SECONDE ÉDITION DE BERGMANN DE OLPE
In laudem SereniJJî \\ mi Ferdinandi Hijpaniaif régis, Bethi \\ œ & regni Granala, obfidio, viâoria, & triùphus Et de Injulis in mari Indice. \\ nuper inuentis. Il
Le titre de Y Epiftola même est ;iu recto du 30^ feuillet et reproduit le libellé de la première édition de Bergmann.
*^* Petit iii-8o de 36 feuillets non chiffrés, imprimés en caractères romains, sans nom de ville ni d'imprimeur, mais portant au verso du 29^ f. la date 1.4.9.4. et la devise Nihil sine causa, suivies des initiales I.B., ce qui est la marque de Joh.nnnes Bergmann de Olpe, qui a aussi imprimé l'édition précédente. Pour filigrane, à cheval sur le 1^'' et le 4"^ feuillets, trois monticules , celui du milieu plus élevé et surmonté d'une lige terminée par une croix. Le format présente l'apparence d'un in-quarto, mais les cahiers contiennent huit feuillets dont les quatre premiers sont signatures.
Bien qu'on rencontre parfois séparément \Epiftola de cette édition , ce n'est pas une publication indépendante du drame sur la prise de Grenade, composé en prose latine par l'écrivain romagnol Garolus Verardus, qui le fit représenter à Rome, le 21 avril 1492, dans le palais du cardinal Rafaël Riario, et imprimer d'abord (mais sans V Epiftola) par Eucharius Silber, en mars 1493. Aussi ne Taisonsnous figurer cet imprimé séparément qu'à cause de ses rapports étroits avec la grande édition en 10 feuillets.
On y remarque, dans la |)artie afférente au voyage de Colomb, toutes les vignettes qui se trouvent dans les exemplaires en huit feuillets de V Epijtola. illustrée. Et, fait très important, ce sont les mêmes bois qui ont servi pour les deux éditions; mais comme ces bois sont de la justification des pages in-8, ayant été gravés pour la première édition, qui est plus petite,
on a ajouté tantôt au dessus, tantôt au dessous, quelques lignes d'impression et même une fois une vignette courante dessus et dessous. Les figures qui ne se trouvent que dans l'édition de ï/ipiftola en 10 ff. sont le portrait de Ferdinand d'Aragon, en pied, lequel diffère de leffigie de ce monarque placée en tête du Verardus, et Técusson de Grenade.
On connaît plus de trente exemplaires de cette seconde publication bâloise, qui termine la série des éditions latines de V Epiftola faites au xv^ siècle. De fait, cet important écrit n'a été réimprimé séparément, depuis, que de nos jours.
Notre but, |)ar cet exemple, est simplement de suggérer ce qui, selon nous, aurait pu être une des divisions de la partie principale de l'ouvrage, si les académiciens espagnols s'étaient avisés de classer leurs matériaux avec un peu plus de savoir, de méthode et d'esprit pratique.
La Bibliogra|)hie est l'auxiliaire de l'Histoire. Est-ce que le simple bon sens, alors et surtout qu'il s'agit de faciliter l'étude de la découverte du Nouveau Monde, n'indiquait .pas la nécessité d'affecter une partie spéciale aux expéditions transatlantiques de Colomb, cju'on aurait divisée en quatre sections, une pour chaque voyage, et groupant par ordre de date les livres qui s'y rapportent, selon leur caractère individuel ? La compilation hétéroclite de l'Académie madrilène ne présente rien de semblable. Il faut aller à la pêche dans ce volume de se[)t cents pages pour recueillir ce c|ui concerne chacune des grandes périodes de l'œuvre de Colomb : labeur pénible et ingrat, impliquant une connaissance déjà acquise et, conséquemment, l'inutilité relative de ce répertoire incomplet et confus.
