‹ Christophe Colomb (volume 3)Chapitre 5 sur 12 · IC · texte numérisé non relu

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Isabelle adressa aussitôt à Colomb une lettre capable de réparer celle offense. Le mi^me jour, A aoiU, elle écrivit à l'ArchidioCTC dfi Sr;vilie pour lui recommander d'être piclo dï'gards envers l'Amiral, do lui aplaolr coule diiricuUé, d'empéchcr que personne oc le contredil.

Afin de trancher le dinéreud relatif au ptirsonnel que pourrait emmener Colomb aux fi'ais de la couronae. la Heine fixa l'état de maison du Vice-Roi à trente personnes; savoir : dix écuycrs à pied, portant épée, et vingt domestiques de toutes fonctions, à la solde royale.

Qiielquesjours avant celui oiï le miniKlrede laPn^ videncc allait, de rechef, interroger las espaces d« l'Océan, la Reine lui conseillait, pour le soulager dans SOS observations savantes, d'emmener un bon astronome; et, pensant prévenir ses vœux, elle avait l'ingénieuse adresse de lui dûsigner, comme d'elle-même, son fidèle ami, le Père Juan Ferez de Marchena, I parct! qu'il est bon astronome, illsait-elle, et qu'il m'a toujours paru en entière conformité de sentiments avec vous.».

11 semblait juste, en effet, que le docte Franciscaîo, qui le premier avait deviné Christophe Colomb, accueilli son itiiortune, partagé sa théorie, pressenti le Nouveau Monde, prié Dieu et supplié la Reine pour sa Découverte, fût le premier à célébrer les saints mystères dans l'immensité de l'Océan, et le premier A iM'-nîr ces rivages au nom do notre RéiU-mpleur. fâ pour rela, un convourj singulier des clioses s'opère en sa faveur.

planu d'arbres, du blé, du sei^^le, de ravoinc, des légumeâ pour rcoscmencemcni des terres, l'Amiral avail fait embarquer des besltaux, des chevaux, des iostrumenis aratoires, de la chaux, de la brique, da fer, etc.

Sans compter rétal-major, les religieux, tes gens de guerre, les laboureurs, jardiniers, for^reroos, maçons, charpentiers, domestiques, formant un effectif de cinq cents hommes soldés par la couronne, nombre d'indi- Tidus de tout âge et de tout rang, enthousiasmés pour les régions des épiées et de l'or, avaient sollicité la faveur d'y aller à leurs propres frais. On n'en put admettre que sept ct>nis, qui furent répartis sur les caravelles. Mais telle était la frénésie de l'or, que plus de trois cents de ces poursuivants de fortune se glissèrent en cachette dans les navires, s'y blottirent entre les ballots et les caisses, ou môme à fond de cale. Quel contraste entre la consternation, les larmes qui signalèrent le premier départ de Palos, et l'épanouissement des joies de l'imagination et l'impatience de bon augure qui maintenant retentissaient autour de la flotte!

Le %5 septembre avant le lever du soleil, l'Amiral donna l'ordre d'appareiller. La (lolte déployant avec ardeur ses voiles le suivit, gouvernant vers les Cananes OÙ l'on devait relâcher.

L'Amiral accosta la Gomera pour faire du bois, de l'eau et acheter des veaux, des chèvres, des brebis qu'il pensait devoir s'acclimater plus facilement dans les nouvelles terres que les animaux élevés en Espagoô.

n embarqua huit poupcoaux, payés l'im dans l'autre à rsisun de A fiancs 50 centimes, et d'où sont provenus tous ceux qui ont peuplé le Nouveau ContÎDent. II prit aussi lies poules, des oiseaux de basse-cour, des pl:uils et des graines pour le jardinage. Le lundi 7 octobre, chaque capitaine de raravRlle reçut une lettre caclielée qu'il ne dovait ouvrir que si le mauvais temps le ïéparsii de la llotie. Elle marquait la route à suivre pour arriver dlrectemeot à l'Espaguole.

Colomb gouverna beaucoup plus avant dans te Sud qu'il ne l'avait fait à son premier voyage. Il avait arboré son pavillon sur la Gracieuse- Marie. On sait sa dévotion à la sainte Vierge. L'Amiral avait plac<^ son .second voyage sous la protection spéciale de Marie; et TËloile de ta mer semblait, agréant cet hommage, favoiiser sa navigation. Tout était calme et repos pour les équipageit. Durant douze jours et douze nuits it a^y eut pas à chercher une nouvelle aire de vent.

On tenait toujours bonne route.

Sept jours après, l'Amiral sentit l'approche de la terre dont nul ne se doutait encore. M était si ceriaii de la découvrir, qu'à la nuit il commanda de mettre ea panne, et mî^me de préparer les armes à tout èvêne' ment. En effet, aux premières clartés du jour, le dimanche 3 novembre, on aperçut une île montagneuse, éloignée d'environ sept lieues et qu'en l'honneur de ce jour TAmiral nomma la Dominique,

Dieu fui remercié solennellement par toute la flotte. La joie était extrême; car tous ces voyageure, novices diiDS la vie de bord, se Irouvaicnl déjà excédés de la

conlniinti! et du régime auxquels ils s'étaient condamut-s.

£d s'avan^'ant vers cette île, on eo découvrit une autre à la droite de la Gracieuse-if arie. Elle êrail couverte de hautes forêts. Un peu plus loin, quatre autres Turent signalées. L'Amiral n'ayant pu Icouver un port convenable ila Dominique se dirigea sur la seconde île. n y descendit, tenant la banniri-e royale de l'expédition, entouré de son étal-major, en prit |>osse^ion, et, la consacrantà la Viei^e, lui donna le nom de Gracieiise-Marii.

L« PèrR Boîl et ses relîjfîeux ne « trouvaient pas à' bord de l'Amiral, mais étaient embarqués sur un autre navire. En sa qualité d'astronome, l'ami de Colomb, le Franciscain Perei de Marchena, se tenait près de lui, avec l'état-major. Il fut ainsi le premier ministre de Jésus-Cbnst qui foula le sol du Nouveau Monde et y planta la Croix.

Puis l'Amiral, portant sur la plus grandf; lie de ce groupe, lui imposa le nom de GHa€l£loupe, en tiouvenîr de Notre-Dame de Guadeloupe, en Espagne. Il se trouvait dans la ])rincipaledes lies Caraïbes. Avec une précision, qui tenait du prodige, il était arrivé en droite ligne au centre de la principauté des Cannibales; car la Guadeloupe, que ses féroces habitants appelaient Tvruqueim, était le siège de la coofédéralioD det utangeura d'iiommes.

