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Son père, homme éclairé et aisé dans sa profession, ne résista pas à la nature qui se manifestait par de si studieux penchants dans son fils. Il l’envoya étudier 4 Pavie la géométrie, la géographie, l'astronomie, l'astrologie, science imaginaire du temps, ot la navigation. Son esprit dépassa promptement les limites de ces sciences alors incomplètes, Il était de ces âmes qui vont toujours au delà du but où le vulgaire s'arrête et dit : assez, A quatorze ans, il savait tout ce “on enseignait dans ces écoles ; il revint à Gênes, dans sa famille, La profession sédentaire et inintellectuelle de son père ne pouvait emprisonner ses facultés, Il navigua plusieurs années sur les navires de commerce, de guerre, d’expéditions aventureuses, que les maisons de Gênes armaïent sur la Méditerranée pour disputer ses flots et ses ports aux Espagnols, aux Arabes, aux mahométans, sortes de croisades perpétuelles où le trafic, la guerre et la religion faisaient, de ces marines des républiques italiennes, une école de commerce, de lucre, d’héroïsme et de sainteté. Soldat, savant et matelot à ia fois, il monta sur des vaisseaux que sa patrie prêta au duc d'Anjou pour conquérir Naples, sur la flotte que le roi de Naples envoya attaquer Tunis, sur les escadres dont Gênes combattait l'Espagne. Il s'éleva, dit-on, à des commandements d’obscures expéditions navales dans la marine militaire de son pays. Mais l’histoire le perd de vue dans ces commencements de sa vie. Sa destinée n’était pas là ; il se sentait à l'étroit dans ces petites mers et dans ces petites choses, Sa pensée était plus grande que sa patrie. I! méditait une conquête pour l'espèce humaine, et non pour une étroite république de la Ligurie,
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Dans les intervalles de ces expéditions, Christophe Colomb trouvait à la fois, dans l'étude de son art, la satisfaction de sa 90
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passion pour la géographie et pour la navigation, et son humble fortune. Il dessinait, gravait et vendait des cartes marines ; ce petit commerce suffisait péniblement à son existence. Il y cherchait moins le lucre que le progrès de la science, Son esprit et ses sens, continuellement fixés sur les astres et les mers, poursuivaient par la pensée un but entrevu par lui seul.
Un naufrage, à la suite d’un combat naval et de l'incendie d’une galère qu’il montait, dans la rade de Lisbonne, le fixa en Portugal. Il se précipita dans la mer pour échapper aux flammes, se saisit, d’une main, d’une rame, et, nagernt de l’autre main vers le côte, il atteignit le rivage. Le Portugal, pris alors de passion pour les découvertes maritimes, était un séjour qui convenait à ses inclinaïions. Il espérait y trouver des occasions et des moyens de s’élancer à son gré sur l’Océan ; il n’y trouva que le travail ingrat du géographe sédentaire, l'obscurité et iamour, ÆEn allant chaque jour assister aux offices religieux dans l’église d'un couvent de Lisbonne, il s'éprit d’attachement pour une jeune recluse dont la beauté l'avait frappé. O’était la fille d’un noble Italien attaché au service de Portugal. Son pére l'avait confiée aux religieuses de ce couvent en partant pour une expédition navale lointaine. Séduite elle-même par la beauté pensive et majestueuse du jeune étranger qu’elle voyait chaque jour assidu aux ofices de l’église, elle ressentit l'amour qu’elle lui avait inspiré.. Tous deux étant sans parents et sans fortune sur une terre étrangère, rien ne pouvait contrarier l'attrait qu'ils éprouvaient l’un pour l’autre ; ils s’unirent par un mariage sur la foi de la Providence et du travail, seule dot de Felippa et de son amant, Il continuait, pour nourrir sa belle-mère, sa femme et lui, À faire des cartes et des globes recherchés, à cause de leur perfection, par les navigateurs portugais. Les papiers de son beau-pè:+, qui lui furent remis par sa femme, et ses correspondances avec Toscanelli, fameux géographe de Florence, lui fournirent, dit-on, des notions précises sur les mers lointaines de l’Inde et les moyens de rectifier les éléments alors confus ou fabuleux de la navigation, Entièrement absorbé dans sa félicité domesti-;ue et dans ses oontemplations géographiques, il eut un ” premier fils, au’il appela Diego, du nom de son frère. Sa société int’ se composait que de marins revenant des expéditions loi es ou révant des terres inconnues et des routes