Si maintenant le critique examine l'ensemble des éléments employés, il n'arrive pas à se rendre compte des motifs qui ont dicté le choix des livres. La Junte aurait pu, nous dit-on, en décrire trois fois autant. Pourquoi ti'ois fois seulement? C'est dix fois,
c'est cinquante fois de plus, puisque, d'après son merveilleux système, tout volume où se trouve le nom de Colomb, sous n'importe quel prétexte, et imprimé dans le cours de quatre siècles, mérite une place dans ce capharnaûm académique ! Elle a donc choisi les ouvrages. Que ses spécialistes attitrés alors nous disent, s'ils le peuvent, les raisons de leurs préférences; pourquoi, en un fatras inimaginable, cette avalanche de livres incongrus, disparates et inutiles a-t-elle pris la place d'une multitude d'autres qui devraient figurer en tête de toute bibliographie consacrée à Christophe Colomb et à ses voyages. Gomment, les académiciens espagnols affectent plus de quatre cents colonnes à la description de manuscrits, de volumes, de brochures, d'articles de journaux où ce qui le concerne n'existe qu'en dose infinitésimale ou par hasard, et ils omettraient une foule d'écrits dont chaque ligne se rapporte à lui seul ; ils iraient jusqu'à exclure des histoires de sa vie! C'est donc qu'ils n'ont pu découvrir et qu'ils ignorent encore l'existence de tant de livres essentiels ? Dans ces conditions, le bouquiniste d'en face vaut dix fois mieux que cette commission de savants espagnols couronnés et empanachés.
Nous avons déjà relevé les omissions inouïes, dans la partie documentaire, d'écrits de Colomb lui-même et, parmi les imprimés, l'absence, plus extraordinaire encore, s'il est possible, d'éditions espagnoles et latines du xv^ siècle, en prose et en vers, de sa propre relation de la découverte. Voyons si dans les
parties secoiulaires, qu'il iiiJj)ortait cependant de donner complètes et avec exactitude, il n'y a pas d'aussi impardonnables lacunes. Mais nous devons j)révenir le lecteur que le nombre d'ouvrages importants omis dans cbaque division est si considérable que nous sommes obligés de nous borner à une seule d entre elles. Autrement, ce serait refaire le travail des académiciens, — tache peu agréable, — et absorber pour un seul sujet beaucoup plus de pages qu'il ne convient. Cette division sera celle qui devrait renfermer toutes les histoires et biographies séparées de Christophe Colomb.
Pour commencer, cette catégorie de livres ne constitue i)as une série dans la Blhlio^rafia Colomhina. Il y a bien une section intitulée Ohras que tratan de la vida y viajes de Colon ^ laquelle contient 114 articles, mais c'est dans une division subséquente et désignée sous le titre bizarre de Ohras que tratan de particulares varias^ que l'on trouve les autres histoires de l'Amiral arrivées à la connaissance de la Junte académique. Une particularité non moins surprenante, les livres sont classés alphabétiquement. Il s'ensuit que la division semble faite non pour ceux qui veulent apprendre, mais pour les lecteurs qui savent déjà et, par suite, qu'elle se trouve à [)eu près sans utilité. Une biographie n'est pas un dictionnaire, surtout lorsqu'elle a pour cause ou pour but l'histoire d'un homme et du développement d'une idée. L'ordre chronologique alors est indispensable, parce qu'il prend le fait à ses débuts
et en montre révolution par époque et par pays. Pour les noms d'auteurs, un index suffit. Gela saute aux yeux !
Voilà pour la méthode. Quant à l'exécution, elle est plus défectueuse encore, non seulement par la main d'œuvre, mais par le caractère superficiel ou maladroit des recherches et une ignorance inconcevable des principes les plus élémentaires de la bibliographie.
Par exemple, l'histoire de Colomb, sinon la plus véridique en certaines parties, du moins la plus importante à cause de l'influence qu'elle a exercée, puisque pendant trois siècles cet ouvrage a alimenté toutes les biographies qui furent écrites du grand navigateur, est celle qu'on cite d'habitude sous le litre de Historié et justement attribuée dans sa forme première à son fils Fernand. Les académiciens espagnols en décrivent deux éditions italiennes : 1571 et 1614 (p. 229, n°' 23 et 24j. Mais pourquoi omettentils celles de lOTG, 1078, 1085, 1709 et 1728? Si dans une bibliographie spécialement consacrée à Christophe Colomb on ne décrit pas toutes les éditions de cet ouvi'age, quels sont donc les livres qui méritent un tel honneur ? Il est puéril de se contenter de la vague remarque : « Vistas cinco ediciones |>osteriores. » Quelles éditions avez-vous vues? Dans le nombre, trouvait-on celles de 1618 et 1672 citées par Cancellieri ?
