Revue [listoriqiie, 1886, t. XXX, p
2. Duro, Colon y la Hisloria posthama ; Madrid, 1885, in-12, p. 291.
Rien de tel que l'analyse scrupuleuse des textes et la connaissance approfondie des langues étrangères!
Nous laissons aux amateurs de logogriphes l'agréable occupation de découvrir ce poème de Jules César sur Christophe Colomb. Quant à l'autre ouvrage, également présenté pour servir à l'étude de la découverte de l'Amérique, c'est l'idylle Der erste Schiffer^ du poète zurichois. (Que vont penser Melide et Seraire?)
Outillée de la sorte, l'Académie royale de l'Histoire ne pouvait manquer de produire un monument bibliographique comme on n'en avait pas encore vu. L'attente des américanistes a même été surpassée et c'est ce chef-d'œuvre qu'il nous reste à décrire.
Et tout d'abord, quelle méthode fut adoptée par les académiciens espagnols ; eurent-ils même une méthode pour leur Bibliografia Colombina? Ils l'ont bien divisée en huit sections, lesquelles se trouvent subdivisées en une trentaine de chapitres, mais ces chapitres ne contiennent, pour la plupart, que des su|3erfélations et forment un véritable fouillis.
Si le sujet avait été proposé à un bibliographe français ou allemand, même américain, son premier soin eût été de se pénétrer des exigences d'une bibliographie spécialement consacrée à Christophe Colomb et à ses voyages et, en réponse, il aurait défini ses idées sur la matière, à peu près de cette façon :
Le xvi^ siècle fut par excellence une ère de progrès, où la Renaissance et la Réforme donnèrent à l'activité intellectuelle des nations européennes une impulsion qu'augmenta naturellement l'imprimerie déjà répandue partout. Les livres se multiplièrent avec une rapidité que rien désormais ne put arrêter. Jj'histoire des découvertes transatlantiques et les traités de cosmographie qu'elles suggérèrent se ressentirent au même degré de cet élan, et, sous des formes diverses, le Nouveau Monde devint le sujet de nombreuses publications, tant en prose qu'en vers, notamment dans les grands centres de l'Italie et de l'Allemagne.
Bientôt à Colomb succédèrent dans l'esprit des
écrivains, Vespuce, puis Magellan, Gortez, Pizarre; mais comment raconter les exploits de ces navigateurs et conquistadores sans rappeler, fût-ce par une simple phrase, ceux du grand Génois, dont ils ne firent que suivre les traces? Aussi son nom est-il cité dans la plupart des livres qui traitent des explorations et des conquêtes transatlantiques. On compte donc aujourd'hui environ quatre-vingt-dix-sept mille ouvrages se rapportant exclusivement au Nouveau Monde. Un tiers de ceux-ci mentionne, à des degrés divers, Ghrislophe Golomb et ses mémorables entreprises. Devra -t-on les comprendre tous dans une bibliographie colombine ? Evidemment non.
Parmi les livres ne contenant qu'une notice succincte mêlée à d'autres sujets, seuls devront être décrits ceux qui furent jiubliés dans les |)remiers temps de la découverte. Le motif de celte préférence est que l'historien doit connaître l'effet produit par la merveilleuse nouvelle, comment les savants la comprirent, les conséquences que le commerce, l'industrie et la navigation se hâtèrent d'en tirer, enfin les pensées qu'elle inspira aux théologiens, aux géographes, aux poètes. Plus tard, ces brèves références ne présentent plus aucun intérêt. Gontinuer à comprendre dans une bibliographie de ce genre tout livre qui en renferme, admettre même des ouvrages où la découverte du Nouveau Monde est décrite, mais intercalée au milieu d'aulres récits, c'est se |)erdre dans une masse hétérogène qu'exclut le caractère précis de toute œuvre bibliographique bien com|)rise.
D'autre part, ne décrire dans une bibliographie destinée surtout à faciliter l'étude de l'histoire, que les ouvrages consacrés exclusivement à Colomb et à son entreprise, aurait pour résultat de rejeter hors du cadre certains écrits, peu nombreux d'ailleurs, <|u'il iniporle de lire. C'est une question de tact et de mi'sure. Ainsi, de toutes les éditions des Océaniques de Pierre-Martyr d'Anghiera on ne doit admettre que celle de la première Décade, parce que c'est la seule qui concerne Colomb et ses découvertes. V Historia de Las Casas trouve grâce, car trois volumes sur cinq ne traitent que de ce seul sujet. Mais doivent être éliminées l'Histoire des Indes d'Oviedo, oii sur cinquante livres, trois seulement se rapportent au grand navigateur génois, et les Décades d'Herrera, dont plus des deux tiers ne l'egardent que ses émules et ses successeurs. Le bibliographe néanmoins est parfois autorisé à mentionner les ouvrages de ces écrivains mêmes, ainsi que ceux de Benzoni, de Robertson et d'autres historiens de l'Amérique, mais c'est uniquement lorsque, par exemple, dans les publications des frères de Bry et de certains éditeurs hollandais, dans plusieurs traductions et dans les résumés faits en Anglelei re, en Ilalie et aux Etats-Unis, leurs écrits ont été modifiés de telle sorte que la partie embrassant les voyages de Colomb est séparée du reste, ou annoncée en vedette sur le frontis|)ice.
11 y a aussi des travaux d'une nature spéciale qui se trouvent enclavés au milieu d'ouvrages entière-
ment différents et considérables, tout en conservant leur caractère propre. Lorsque Agostino Giusliniani, dans le premier Psautier polyglotte, insère en marge du psaume Cœli enarrant gloriam Dei une véritable biographie de son célèbre compatriote et contemporain ; quand, à propos du passage de la Vie d'Agricola où il est dit que des soldats romains naviguèrent très loin sur l'Océan, Salinerio publie à la suite de ses annotations sur Tacite douze documents notariés relatifs à l'illustre Génois ou à sa famille, on est bien forcé de comprendre ces livres dans la liste, tout extraordinaire que puisse paraître le nom du roi David et celui de Tacite dans une bibliographie concernant Christophe Colomb.
Ces raisons s'appliquent également aux collections comme celle de Muratori. C'est-à-dire qu'il faut en extraire, pour les mentionner séparément, les écrits spéciaux à notre sujet. Il est incontestable que tout en étant noyé dans une compilation de vingt-sept volumes in-folio, le De navigatione Coliimhi d'Antonio Gallo exige une description particulière, insérée non pas sous le nom de Muratori, qui l'a seulement livré à l'impression, mais sous celui de l'auteur. Pour bien marquer la différence, notons que Senarega et Allegretto, dont les récits se trouvent aussi dans les Reriun italïcarum scriptores de Muratori et qui sont, pour notre sujet, d'une importance non moins grande que les Commentaires de Gallo, doivent être omis, car les passages que ces deux historiens consacrent à Colomb font partie intégrante de travaux d'en-
semble, l'un sur une certaine période de l'histoire de Gênes, l'autre dans les éphémérides de Sienne.