Dès le tendemaia, l'Amiral, à la pointe do jour,

6Dvoya dans l'iulérieui' plusieurs détache m $nts pour se procurer dc$ renseignemenU sur la population de 111e. Ces délachemcDts revinrent sans avoir pu saisir un homme, lis prirent un petit enfant que son père tenait par la main et qu'il lârha pour fuir plus vite. Ils amenéreot auâfi d^s femmes clrangères, retenues captives dans rilc, ainsi qu'un garçon d'environ qualone ans, également prisconier.

On s'empara de quelques femmes indigènes ; mais i\Ui<i ne vinrent aux caravelles qu'en résistant et >ntraintes par la forcfi.

Colomb, de son côté, faisait sne Tétat-major des reconnatâsances, examinant le sol, visitant les habitations aesertes des peuplades Ils trouvèrent dans une case le cou J'un homme cuisant dans une sorte de marmite, et en d'autres demeures plusieurs tètes humaines et quantité de membree humains suspendus comme approvisionnements.

Os surent des femmes captives, que les hommes de ce bord de l'Ile étaient partis avec leur chef, au nombre d'environ trois cents, snrdix grands canots pour aller faire leurs provisions d'hommes dans les lies voisines. Ils s'aventuraient même jusqu'à plus de cent lieues*

sur ces embarcations, pour enlever dea hommes dont In chair paraissait, à leur goût, un mels délicieux. Ils ne faisaient ^ère cas de celle des femmes el des cuTauis. Cependant à roccasion ils enlevaient les enfants et les femmes, ceux-ci pour les engraisser et les manger quand ils auraient atteint l'adolescence, celles-là pour s'en servir comme d'esclaves ou commf! de mnîlresses quand leur beauté leur valait cet affreux honneur.

Plusde vingt femmes captives suivirent les Espagnols Aleurs vaisseaux. Trois jeunes enfants vinrent aussi se réfugier auprès d'eux.

A diverses reprises, d'autres captives vinrent demander aux espagnols de les emmener. Colomb, après les avoir parées de grelots el de verroteries, les fil remettre à terre contre leur gré. Il pensait que l'aspect de ces ornements déciderait quelques insulnires à venir recevoir de tels présents. Mais te jour suivant, quand les maiins descendirent à len-e pour renouveler leur eau, ces prisonnières accoururent tendant vers eux leurs bras dépouillés. Leui*s maîtres leur avaient arraché brutalementces parures. Elles supplièrentces étrangers de les emmener, aimant mieux s'abandonner à des inconnus que de rester soumises à la cruauté des Caraïbes.

Le lendemain, on côtoyait une Ile assez haute, pitto>resquemeat dessinée, pleine de fraîcheur et d'harmonie; l'Amiral l'appela Monlserrat, en l'honneur d'un sanctuaire célèbre de la Vierge. Hais aucune trace de culture ou de population ne se voyait sur les bords.

Les ulîas, îes agoutis, les pprroqiiels el les iguanes en étaieDL les seuls Itubilanls. Abusant de sa proximité, les Caouibales de la Guadeloupe l'avalent dépeuplée Jusqu'à extinction. La race humaine avait disparu de celle Ile. f Les Caraïbes en avaicnl maugê tous les habitants. >

Colomb la contemplaot avec tristesse, passa outre sons s'y aircier.

Lesoir,uneaulreiIeful découverte. L^amiral» laplaçant encore sous le palronage de la Sainte Vierge, la nomma Sa in te-MaHe delà Holonde.

Le Icndoinaiu malin, une uouvelle Ile de belle apparence se dessinait à l'iiorizon. L'Amiral la mit aussi sous la protection de la Vierge, et lui imposa le nom de Sainte-Marie i^Ancienne, qu'elle garde encore, sous l'abréviatioa d'Anligoa.

Puis, on reconnut une De que TAmiral appela Sainte Croix. Le jour suivant, il apervul une grande teiTe, suivie de plus de quaraule Ilots. L'Amiral nomma la principale de ces îles Saxnle-VrsuU^ et appela collectivement toutes les autres les Onte mille vierges.

Ensuite on atteig'nit une lie grande et belle, patrie de la plupart des ludieunes réfugiées sur tes caravelles. Les indif^ènes la nommaient Boriquen ; l'Amiral , venant changer ses destinées, lui imposa le nom du précurseur de notre Divin Maître. Il l'appela Saint- Jean-Baptiste. Dans son rôle d'explorateur de la CréadoD» le vainqueur de la usa T^£Basi;⣠n'oubliait jamais sa mission d'ap6tre.

00 rencontra deui cadavres, sur l'un desquels on disiiQg;uait de la barbe. II n'y avait plus de doute : c'étaieut des Kuropéens.

Cet aspect assombrit les iina;:inal)ons.

On n'arriva qu'à la nutl au fortin; et quoiqu'on fût en lace de son emplacement, il était impossible de rien dîstÏQguer. La Ûotte se tint sur les ancres à une lieufti de la terre, par crainte des récifs sur lesquels, l'année^ précédente, s'était perdue la SanUt-Ufaria. Les regards des équipages plongeaient anxieusement à travers les ténèbres. On espérait apercevoir quelque lumière, entendre sonner la retraite ou le couvre-feu. Ancim bruit ne s'éleva de la plage. Surpris de ce silence, l'Amiral Ûl tirer à poudre deux coup? des pièces du plus gros calibre, pour voir si le fortin y répondrait, car il était bien approvisionné en artillerie. Le brulL de la détonation retentit au loin répercuté par les échos, puis s'éteignit dans la profondeur des forêts; mais les caooDâ du fortin n'y répondirent pas. On n'entendit ancuo mouvement. On ne vil aucune lumière. Tout demeura dans le silence et rimmobilité de la tombe. L'anxiété redoubla sur la floUe.

Le lendemain, le soleil érlnira la plage dé.'^orlc. Aucun cri, aucune rame sur les flots; aucun mouvemeoL, aucune Torme humaine sur la grève. Tout était morne, silencieux. D'après les récits du premier voyage, on s'attendait à voir une multitude dtt canots unlourej' joyeusement la flotte, ofi'ranl toutes sortais de produits en échange et même en pur don. Cet éloigoement de^ naturels sembla de mauvais augure. L'Aminl envo]

quelques hommes à la résidence de Guacanagari. lis la Irouvèrent réduite en cendres. Ses palissades avaient é((J arrachces. On n'aperçut aucun Indien. lift avaient abandonné ce quartier. Dans îeurs maisons se retrouvaient quelques restes de vètemenls européeos; mais on ne vit rien de TÎvanl.

