Pajfes 248. 259, 263, 267, 268, etc., e'c
Le spécialiste de l'Académie de l'Histoire et, iipparemment, ses collègues de la Junle manifestent pour de tels détails un souverain mépris^. Tout savant espagnol, d ailleurs, connaît ces choses et bien d'autres encore par simple intuition. Mais les bibliographes étrangers, — caste inférieure, comme chacun sait, — se donnent au contraire beaucoup de mal pour les découvrir et les signaler. Ils savent que la masse d'imprimés sans lieu ni date, ni marque, ni nom de typographe, à la fin du xv^ et dans la première moitié du xvi^ siècle , soulève de nombreux problèmes que ces minutise seules |)ermettent de résoudre. En effet ^, il leur importe de s'assurer si le même imprimeur a fait plusieurs éditions de telle ou telle plaquette, et un seul mot imprimé tout au long au lieu d'être abrégé, une virgule omise ou une lettre majuscule substituée à une minuscule suffit ])our
1. A remarquer dans la Espana moderna (mars 1893. p. 189), le ricanement spirituel que provoque chez le capitaine DuRO létude des données bibliographiques entreprises pour arriver à savoir où, quand et par qui fut imprimé l'incunable unique et précieux découvert dans les archives de la maison d'Albe. [Reçue Historique, Paris, janvier 1893.) Dans un cas pareil, on se demande si le docte académicien n'aimerait pas mieux aller consulter une somnambule! Il faut s'attendre à tout de pareils savants.
2. Dans les Excerpta Colombiniana, une série considérable ■de plaquettes gothiques du xvi* siècle, sans noms ni marques d'imprimeurs, se trouve ramenée aux quinze officines d'où elles sont sorties, par l'étude d'une seule majuscule.
constater l'existence de plusieurs tirages, voire de plusieurs éditions du livre. Lorsque ce sont des réimpressions anonymes de l'époque, il n'en faut même pas davantage pour révéler le prototype et établir la filiation des imprimés ultérieurs. C'est l'omission du nom d'Isabelle dans le titre de V Epistola de Colomb qui prouve que les éditions faites en 1493, à Rome, à Anvers, à Paris, à Bàle, proviennent du texte publié d'abord à Rome par Stephanus Plannck, publication cjui se trouve être de ce fait ïeditio pr in cep s.
La substitution erronée d'une seule lettre dans le nom de Colomb, écrit par la Junte académique « Colon » (p. 214, n° 5) au lieu de Coloni empêche le bibliographe attentif de reconnaître dans l'édition in-folio de la lettre espagnole le texte et le |)rototype les plus anciens.
Sans sortir du sujet, nous pourrions multiplier les exemples d'importantes questions de bibliographie suggérées par de simples différences typographiques dans un titre de livre. Les descriptions minutieuses et précises des attributs extérieurs de l'ouvrage n'ont pas moins leur raison d'être. Sans aller très loin, qui se douterait, d'après les renseignements incomplets et boiteux donnés par les académiciens espagnols sur les publications de Guyot Marchant, que dans l'année de la découverte il fut fait autant de réimpressions de Y Epistola de Colomb à Paris qu'à Rome, que cet imprimeur a copié le texte de Plannck et donné coup sur coup trois
— coéditions, chacune avec des différences dans le titre et dans les vignettes? Ce fait mérile d'autant plus d'être signalé qu'on ne retrouve d'ouvrages sur l'Amérique sorti des presses parisiennes que vingt ans après.
La chronologie est aussi chose essentielle et rien de plus facile, cela va de soi, loi'sque les livres sont datés. Mais comment classer ceux qui ne portent pas de millésime ? Par exemple, sur les huit premières éditions connues de la version hitine de la Lettre de Colomb, sept sont sans date. Le bibliographe peut-il, à l'exemple de la Junte, les mentionner pêle-mêle? Si, au contraire, on adopte une nomenclature chronologique, comment ne pas en donner les raisons? Cette nécessité entraîne des analyses, des preuves, et oblige à faire suivre le titre de dévelo|)pements parfois laborieux.
Partant de ces principes, qui sont élémentaires en Allemagne, en France, en Angleleri*e, partout hors d'Espagne, on est fondé à croire qu'un bibliothécaire allemand, français, anglais, voii'e américain, chargé de rédiger une bibliographie des ouvrages « concernientes à Christobal Colcm y sus viajes », eût décrit les éditions latines de la fameuse épître du grand Génois d'une façon autre que dans Télucubration académique. Elle serait probablement de la sorte :