Viennent maintenant les recueils formés d'opuscules d'un caractère biographique. A rexce|)tion des- Illustrium viroriun vitœ de Paul Jove, le célèbre navigateur figure à peine dans les collections qui, sous le titre à'Elogia, de Theatrum et d'Ico/ies, — véritables ancêtres de nos dictionnaires de biographie, — furent si souvent publiées à la fin du xvi^ et dans la première moitié du xvii^ siècle. De fait, ce n'est guère qu'à partir du recueil compilé par de Juigné Boissinière (Paris, 1644), qu'un dictionnaire de biographie universelle commence à s'occuper spécialement de l'illustre marin. L'article n'a que huit lignes, et si Charles Estienne (Dlct. Iiist. géogr.^ Genève, 1670) ne parle du célèbre Génois qu'incidemment, Jean-Jacques Hofmann peu après [Lexicon universale , Basil., 1679) lui consacre une notice relativement étendue. Son exemple est suivi par Moréri [Grand Dict. /listor., 2*^ édition, Lyon, 1G81) et, dorénavant, Christophe Colomb figurera danstous les ouvrages de ce genre, sans une seule exception. Aussi, insérer dans une Bibllografia Colomhina des titres d'encyclopédies biographiques, modernes surtout, et les proposer comme source d'information sur Christophe Colomb est un truisme équivalant (qu'on nous passe l'expression) à prendre ses lecteurspour des imbéciles. Les académiciens espagnols n'y ont pas manqué et avec un zèle incroyable, comme nous le montrerons par la suite.
Les articles spéciaux de revues trouvent ici leur place, au même titre que les écrits particuliers de la collection de Muratori. On doit également accueillir certains articles de journaux, car, à plusieurs reprises, ces l'euilles volantes ont été le point de déj)art d'importantes publications et de vives controverses. C'est dans la Gazzetta di Genova que Spotorno, Serra, Isnardi, se livrèrent à une polémique ardente touchant le lieu de naissance de Christophe Colomb. C'est aussi dans un journal, La Gaceta de Santo Domingo, que Mgr Roque Cocchia publia son premier mandement à l'occasion des cendres miraculeusement retrouvées de l'illustre Génois, et plusieurs dissertations qui amenèrent sur ce seul sujet plus de soixante brochures. Mais il va de soi que ces articles ne doivent pas être des entre-filets ou de courtes mentions. Ici encore c'est une question de simple bon sens.
En résumé, la première condition d'une bibliograj)hie spéciale est de porter un titre parfaitement défini.
La seconde, c'est d'y rester tout à fait fidèle.
Viennent ensuite les éléments. Leur formule, c'est l'adéquat dans le sujet, dans la substance et dans la forme.
S'il y a des exceptions, elles doivent être toutes d'un ordre précis et particulier.
Nos lecteurs savent ces choses et depuis longtemps ; mais il n'en va pas de même à l'égard des académiciens espagnols. Nous allons le démontrer.
Le titre de l'ouvrage est clair : Bibliografia Colomhina. Enumeraciôn de libros y documentos concer^ nientes à Cristàbal Colon y sus viajes. Il s'agit donc d'une bibliographie de livres et de documents relatifs à Colomb et à ses voyages : rien de plus, rien d'autre, aux termes du titre même.
La première partie est une liste de documents contenant 707 articles. Il n'y en a pas la moitié qui se rapportent au sujet. Le reste ne concerne que les descendants de Colomb et les expéditions de Hojeda, de Diego de Lepe, de La Cosa, de Vespuce, de Vicente Yanez Pinzon et de Bastidas, navigateurs qui explorèrent des régions restées inconnues à l'illustre Génois. Les parties qui suivent présentent des amalgames plus intempestifs encore, depuis Jean et Sébastien Cabot jusqu'à Magellan.
Si le projet des académiciens avait été de composer une bibliographie des ouvrages concernant les découvertes géographiques accomplies au Nouveau Monde, le lecteur s'expliquerait l'intrusion de ces titres, tout en se demandant pourquoi les érudits espagnols se sont arrêtés en si beau chemin. Il est évident que, dans cette voie, on devait citer tous les auteurs de découvertes faites en Amérique, au moins jusqu'au voyage qui termine le périple, commencé au Labrador en 1497 par Jean Cabot et terminé au Cap Orford par Bartolomé Ferrelo en 1543. Ce n'était pas leur but,
dira rAcadémie de l'Histoire. Alors il fallait s'en tenir à « Christophe Colomb et à ses voyages », selon l'énoncé du titre. Les écrits entièrement consacrés à l'illustre marin et à sa mémorable entreprise sont loin d'être « numerosisimas », comme le prétend le porte-parole des académiciens. 11 n'y en a pas deux mille (jusqu'à l'année 1890). C'était bien assez pour mettre à l'épreuve leurs talents de bibliographes. Considérée même comme bibliographie des découvertes transatlantiques, Y Enumeraciôn madrilène est encore plus fautive et plus incomplète, si faire se peut !
Quant à ces brèves notices documentaires, qu'on voudrait représenter comme le résultat de profondes €t difficiles recherches, elles proviennent simplement, pour le plus grand nombre, de la série de claires et belles copies faites au siècle dernier par Munoz, ainsi que des tables de matières de la collection de Navarrete et des Docwnentos inéditos de Indias^ dont ces savants ont enfilé les titres à la suite les uns des autres, sans les contrôler, sans même en définir le caractère. C'est à un tel point qu'on les voit donner fréquemment comme inédites d'importantes pièces qui se trouvent imprimées tout au long dans des recueils qu'ils ont sous les yeux, reproduire le même document avec deux et même trois titres dissemblables, attribuer à un manuscrit le contenu d'un autre, enfin omettre des cédules, des ordonnances de premier ordre se rapportant exclusivement à Colomb ou à ses voyages, et jusqu'à des lettres de lui, parce
que ces pièces ne figurent pas dans les récapitulations ou dans les index : preuve que celte catégorie de bibliograjihes s'imagine pouvoir se dispenser d'ouvrir un livre ou un manuscrit pour le décrire.
Limitant notre examen à trois ou quatre années seulement de la vie maritime de l'illustre navigateur, nous allons citer quelques exemples, notés en parcourant la première section de la Bibliografia Colombina : celle dont les académiciens paraissent être le plus fiers.
P. 9. Les cédules du 23 mai 1493, ordonnant d'appliquer à l'armement de la seconde expédition de Colomb l'or et l'argent pris aux Juifs quiémigraient en Portugal, loin d'être « inédites », sont insérées dans les Docnnientos inéditos de Indias (t. XXL pp. 406—423).
P. 41^. L'énoncé « inédito » du payement fait à Americ Vespuce pour le compte de Juanoto Berardi, le 12 janvier 1496, est donné en extrait par Navarrete (t. III, p. 317) et non, comme la Junte, d'après les copies de Muiioz, car il a été pris sur les registres mêmes de la Casa de Gontratacion.