L'Amiral, accompagné de l'élal-major, descendit & lerrc et s'en alla tout droit où devait s'élever le lortio. Uélas ! il n'en restait plus que remplacement ; tout était incendié, démoli, bouleversé. Çà et là des dé* bris de charpente, de futailles, d'ernbalIagR, des munitions avariées, des lambeaux souillés gis-iiont épars au milieu des herbes. L'Amiral, surmontant sa douleur, ordonna de creuser sous les ruines pour découvrir un puits dans lequel il avait prescrit do renfermer l'or que l'on recueillerait en son absence. Oo le découvrit et on le vida; il ne contenait rtcn.

On sut par les Indiems que des querelles s'élaient élevées onlre les Espagnols. L'autorité du conmiandunl Diego de Arana avait été méconnue. Ses doux lieutenants Pedro Guttierez et l'L&cobedo s'en étaient allés avec neuf révoltés dans les < États du seigneur de la maison d*or », Caonabo, qui les fit mettre A mort îmmëdiatemr^nl. D'aiilres, après avoir pillé les mairhandises destinées aux échanges, s'étaient retirés dans des quartiers éloignés pour troquer Tor à leur aise. Le brave Die^o de Arana, seul officier fidèle au drapeau, liabilaiL le fortin avei: dix hommes qui s'y retiraient chaque nuit. Par malheur, confiants dans leurs canons et la timidité des naturels, ils ne posaient point de seu-

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tinelles et sp. livraient, tous à la fois, au sommeil daus la plu& complète sécurité.

Caonabo, de concert avec le Cacique Mayréni, réunissant une armée nombreuse, arriva par une marclie de auit autourdu fortin. Us l'investirent sans ob5iiacle; tout dormait. Au signal de Caonabo, ses guerriers se précipitent sur les l'empart^, les escaladent et s'emparent de la place avant que les Espagnols aient eu le remps de snisir leurs armes, lis sont massacrés. De là, Caonabo lait cerner lt>s maisons oà d'autres Espagnols l'eposaient avec leurs Indiennes. Le feu est mis à ces inflammables demeures.

Aux lueurs de l'incenilie, Guacanaj^ari eut la générosité d'accourir à la défense de ses hôtes. Mats la rapiditéduguerrierCaonabo rendait stérilesoD dévouement. Guacan&gnri fut mis en déroute et blessé d'un coup de pierre par Caonabo lui-môme. 11 se réfugia dans les bois, et le vainqueur incendia sa résidence avant de rentrer sur son leniioire.

L'Amiral nomma une Commission chaînée de lui faire un rapport sur le lieu le plus opportun à rétablissement d'une ville.

Pendant qu'elle longeait le rivage, un canot, monté pai- deux indi-fcnes, venait prier les étrangers d'aller voir le Hoi retenu au lit par sa blessuie.

Les membi-oii de la Commission se rendïraal à la

rt^sidence da monarque, composée d'une cinquaalaîne de maisons. Ils le irouvèreni étendu dans son hamac, enlouré de sept femmes. Il témoigna son regret de ne

[pas voir l'Aminil ; raconta que Caon;Uto av:iii massacré les cliréliens el PavaiPHl blessé Ini-m^me. En leur donnant «jn^ê, il fit pn-scnt à chacun d'un bijou d'or, elleschai-gcadedireà l'.-Uniral quHllui serait reconnaissant de sa visite.

Le lendemain, TAmira! ordonna aux dix-sept capitaines des caravelles de se reudre à lorre en jïrande tenue. Il y descendit avec son état-major, dont les riches costumes auraient été remarqués même dans une grande ville. Jamais il ne néglipeaii rien de ce qui pouvait produire un bon eiïel. Il avait aussi préparé des cadeaux.

[ Lorsque Colomb parut, Guacanagari, sans quitter son hamac, fit de sa place les démon si i-al ions les plus gracieuses. En exprîmaut ses regrets de la mort des chrélinuâ, ses yeux se remplirent de larmes. Il retraça leur fin déplorable et n'oublia point les efTorts tentés

iponr les secourir. Il montrait sur plusieurs de ses sujets des cicatrices assez récentes et les bandes qui enveloppainni sa jambe blessée.

Néanmoins le Père Boit crut Guacanagari complice

[du massacre des Espagnols; il fut d'avis de l'arrêter

[è l'inslant ctd'eo Tain^ un chiUimcnt exemplaire. Mais Colomb se rappelant les nombreuses marques d'atlache-

[menl reçues de lui, son habitation incendiée, les cicarices récentes de ses sujets, la conformité de tous les (lires des Indiens qu'on avait interrogés, se rerusail& le ovire coupable. Le Père Boît en saqualilé de diplo-

maie, crorail juger les hommes avec profoudeur. Il se piqua tle voir I» coiilîancc que garduit Colomb, malgré son scDlimenl.

Guacanagrari fît don à l'Amiral de huit marcs et demi d'or, d'une couronne d'or, de trois calchnsscs pleines de poudre d'or et d'un bonael enrichi de pierreries. L'Amiral lui remit des bag:ilelles d'E-Ispagoe : miroirs de Venise, épingles et sonnettes que le Caeiqne estimait d'une valeur inappréciable; car les Indiens préféraient le cuivre à l'or.

Au départ de Colomb, le Cacique, malpré sa blessure, l'accompagna sur son bord. L'aspect de ces nombreux navires le frappa de surprise. Les bœufs, tes ânes, les moulons, les porcs, les chèvres dont les formes lui étaient inconnues l'élonnërent. I^avue des chevaux andalons le rendit sUipéfail. M aperrui quelques Caraïbes faits prisonniers et dont les chaînes n'avaient point abattu la fierté; il ne pouvait soutenir le regard féroce de ces ennemis indomptables maljp'é leurs fers.

Son attention fut adirée plus agréablement dans untv autre partie du vaisseau.

Parmi dix Indiennes restées h boni de ta Graci Marie, se faisait remarquer une jeune femme dont les' airs de princesse avaient été distingués de l'équipage, rjuî la surnommait dofia Catalina. Guacanag^an lui adressa quelques paroles de courtoisie rovnle appuyées d'un regard de tendre sympathie. .Malgré la dilTTi-ntMi de leurs idiomes, ils se comprirent fort bien et con-

narcnl de leurs faits devant tout le monde, sans qud pcrsoaae s'en douIÂL.