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non frayées sur l'Océan. Son atelier de cartes et de globes était un foyer d'idées de conjectures, de projets, qui entretenait sans cesse son imagination de quelque grand inconnu sur le globe, Sa femme, fille et sœur de marins, partageait elle-même ces enthousiasmes., Comme il contournait sous ses doigts ses globes et pointait ses cartes d'îles et de continents, un vide immense avait frappé les yeux de Colomb au milieu de l'océan Atlantique. La terre semblait manquer, 14, du contre-poids d’un continent, Des rumeurs vagues, merveilleuses, terribles parlaient, à l’imagination des navigateurs, de côtes entrevues du sommet des Açores, d’îles immobiles ou flottantes, qui se montraient par des temps sereins, qui disparaissaient ou qui s’éloignaient quand des pilotes téméraires cherchaient à an approcher. Un voyageur vénitien, Marco Polo, qu’on regardait alors comme un inventeur de fables et dont le temps a reconnu depuis la véracité, racontait à l'Occident les merveilles des continents, des États et des civilisations de la Tartarie, de l'Inde, de la Chine, que l’on supposait se prolonger là où s'étendent en réalité les deux Amériques, Colomb lui-même se flattait de trouver à l'extrémité de l’Atlantique, ces contrées de l'or, des perles, de la myrrhe, dont Salomon tirait ses richesses, cet Ophyr de la Bible, recouvert depuis des nuages du lointain et du merveilleux. Ce n'était pas un continent mouveau, mais un continent perdu qu’il cherchait, L’artrait du faux le menait à la vérité,
Il supposait dans ses calculs, d’après Ptolémée et d’après les géographes arabes, que la terre était un globe dont on pouvait faire le tour, Il croyait ce globe moins vaste qu'il ne l’est de quelques milliers de lieues, Il s’imaginait, en conséquence, que l'étendue de mer à parcourir pour arriver à ces terres inconnues de l'Inde était moins immense que les navigateurs ne le pensaient, L'existence de ces terres lui semblait confirmée par les témoignages étranges des pilotes qui s'étaient avancés le plus loin au delà des Açores. Les uns avaient vu flotter sur les vagues des branches d'arbres inconnus en Occident ; les autres, des morceaux de bois sculptés, mais qui n'avaient pas Cté travaillés à l'aide d'outils de fer ; ceux-là, des sapins monstrueux creusés en canots d’un seul tronc, qui pouvaient porter quatre. vingts rameurs ; ceux-ci, den roseaux gigantesques ; d’autres, enfin, des cadavres d'hommes blancs ou cuivrés dont les traita
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ne rappelaient en rien les races occidentales, asiatiques ou africaines,.
Tous ces indices flottants de temps en temps à la suite des tempêtes sur l'Océan et je ne sais quel instinct vague qui précède toujours les réulités comme l'ombre précède le corps quand ona 56 le soleil derrière soi, annonçaient au vulgaire des merveilles, attestaient à Colomb des terres existantes au delà des plages écrites par la main des géographes sur les mappemondes, Seulement il était convaincu que ces terres n'étaient qu’un prolongement de l'Asie, remplissant plus d’un tiers de la circonférence 10 du globe, Cette circonférence, ignorée alors des philosophes et des géomètres, laissait aux conjectures l’étendue de cet Océan qu'il fallait traverser pour atteindre à cette Asie imaginaire. Les uns la croyaient incommensurable ; les autres se la figuraient comme une espèce d'éther profond et sans bornes, dans lequel 15 les navigateurs s’égarent, comme aujourd’hui les aéronuutes dans les déserts du firmament, Le plus grand nombre, ignorant les lois de la pesanteur et de l'attraction qui rappelle les corps au centre, et néanmoins adnsettant déjà la rotondité du globe, croyaient que des navires ou des hommes portés par le hasard 20 aux antipodes s’en détacheraient pour tomber dans les abîmes de l’espace. Les lois qui gouvernent les niveaux et les mouvements de l'Océan leur étaient également inconnues. Ils se représentaient la mer, au delà d’un certain horizon, bornée par les Îles Céjà découvertes comme une sorte de chaos liquide, dont 25 les vagues démesurées s’élevaient en montagnes inaccessibles, se creusaient en gouffres sans fond, se précipitaient du ciel en cataractes infranchissables qui entraineraient et engloutiraient les voiles assez téméraires pour en rapprocher, Les plus instruits, en admettant les lois de la pesanteur et un certain 30
; niveau dans les espaces liquides, pensaient que la forme arrondie du globe donnait à l'Océan une pente vers las ant#odes, qui emporterait les vaisseaux vers des rivages sans nom, mais qui ne leur permettrait jamais de remonter cette pente pour revenir en Europe. De ces préjugés divers sur la nature, la forme, l’éten- 35 due, les montées et les descentes de l'Océan, se composait une terreur générale et mystérieuse qu’un génie investigateur pouvait seul aborder par la pensée et qu’une audace surhumaine pouvait seule affronter de ses voiles. C'était la lutte de l’esprit humain contre un élément ; pour la tenter, il fallait plus qu’un homme 40 k
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L'attrait invincible du pauvre géographe vers cette entreprise était le véritable lien qui retenait tant d'années Colomb à Lisbonne comme dans la patrie de ses pensées, C'était le moment où le Portugal, gouverné par Jean IT, prince éclairé et entresrennant, se livrait, dans un esprit de colonisation de commerce et d'aventures, à des tentatives navales incessantes pour relier l'Europe à l'Asie, et où Vasco de Gama, le colon portugais, n'était pas loin de découvrir la route maritime des Indes par le cap de Bonne-Espérance. Colomb, convaincu qu'il trouverait une route plus large et plus directe en s’élançant droit devant lui vers l’ouest, obtint, après de longues sollicitations, une audience du roi, pour lui révéler ses plans de découverte et pour lui demander les moyens de les accomplir au profit de la fortune et de la gloire de ses États. Le roi l'écouta avec intérêt, La foi de cet inconnu dans ses espérances ne lui parut pas assez dénuée de fondement pour la reléguer au rang des chimères, Colomb, indépendamment de son éloquence naturelle, avait l'éloquence de sa conviction. 11 émut assez le roi pour que ce prince chargeât un conseil, composé de savants et de politiques, d'examiner les propositions du navigaïeur génois et de lui faire un rapport sur les probabilités de son entreprise. Ce conseil, composé du confesseur du roi et de quelques géographes d'autant plus accrédités dans sa cour qu'ils s’écartaient moins des pré. jugés vulgaires, déclara les idées de Colomb chimériques et contraires à toutes les lois de la physique et de la religion,
Un second conseil d'examen, auquel Colomb en appela avec la permission du roi, aggrava encore cette première décision, Toutefois, par une perfidie ignorée du roi, ses conseillers com. muniquèrent les plans de Colomb à un pilote et firent partir secrètement un navire pour tenter à son insu la route qu’il indiquait vers l’Asie, (Ce navire, qui avait cinglé quelques jours au delà des îles Açores, revint épouvanté du vide et de l’immensité de l'espace qu'il avait entrevu, et confirma le conseil dans le mépris des conjectures de Colomb,
Pendant ces inutiles sollicitations à la cour de Portugal, l’in- 35 fortuné Colomb avait perdu sa femme, l'amour, la consolation et
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l'encouragement de ses pensées. Sa fortune, nérligée pour ses perspectives de découverte, était ruinée ; ses créanciers s'achar. naient sur les fruits de ses travaux, saississaient ses globes et ses cartes, et menaçaient môême sa liberté, Beaucoup d'années avaient été perdues ainsi dans l'attente ; son âge mûr s’avançait ; son enfant grandissait ; les extrémités de la misère étaient le seul patrimoine qu'il envisageât, au lieu d’un monde qu'il avait entrevu pour lui. Il s’évada nuitamment de Lisbonne, à pied, sans autre ressource que l'hospitalité sur sa route, tantôt menant son fils Diego par la main, tantôt le portant sur ses robustes épaules ; il entra en Espagne, décidé à offrir à Ferdinand et 4 Isabelle, qui y régnaient alors, cet empire ou ce continent refusé par le Portugal.
C'est en poursuivant ce long pèl:rinage vers le séjour mobile de la cour d'Espagne, qu'il était arrivé à la porte du monastère de la Rabida, près de Palos, Il se proposait de se rendre d'abord à la petite ville de Huerta, dans l’Andalousie, habitée par un frère de sa femme, de déposer son fils Diego entre les mains de ce beau-frère, et d'aller seul subir les lenteurs, les has-
ards, et peut-être les incrédulités à ia cour d'Isabelle et de Fer- {
dinand.
On assure qu'avant de se rendre en Espagne, il avait cru devoir, comme Italien et comme Génois, offrir d'abord sa aécouverte à Gênes, sa patrie, et au sénat de Venise, mais que ces deux républiques, occupées d’ambitions plus rapprochées et de rivalités plus urgentes, avaient répondu à ses sollicitations par des froideurs et des refus.
Le prieur du monastère de la Rabida était plus versé dans les sciences relatives à la navigation qu'il n’appartenait à un homme de sa profession. Son monastère, d’où l’on voyait la mer, et voisin du petit port de Palos, un des plus actifs de l’Andalousie, avait mis le moine en société habituelle avec les navigateurs et les armateurs de cette petite ville, uniquement adonnée à la marine. Ses études, pendant qu’il avait habité la capitale et la cour, avaient éte tournées vers les sciences naturelles et vers les problènies qui s'agitaient dans les osprits, Il s’émut d’abord de pitié, et bientôt après d'enthousiasme et de conviction dans ses
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eutretiens du jour avec Colomb, pour un homme qui lui parut si supérieur à sa fortune. Il vit en lui un des envoyés de Dieu, qui sont repoussés du seuil de ces princes ou des cités, où ils apportent dans des mains indigentes des trésors invisibles de vérités. La religion comprit la génie, une révélation qui veut comme l’autre ses fldèles. Il se sentit porteé à être un de ces fidèles qui participent à ces révélations du génie, non par la découverte, inais par la foi, La Providence envoie presque toujours un de ces croyants aux hommes supérieurs pour les empêcher de se décourager devant l'incrédulité, la dureté ou les persécutions du vulgaire : ils sont la plus sublime forme de l'amitié, les amis de la vérité méconnue, les confidents de l'avenir impossible,
Juan Perès se sentit prédestiné par le ciel à devenir, du fond de sa solitude, l'introducteur de Colomb, dans la faveur d’Isabelle, l'apôtre de son grand dessein dans le monde, Ce qu'il aima dans Colomb, ce ne fut pas seulement son dessein, ce fut lui-même, ce fut la beauté, le caractère, le courage, la modestie, la gravité, l'éloquence, la piété, la vertu, la douceur, la grâce, la patience, l’infortune noblement portées, révélant dans cet étranger une de ces natures marquées par mille perfections de ce sceau divin qui défend d'oublier et qui force à admirer un homme unique. Après le premier entretien, le moine ne donna pas seulement sa conviction à son hôte, il lui donna son cœur, et, chose plus rare, il ne le lui retira jamais, Colomb eut un ami,
Juan Perès engagea Colomb à accepter pour quelques jours ua asile, ou du moins uu lieu de repos, dans l’humble monastère, pour lui et pour son enfant, Pendant ce court séjour, le prieur communiqua à ses amis de la ville, voisins de Palos, l'arrivée et les aventures àe l'hôte par qui il était visité. Il les pria de venir au couvent s’entretenir avec l'étranger de ses conjectures, de ses intentions et de ses plans, afin d'apprécier «: ses théories concordaient avec les idées expérimentales des marins de Palos, Un homme éminent, ami du prieur, le médecin Fernandez, et un pilote consommé de Palos, Pierre de Velasco, vinrent passer, sur l'invitation du moine, plusieurs soirées au couvent, écoutèr-
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ent Colomb, sentirent leurs yeux dessillés par ses entretiens, entrèrent avec la chaleur d’esprits droits et de cœurs simples dans ses idées, formèrent ce premier cénacle où toute foi nouvelle se couve dans la confidence de quelques prosélytes, à l'ombre de l'intimité, de la solitude et du mystère, Toute grande vérité commence par un secret entre des amis, avant d'éclater à haute voix dans le monde, es premiers amis conquis à ses convictions par Colomb dans la cellule d'un pauvre moine lui furent peut-dtro plus chers que l'enthousiasme et l’applaudissement de l'Espagne entière, quand le succès eut 10 consacré ses prévisions. Les premiers croyaient sur la foi de ses paroles, les derniers ne devaient croire que sur la foi de ses découvertes accomplies,
Le moine, confirmé dans ses impressions par l'épreuve de ses idées sur la science du médecin Fernandez et sur l'expérience du 15 pilote Velaseo, se passionna avec eux pour son hôte. Il | l'engagea à laisser son enfant à ses soins dans le monastère de la À Rabida, à se rendre à la cour pour offrir sa découverte à Ferdi- | nand et à Isabelle, et à solliciter de ces souverains l'assistance nécessaire à l’accomplissement de ses pensées. Le hasard rendit 2 le pauvre moine un introducteur naturel et puissant à la cour d'Espagne. Il l'avait habitée longtemps, il avait eu l'oreille et la conscience d'Tsabelle, et, depuis que son goût pour la retraite l'avait éloigné du palais, il avait conservé des rapports d'amitié avec le confesseur nouveau qu'il avait donné à la reine, Ce 25 confesseur, ministre de la conscience des rois À cette époque, était Fernando de Talavera, supérieur du monastère du Prado, homme de mérite, de crédit et de vertu, devant qui toutes les portes s’ouvraient dans le palais. Juan Perès remit à Colomb une lettre de chaude recommandation pour Fernando de Tala- 30 vera. Il lui fournit l'équipage convenable pour se présenter décemment à la cour, une mule, un guide, une bourse de sequins, et, l'embrussant sur le seuil du monastère, il le recommanda, lui et son dessein, au Dieu qui inspire les grandes pensées,
Colomb, pénétré de reconnaissance pour ce premier et géné- 35 reux ami qui ne l’abandonna jamais des venx et du cœur et à
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qui il renvoya toujours depuis l’origine de sa fortune, s’achemina vers Cordoue : c'était alors la résidence de la cour, Il marchait avec sette confiance dans le succès qui #st l'illusion, muis aussi l'étoile du génie. Cette illusion ne devait pas tarder à se dissiper et cette étoile à se voiler. Le moment où l’aventurier génois venait offrir un monde à la couronne d'Espagne semblait mal choisi : Ferdinand et Isabelle, loin de songer à conquérir des possessions problématiques au delà des mers inconnues, étaient occupés à reconquérir leur propre royaume sur les Maures d’Espagne, Ces musulmans conquérants de la Péningule, après une longue et prospère possession, se voyaient enlever une à une les villes et les provinces dont ils n’occupaient plus que les montagnes et les vallées qui entouraient Grenade, capitale et merveille le leur empire. Ferdinand et Isabelle employaient toute leur puissance, tous leurs efforts et toutes les ressources de leurs deux royaumes unis à arracher aux Maures cette citadelle des Espagnes, Unis par un mariage politique que l'amour avait cimenté et qu’une gloire commune illustrait, l’un avait apporté en dot le royaume d’Aragon, l’autre le royaume de Castille, à cette communauté de couronnes. Mais, bien que le roi et la reine eussent confondu ainsi leurs provinces séparées en une seule patrie, ils conservaient néanmoins une domination distincte et indépendante sur leur royaume héréditaire, Ils avaient leur conseil et leurs ministres à part pour les intérêts réservés de leurs anciens sujets personnels. Ces conseils ne se confondaient en un seul gouvernement que dans des intérêts patriotiques communs aux deux erapires et aux deux époux. La nature semblait avoir doué ces deux souverains de formes, de qualités et ds perfections du corps et de l’âme, diverses, mais presque égales, comme pour compléter l’un par l’autre le règne de prestige, de conquête, de civilisation et de prospérité qu’elle leur destinait. Ferdinand, un peu plus âgé qu'Isabelle, était un guerrier accompli et un politique consommé, Avant l’âge où l’homme apprend par la triste expérience à connaître les hommes, il les “evinait. Son seul défaut était une certaine incrédulité et une certaine froideur qui viennent de la défiance et qui ferment le cœur à l'enthousiasme et à la magnanimité, Mais ces deux vertus qui lui manquaient à un certain degré étaient compensées dans ses conseils par la tendresse d'âme et par l'abondance de