P. 43. L'ordre « inédito », donné par les Rois Catholiques à Francisco de Soria de remettre à Colomb copie des documents relatifs à l'Amirauté
1. Lp Ipcteur nous pardonnera de ne pas être plus précis, ca.r\di Bibliografia Colombina donne souvent une dem'-douzaine d'articles ?ous la môme date, dans une seule page; mais les académiciens, avec leur esprit méthodique habituel, se sont dispensés de numéros d'ordre pour la première section, la plus importante de toutes.
de Castllle, le 23 avril 1497, se trouve dans Navarrete (t. I, p. 355) et, avant lui, deux fois dans le Codice Diplomndco (pp. 10 et 162). La Junte, pour s'en aj)ercevoir, n'avait qu'à jeter les yeux sur le document qu'elle cite à la page 44.
P. 47. La cédule « inédita », du 12 juin 1497, accordant à Colomb le privilège de toucher avant la Couronne son huitième des profits et d'autres avantages, est publiée en entier dans le Codice Diplomatico (pp. 86 — 87), ainsi que par Navarrete (t. II, p. 202), et indiquée par la Junte elle-même à la p. 46, sous la date du 2 juin 1497 <.
P. 51. Le contrat fait avec Juan Antonio, au printemps de 1500, n'est pas précisément « inédito », puisque Navarrete le résume en ses parties essentielles (t. II, p. 243).
Pp. 55 — 56. La fameuse trouvaille des académiciens de la cédule « inédita » du 27 septembre 1501, à laquelle ils consacrent une colonne entière, est publiée iii extenso non seulement dans le Codice Diplomatico (pp. 246 — 254), mais encore dans Navarrete (t. II, pp. 275 — 278) et dans les Documentos inéditos de Indias (t. XXXI, pp. 72 — 79). C'est d'ailleurs le même document que ces savants indiquent quelques lignes plus haut, cette fois, comme « publicado ».
P. 65. L'autorisation « inédita » donnée à Colomb, le
1. Le Codex de Paris et celui de Gênes donnent « dose » ; Las Casas (t. II, p. 191) écrit « 2 dias de Junio ».
26 novembre 1504, de se servir de la litière qui avait été employée pour les obsèques du cardinal Mendoza. se trouve Verbatim dans Navarrete (t. II, p. 302) et non plus en copiant Muîioz, mais d'après les archives de la « Contraduria » de la cathédrale de Séville.
P. 69. La partie des Anales de la Cartuja de las Cw<?p«5 afférente aux Colomb, donnée comme inédite, a été publiée par M. Harrisse dès 1878 [Los Restos de D. Cristoval Colon ^ pp. 44 — 46), et très imparfaitement par un académicien espagnol, à la main preste et légère, l'année suivante.
Pp. 207 et 681. Par contre, le mémoire rédigé par Colomb pour son fils Diego n'est aucunement « el mismo que publico el Sr. Navarrete en su Coleccion de Viajes, t. I, pag. 351 », ou par Navarrete nulle part ailleurs, malgré l'assertion de la Junte, dans un erratum fait exprès ! C'est ce que son spécialiste eût pu facilement voir en comparant sa propre publication de ce document avec le mémorial de la Coleccion de Viajes. Le premier fut remis à Diego avant le départ de Colomb pour son quatrième voyage, en avril ou mai 1502, l'autre est de décembre 1504, puisqu'il mentionne la mort récente d'Isabelle la Catholique.
Mais ce qui dépasse tout, ce sont les omissions de documents de premier ordre, voire de lettres écrites par Christophe Colomb lui-même !
Par exemple :
Où est la lettre « che egli scrisse dalla Spagnuola del mese di Gennaio l'anno mccccxcv », et où il
raconte sa prétendue expédition, comme commandant en chef, à Tunis, par l'ordre de René d'Anjou? Cependant les Historié (f° 8) et Las Casas (t. I, p. 48), — ce fameux Las Casas que le senor Fabié seul comprend, — la donnent in extenso.
Et l'important mémoire sur la religion et les rites des Indiens, rédigé par l'ordre de Christophe Colomb, et qu'il envoya aux Rois Catholiques en mars 1496? Ils l'ont omis, bien qu'on le trouve tout au long dans les Historié (f°^ 127 — 145) et dans Pierre- Martyr (Decad. I, lib. IX).
Oîi est la cédule du 21 mai 1499, concernant Gomez de Rivera, et où sont les instructions données à Gimeno de Rribiesca, le 12 avril 1500, à propos du contrat fait avec Juan Antonio, et que Navarrete a connues ?
Où est la cédule si importante du 28 février 1494, nous apprenant que Juan de la Cosa non seulement accompagna Colomb dans son premier voyage, mais qu'il y était « maestre de una nao suya », et publiée par Navarrete [Bibliot. Maritima,t. II, pp. 208 — 209) ?
Où se trouve l'examen juridique des droits de Christophe Colomb rédigé par ses avocats sur sa demande, et publié dans le Codice Diploniatico (pp. 266—272)?
Où les académiciens ont-ils aussi inséré la grande réponse des conseils de Colomb aux objections soulevées par les juristes de la Couronne, en 1501, et publiée également dans le Codice Diplomatico (pp. 274—294)?
Et la proclamation de Christophe Colomb du 12 septembre 1498 [Historié, f. 178, et Las Casas, dont le senor Fabié a le monopole! t. II, p. 320)?
Et l'engagement pris par Roldan le 16 [sic pro 17) novembre de cette année [Historié, f°® 180 — 181) ?
Et la fameuse convention faite avec ce rebelle le 21 suivant [Historié, f°« 179—180) ?
Et la lettre si touchante que Colomb écrivit le jour de Noël 1499 {Historié, f° 188) ?
Certes, notre admiration pour les œuvres, en prose et en vers, des académiciens espagnols est sans mélange; mais nous hésitons à croire que l'absence de ces pièces ca|)ilales soit compensée par la liste, minutieuse et complète, qui s'étale avec complaisance dans la Bibliografia Colombina , de tout ce que les membres de la Junte ont jamais écrit sur l'histoire du Nouveau Monde.
C'est encore moins par l'exactitude et la précision que brille cette partie de la bibliographie académique :
P. 15. Ce n'est pas « Violante Muîiiz » qu'on lit dans le document original concernant la belle-sœur de Christophe Colomb, mais « Briolanja Muniz », et quoi qu'en dise le capitaine Duro, qui a réponse à tout, « Briolanja » et « Violante » n'ont rien de commun^. De toutes façons, comme le document original porte « Briolanja », le capitaine Duro n'a pas j)lus le droit d'imprimer « Violante » que Monique
1. Ce n'est que la « Briolanja » et « la belle royne Briolania », de YAmadis de Gaule.
ou Gunégonde. C'est élémentaire. Tant pis pour ce grand érudit s'il ne consulte jamais les sources !
