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à l'impulsion d’une pensée intérieure, leur avaient paru des êtres animés et surnaturels descendus, pendant les ténèbres, du firmament de cristal qui entourai leur horizon, des habitants du ciel flottant sur des ailes et s’abattant à leur gré sur les rivages dont ils étaient les dieux, Saisis de respect à la vue des chaloupes 5 qui abordaient leur île, et des homines revêtus de tissus éclatants et d'armes où se réverbérait la lumière, ils avaient fini par s’en approcher, comme fascinés par leur toute-puissance. Ils les adoraient et les imploraient avec la naïveté d'enfants qui ne soupçonnent pas le mal sous l'attrait. , Les Espagnols, les exam- 19 inant à leur tour, s’étonnaient de ne retrouver dans ces insulaires aucun des caractères physiques de conformation et de couleur
des races africaines, asiati” es, européennes, qu'ils avaient l’h-bitude de fréquenter, Leur teint cuivré, leur chevelure souple et répandue en ondes sur leurs épaules, leurs yeux som- 16 ru bres comme leur mer, leurs traits délicats et féminins, leur ra physionomie confinte et ouverte, leur nudité enfin, et les des- en sins coloriés dont ils teignaient leurs membres, révélaient en eux eb une race entièrement distincte des familles humaines répandues sur à hémisphère ancien, conservant encore les simplicités et les 20 douceurs de l’enfance, oubliée pendant des siècles dans ce fond ignoré du monde, ayant, à force d’ignorance, conservé la sim- é plicité, la candeur et la douceur des p:emiers jours. tle Colomb, nersuadé que cette île était un appendice avancé sur de l'océan àes Indes, vers lesquelles il croyait toujours naviguer, 25 vai leur donna le nom imaginaire d’Indiens qu'ils ont conservé jus- da: qu’à leur extinction par une erreur de langage survivant à l’er- «9 reur du navigateur. Le XL, d'i att Bientôt ces Indiens, s’apprivoisant avec leurs hôtes, leur mon- ace trèrent leurs sources, leurs habitations, leurs villages, leurs 30 pat canots ; ils leur apportèrent en tribut leurs fruits nourriciers, cha leur pain de sassave, qui renouvela les vivres des Espagnols, et ver quelques ornements d’or pur qu'ils portaient suspendus aux qu oreilles, aux narines, en bracelets ou en colliers autour du cou sibl et des jambes des femmes. Ils ignoraient le commerce et l'us- 35 me age de la monnaie, ce supplément vénal mais nécessaire à la sur vertu de l'hospitalité ; ils recevaient en échange avec ivresse les ind
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moindres objets usuels des Européens, La nouveauté faisait à leurs yeux le prix de toute chose. Rare et précieux est le même mot pour tout l'univers. Les Espagnols, qui cherchaient le pays de l'or et des pierreries, s’informèrent par signes des lieux d’où venait ce métal. | Les Indiens leur montrèrent le midi ; l’amirai et ses compagnons crurent comprendre qu'il y avait de ce côté une île ou un continent des Indes correspondant par sa richesse et par ses arts aux merveilleux récits de Marco Polo, le Vénitien, Cette terre dont ils se croyaient maintenant rapprochés était, selon eux, l’île fabuleuse de Cipangu ou du Japon, dont le souverain foulait sous ses pieds des planchers formés de plaques d'or. L'impatience de reprendre leur course vers ce but de leur chimère ou de leur avidité les fit remonter promptement sur leurs vaisseaux, Ils s'étaient approvisionnés d’eau fraîche aux ruisseaux de l’île, et leurs ponts étaient chargés de fruits, de racines et de cassaves, présents d ; ces heureux et pauvres Indi. ens. Ils en amenèrent un avec eux pour qu'il Né leur langue et leur servît ensuite d'interprète,
En tournant l’île de San-Salvador, ils se trouvèrent comme égarés dans les canaux d’un archipel composé de plus de cent îles d’inégale grardeur, mais toutes à l’aspect le plus luxuriant de jeunesse, de fécondité, de végétation. Ils abordèrent la plus vaste et la plus peuplée. Ils furent entourés de canots creusés dans un seul tronc d’arbre et commercèrent avec les habitants, «onnant des boutons et des grelots contre de l’or et des perles. Lew navigation et leurs relâches au milieu de ce labyrinthe d'îlet inconnues ne furent pour eux que la répétition de leur atterr: ge à San-Salvador, La même curiosité inoffensive les accueillit partout. Ils s'enivraient du climat, des fleurs, des parfums, des couleurs, des plumages d'oiseaux inconnus que chacune de ces oasis étalnit à ieurs sens ; mais leur esprit tendu vers une seule pensée, la découverte du pays de l'or, vers ce qu'ils supposa ‘ent l'extrémité de l'Asie, les rendait moins sensibles à ces trésors naturels et les empêchait de soupçonner l'inmense et nouveau continent dont ces iles étaient les avant-postes sur cet océan. Aux signes ot aux regards de ces Indiens qui lui indiquaient une région plus splendide encore que leur archipel