L'Amii-nl offrit au Cacique une collation; lui donna des man]ucs de coiitlanci! et d'amitié comme auirerois; lui parlant de Dieu, de Jésus-Christ, il l'engageait A se faire dirélicD, et voulait lui suspendre au cou une médaille de la Sainte Vierge, qu'il porterait en attendant qu'il rot bapiiâé. Mais quand le Cacique sut que c*éluit un signe chrétien, il refusa de garder celte image d'un culte contre lequel l'avaient prévenu les brigandages des Espagnols restés dans ses États. Le Père Boîl vit là une confirmation do ses soupçons. Il conseilla de nouveau de l'ari'âtcr, maintenant qu'on le tenait  bord. L'Amiral n'y voulut point consentir. Quelque chose d'inexplicable l'assurait de l'innoccace de son hôte.

Le jour suivant, les indigènes se montraient en grand nombre sur le rivage. Le frère de Guacanagari, sous prétexte de i:hanger de l'or, vint A bord do la Gracieuse-Marie. Évitant la présence de l'iaterprèle, il parla particulièrement à la belle Colalina, auprès de laquelle il s'acquitta d'un message. Dans la nuit, vers la fin du premier qviart, Caliilina lîi un signal à ses compagnes. Elles se glissércnl sans bruit le long des llnncs du navire et se laissèrent coûter dans la mer, malgré Uviolence de la houle et les trois grands milles qui les séparaient du rivage. Une torche allumée sur la grève leur indiquait le point de ralliement. L'agitation des vagues couvrant le bruit de leur chute, on os s'aperçut

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pas tout de suite de leur évasion. Peûdaul le temps nécessaire pour mettre h la mer les chaloupes, elles avaient tellcmeot pris l'avanoc, que la rapidité des embarcations ne put leur couper le chemin, c On eut toutes les peines du monde à en rattraper plus de quatre. Encore ne les prit-on qu'au moment où elles sortaient de l'eau. » La fîèrc bcautt^, doîla Catalina, réusfiit à K^igner le bois.

Quand il Ql jour, l'Amiral envoya demander à Gnacanagari la remise des fu^'itives. L'olTicier cliargô du message ne trouva plus ni le Cacique ni ses sujets; ta résidence était dc'serle et silencieuse. Li population avait fui emportant tout rc qu'elle possi^'Hait : les p^(^- TtsioDs, le mobilier, les ustensiles. CoUe désertion; acheva de confirmer les soupçons sur la complicité de Guacanagari. Cutomb seul s'abslinl dô le condaiimer.

ni

La Commission topographique annonça qu'elle avait découvert un port Irùs-convenable. Pendant qu'on s'y dirigeait, le temps changea, devint contraire. On fui contraint de s'arrêter sur nne côte très-poissonneuse pourvue d'un excellent port, près de deux rivii dont Teau It^gère et limpide baig-nait un sol d'une fécondité inépuisable. A un trait d'arbalète abondai* Im pierres propres i la conslnicUon. Ce plateau s'adofi-" sait à une épaisse forêt et trouvait dans un ^miipe de

radiers qui dominail te port iid« rortification naturelle aisée i rendre imprenable. Le docLeur Chnnca jii£i;cait c ce lieu le mieux situé du monde, a et pensait que la hovidence y avait conduit la flotte.

C'est là que dans les derniers jours de décembre débarquèrent enfin les hommes et les animaux, également Tatigués d'une navigation de près do trois mois, pondant laquelle par prudence ils avalent été soumis à une ration exiguë. Ce fut avec d'inexprimables délices que les Espa^ols prirent possession des ombrages odorants cl des fniils inconnus de cette contrée, où sous un feuillage loujoure vert les oiseaux faisaient leun- nids comme au printemps dans notre ICurope.

On renTerma les provisions, les nninitions et les bagages dans des maisons de bois qui furent promptetkejDt élevées.

Immédiatement, Colomb ayant fait tirer les alîgne-

lents et déterminé les proportions convenables, posa,

'au nom de la Très-Sainte Trinité, la première pierre

de la Cité nouvelle, qu'il décora du nom tant aimé

d'Isabi-lle.

Dans sa pensée» le service de Dieu passant uvant lout autre, le premier édilice auquel on mît la main fut rÉylise.

Trois bâtiments publics seulement furent construits en pierre. Les maisons des particuliers étaient faites le bois, de terre et de tbaux. Chacun se prétait & s'as 'turer une demeure propre. Les Indiens, que rassuniit la présence affable de l'Amiral s'ompressaieul d'aider les Espagnols dans leurs liavaux et se trouvaient ma-

nournturc composée lantôi de végétaux auxquels oa n'était pashabilué, tantùt de vivresapportésd'Espngne, mais en grande partie avariés par l'efTet de la cupidité des soutnissioDQaires, jointes aux înflueni'os uoiivetles de l'air, du sol et de l'eau, produisirent des cas nombreux de fièvre.

La fraude des bureaux de Séville a^rnva la situation de la colonie à ses commeocenients. Il y eut alors de cruels désenclianiemcnts et des découragements amers.

Comprenant la nécessité d'obtenir sans retard d'antres approvisionnements, l'Amiral se hâta de renvoyer la flotte, dont il ne retint que cinq navires, destines tant au service de la colonie qu'à de nouvelles découvertes.

Elle mil h la voile le % février 1494, emportant en Espagne les Indiens, femmes et enfants, pris aux Iles des Caraïbes, afin qu'une fois cbrétiens ils pussent revenir et servir d'interprètes.

Un grand décourage nient s'empara des hommes de plaisir, fort 'étrangers à toute habitude detravait, et qui s'étaient attachés à Colomb, crovant ramasser des trésors au milieu des fleurs et des voluptés de ces horilODs inconnus. La réalité se montrait h leurs jeux. Plusieurs se confièrent leurs déceptions, leur mécontentement, et cherchèrent à sortir de l'exil volontaire qu'ils s'étaient infligé.

Profitant de la maladie de Colomb, ils prirf>nt pour chef le trésorier Bernai Diaz, et convinrent de déserter t-n s'emparant de tous tes navires, durant une nuit. Mais au moment même od allait s'exécuter le complot.

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rAmîral, subitement r^uibli, informé de la machioa- Uon, en fil saisir le priocipal auUur, sur lequel on surprit, cTriles de sa main, les preuves de son crime. Au lieu de le faire juger suivant la rigueur des lois, Use contenta de l'envoyer en Espagne.

