‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 6 sur 208 · PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'AUTEUR

(loiibleiiicnl une erreur el nue injuslice. Nous avons donc présente le Révélateur du Globe tel qu'il fut vérilablemenf,el non pas lel (|ui; l'avaient dépeint des biographes ennemis du primipo (|ui Ht sa grandeur

el sa gloire.

Ne pouvant publier intégralement, avec des illnslialions, les deux gros volumes de notre histoire de C.ulomb, nous en avons résumé dans un seul la substance, sans omettre aucun des laits pathétiques dont se compose le drame de sa vie; et nous pouvons l'afllrmer : quiconque aura lu ce livre, possédera une com|ilèle idée de l'homme auquel premièrement ré[ioquc actuelle doit la connaissance de notie univers.

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CHIllSTorilK COLUMil — I

CUl'.lSTdl'lll-: COLO.Ml!

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[rviiip:, débiilc par cos lignes : « On no saii lii'u iw certain sur les premières années de Cin'isloplic Colomb. L'époque, le lieu de sa naissance sont enveloppés d'une égale obscurité. Ses ancêtres ne sont pas mieux connus. El Iclh' a été la stérilité fatigante des commentateurs, qu'il est difticile de découvrir la vérité, au milieu du dédale des conjerture? (pii l'enlourent. ^

Et après ces mots, au lieu de s'efforcer de procurer à ses lecteurs un til bistoriq\ie pour les tirer de ce labyrintbe de perplexités, il ne l'ail lui-même à son tour qu'aggraver leur embarras, en augmentant leur incertitude.

Quant à nous, l'obscurité que des causes multiples ont fait mystérieusement incuber sur les commencements de l'homme qui doubla notre Globe ne nous a point semblé impénétrable.

C'est par la date de la mort de Colomb qu'on arrive à préciser celle de sa naissance. On sait qu'il mourut à Valladolid, le ÛO mai iôUli, à l'Age de soixante-dix ans. Il était donc né en 1435.

CIIRISTOniE COLOMB NAQUIT .\ GÈNES.

Telle est la vérité.

Ou'imporleiu les prétentions de Cuccaro dans le Montferrat, de Pradello dans le Plaisantin, d'Oneglia, de Finale, de Coggiasco, de Quinto et Nervi dans la rivière de Gènes'.' En vain le petit bourg de Cogoletto s'obstinc-t-il à étaler, aux regards du voyageur, l'inscription qui lui décerne le litre de patrie deCliristopbe

LlVliK PREMIKH — CIIAPl TliK PliKM I KU

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('.(•loiiili ; nous ifavoiis |)as à nous lu/'orciipiT tlo ci's ainoiirs-piopros de clochei', ni des discussions plus on moins ("'iMulilos par lesquelles Savonc aussi a réclanié celle liloire. Aucune de ces discussions n'a prouvé que Christophe Coloml) naquit hors de Gènes; et plusieurs des documents produits durant leur cours laissent voii' qu'il étail'Génois. Il n'est plus permis de douter de ce lait, devenu patent et irrécusable, tant sont noml)reiix et concluants les divers ordres de témoignages sur lesquels il repose.

Dans l'acte d'Institution de Majorai, fait le 22 février 1 '(-98, au profil de sa descendance, Christophe Colomb devenu grand amiral de l'Océan, vice-roi des Indes, dil en propres termes qu'il est né à Gènes : «^1 Siendo yo nacido en Genova ; » plus loin, il recommande à ses héritiers de favoriser, sans nuire â la couronne d'Espagne, tout ce qui sera à l'honneur et à l'accroissement de Gènes, ville noble et puissante sur mer : « Ciudad noble y poderosa pnr la mar. » 11 explique celte prédilection en disant encore : C'est de là que je suis sorti, et c'est là que je suis né : « délia sali, y en ella naci. »

A travers un espace de soixante-huit ans, dans la propre famille de Colomb, trois générations de témoins allestent qu'il est né à Gènes.