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Colomb fit voile vers la côte de Cuba, où il aborda en trois jours de douce navigation, sans perdre de vue les iles charmantes de Bahama qui jalonnaient sa route,
Cuba, avec ses côtes étagées et prolongées sans limites, s’adossant à des montagnes qui fendaient le ciel, avec ses havres, ses embouchures de fleuves, ses golfes, ses rades, ses forêts, ses viûlages, lui rappela en traits plus majestueux l'antique Sicile. MN resta indécis si c'était un continent ou une île. I] jeta l’ancre dans le lit ombragé d’une vaste rivière, descendit à terre, parcourut les grèves, les forêts, les jardins d’orangers et de paimiers, les villages, les huttes des habitants. Un chien muex tut le seul être vivant qu'il trouva dans ces habitations abandonnées à son approche, Il se rembarqua et remonta avec ses vaisseaux le lit de la rivière ombragée de palmiers à larges feuilles, et d’arbres gigantesques couverts à la fois de fruits et de fleurs. La nature semblait avoir pris soin de prodiguer, d’elle-mème, à ces peuplades heureuses les éléments de la vie et de la félicité sans travail. Tout rappelait l'Éden des livres sacrés et des poëmes, Les animaux inoflensifs, les oiseaux aux plumes de lapis et de pourpre, les perroquets, les piverts, les colibris volaient, criaient, chantaient en nuages colorés de branche en branse ; des insectes lumineux éblouissaient l'air lui-même ; lé suleil tempéré par l’haleine des montagnes, par l’ombre des arbres, par le courant des eaux, y fécondait tout sans rien calciner ; la lune et les étoiles s'y réverbéraient pendant les ténèbres dans le lit dx fleuve avec des splendeurs et des rejaillissements de clarté douce qui enlevait ses terreurs à la nuit, Un enivrement gé:éral exal. tait l'âme et les sens de Colomb et de ses compagnons, C'était bien là une nouvelle terre plus vierge et plus maternelle à la fois que la vieille terre d’où ils étaient venus.
‘C'est la plus belle île, écrit Colomb dans ses notes, que jamais l'œil de l’homme ait contemplée, On voudrait y vivre à jamais. On n’y conçoit ni la “ouleur ni la mort !”
L'odeur des épices qui arrivait de l’intérieur jusqu’à ses vais-
seaux, et la rencontre des huîtres qui produisent les perles sur 35
le rivage lui persuadaient de plus en plus que Cuba était un prolongement de l'Asie. Il s'imaginait que derrière les montagnes de cette île ou de ce continent, car il était encore incertain si Cuba tenait ou non à la terre ferme, il trouverait les empires, la
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civilisation, les mines d’or, et les merveilles dont les voyageurs enthousiastes dotaient le Cathay et le Japon. Ne pouvant joindre les naturels qui s'enfuyaient tous de la côte à l'approche des Espagnols, il envoya deux de ses compagnons, dont l’un parlait l’hébreu et l’autre l’arabe, à la recherche de ces fabuleuses capitales où il conjecturait que le souverain du Cathay faisait sa résidence, Ces ambassadeurs étaient chargés de présents pour les indigènes ; ils avaient ordre de ne les échanger que contre de l'or, dont ils croyaient que la source intarissable était dans l'intérieur de cette terre.
Les envoyés revinrent aux vaisseaux sans avoir découvert d'autre capitale que des huttes de sauvages et une nature prodigue de végétation, de parfums, de fleurs et de fruits. Ils avaient réussi à apprivoiser, à force de présents, quelques-uns des naturels, et ils les ramenaient avec eux à l'amiral, Le tabac, plante légerèment enivrante, dont les habitants faisaient de petits rouleaux enflammés par le bout pour en aspirer la fumée ; la pomme de terre, racine farineuse qui se convertissait en pain tout préparé dans la cendre ; le mais, le coton filé par les femmes, les oranges, les limons, les fruits innommés de leurs vergers, étaient les seuls trésors qu’ils avaient trouvés autour des habitations disséminées par groupes dans les clairières.
Déconcerté dans ses rêves d’or, l'amiral, sur la foi des indigènes mal compris, quitta à regret ce séjour enchanté pour se diriger vers l’est, où il plarait toujours sa fabuleuse Asie, Il embarqua quelques hommes et quelques femmes de Cuba plus hardis et plus confiants que les autres, pour lui servir d’interprètes dans les terres voisines qu’il se proposait de visiter, pour les convertir à la Foi, et pour offrir à Isabelle ces âmes rachetées, selon lui, par sa généreuse entreprise, * Persuadé que Cuba, dont il n'avait pas aperçu les limites, faisait partie de Ja terre ferme d’Asie, il vogua quelques jours à peu de distance du véritable continent araéricain sans le voir, Son illusion obstinée lui voilait une réalité si rapprochée de sa proue. Cependant l'envie, qui devait empoisonner ses jours, était née dans l'âme de ses compagnons le jour même où ses découvertes avaient couronné la pensée de sa vie entière, Amérigo-Vespucci, Florentin obseur, embarqué sur un de ses navires, devait donner son nom à ce monde verr lequel Colomb soul l'avait guidé. Vespucci ne