P. 24. Ce n'est pas « 100.000 maravedis de renta » que porte le document original du transfert fait par Colomb en faveur de sa maîtresse Béatrice Enriquez, mais 10.000 seulement.
P. 40. Ce n'est pas « Bartolomé Colon » qu'on lit dans le document du 10 juillet 1495, mais « Bartolomé Colin », comme la Junte eut pu s'en assurer avec un peu de réflexion, car, à cette date, Barthélémy Colomb, loin d'être à Séville, était à Hispaniola, où il gouvernait la colonie en l'absence de son frère.
P. 42. Le contrat fait avec Garcia Alvarez, est-il bien du « 16 juin 1496 », comme ils le disent? Navarrete [Viajes apôcrifos, p. 20, note) déclare que le 16 juin n'est que le jour du départ de l'expédition, et le 16 mars la date de YAsie/tto. Il nomme aussi le patron du Lazaro a San Juan de Afangui » et non, comme les académiciens « San Juan de Aranguis ».
P. 43. « 1496. Guenta que dieron los maestres de las carabelas Nina y Santa Cruz., venidas de Indias con D. Cristobal Colon, de su viaje â Roma [s/c] por mandado del Obispo de Badajoz, y lo que les paso à la vuelta. Inéd. Archivo de Indias, Pto. 32 — 3-^/20- L. 2. » Que veulent dire les académiciens et qu'est-ce que ce voyage à Rome de Christophe Colomb ? Voilà le véritable inédit que nous attendons avec impatience et qu'ils eussent bien fait de nous donner!
P. 45. Cédule du 6 mai 1497. Le manuscrit cité par les académiciens contient-il le niandanius rendant
l'ordonnance exécutoire à partir du l^"" janvier 1498? En tous cas, Navarrete omet cette pièce additionnelle, et en le citant ils eussent dû le dire.
P. 58. La lettre des Rois Catholiques à Colomb donnée par les académiciens comme portant la date de « 1502. — Febrero, 14 », de fait est du 14 mars de cette année, ainsi qu'ils pouvaient le voir en se donnant la peine de consulter la page de Navarrete indiquée par eux-mêmes. Ces érudits ignorent également que ladite lettre a paru d'abord dans les Historié (f* 193) et ensuite dans le Codice Diplomatico, pp. 260 — 264), et qu'ils la citent aussi, quelques lignes après, sous sa vraie date, mais en la qualifiant cette fois de document a inédito ».
P. 58. La lettre du P. Gorricio à Colomb, datée du Monastère de Las Cuevas, 3 mars 1502, ne devraitelle pas figurer sous un article spécial, à cette page, au même titre que les autres lettres? Us l'ont noyée dans nous ne savons plus quel document et de façon à ne pouvoir la retrouver.
P. 59. Au sujet de la lettre écrite par Colomb à l'Office de Saint-George, la Junte ne connaît que la réponse, qu'elle date « Diciembre 7 », au lieu de « M DU die VIII decembris », et en omettant aussi la lettre adressée à ce propos, le même jour, à Diego Colomb.
P. 60. Puisque la Junte a cru pouvoir citer VAsiento inédit du 23 se|)tembre 1503, en vertu duquel Juan de la Cosa, par les mains de Nicolas Spinola, reçut six ducats pour les deux cartes
présentées à la reine Isabelle, |)ourquoi omettre la quittance inscrite sur les livres de la Casa de Contratacion, et publiée depuis 1877 ?
A propos de références documentaires, puisque la Junte, prise de scrupules, a pensé devoir adjoindre une liste d'omissions, afin de rappeler que tel ou tel document avait été aussi publié par Navarrete , elle aurait dû dire en même temps, ce semble, à cette place, deux mots des publications où parurent pour la première fois tant de pièces importantes. Proposons, pour la bonne règle, quelques redressements :
P. 6. Les émargements de Colomb, 1486 — 1492, furent d'abord publiés par Clemencin [Elogia de la Reina Z)« Isabel, p. 368, n. 17).
Pp. 6, 7, 8, 26, 69. Les lettres de Giacomo Trotti, celle d'Annibal Januarius, l'extrait de la correspondance de Simon Yerde, f Informatione di Bartolomé Colombo et d'autres encore \ sont des documents tous cueillis par le senor Asensio dans la Bibliotheca Americana Vetustissima ou dans le Christophe Colomb de M. Harrisse, imprimés l'une en 1866, l'autre en 1884, et certes ils en valaient la peine !
P. 9. La cédule adressée le 23 mai 1493 au comte Alonso et que les académiciens portent ici encore au crédit du Seiior Asensio, comme s'ils ne ])ouvaient se lasser de faire valoir ce compatriote qui les personnifie à tant d'égards"^, est dans les Dociimentos
1. Un autre collaborateur^ cependant (pp. 262, 271), cite M. Harrisse à léf^ard de Januarius et de Simon del Verde,
2. Voir : Un historien espai^nol de Christoplie Colomb, dans la Rei>ue critique d'histoire et de littérature, n" 39 — 40, 1892.
inéditos de Indias (t. XXI, pp. 406 — 413). Et puisqu'on cite cette cédule, j)ourquoi omettre celles qui furent adressées sous la même date, mais séparément, à Fernand Nunez Goronel, à Fernando de Azedo, à Fernando de Arces et à Diego de Médina ?
P. 17. La bulle du 25 juin 1493 est dans les Annales de Raynaldi (1754, t. XI, pp. 216—217).
P. 23. La lettre de lareine Isabelle, 5 septembre 1493 et celle du 13 avril 1494 ;
P. 56. Les ordres adressés à Bribiesca et à Ovando. 27 et 28 sei)tembre 1501;
P. 58. La missive écrite à Colomb le 14 mars 1502, sont autant de pièces parues dès 1823 dans le Codice Diplomadco (pp. 208, 210, 246, 256, 258, 260).
P. 70. Est-ce bien le 26 août 1508, que Diego Colomb reçut du P. Gorricio les valeurs appartenant à son frère Barthélémy ?Le Protocolo de el Monasterio de Las Cuevas dit que ce fut le 16 (Harrisse, Disquisîcion, p. 45 ^).
1. Pour ne pas sortir de la famille : Le Parecer de Fernand Colomb, du 13 avril 1524, présenté comme « inéd. » (p. 97), est imprimé tout au long dans Navarrete, t. IV, p. 333 — 339. Celui du 27 suivant, également dit être inédit (p. 98), est aussi dans Kavarrete, t. IV, pp. 342 — 343. Le premier Parecer, s. d., que citent les académiciens en le qualifiant d' « inédito » (p. 97), n'est-ce pas le même que celui de la Colecciôn de documentos inéditos para la Hisloria de Esfiana, t. XVI, yjp. 382 — 420 .^ Et le Papel de don Fer>a>d « que de su mismu letra dice que es el niejor que escribiô en esta materia », publié dans celte même Colecciôn, pp. 276—382, où les académiciens l'ont-ils inséré? Ce n'est pas non plus le 22 octobre 1508 (p. 70) que Diego Colomb fut nommé « Gobernador de las Indias », mais le 29. (Navarrete, doc. CLXIV, t. XI, p. 322.)