Contre l'autorité d'une telle affirmation, résultant d'actes aulhentiques ou revêtus de formes solennelles, qu'a-t-on opposé jusqu'à ce jour? des négations sans preuves, des prétentions sans bases, des considérations puériles tirées elles-mêmes d'inductions visiblement torturées, dans lesquelles, si la logique des faits est

inistjral)li'inenl violentée, en revanche les vanités locales se donnent salislaclion plénière.

Donc, nous le répétons :

CIirtlSTOPIFE COLOJIB NAQUIT A GÈNES.

Son père était Génois. Il s'appelait Dominique Colomb, et était lils de Jean Colomb, domicilié à Quinto, où il parait avoir joui d'une certaine aisance.

Dominique Colomb i>iit pour l'emnie une villageoise de Bisagno, Suzanne, fille de Jacques Fontanarossa, (jui l'avait pourvue d'une petite dot, partie en espèces, partie en biens-fonds. Il s'établit à Gènes, d'abord dans la maison qui lui appartenait personnellement. Cetti' maison, ayant boutique, et à laquelle se trouvait continu un jardin arrosé par un puits, était située hors des murs, du côté de la porte Saint-André, sur la route de lîisagno, le pays de sa femme, qui en est tout voisin. Dominique Colomb possédait encore un ])etit patrimoine dans la vallée de Nura, et quelques lots de terre aux alentours deOuinto. Toutefois, afin de suppléer à la modicité de ses revenus, il s'occupait du cardage des laines, et avait un métier pour la fabriciue des drajis, auquel il employait habituellement un ouvrier et un apprenti.

Ce fut dans cette maison du faubourg que vint au monde Christophe Colomb. Ou le présenta aux fonds ba|)lismaux dans l'antique église de Saint-Etienne, alors isoléesurson petit monticule, et que desservaieni les reiin'ieux bénédictins. C'est l'éijiise vula'airerîieul appelée à Gènes : v Saint-Etienne de l'Arco. »

MVIiK l'IlKMIKi; — CIIAI'ITIIK l'Il KM I Kll

(Jiii'l(|ues aiiii(!'i's apros, ayaiil drjà plusieurs enfants, noniini(|iie Coloml) crut tic son iiilérèl de louer sa propre demeure, sans doute à Tun de ces petits anlier- L;istes ou taverniers tpii avoisinent l'entrée des villes, .'tde se rapprociier du quartier si)éeialennent habité des lionnctiers, teinturiers et eardeurs de laine. A ret effet , il prit à bail, dans la rue de .Mulcento, une petite maison ayant au rez-de-chaussée, outre la pièce d'entrée éclairée par la porte, une salle continue, pourvue d'une fenêtre garnie de barreaux de fer assez svelles, mais bien reliés entre eux, et qui pouvait servir de boutique. Sur l'ancien cadastre de la république de Gènes, celte maison |i(Hlait le numéro 100. Elle appartenait aux religieux bénédictins. Plusieurs livres de recette de leur communauté, échappés aux désastres des révolutions et existant encore aujourd'hui , mentionnent les payements successifs effectués par Dominique Colomb.

Dominique Colomb eut quatre fds : Christophe, liartbéli'my, Pellegrino et Jacques. Il avait aussi une lille, laquelle, n'espérant pas mieux de la fortune, voulut épouser un charcutier du voisinage, nommé Jacques Bavarello, et que l'obscurité de sa condition d(''robe, dès son vivant, aux regards de l'histoire. Pellegrino Colomb mourut ayant di'-passé Fàge de la majorité ; il travaillait an métier de son père. La plupart des écrivains ont oublié ou ignoré son existence.

Les ancêtres de Colomb appartenaient à la noblesse. Cela est certain.

Dans les veines de ce cardeur coulait un sana- très-

CHRISTOPIir'; CULtiM

par. Ses aïeux descendaient d'une souche mililaii'C, issiip do la Lombardic, dont les branches collatérales avaient pris racine on Piémont et sur le Plaisantin, tandi^^ que d'autres, transplantées en Ligurie, s'étaient vues Ibrcéos do s'attacher aux choses de la mer et du négoce. Induliilablenient, dans la première moitié du (piinzième siècle, il existait à Gènes plusieurs Colombo, unis par une ancienne parenté ; mais leurs conditions étaient devenues bien diverses, leurs rapports se ressentirent de cette différence de rani.;-. Les uns se trouvaient haut placés par leurs services et leur fortune, tandis qi:e d'autres occui)aient une position secondaire ou même ignorée dans hi marine marchande. D'autres encore, iiai)ilant les bourgs de la Ligurie, s'y adonnaient à la culture do leur modeste patrimoine. Ces liens do parenté et de voisinage donnèrent lieu aux pn'tentions qui se produisirent par la suite relativement à la vérilahlo patrie de Cluistophe Colomb.