Pourtant, malgr»^' la miséricordieuse indulgence de Colomb, ce châtiment, si légitime par le droil, la jiositioD exceptioanellti où l'on se trouvait, devint In source d'accusations et de rancunes implacables. L'ot^ueïl castillan sr n^voltait de voir un étranger, un Génois, punir UD hidalgo.

Prévenant de pareils complots, l'Amiral, pour occuper les mécontents, s'avança vers les montagnes de Cibao. Là gisaient les mines d'or.

Afin de frapper d'élonnemeni les indigènes dans sa marche, il choisit ce qui restait de plus valide en hommes et chevaux, et partit dans le plus grand ordre, entouré de ses principaux onàciers, 4 la tète de toute sa cavalerie, qu'appuyait un bataillon d'environ quatre cents hommes divisés par sections. Il maintint dans sa petite armée l'ordre le plus siTupuIeux, voulant étonner h dislance par Tensemble de aes mouvements.

Après avoir franchi des escarpements abrupts, on découvrit une plaim; majestueuse, s'éteodaut & perte de vue, arrosée de plusieurs rivières qui répandaieui la fraîcheur et la vie sur leurs bords, où Topuli^ote végclaltoo des tropiques prodiguait son luxe indescriptible.

A ce diHicieux aspect, profondément ému, le contemplateur de h Création arrêta suu cheval, fit faire balte

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â la colonne, afin d'admirer & l'aise celte splendeur cl de béuir piihliquûmciit l'Auleur de ces magruificcnces.

Colomb dédia cette plaine  l'immaculiîc ConceplioD. .

En approchant des habilatioDS. les trompelles sonnaient, les enseignes se di'ployai.^nl et les tambours battaient la charge. Saisis d'admiration et de frayeur, les indigènes s'empressaient au-devant de ces puissants étntngers pour les contempler respectueusement, leur offrir les fruits, les provisions et l'or dont ils pouvaient disposer; landis que d'autres, frappés d'épouvante, prenaient la fuite ou s'enrennaicnt dans leurs cabanes, se croyant à l'abri derrière leur clôture en roseaux. L'Amiral défendit de forcer le frôle asile qui faisztit leur sécurité.

Pendant deux jours, l'étendard royal de Caslillc fut conduit au milieu de nombreuses peuplades. On atteignit ensuite les rcdans d'une chaîne de liantes mont^nes : c'était le dtsirict de Cibao, domaine du c Seigneur de la maison d'or >.

Afin de protéuer les communications entre los montagnes de Cibau cl le port de l'Isabelle, l'Arniral choisit (m emplacement avantageux, sur un plateau de rochers dont l'Yuque aux eaux pures et fraîches formait la iléfense naturelle. Ingénieur né, il improvisa une forteresse en ce lieu. Du haut des remparts formés de bois et de terre, la vue parcourait ime délicieuse savane. Ce forl fui nommé Sainl-Tlioinas. Il y iusUlla cinquanlo-six hommes d'élite et quelques chevaux suus I(i commandement de Pedro .Margarit, père de famille.

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tans fnrlune, qu'il avait recommandé aux Rois : clrconslaoce à aoter, car cet oflïcier ingrat el rebelle devînt ensuite une des principales causes des maUieurs de la eoloDÎe et des embarras de l'Amiral.

La fécondité du sol semblait mrroyable. Lcsl^nmes germaient en trois jours et arrivaient à maturité dans trois semaines. Le 30 mars, jour de Pâques, un laboureur offrit à l'Amiral des i-\t\s mûrs du blé scmr^ à la fin de janvier. Ou était certain d'obtenir deux récoltes par an. Pourtant cette espérance ne pouvait remédier aux maux actuels. La fièvre sévissait. Les ouvriers robustes, acciblés de travaux, (ombaioni dans le découragement et faisaient peu de travail; les bidalgos^ enveloppés dans leur orgueil, se livraient à d'amei^ îts, maudissaient l'Amiral et la Découverte. Ils ^consommaient, sans aucune utilité pour la colonie, les vivres qui diminuaient ik vue d'œil. La plupart des viandes étaient gâtées, les médicaments épuisés; il ne restait puisqu'une petite provision de vin. Le blé seul, mieux conservé, otTrait quelque ressource ; mais il falluil le ménager avec parcimonie.

L'Amiral commenta par rationner tous les membres âe la colonie, sans exception de rang el de pei'sonnes. Jlse soumit le premier à la loi commune.

Celte mesure de salut parut însupporlable à cer^ laines gens. La provision de farine étant épuisée, on

distribua des rations de blé tel qu'il existait en maçasio. Chacun fut dooc obligé de moudre soi-mârae, avec un moulin à bras, sa porlion de farine. Or, il n*y avait pas assez de inouUns. En outre, les voionuiires, les hidalgos, ceux qui, babilués aux aises de la rie, nV-laicnt venus dans l'Ile que pour ramasser de l'or, se refusaient à ce labeur. Les malades, les convalesceDt£uc pouvaient s'y livrer; les hommes de cor^'èe, obligés de faire seuls c«lte besogne, par surcroit & leurs travaux, devenaient malades ou feignaient de l'être. Colomb jugcail inique de faire tomber tout le poids de celle calamité sur les pauvres ouvriei-s. L'établissement d'un moulin public et l'achèvemenl du canal qu'il voulait faire passer par le milieu de la ville pouvaient seuls remédier à ces inconvi-nicnts. Il décréta le travail à ces deux ouvrages d'utilité publique obligatoire sous des peines sévères. Celte mesure révolta l'orgueil castillan. Les liidalgos se trouvèrent profondément humiliés d'élire contraints au travail nvinucl. Il leur paraissait naturel que les ouvriers, minés par la couLiuuitù des latigues et l'iusiiffi-sance de la nourriture, fissent seuls au milieu de cette pénurie générale le canal, te moulin, les fours, et achevassent, au détriment de leur vie, les magasins et les àditlces publics.

L'ftme chrétienne de Colomb, s'élevanl au-dessus des considérations de rang et de prérogatives, maintint le principe de l'égalité devant la loi du péril el da salut commun. Il courba les préjugés du sang sous l'autorité du malheur. Tous les hommes valides, mis]

— tn —

en r^quisitioQ et dirigés par escouades sur le chantier des travaux, payèrent de leur persouoe. Lecliâlimeal des rdcalcilmoU assura l'exécution de ces mesures. Aucune considération ne put l'arrêter, et son inflexibilité salutaire fut uu grief que les Ca^lillaDs ne parloDoërent pas.