Nous avons relevé ces erreurs et nous allons en signaler d'autres plus graves encore, parce qu'elles sont typiques. On y saisit sur le vif la manière de travailler des savants espagnols, leur insouciance, leur savoir superficiel et leur légèreté.
Fidèles aux principes énoncés par le capitaine Duro dans son fameux Don Juan d'Autriche, les académiciens continuent à mêler les sources manuscrites aux sources imprimées et, à cet égard, nous devons dire qu'ils citent des pièces inédites; malheureusement, pour l'époque afférente au sujet même, ce ne sont que des broutilles, dépourvues d'intérêt^. Sans être grand clerc, on pouvait prévoir que là où Muiioz et Navarrete avait passé, la Junte académique, ou plutôt l'employé de l'Archive des Indes chargé des recherches, car nos académiciens ne paraissent pas avoir jamais mis les pieds dans ce but à Séville ou à Simancas, ne trouverait rien à glaner. Aussi est-ce ailleurs qu'il fallait diriger les fouilles. Les quinze autographes de Christophe Colomb publiés l'année dernière par la duchesse d'Albe et extraits des archives de sa maison; les testaments des frères
1. Pour la période ultérieure, la Bibliografia Colomhina mentionne quelques pièces non imprimées, appai-emment intéressantes. Nous notons, p. 9^, le codicille de Diog-o Colomb, fils de Christophe, en date du 2 sept. 1520, et, p. 115, l'inventaire rédigé le 15 mars 1609, des papiers déposés au monastère de Las Cuevas et remis à Nuùo Cc)lo>' de Portugal.
de l'Amiral, découverts dans le dépôt de rancieii tabellionage de Séville sur les indications de M. Harrisse et insérés dans son Christophe Colomb^ montrent qu'on devait d'abord et surtout chercher dans les papiers de la Grandesse, — qui ne s'y fût pas refusée, — et dans les minutiers des notariats de Séville, de Valladolid , de Ségovie, de Médina del Campo, de Cordoue.
11 y aurait encore beaucoup à redire sur cette classe d'écrits non publiés et au sujet de la déplorable manie érigée, ce semble, en principe, à Madrid, d'amalgamer les imprimés avec les manuscrits. Mais que penser d'un système (?) qui y ajoute des pièces que personne n'a vues ou qui n'existent plus, en originaux ou en copies, depuis quatre cents ans?
C'est ainsi que nous voyons figurer (p. 201) dans ce que les académiciens espagnols appellent une « bibliographie », un ouvrage que Colomb aurait rédisré « en forma de los Comentarios de Julio César », à l'usage du pape Alexandre VI ; une description jour par jour de son premier voyage (p. 207i et un traité sur la ligne de démarcation [loc. cit.); lesquels peuvent être sortis de sa plume, mais qui ne furent jamais imprimés et dont toute trace a disparu depuis des siècles.
Mais alors, pour être logique, il fallait aussi mentionner la lettre envoyée par Colomb à Toscanelli (que Las Casas et Mariana appellent « Marco Polo ») et qui provoqua l'envoi d'une co|)ie de la célèbre épître de 1474; les notes de Colomb sur les cinq zones habi-
tables ; les lettres qu'il écrivit à Leurs Majestés en juillet et août 1493, janvier 1494, février 1495, juillet 1496, et à Pierre-Martyr en octobre 1494 et août 1496; sa relation de la découverte de Cuba; les écrits qu'il laissa aux mains de Bernaldez; le routier qu'il fit pour Jeanne la Folle en 1496; le mémoire météorologique de 1497; les billets envoyés au P. Gorricio en mai 1498, février, mai, juin et octobre 1501 ; ses mémoires sur le quatrième voyage ; la relation de cette entreprise adressée à Jules II (tout aussi pape qu'Alexandre VI) et cinquante autres lettres, rapports et écrits de Colomb, cités dans sa correspondance et également perdus.
Le décousu de cette compilation académique se montre sous toutes les formes. Ainsi, aux imprimés, d'importants ouvrages bien connus y sont inscrits deux et trois fois dans la même partie, presque toujours avec un titre ou un format différent.
Nous avons d'abord (p. 269, n^ 318) le de Insalis de Nicolas Scyllacio énoncé en deux lignes et suivi •d'une copieuse description bibliograj)bique. On le revoit (p. 269, n° 319) avec un autre titre, en sept lignes, et de nouveau décrit bibliographiquement. De la sorte le lecteur est induit à croire que cette relation du second voyage de Colomb a été imprimée deux fois à Pavie au xv® siècle.
Les commentaires d'Antonio Gallo apparaissent à trois reprises. La première (p. 259, n^ 207) sous son nom , avec un titre exact, mais flanqué de la notice de Raffaele Soprani, qui, de cette façon, bien que
postérieure de trois cents ans, semble en faire partie. Par contre, on n'y trouve aucune description bibliographique ni mention d'origine. La seconde fois (p. 259, n° 208j, avec le titre seulement, accompagné néanmoins d'une référence à Muratori, qui est exacte. Enfin, la troisième fois (p. 265, n° 271), sous le seul nom de Muratori, placé en vedette, comme s'il était l'auteur du De navigatione Coluinbi.
La brève mais si importante énumération d'actes notariés rédigée par G. T. Belloro, en 1810, est donnée (p. 279, n° 2) avec titre, date, lieu d'impression, format, etc. Plus bas (p. 279, n° 4) nous la revoyons avec un autre titre. Voilà donc Vicenzo Bianco qui se trouve avoir publié à Turin, en 1810, deux éditions des Notizie de Belloro père.
L'édition baloise illustrée de la version latine de la première lettre de Colomb est décrite en détail (p. 214) avec une multitude de fautes et comme étant composée de 8 feuillets, après avoir été mentionnée (p. 216) sous forme d'impression faite à Grenade, en 10 feuillets : « Granatae. s. a. 8°. 10 foj. »
La version italienne de la relation du quatrième voyage est décrite à la p. 215, mais cette fois sans l'indication du format, du caractère et du nombre de pages. La reproduction de Morelli est également décrite en double (pp. 202 et 216).
L'édition du Codice Diplomatlco faite à Gênes, par Banchero, est d'abord décrite (pp. 216, n° 20), comme « gran 8° », ensuite (p. 221) sous forme tt de 4° ».
L'article de la Nort/i American Revleiv, de « 1825 », est porté aux Anonymes (p. 242, n*^ 30), puis sous le nom de Caleb Gushing (p. 253, n° 145).