Les Colomb portaient d'azur à trois colombes d'argent, et pour devise ces mots : « Fides, Spes, Charitas. » Sauf d'insignillantos nuances, ces armes étaieat communes aux diverses branches de l'antique famille lombarde, et ai)partonaii'nt aux Colomb de Plaisance aussi bien qu'à ceux du Montferrat et de la Ligurie.

Soit qu'il eût ou non conservé les armes de ses aïeux, Dominiqu(^ Colomb pai'ut toujours se souvenir d'eux dans sa conduite. Il agit suivant sa condition, comme un homme que noblesse aurait obligé. Il fit de sa famille un modèle de la sainteté du devoir. Le respect, la piété filiale, l'alïection fraternelle, la modestie dans

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LIVIîE PREMIKU — CHAPITIIE PKKMIER

l'élévalion, le coura(^c dansTadversiU'', la magnanimité, la piiielé cluvlionnc, voilà ce que l'ouvrier en laine montra au monde. Et celui que sa pauvreté obligeait de marier sa lille au charcutier Jacques Bavarello sut, avant de quitter cette terre, que l'aîné de ses iils eu avait augmenté l'espace ; qu'il était Grand Amiral et Yicc-Roi. Ce fut dans ses enfants qu'il plut à Dieu de bénir ce vieillard laborieux, ignoré des maisons patriciennes, et qui, après avoir compté comme un autre Jacob, dans les longues années de son pèlerinage, des jours bons, d'autres mauvais (et ces derniers furent les plus nombreux), se vit avec complaisance, à la iin de sa course, revivre par un Iils revêtu de splendeur, éblouissant de gloire.

Jamais le cardeur de la rue de Mulcento n'a reçu un mol d'égards des biographes de son fds. On s'est borné à dire : « Les parents de Colomb étaient pauvres, mais honnêtes. » Ce certificat de moralité, délivré sérieusement par l'école protestante, serait blessant s'il n'élai ridicule. Est-ce que l'honnêteté seule eût produi l'exemple de ces trois fils, qui, toujours respectueux et reconnaissants, surent, malgré leur propre gêne, soulager la vieillesse de leur père ; fidèlement unis ent eux, pleins de déférence pour leur frère aîné, se trou vèrent au niveau des entreprises les plus diflici comme des situations les plus élevées ; supportèrent les grandeurs aussi naturellement que les revers, et ne défaillirent en aucune occasion ? Ne sent-on pas ici quelque chose de supérieur à la simple moralité ? N'aperçoit-on pas l'essence de la noblesse, la vertu '.' Si la noble origine de ce cardeur n'était prouvée du

CHRISTOPHE CflLOMLl. — 2

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reslo, l'influence de son c-xeni|jle snflirait pourtéinoi- \U/!FMV! gner d'une tradition liéraldi(|iic, qui se perpétuait à son humble foyer, etrévélcr la pureté de race résistant aux étroites nécessités de la vie, à la inonotonii' el à la fatigue des labeurs rpiotidrens. C'est de celle infiniilé que Dieu tira l'agent de la ]ilus grande opération qui ait eu lieu parmi les liommes.

Frappé de l'intelligence de son fds Christophe, l'artisan s'efforça de seconder la Nature, et de procurer à ce petit garçon l'instruction la plus complète qui se donnât alors. Il l'envoya à l'Université de Pavie, où son extrême jeunesse était sans doute pationnée par (juclquc meml)re de sa famille, originaire des Etats loinlianls.

pi" , /| D'ailleurs la science de ses maîtres ne put guère lui

profiter, car à quatorze ans il était déjà embarqué, et nous savons qu'entre sa sortie de l'Université de Pavie et son ennMement maritime, il passa quelque temps travaillant, comme apprenti, au métier de son père.