Colomb mettait en application cette maxime des relig^ieux des premiers siècles : i Celui qui ne travaille pas ne mérite pas de manger. > Aux nobles raint'iaols el aux égoïstes paresseux, il oiTrit le cboix entre le travail et le reiranchemeat des rations; à cause de cela, les consommateurs inutiles lui firent une réputation de barbarie, que l'appui du Vicaire Apostolique revêtit d'une apparence de vérité.

Dès l'arrivée, ce religieux, jusqu'alors plein de coolidération pour Colomb, fut en dissentiment avec lui rdlativemeul à la i:omplicité pré^îumée de Guacanagari dans la ruine du fortin. Il l'aurait voulu frapper sur un soupçon, pour montrer la supériorité des Espagnols, qui pénétraient dans la pensée sans titre dupes des protestations et des apparences. L'Amiral s'était montré plus cooGanl, plus prudent que lui; de là son 41oignemcnt pour Colomb. Deux fois il avait inutilement conseillé des mesures précipitées et violentes contre Guacanagari. Le Père Boîl n'était pas habituée donner ses avis en pure perte. Il fut profondément indisposé contre l'Ainiral, qui semblait plulùt croire A ce sauvage qu'à sa pénétration de diplomate. De là l'inimitié du bénédictin contre Colomb. Ce germe, d'abord caché sous des formes polies, se produisit d'une manière aflli^eante lorsque l'Aotiial conlraiguil aux ira-

is

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TOUX d'urprpnce Ins hidalgos et volontaires qui D'élaicnl pas à la suide royale.

Le Vicaire Apostolique ceostira putilîqiiement uua mesiiro inipi^rieuswmeiit imposée par le salut commun. Le Père Boîl taxa Colomb de < cruauté >, et les geo- Ulshommes, aigris par leur prétendue humiliation, a'tvtorisèreot du Vicaire Apostolique en conlrevenant aux ordres de l'Amiral. Celui-ci, oe pouvant exercer de châtiments corporels, diminuait ou relraDchaïl leDr ration, comme cela se pratique à bord. C'était te seul moyen de dompter Tinsolenle paresse.

A travers ces contre-temps, les Ira^-aux s'exrcuLiienl grâce â la fermeté de Coiomb. Il fit partir la garuisoo d« risBhflle pour l'inléricur de Itlc, afin de la reconnaître complètement. Celte mcsare olTraîl à la colonie l'arantage d'assurer ses rivres pendant un temps plus long et d'habituer les soldats à la nourriture des îndigëoes.

pelile caravelle qui l'avait ramené en Europe, et changeant son nom l'appela la Santa-Clara^ ea souvenir de la première fille de l'Ordre SérapJiique. Il menait un éLit-maJur peu nombreux, mais clioisi : l'aslronome Fr. Juan Perez de Marchena, le médecin en chef docteur Chanta, le géographe Juan de la Cosa, le pilote Francisco Niflo, le notaire royal Fernando Perez dft Luna, el le fidèle écuyer Die(;p Mendiez.

Le 24 avril, l'Amiral sortit du port avec deux autres navires, se dirigeant vers les possessions de Guacanagari. Il pensait que le Cacique vieodrail le trouver el renouer leurs anciens rapports. Mais, i^ la vue des caravelles, Guacanagari s'fUlt enfoncé dans tes forêts. Cet éloignemenl vint de nouveau confirmer la pi*évention répandue contre lui. Pourtant Colomb ne le condanma pas encore. Le Cacique avait peut-être craint qu'on ne lui disputât le trésor de son cœur, cette fière Catalina dont les Espagnols avalent euï-mémcs remarqué la sauvage élégance, et il l'était allé cacher dans la profondeur de ses bois.

L'Amiral remit à la voile leli^ndemain, par des vents variables. Enfm, après quatre jours d'habiles manœuvres, il doubla le cap Maysi.

II continua d'appujer sur l'ouest en vue des côtes. Ses navires étalent suivis d'un nombre infini d'Indiens en canots venant leur faire oiïrandc de fruits, de pain de cassave, de poissons et de calebasses pleines d'une eau excellente. Comme les autres insulaires, ils le* a'ovaieot descendus du ciel. L'Amiral leur distribua

des grelots, des clochelles, qu'ils estimaient d'un prix indicible.

Le dimanche, à travers la limpide atinusphère de ces latitudes, où la vue alieioi une poiiée immense, il Til poindre les cimes bleues de hautes monlajfnes : c'était la Jamaïque, 01^ pourtant on n'arriva qu'après tme journée de navigation. L'Ile paruL d'une merveilleuse beauté.

Comme on approchait du rivage, une flottille de gi*ands canols de guerre, montés de comhaltatils 1)3riolés de peintures, le chef orné de plumes, brandissant leurs armes el poussant des cris de menace, sortit des anses nombreuses pour s'opposer au dt^barquemenU Quelques piV;aents calmèrent celle fureur, et l'on jeta l'aocre dans un port que l'Amiral nomma a la Sainte- Gloire », tant les harmonies de la Nature en rendaient le s<5jour délicieux el faisaient éprouvera son ravissement comme une impression des pures jouissances des prédestinés. Ensuite, il se dirigea sur un lieu convenable au radoub, une voie d'eau s'étant déclarée dans la A^tna.

L'Amiral prit possession de celte Ile suivant la forme Accoutumée et, h mettant sous la protection de l'Ap6tre des Espagnes, lui donna le nom de Sa! ni- Jacques. En trois jours, la réparation de la caravelle Put achevée. Colomb, après avoir suivi la côle dans une lonj^iicur de vingt-cinq lieues am^ trouver le tiiuiudro indice d*or, ûl orienler sur Cuba

Le 18 mai, il reconnut un cap avancé qu'il noinma Sainte-Croix. Une tempête telle que jam»is Européca

n'en avait i^proiivée dons ces climats les mit en ^nd péril. Quiind elle fut dUsïp^'C, ils se trouvèrent au milieu d'iîcueits à fleur d'eau, dMlots et de cayes, entre lesquels ils tirent une lieue, visiblement guidé? par la Providence. Un nombre infini de petites lies, les uncî basses et sablonneuses, le? autres élevées et verdoyantes, formaient comme un labyrimhc. Ne pouvant leur donner à chacune un nom particuliei, Colomb les appela colleclivemcnl lei. Jardim de la Heine. Ses olTiciers le suppliaient de quitter ces parages, où reculer n'était pas moins difllcile qu'avancer. On courait le risque d'échouer A loul instant. Des coups de vent venant de divers càl&s forçaient à des manoeuvres continuelles. On était doublomcnl en danpnr, à cause des rochers qui menaçaient les quilles et des tonds vaseux qui ne retenaient pas les ancres.