La publication de M. Zeri est d'abord donnée (p. 219, n° 47) comme un « 8° », bien que ce soit un in-lG, fait à Rome, en 1881, puis (p. 219, n° 52) sous le format « 4°, imprimée à Rome, en 1887 », ce qui est une invention.
L'édition de 1808 du livre de Napione commence ])ar être insérée aux Anonymes (p. 273, n® 1) et ensuite sous le nom de l'auteur (p. 277, n° 45), de manière à faire supposer que le livre a été imprimé deux fois sous cette date.
La version anglaise du Codex de Gênes est décrite en détail (p. 216, n° 22), puis sans mention de format (p. 2 42, n° 28) et une troisième fois (p. 236, n° 109) sous un titre de fantaisie et sans dire que ce n° 109 est uniquement une partie, jamais imprimée à part, du n*^ 216, ou du n'' 248, au choix.
P. 237, n*^ 111. Le livre de Staehling est décrit comme in-32. Nous le revoyons à la p. 270, n"^ 322, mais dans le trajet il a augmenté son foi'mat de moitié; c'est maintenant un in-16.
P. 254, n° 161. Nous avons le titre complet de l'ouvrage de Dunster, du format « 8° », avec l'erreur de 416 pp. au lieu de 426, et, de nouveau, à la p. 514, n° 62, mais sans l'erreur dans le chiffre, pour la raison, assez naturelle, que la pagination est omise.
Dans cet ordre d'idées, nos académiciens font avec un seul volume deux, voire trois livres séparés :
Primo : P. 275, n° 28. « Franzoni. La vera patria di Colombo giuslificata a favore de' Genovesi. Roma, Sahioni, 1814. »
Secundo : P. 275, n° 29. « Franzoni. Cristoforo Colombo Genov., contro le eccezioni... Americo Vespucci. Roma, 1814, 8°, 152 paginas. »
(Ce deuxième ouvrage est tout simplement la continuation du titre qui précède.] Autre exemple :
Primo : P. 253, n° 151. « D'Avezac. Année véritable de la naissance de Christoi)he Colomb... Paris, 1873, 8°, 64 paginas. »
Secundo : P. 253, n** 152. « D'Avezac. Canevas chronologique de la vie de Christophe Colomb. » (Çà, c'est le faux-titre du n*' 151.) Tertio : P. 253, n° 153. « D'Avezac. Appendice au canevas chronologique. »
(Cette fois ce sont les pp. 60 — 63 du même n° 151.) C'est la multiplication miraculeuse des pains et des petits poissons appliquée à la bibliographie.
Ce qui provoque encore une douce hilarité, c'est l'espèce d'avatar de la traduction anglaise du Journal de bord de Colomb, imaginé par la Junte :
Primo : P. 242, n° 31. Le livre est d'abord porté aux Anonymes et maigrement décrit.
Secundo : P. 262, no 238. Progrès manifeste. Il paraît sous le nom de Samuel Kettell, mais encore sans désignation de format.
Tertio : P. 257, n^ 188. Evolution finale. C'est une « traduccion de la Coleccion de Navarrete » , décrite
avec toutes les herbes de la Saint-Jean, y compris le nom du savant espagnol mis en vedette, comme s'il était Fauteur du Dlario de Christophe Colomb.
La Junte, qui a la foi robuste et l'esprit critique singulièrement aiguisé, va jusqu'à accorder deux places dans ce nouveau palmarès (pp. 196 et 453) à une vieille fumisterie, percée à jour depuis longtemps hors d'Espagne et de Portugal. Elle l'insère sans hésiter parmi les écrits authentiques de Christophe Colomb et bien qu'il ne s'y trouve pas un seul mot de sa plume. C'est l'histoire extraordinaire où l'on fait raconter par ce dernier à Toscanelli, en 1491, les événements de 1493, et Toscanelli les relater à son tour, en cette année, alors que celui-ci était mort depuis 1482, à Vincenzo Dante de Rinaldi!
M. Harrisse, que cependant les académiciens espagnols ne semblent pas porter dans leur cœur, a été aussi très favorisé à cet égard. Non seulement la version italienne de son travail sur la Banque de Saint-George, publié par la municipalité de Gênes, est décrite deux fois, naturellement sous des titres diflérents (p. 261, n°' 225 et 226), mais ils attribuent au critique américain deux autres ouvrages (p. 220, n° 55, p. 222, n° 12), et une édition faite à Valence (p. 308, n® 54) qu'il n'a certainement jamais vus.
Ce nouveau genre de rabâchage s'étend même à des écrits d'auteurs qui n'ont jamais existé, du moins sous le nom que les académiciens leur donnent. Quel est ce (( Gio. Battista Forne «, com|)ilateur, selon la Junte, d'une collection des œuvres de Christophe
Colomb, et d'importance telle qu'il faille la décrire deux fois (p. 217, n° 31, et p. 258, n° 202) ? « Forne » est un mythe !
Dans cette série, force, hélas! est d'en passer et des meilleurs.
La Junte serait mal venue à vouloir pallier cette ubiquité étonnante en prétextant que des mains diverses ont collaboré à ce travail. La première pensée de bibliographes tant soi peu susceptibles de méthode et de raisonnement eût été de coordonner toutes les fiches, afin de ne pas en faire, comme le dit si bien don Domingo Rostrituerto, une vraie salade. D'ailleurs, sans parler de l'incohérence des éléments choisis, dix fois sur douze, ce double emploi se rencontre dans la même section, à quelques lignes de distance, avec titres dissemblables pour le même ouvrage, qui se trouve aussi désigné tantôt comme in-octavo, tantôt comme in-quarto, tantôt parmi les Anonymes, tantôt sous un nom d'auteur ou même sous celui de l'imprimeur : preuve évidente que les académiciens espagnols, — si l'on ose s'exprimer ainsi, — font de la bibliographie comme une corneille qui abat des noix !
Et, chose remarquable, ces grands érudits, avec une naïveté qui désarme la critique, s'imaginent n'avoir commis d'autres fautes que des coquilles d'imprimerie et quelques innocentes répétitions. Ils vont même jusqu'à croire et dire (pp. viii et x) que la première partie de leur compilation est destinée à devenir « los primeros fundamentos de la futura
historia colombiana » ; comme si ces savants avaient fait connaître la moindre pièce documentaire d'un intérêt quelconque sur le sujet, non déjà lue, relue, commentée et retournée dans tous les sens depuis dix ans ! Les malheureux ! Ils en parlent comme les aveugles parlent des couleurs. Nous mettons la Junte au défi de citer un seul document pris dans son olla podrida^ qui révèle quoique ce soit d'important ou d'utile pour l'histoire de Christophe Colomb.
