographes des deux mondes. Elle porte, en tète, des articles de ce genre :

Julio César. Poema de Colon.

Gesner. El primer nnvegante ., poema. Madrid, 1796 2.

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