\\n quittant les rues étroites et sombres do Gènes, si l'ou monte sur les remparts, ou si l'on vient à gravir les sévères montagnes qui la dominent et l'enferment de tour, côtés, ne lui laissant d'issue que sur la Méditerranée, comme pour la contraindre à tenter celte voie, on se trouve ébloui de la lainière inondant la transparence de l'air, tout imprégné de senteurs énergiques. Le vif azur des flots se jouant sur

LiviiK im!i:.mii:k — chaimtuI': i'Ri;Mii;ii

dos l'ivages il'iiii i'iic;iiln'iiiiMil ('iiclnuili'ui-, Ici loiiilains l'clatanls du \io\\'e liLiiiiii'ii T'irvciit l'àim;, fii transportant sous d'auln's cirux la pensée. On sent (\w\ malgré sa niasiiiiticcnci', rcncoinle de la ville de niarlire ne peut sul'lin! à l'iinaiïiualion de ses enfants. On romprend rpie, en eflet, la mer est la vie, la sève et la force de celle cili'. In atlrail général (lis])Osail 1rs jeunes Génois aux aventures de la mer. Cliristophe Colomb, qu'un amour précoce de la Nature portail à la contemplation des oMivres divines, el qu'un secret instinct poussait à rélude de la géographie, préféra la mer aux travaux sédentaires el monotones de sa lamille.

A cette époque, la navigation était une rude école. L'installation de bord ne faisait aucune concession aux commodités de la vie. L'espace était strictement ménagé. La marine marcliande se trouvait forcément un peu guerrière. Seulement, elle se boinait à garder la défensive; mais, exposée aux pirates de toute nation, aux attaques les plus inattendues, elle se tenait prèle à la riposte. Malgré son petit bagage scientilique emporté de l'Université de Pavie, le jeune écolier dut, suivant les usages de cette époque, commencer son a|tprentissagc de mer en qualité de mousse. Perdu dans les rangs subalternes, la longueur de la pratique, l'iibservation, l'expérience lui enseignèrent seules la lliéorie de la mer. Formé à celle dure école, la connaissance des armes lui devint aussi familière que celle des vents el des manonivres. Sans doute, il iniisa dans cette habitude du danger de la part des

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flots et des hommes, dans la fréquence des complications les plus im]irévuos et les |iliis terribles, ce sangl'roid uni à la promplilude de résolution, cette sûreté de coup d'œil et cetle ferme précision du commandement qui, sur mer, l'ont le salut des navires.

Nous savons qu'il avait parcouru toute l'étendue de la Méditerranée, navigué dans le Levant, à cette époque sillonné par les pirates de rArchipei, les corsaires maliométans et les forbans des États barbaresques. Pendant un de ces combats obscurs et vaillants que n'a pas retracés l'histoire, il reçut une blessure profonde dont la cicatrice, longtemps oubliée, se rouvrit vers les dernières années de sa vie, qu'elle mit en péril. Exposé aux aventures les plus dangereuses, il passa sur les Ilots plusieurs années, durant lesquelles aucun renseignement ne vient éclairer les virissiludes de cette rude existence. La première fois qu'un document historique permet de saisir sa traee, il navigue sous le pavillon français. Mais déjà il est homme de mer, et l'tm des officiers du fameux Colombo, son grand-oncle, qui commandait une Hotte pour le compte (lu roi René contre le royaume de Naples, en 1450. C'est ce Colomb, que Sabellicus appelle « illustre Arrhipirate « ; en d'autres circonstances, il esta bord d'un autre capitaine, Coloudjo dit le jeune, neveu du célèbre « Arcliipirale », vrai Dnguay-Trouin de la Ligurie. On distinguait le neveu de l'oncle par le surnom de Mozo — Colombo il Mozo.

Vers cette époque, l'élève intelligent de ces deux nobles loups de mer, Christophe, à son tour, était devenu mailn». Le roi René lui donnait lui eomniaii-

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