C'est surtout dans la quatrième section et les suivantes que nos savants académiciens ont déployé leur connaissance incomparable de la matière et l'esprit de suite qui les caractérisent. Sous le titre courant de Referencias de Colon, se rencontrent amalgamés onze cent quatre-vingt-douze articles. C'est le salmigondis bibliogra[)hique le plus étonnant qu'on ait encore vu. Les manuscrits mêlés non seulement aux imprimés, mais aux cartes et aux images; les livres restés à l'état de projet s'étalant à côté de recueils modernes de trente, quarante, cent tomes où il y a juste deux lignes banales sur le sujet. Viennent alors de volumineuses Géographies, Cosmographies, Anthologies et Chronologies universelles encore moins farcies de renseignements utiles. Puis les voyages des bouddhistes chinois au v^ siècle (?), ceux des Gallois en 1170 (?), des Frisons et des Irlandais nul ne sait quand, s'ils furent jamais, accolés à des livres qui traitent des États-Unis, de la Guerre de l'Indépendance et de la Guerre de Sécession, le tout comme sources de renseignements pour la vie du grand Génois.
Cette liste, — si bien appropriée au sujet! — se continue par de nombreuses histoires, depuis la création du monde, de dix pays dont Colomb ne soupçonna pas même l'existence et d'autres qu'il n'a jamais vus, d'annales de la Papauté et de l'Eglise dans les quatre parties du globe, des mémoires de corps savants, de
recueils d'archives et d'anecdotes, tout cela présenté en bloc, mais à coup sûr devant contenir quelque part le nom de Christophe Colomb. Ajoutons une série fort respectable de livres oii il n'est pas plus question de lui que du Grand Turc. Enfin, comme composition, des ouvrages mis dans les Anonymes alors que les auteurs sont mentionnés sur le frontispice; des boniments de journalistes donnés comme titres de livres ; une aimable confusion entre les écrivains et les éditeurs, entre les in-octavo et les in-quarto, les in-douze et les in-folio; les pays, les noms, les dates pris les uns pour les autres ; des livres oubliés et des livres inventés, etc., etc. On croit voir le terrassier qui avec sa pelle jette des gravas dans un tombereau! Citons quelques exemples, recueillis au hasard de la lecture :
Pp. 370 et 637. « Carey and Lea (J.). A Memoir of Sébastian Cabot; with a review of the history of maritime discovery. Illustra ted by documents from the rolls , non {sic) first published. Philadelphia. Published by Carey and Lea, 1831, 8^ viii-v-327 paginas ».
C'est l'ouvrage de Biddle , qui ne se rapporte nullement à Colomb. Grâce à leur remarquable connaissance de l'anglais, nos académiciens ont vu dans les éditeurs l'auteur de ce livre fameux. Du reste, ils témoignent à chaque instant d'une étude approfondie des textes et des langues étrangères pleine d'enseignements.
Pp. 370 et G37. « Carey and Lea (J.). The Geogra-
phy, History, and Statistics of America London —
Serwood (sic), 1823, 8^ »
Ils ne veulent pas en démordre !
C'est toujours parce qu'ils connaissent si bien cet idiome que ces bibliographes classent parmi les « Anonimos » le dictionnaire biographique rédigé par Ripley et Dana (p. 488), l'encyclopédie due à la plume infatigable du D"" Lieber (p. 491), ainsi que maint autre ouvrage de ce genre clairement signé, et qu'ils placent le Calcndar de Rawdon Brown (p. 476) entre un catalogue Je livres et une « bibliografia ».
P. 260, n° 214. « Gelcich (Eugène). Zeitschrift der Gesellschaft fiir Erdkunde zu Berlin, 1887. »
Gomment, à lui tout seul ?
P. 337, n° 163. « Anoximo [sic]. Revue Critique, Paris. En el nùm. del 18 de Junio de 1883 dice que Colon era corso. »
M. Harrisse, sous sa signature, y dit précisément le contraire.
P. 223, n° 17. « Orbis typus.... V. Harrisse, Bihliot. Am. Vet., n. 74, y Vie de Colomb, t. I, p. 6, Dicese que la carta de 1513 que Ueva el anterior tîtulo fué trazada por Colon. »
Il se trouve que c'est justement l'inverse que le critique américain a maintenu, en un anglais et un français très intelligibles.
C'est aussi en vertu de sa familiarité avec les langues étrangères que la Junte fait figurer parmi les « Ediciones principales de los escritos de Colon », des ouvrages de ce genre :
P. 219, n«45. « DoDGE (R.). Memorials of Golumbus. Maryland Society's jiublications. 28 paginas. »
P. 216, 11° 23. « Sparks (J.). Memorials ofChristopher Colnuihus. Nor//i. Amer. rci>., 1824, XVIII, 415.»
Elle s'imagine incontestablement que dans les deux cas il s'agit de mémoires rédigés par Colomb. Ajoutons, si cela peut intéresser nos académiciens, que le n° 16, p. 216, et le n° 48, p. 219, sont absolument apocryphes.
P. 270, n° 325. « Swedenborg (Eman.). Der geistige Columbus, eine skizze nach dem Eng. des U. S. E. Zurich, 1879, 8°, viii-288 paginas. «
La Junte est convaincue qu'il s'agit du célèbre Génois, dont Svedenborg aurait écrit la vie ! Dans cet ordre d'attributions, elle devrait aussi admettre dans sa bibliographie l'histoire du premier fabricant des canifs à coulisses, justement surnommé le Colomb de la Coutellerie, et la biographie de l'inventeur du fil à couper le beurre, que tout le monde appelle le Colomb de cette substance alimentaire.
P. 418, n° 836. « Leti (Gregorio). Historia Genevrina, o sia Hist. délia citta e republ. di Geneva. Amsterdam, 1686, 5 vol. 8**. »
Comme spécimen de ratiocination académique le lecteur trouvera cet article assez réussi. On voit le procédé :
« Geneva », c'est Gênes.
Toute histoire de Gênes parle de Colomb.
Ergo
En son zèle savant, la Junte a pris Genève pour
Gênes, une république de THelvétie pour une république italienne et Christophe Colomb pour un amiral suisse. Naturellement ce livre ne le mentionne nulle j)art, pas plus que le Nouveau Monde, d'aucune manière. Mais que fait donc dans cette philologie carnavalesque le seiior Fabié, lui qui est si fort en linguistique ' ?
P. 324, n° 43. « Axommo [sic). « Catalogue des objets formant le Musée azteco-mexicain de feu Charles Uhde a Haudschuhsheim. [Redactado por J. G. Muller, E. Sqiiier y 77iomse/i.) Paris, Martinet, 1857, 8". »
C'est dans ce desideratum pour la Vie de Colomb que le besoin se fait vivement sentir d'une de ces notes explicatives où les savants espagnols pourraient témoigner de leur sagacité. On peut en dire autant des titres qui suivent :
P. 321, n*' 20. « AxoMMO. Anecdotes espagnoles et portugaises depuis 1 origine de la Nation jusqu'à nos jours. Paris, Vincent, 1772, 2 vol. 8°. »
Y lit-on au moins l'histoire authentique de l'œuf? La Junte devrait nous éclairer sur ce point capital.