A travers d'incessants dangers et d'incroyables fatigues, il n'en poursuivit pas moin:> l'exploration de ces lies, autant parsemées de beautés que de périls. La plupart étaient inhabitées. Dans la plus {grande, que r.Uniral nomma Sainte-Marie, ils irouvèrcnt des cases dont les hahiumts s'enfuirent à leur approche, quantité d'oies, de hérons et quatre chiens muets, d'afrpect ignr»ble,que les indigènes engraissaient pour leur régal. Une vég.'talion vigoureuse recelait dans ses profondeurs des multitudes d'oiseaux pélagiques : des cormoi-ans, des alcatraz, des canards siffleurâ, mt\és aux bandes sautillantes des chevaliers, des sarapicos, aui troupes de Qaiiiincos écarlates. I.cs vols et let

cris drf; perroquets de toule ouanc« animaJect ccf

flolilutltiS.

L'Amiral pa:>sa près d'un mois â sillonner ce dangereux archipel. Oumnl ces bavaus, plusieurs fois on de£cenilit sur la côte de Cuba pour s'informer de U nature de celte gi-ande terre, savoir si elle formait iio contioenL

Quelques naturels disaient que Cuba était une Ile; Rai? presque tous s'accordaient à i*econnalt]-e que soo rivage s'^-lcndail à l'iotini. Des pêcheurs, interrogés, araicnL répondu que le rivnfcc de Cuba s'allongeait ^aoË lin à l'oue^il. L'embarras de Cototnb s'aggrava tout A coup. Dans celte partie plus occidentale du litloral, rinlerprèlc cessait d'être compris; on était réduit au lan;.':i^n di*s signos.

. On complaît d:uis les trois caravelles cinquante hommes de mer, parmi lesquels des pilotes renommés et des maîtres en cosmo^fraphic. Tous étaient ioLimement persuadés que Cuba formait le commencement des Indi^s. D'après ces données, Colomb conçut un audacieux itinéraire qui l'eut ramené ea l^pagne par TAsie et ta Méditerranée.

Dieu seul cl les anges savaient alors la forme du DOUTcnu coQlincnt, Timmeosité de la mer Pacifique, U distance qui séparait Cuba des cAtes de lu Chine et de l'archipel Indiun. L'erreur de Colomb, obligée, inévitable, serlà mettre en relief la lécondité de son génie cl la hni'diesse de ses inductions.

Dans sou plan impraticable brille la première idée

de circuroaavigation. Mais le manque de vi\Tes, le délabrement de ses caravelles, Taccablemont de ses équipnges, l'obligèrent à revenir swrses pas.

L'Amiral ne céâa qu'à l'impérieuse nécessité. Ses navires ébranlés par les fréquentes secousses, 8«s quilles labourées par les coraux en toucbant les basfonds, ses amarres usées, ses voiles déchirées et à demi pourries, ses provisions consommées, sou biscuit avarié, conlraignirent sa résolulion. H fallut rebrousser chemin.

A travers ces périls, pendant qu'il disputait ses nefs aux bancs de madrépores, aux labyrinthes de lilliophyles, dans lesquels tes avait engagées son ardenle perquisition des secrets de ce monde, le poëte égalait en lui le naturaliste; et, tout en se défiant de ces aspects dangereux, il se délectait aux parfums qui s'cpaadaient sur les vagues houleusos.

Pour dédommagement de ses fatigues durant cours de cette navigation, le contemplateur de ta Cit-ation fui ensuite convié aux grands spectacles de la Nature. A mesure qu'il retrouvait les eaux profondes et transparentes des côtes de Cuba, des scènes animées viviGaient les solitudes de l'Océan.

Un jour, il ril s'clcvcr à la surface des flots une muV titude innombrable de tortues aux larges écailles, qui)

|>areille â une armée en marche, suivait une direction unique et comme sous l'ordre d'un chef atlnit se diri- , géant au nord. Cette population s'avançait régulièrement et couvrait au loin la mer de ses carapaces. Telle était l'arQuence de la tribu cuirassée, que ses foules mouvantes retardaient la marche des caravelles. Les proues heurtnieot en vain cette épaisse migration. C*c- Uiii le moment de la ponte. Des abîmes lointains, mystérieusement convoquée sur ces para^ies, la petipladc des chéloniens allait aborder en môme temps la côte méridionale de Cuba et y déposer dans le sable ses œufs que le soleil devait faire éclors.

Le lendemain, uncscènedirTcrcnto rempli: l'horizon de mouvements et de cris. Des plialaDges d'oiseaux pélagiques traversaient les airs. Des bandes de grues se suivaient. Des vols de corbeaux marins se succédaient par troupes. C'éUiil une caravane aérienne, une migration immense; ils venaient des archipels de l'Ile des Pins et des Jardins de la Hoîne, des lies plus éloignées des Caïmans ; et, comme s'ils avaient un rendez-vous A jourljxe, iUse dirigeaient cq passant par Cuba vers UD point inconnu.

Ce passaf^n fut suivi de l'arrivée silencieuse, mais éclatante, des plus légers hôtes de l'air. Des papillons aux ailes richement diaprées se déployèrent dans l'aikinosphère en mobile tenture. Celte frêle nation égarait son vol incertain au lat^e dans les airs; sa masse compacte passant au-dessus des navires iolercepluilles rayons du soleil. Celle multitude, se poussant elle-

tnéiiis et cliassée par la brise, se heurtiit contre los nuls, les cordages, et nombre de blessés resutienl sur le iillac des caravelles. Leurs nuées se succédaient sans inlerniption, Mais le soir, le venl d'ouest et les fortes ondûes qui le suivaient dispersèrent dans l'espace celle fragile population.

Enfin, le 6 juillet, on prit terre pour reniRPcierDîcH de sa protection signalée à travers des dangers si continus. Colomb fît dresser un autel sous les ombrag:es du cap le plus voisin, et la messe y fut solennellement

câk^brée.

Pendant la céi^émonle un Cacique vénérable s^approcha, observant avec attention tout ce qui se faisait. Il compnl qu'il s'agissait d'un acte religieux. Après que Colomb eut fini ses actions de grâce, le vieillard, te saluant, lui offrit une corbeille de beaux fruits et, s'ass^ynni auprès de lui, au moyen de fioterprète Diego, lui dit :

fl tl est juste de rendre grâces Dieu des biens qu'il nous accorde. J'ai appris que tu avais précédemment pai-couru avec ta puissance ces contrées qui jusque-là t'étaient inconnuus, répandant une grande frayeur parmi les populations; mais ne t'enorgueillis pas de cela. Rappelle-toi, je le le recommande et t'en prie, qu'au sortir du corps l'âme trouve deux routes : l'une, conduisant i une demeure fétide et ténébi-euse, préparée pour ceux qui ont désolé leurs semblables; Tautre, menant k un séjour délicieux et fortuné, disposé pourctiux qui pendant leur vie ainiÈrent la paix cl

— assis maiotiarcot parmi les hommes. Par coaséqueat, si tu te crois mortel ei penses que chacun est rétribué Botoo ses œuvres, ne fais aucun mal à personne, a

La piété de Chrislophe Colomh fut étiiue et consolée par ces paroles. Jusque-là, parmi les indigènes, il D*avait rien vu qui marquât une aussi claire notion de la vie future. Le messager de l'Évangile bénit Dieu d'avoir accordé celte lumière aux hommes de bon vouloir relégués en ces régions lointaines. Ce vieux Cacique lui l'appelait un de ces justes de la loi primitive, habitant comme Ragiicl les contrées idohUres. L'Aïuii-al répondit, par l'organe de l'interprète, qu'il était venu des extrémités de l'Océan dans ce pays, envoyé par ses souverains pour enseigner la véritable religion, Taire régner la jastice, assujettir les inhumains Caraïbes, les forcer A la paix et proléger les uations pacifiques.

A celle idée, le Cacique ne put retenir des larmes d'attendri sscmcnt.

L'Amiral répara un peu Tes navires, prit de l'eau, do bûiâ et se dirigea sur UispaAiola. Mais, au moment oA s'enllaicnl toutes ses voiles, une bourrasque des plus violentes le surprit et Taillit le faire sombrer. La Santa-Clara avait été si gravement endommagée par les caycs, qu'elle faisait eau de plusieurs côtés. Les efforts des calfats, le jeu continu des pompes, pouvaient à peine Tempécher de couler bas. Par surcroît de maux, les vivres manquaient ; chaque homme n'avail par jour qu'un biscuit et un coup de vin. L'Amiral, voulant parlagur la pénurie commune, se contentait

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d'une ration de matelot. Les lames déferlaient av&c une telle violence, qu'elles enroncèrcnt sous l'eau les bordnges de la Sania-Clara. L'équipage n'espérait plus aucun secours humain. Dans l'imminence du naufrage, Dieu secourut son Sei-vileur el lui permit de s'ancrer sur un fond du cap de Sainte-Croix, où les naturels lui apportèrent abondamment du pain do cassave, des poissons cuits, des oiseaux, des agoutis el des fruits de toute sorte.

Son projet était de pousser directement jusqu'aux. Iles Caraïbes.

£n considérant cette race impie, qui depuis des siècles désolait les splendidcs séjours que la Providence avait pi*cparés pour le bonheur de SCS enlants; eo se rappelant la violation permanente des lois de l'humanité, sa gourmandise homicide, rimpuniié dont s'cnoi'gucitlissail sa barbarie, ses coupes récriées parmi les populations pacifiques, qui frémisi»aienl d'horreur à leur seul nom, il résolut d'assujettir celte race abominable. Il voulait parcourir l'ai'chipel Caraïbe, fouiller les repaires des mangeurs d'hommes, incendier leurs cases, leurs canots, pour les empêdier de poursuivre plus longtemps leurs forfaits. Il espérait les frapper d'impuissance par une croisière qui les obligerait à se séquestrer dans leurs Iles et à les cultiver, au lieu d'y transporter, pour l'y engraisser, un bétail d'hommes.

Malgré le délabrement des caravelles, comme la mer s'était radoucie, il se dirigeait sur les Caraïbes, dont il loi tardait d'abolir l'empire. Mni.t Dieu ne pennïtpasque son Serviteur, raossauer de la paix, accomplit une mi>-

«on de ciiàlimcnL et de punition vengeresse. Dèf qu'ils eurcnl dc-pas^é l'ile Mona, poi'lés par un veut favorablo vers tes repaitâs des cannibales, la puissance invisible qui l'avait jusque-là soutenu, lui fut soudain retirée. Alors Colomb, abandoniié aux lois de la nature, cd suhiL les conditions.

Il y avait, ce jouMà même, cinq mois révoîus qu'il était parti d'IIispaîliola.

Pendant cent cinquante jours consécutifs, son înlerilion de la Nature, son investigation des eaux, de fair, du sol, sa contemplation des œuvres de Dieu, ses tentatives pour pénétrer les secrets de ce monde, les cITorts de son intelligence pour résoudre les iniorprétations contradictoires des indigènes et atteindre quelque vérité géographique, sa lutte prolongée conli'e les éléments, entretenanl son âme, son esprit, son corps dans une triple activité, avaiimt épuisé ses forces. Le senlimi>nl de sa responsabilité, la nécessité de diriger constamment lui-même cette dlfûcullueuse navigniioa, dont une partie ne fut qu'un long sauvetage, l'avaient emporté sur les besoins desàn âge, ses douleurs, fruits de ses labeurs maritimes, le manque de nourriture, la privation absolue de sommeil. Les diiTicultés semblaient, ainsi que les périls, raviver son énergie. Mais I A ce moment, la mer étant belle cl la brise excellente, ^sa vigueur s'évanouit tout d'un coup. La nature reprit 868 droits.

CbacoQ de ses oi^anes entra dansun sommeil simultané. Sou cerveau comme SCS yeux et ses jarrets céd(;reut à une fatigue qui dépassait les ressources

humaioes. L'épuisement étant général, la réparation devait l'être aussi. Il y eut donc suspension absolue des facultés phvsiqnes et morales. C'était une léthaipe complète. Sans les lentes pulsations du cœur et la flexibilité des membres, on eût cru que cette Amâ sublime était retournée vei's son Créateur.

Dans ces circonstances, les pilotes iaiiïsés à leur propre conseil, considérant l'impossibilité de naviguer par le travers des Caraïbes avec des caravelles fracas-sées, i demi noyées el presque sans gréemei mirent le cap sur Tisabelle.

Vs^ ^^

iioiiva dans les bras de son second frère Barlhélemy, dont il n'avait eu aucune nouvelle depuis huit ans. Son ftulrc l'rère, Diego, lui prodiguait également ses soins, Ënti'é à ta mer peu d'années après son frère, Barthélémy Colomb, ayant navipté maioles fois avec lui, joignait à la théorie la sûreté de la pratique. Largement doué sous le rapport des qualités physiques, