LIVRE QUATUllUlE — CHAPITRE IX
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iiiarqiiable. Plusieurs jours se passèrent en réjouissances. Les anrieiis ainis ilc lioldan se Iroiilili'ii'iil "ii voyant le v'v/uh'. C.oininamli'ur tomber éi;alenirnt sous (• cliarme d'Anatoana. Ils redouhlèienl leurs instances |i(iiM- lui persuader ipu; celte récejjlion cachait le i'(ind)li' de la perlidie.
L'esprit sans cesse inquiet et soupçonneux d'Ovando accepta aisément cetti; idée, et il y répondit par une r(iMd)inaison odieuse.
Les Indiens ayaiil n'iialé' di' leurs jeux 1rs Castillans, II' CommandiMir anuonea ([u'il leur montrerait à son tour les jeux équestres de riispaiine. Il indiqua celte i'ète jiour le dimanche suivant, y invita la Heine de Xaragua, et il lui ht insinuer qu'il serait dii^ne de sa grandeur de s'y montrer avec toute sa noblesse.
La salle qui réunissait la cour indieime donnait sur la jdace où devait s'exécuter le carrousel: elle consistait en une halle ouverte, dont un grand nombre de piliers soulenait la Idilure.
Les Espagnols se tirent un peu attendre.
Des pelotons d'infantei-ie occupèri'iil suci'cssivement toutes les avenues de la place ; pendant ce temps, Ovando jouait froidenieul au palii. Il avait iHé eonvi'uu que dés (pi'il toucherait du doii^t sa croix d'Alcanlara, cavaliers et fantassins feraient main basse sur la nudtitude. Quand toutes les issues furent fermées, Ovando, montant a cheval, parut à la lèle de son escadron ; aprcN qui'hpies maud'uvres, il (ira ^on (''p(''i', el lous les cavaliers mirent le sabre hors du fourreau, ce qui agita un p(Mi lecnnir d'Anacoana. Au bout d'un instant, le Cununandeur lit le signal convenu. Alors cette troupo
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CHIl[;STOPHE COLOMB
fondit sur les curieux i''|icn]us, tandis que les pelotons d'infanterie les alla(|uai('ul pai' dcirièi'e : ce fut une houcherie affreuse. Keuiines, enfants, vieillards, tout était également peicé, abattu, écrasé sous les chevaux. La salle où se trouvait la Reine, cernée par les cavaliers, se changea en prison jHiur les Caciques. Seule, Anacoana en fut retirée, mais violemment meurtiie, étroitement aai'roltée. Ouatre-vinqt-quatre seii^neins furent liés aux piliers et soumis à la torture, alin de donner des éclaircissements sur le prétendu complot.
Les douleuis arrachèienl (piel([ues aveux mensongers dont on juit acte. Après quoi on mit le feu à cette salle, et ces malheureux périrent brûlés. La capitale de Xaragua livrée aux llammes disparut en quelques heures. Les cendres cachèrent le sang des malheureu:; Indiens.
En récompense de son hospitalité, de sa eonliance, de sa résignation, l'infortunée Anacoana vit des chaînes de fer remplacer ses guirlandes de Heurs. Avec les témoignages extorqués à la soulïrance, on l'emmena comme une vile criminelle à Saint-Dominnue ; et là, sur les accusations des bandits dont elle avait enduré si longtemps les forfaits, on la jugea suivant les formes d'une procédure dérisoire. Elle fut condamnée à la potence ! Ovando la fil exécuter publiquement. Ainsi périt la noble et hospitalière Anacoana, la poéti<pie cl glorieuse Reine d'ilaili.
Jusqu'à ce qu'il eu! coiumis celte ('poiivautalile atrocité, Ovando ne céda ])oint aux supplications de Diego Mendez. Mais après que les Indiens exaspérés se furent sauvés dans toutes les directions, réduits à des ven-
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jïoanccs isolées, il perinil au capitaine de pavillon de se rendre à Sainl-l)oniin!iiio selon ses désirs. ])iei;o .Mendez poiirlant nliésita pas, il |iailit à pied, seul, el fil ses s(iix;iiiti'-(li\ lieues sous la i^ardc de celui (pii lavail déjà protégé.
Cependant on savait à Saint-Domingue l'abandon où languissait l'Amiial malade. Le noble Kiesehi et les douze Espagnols venus dans les canots avaient répandu en divers lieux la nouvelle de récliouage à la Jamairpie. Mais quand, Diego Mendez arrivant enfin, on apprit que depuis sept mois le gouverneur, instruit du naufrage de l'Amiral, n'avait donné aucun ordre pour le secourir, les habitants ne purent s'empêcher d'exprimer leur indignation. .Malgré les aveuf;les préventions accumulées contre l'.Vmiral par les efforts des envieux et des rebelles, son génie, ses vertus, son affabilité lui attachaient de civur nombre de colons. D'ailleurs, son échouage sur cette côte insoumise, après une navigation si glorieuse par ses découvertes, attirail à son infortune les vives sympathies des hommes de mer. Les religieux de Saint-François, ne pouvant aller secourir de leur personne le Révélateur du Globe, priaient Dieu de soutenir .si|»atience dans cette longue épreuve. Chaque jour ils réclamaient publiquement l'union des fidèles à leui's prières. Le zèle de ces excellents religieux ne craignait point de reprendre, du haut de la chaire, cette révol-
riir.
CHlilSTOPHE COLOMB
(anlo inçiratilnde; ils tonnaiont avec courage ol solonuitr coiilio un tel ahamlùu.
L'insouciaiiro d'Uvando n'élail pas jusiiliahle. S'il manquait (rinie cai'avclle assez grande poiu' laniener tout le monde, il pouvait au moins envoyer à ces nan- IVagés des approvisionnements et des espérances par l'un des brigantins qui faisaient le service côlier d'IIispaùiola. S'il n'eul pas retenu auprrs de lui Diego Mendez, celui-ci aurait eu le temps de faire construire une felouque et de l'expédier à Santa-Gloria pour rassurei' TAiniral.
Cependant l'opinion publique se prononça si follement que, pour lui donnei' satisfaction, Ovando annonça l'envoi d'un brigantin. Mais à qui conlia-t-il le commandement de ce petit navire? A un officier de terre. El quel oflicier clioisit-il'? L'ennemi le plus ardent que l'Amiral eût à Ilispaniola. Les provisions et rafraîcbissemenls furent proportionnés aux sentiments du gouverneur pour Colomb. Une moitié de porc salé et un liaril de vin, c'était là un bien grand soulagement pour rcnl trente liommes qui se trouvaient avec r.Vmiral !
Comme la retraite n'était pas encore sonnée an moment où parut le brigantin dans la baie deSanla-Gloria, tous les Castillans avaient vu, avec une joie mêlée de doute, ce petit hàlimcnl, ipii aurait dû, selon eux, jclrr l'ancre plus près.
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Lacliainnpo liii brifianlin, iiiisi'' à flol, .'irrosla bi(Milôl h\ Cil pi lu ne. Les canotiL-rs tlorii;uiili''ii'nl iiin' aiiiarn' ; on la leur jota. Ils y allaclièrfiil mi liaril di' vin cl mie moitié do porc salé que l'on hissa à bord. Puis l'oflicii r mit au boni d'une «ialTe un [)li |)Our r.Vmiral, rt le présenta ainsi. On prit le message, et aussilùl il II! pousser l'embareation à quelques encablures; alors il éleva la voix. \a\ la reeonnaissaiil, la plupartdespiloles restèrent stupéfaits : c'était le traître Diego de Kscobar, ce connnaiulant du i'orl de la Madeleine, qui, pendant que r.Vmiral découvrait le nouveau continent, s'était révolté contre le Vice-Roi des Indes cl avait passé avec sa troupe à Roldau. Sa présence était une violation des ordres de la Reine, portant que tous les anciens n'belles seraient renvoyés en Caslille. La mission que lui avait conliée Ovando constituait une double oll'ense envois r.Vniiral.
Cei>endanl Colomb sortit de sa cabine et parut sur le pont. Escobar lui cria que le gouverneur n'avait pas sur la rade un navire assi;z grand pour l'envoyer prendre avec tous les siens, qu'aussitôt qu'on le pourrait il serait tiré de ce lieu, et lui offrit de se charger de sa réponse, s'il voulait la faire immédialemenl, parce que le briganlin devait partir sans relard. Colomb accusa réception de son message à Ovando, confiant à ses bontés Diego -Mondez et Fieschi et se recommandant à sa diligence.
Pondant ce temps, le canot se tint inunobile. Des caravelles, les pilotes firent quelques questions aux canotiers ; mais, suivant leur consigne, ceux-ci gardé-
ronl riiioureusomenl le silence. Dés que la dôpèclio de r.\iuiial fut scellée, l'embarcalion rejoignit les flancs Ao la Capitaiie, la prit, puispoussa vigoureusement au liiigantin, qui se mitaussitôt à déraper son ancre et à larguer toutes ses voiles pour attraper le peu de vent de terre dont, par intervalles, Tlialeine eudjauuiée se faisait sentir.
CHRISTOIMIF. COLOMB
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à cause do son inimitié conlie rAiiiiral. Pour les tiauquilliscf, Coiomlj affecla une l'Ulirir salislinliou ri expliqua ce déparl subil par le (l(''sir d'aïai'ni'r |ilus proui[)leinent des caravelles.
iJans ses sentiments de paternili' ailoplive, l'Auiiral souflVailde voir une paille de ses marins Iblleuienl séparés de lui. Il les considérait comme des enl'auls eLtarés. Il espérait, par l'annonce d'un prochain retour en Castille, les ramener au devoir et épargner ainsi aux Indiens les dommages que tes rebelles leur causaient incessamment. Il leur olïril l'amnistie jiieine ri entière, à cette condition qu'ils rentreraient aux caravelles sans plus tarder. Alin de leur prouver qu'il avait reçu des nouvelles d'IIispaùiola, il leur envoya un morceau de i)orc et une mesure de vin, et choisit comme messagers deux ofllcicrs de mérite, qui précisément avaient eu des relations avec les Porras. 0"!"iil ces deux envoyés parurent au quartier des rebelles, Porras vint à leur rencontre et les prit à part, ne voulant pas que ses hommes entendissent leurs propositions, de peur qu'ils n'y accédassent.
Après avoir conléré un instant avec ses principaux complices, Porras lépondit aux envoyés de l'Anural (|uc ses compagnons n'acceptaient point leurs pro|)Osilions, qu'au surplus il aurait par la force ce qu'on n'accordait pas de bonne grâce ; et là-dessus il congédia les deux oriieiers.
Lesrebelles, conduits jiar leurchel', se rapprochèi-ent de la baiedi' Sauta-Gloria et vinrent s'établir dans le village indien de Maïma.
Celte bande insolente se composait suitoul des gens
LIVnR QUATinKMK ■- Cil Al'ITIiH \