P. 381, n«541. « d'Engel (E.-B.). Essai sur celte question : quand et comment l'Amérique a-t-elle été
1. C'est aus-;i pour celte raison que le senor Fabxé, qui est évidemment le philologue de la Junte, écrit c l'île Wetheling », « Maisonnawe », a Plank, » n Silvers », « Kuaritch » et fait de l'agent de change new-yorkais, M. Brayton IvES « Lord Brayïois IvEs » , résidant à Londres ! [Et Cenlenario, n" 17. pp. 3-4 — 26). Mais où vont-ils chercher toutes ces choses ?
peuplée crhoiiimes et tranimaiix. Amsterdam, Marc Michel, 1767, 5 vol. 12°. »
P. 320, n° 12. « Anonîmo. Album universal. Contiene lo mejor, mâs util e indispeusable del saber humano Madrid, 1849, 8°. »
Un livre qui contient « le meilleur, le plus utile et indispensable de la science humaine » doit parler de l'Amérique. C'est là, du moins, le ferme espoir de l'Académie ro^^ale de l'Histoire — et le nôtre.
P. 305, n° 29. « Gambiaso (Luis). Consul de Ilalia en Santo Domingo. Envi() â Génova. Vassetto in Cristallo, contenente una piccola quantité délie ceneri del celeberrimo scuopritore [sic] del Nuovo Mondo. »
Les académiciens espagnols auront pris quelque dépêche télégraphique pour un titre de livre. D'ailleurs, nombre d'articles donnent à la Bibliografia Coloinhina un faux air de la colonne de faits divers dans la Correspondancia ou dans le Journal pour rire :
P. 32 i, n° 44. « Centenario de Bolivar. »
Nous avons cru d'abord que c'était une annonce de chapelier^. Non. L'Académie royale de l'Histoire a seulement l'honneur de prévenir rétrospectivement sa clientèle que l'Université du Venezuela a institué un concours littéraire pour juillet 1883 [sic] et qu'on devra y disserter sur les mérilcs d'Isabelle la Catholique.
1. Le Icrteiii' ii igrore pus qu'en francjiis fainilier, un chapeau haut de lorine s';ippelle un « Bolivar ».
Jusqu'ici on attendait que les livres eussent au moins été écrits avant de les mentionner dans une bibliographie.
P. 21)6, n° 11. a Blake (Mr.). Gobernador de las islas Bahamas. »
« D'après le journal The Critic, Son Excellence le Gouverneur des Bahamas serait convaincu que l'île Watling (« Wetheling », apiid Fabiéi seul répond aux renseignemenls donnés par Colomb sur son atterrissage à San Salvador. »
Cette nouvelle nous remplit de joie, mais, comme description bibliograpliique, elle laisse à désirer.
P. 542, n° 107. « GiiSNER. El primer navegante. Poema en dos cantos. iMadrid, 1796, 8° ».
Bis repetlta placent !
Les académiciens espagnols sont à la fois de profonds érudits et de grands logiciens, comme le lecteur vient de le voir à propos de l'amiral suisse. Ils ne procèdent que par syllogismes. En voici encore un que trahit tout un chapelet de titres d'ouvrages :
Colomb fut un homme illustre.
Tout livre con^^acré aux hommes illustres parle de Colomb.
Donc tel livre portant au titre illustriani virorum ou uomini illustri, est un livre sur la découverte de l'Amérique.
Et alors, avec une audace à nulle autre pareille, la Junte insère dix, vingt ouvrages du genre suivant :
P. 505, n° 171. « Thom.vsim. Illustriutn virorum elogia iconibus exornata. Patavi, 1630. Folio. »
Le nom de l'auteur est mal épelé, le livre n'est pas « folio » et il ne renferme quoi que ce soit sur Colomb ou sur l'Amérique.
— Gela ne fait rien !
P. 504, n'' 158. « Ruscelli. Indice degl' uomini illustri. Venetia, 1572, 4°. »
Il n'y est absolument question que des célébrités d'avant l'ère chrétienne.
— Qu'importe !
P. 503, n° 151. « PiuouATO (Gualdo). Scena d'huomini illustri di Italia. Venezia , 1660. Folio. »
Ce n'est ])as en « 1660 » que le livre fut publié, il n'est pas « folio » et l'on n'y trouve pas un seul mot au sujet de Colomb, dont le nom même ne s'y rencontre nulle part, pour la raison que le livre traile seulement des Italiens célèbres du xvii^ siècle.
— Vous êtes un Zoïle ! (comme dit le Seiior Fabié, qu'on ne savait pas tant ressembler à Homère).
Et puisqu'on nous |)aî'le iconographie, citons encore, |)armi un bon nombre de titres du même genre, tous plus jolis les uns que les autres :
P. 336, n° 152. « Promptuaire des Medalles des plus renommées personnes qui ont eslé de|)uis le commencement du monde. Lyon, Guillaiini(> Roville, 1553, 4°. — 2 vols. — Retratos. »
Malheureusement Coloujb n'y est représenté ou mentionné d'aucune manière, et c'est à regretter, car ce serait la plus ancienne efllgie connue, vraie ou supposée, du grand navigateur génois. Et aussi parce que le capitaine Duro, en la comparant avec
le portrait de la Bibliothèque nationale de Madrid, eût pu constater une fois encore que la « ressemblance avec le duc de \ eragua actuel, son frère Don Fernando et leurs enfants, est tout à fait extraordinaire ^ ».
Voici quelques titres empruntés évidemment par la Junte au catalogue de la Bibliothèque de la Tour de Babel :
P. 381, n° 545. « Desimoxi (Cornelio). Società Ligure de Storia Patria. Dissertation tractan dans les chap. i — vi sur la découverte du Cap-Vert, des Iles Canaries, des Açores , etc., depuis le chap. vi jusqu'à la fin de la découverte de l'Amérique et particulièrement de l'Amérique Septentrionale (texte italien). Genova, 1874, 8*^. — 56 paginas. »
P. 218, n*^ 41. « Dexter (Geo.). Letters of Christophoro [sic] Columbus and American [sic] Vespuccius. A. M. [?]- Recording section of the Massachusetts History. Boston, John Wilson, 1878. »
P. 531, n" 4. '.( Anonimo. Chronicles of Christopher Columbus, A jioem in 12 cants by M. D. C. Kegan, Paul, 1882, 8°. »
P. 241, n° 15. « Anommo. Christophe Colomb ou l'Amérique découverte. Paris, Ang. Anicet Bourgeois, 1779, 8°. »
D'abord il n'y a jamais eu d'imprimeur appelé « Ang. Anicet Bourgeois ». On connaît cependant un dramaturge de ce nom ; mais le capitaine Duro et le seiîor Fal)ié lui-même, s'ils veulent bien |)rèter une
1. \lAh.i{\s>^, ( firrsiojj/ie Culomh devant t Histoire pp. 19,100.