A lexception de Navarrete, INIuiioz est le seul Espagnol qui, depuis deux cents ans, ait écrit pro-
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preraent sur Colomb et à l'aide de documents jusqu'alors inédits. Bien que son ouvrage s'urrête au seuil de l'an 1500, il produisit une notable impression sur les écrivains de son temps et des cinquante années qui suivirent. C'est que V Historla de Munoz n'est pas non plus « un tissu de phrases creuses et d'assertions hasardées. On y remarque, au contraire, une élude consciencieuse des sources, un style sobre, de l'impartialité, du sang-froid et, pour l'époque et le pays, de la critique. Aussi fut-elle accueillie en Espagne par de mesquines jalousies et d'ineptes pamphlets' ». Ces attaques et les réponses qu'elles provoquèrent sont les corollaires du livre de cet historien et, pour cette raison, elles doivent être mentionnées dans toute bibliographie colombine. Les académiciens ne citent et ne connaissent sans doute que la réplique restée manuscrite, à l'adresse de D. Josef de Guevara (p. 433) et le pamphlet au nom de Francisco Iturri (p. 413), cju'ils décrivent d'ailleurs imparfaitement^. Mais la Carta segunda signée M. A. R. F., Madrid, 1798, et les deux réponses de Muiîoz, sous le pseudonyme de Antonio Aleman, publiées à Valence en cette année ? Pourquoi aussi omettre le travail séparé de Napione sur V Historla et publié parmi ses additions en 1808 ?
1. Harrisse, Christophe Colomb, t. I, p. 65 et à la note, où plusieurs de ces publications de polémique sont décrites.
2. Ce n est pas un in-12, mais un in-18 de 120 pp. Notons que les académiciens n'ont appris l'existence des versions allemande et anglaise de VUistoria de MuÂoz qu'après avoir terminé leur livre. Mieux vaut tard que jamais !
Dans une bibliographie de ce genre on ne doit pas se contenter de citer de Robertson la Ilistory of America; il faut aussi décrire les éditions qui parurent sous le titre de History of the Discovery and Seulement of America et de History of the Discovery and Conqiiest of America, avec leurs traductions et abrégés : Londres, 182(), in-8; Edimbourg, 1826, in-8; New- York, 1828 et 1841, in-8; Londres, 1835, in-18; New-York, 1844, in-18; Paris (en français), 1850, in-i8; enfin, comme Vita di Cristofano Colombo y Venise, 1794, in-8, et sous le titre de Vita, Viaggi ed AvvenUire di Cristoforo Colombo, Milan, 1837 et 1858, in-16, etc., etc.
Une autre histoire de Colomb, dont 1 influence fut aussi très grande, car le livre s'adressait à la jeunesse, c'est Die Entdeckung von Amerika, de Campe. Elle ne commence à figurer dans la Bibliografia Colombina qu'avec la version anglaise donnée à Londres en 1799. Pourquoi cette singulière préférence ? Il est élémentaire que la Junte devait d'abord citer au moins les éditions en allemand, Hambourg, 1780-1781; en hollandais, Amsterdam, 1782-1783; en français, Hambourg, 1782, et Berne, 1799; en danois, Copenhague, 1787-1788; en hongrois, Kolorsvàr, 1793; en portugais (du français), Paris, 1836; c'est-à-dire les premières éditions faites dans différents pays.
Puisque la Junte trouve tout naturel de ne faire grâce d'aucune des revues qui ont parlé des élucubralions d un de ses membres, il semble qu'elle eût
pu en faire autant pour l'histoire de Christophe Colomb et de ses voyages écrite par Washington Irving, chef-d'œuvre qui, en son genre, n'a été égalé à aucune époque et dans aucun pays. II y a certainement intérêt à savoir comment ce livre admirable à tous les points de vue a été accueilli et, pour cette raison, il fallait citer au moins les premiers articles, qui sont eux-mêmes, dans une certaine mesure, des travaux originaux sur la découverte de l'Amérique : Edinhurg Revieiv (par F. Jeffrey), t. XLVIII, 1828; North American Review (par A. H. Everett), Boston, t. XXVIII, 1829; Southern Review, Charleston, t. II et t. VII, 1828 et 1831 ; Muséum of Forei^n Literature , Philadelphie, t. XIII, 1828; American Quarterly Reuien', Philadelphie, t. III et t IX, 1828 et 1831; Chamhers' Journal^ Edimbourg, t. XXXI, et la Monthly Revie^K\ Colhurn's^ YEclectic et le London Magazine^ tous pour l'année 1828.
Il serait injuste de ne pas reconnaître l'impartialité, voulue et involontaire, de ces omissions et d'autres bien plus nombreuses ou importantes dont malheureusement nous sommes obligés d'écourter la liste. 11 semble que la Junte ait tenu à étendre sa sollicitude discrète sur toutes les nations de la terre qui se sont occupées de Christophe Colomb. Pour être mieux compris et unir l'utile à l'agréable, nous choisirons un certain nombre d'hisloires omises. Le lecteur pourra les grouper à la façon dun bouquet cueilli à peu près partout :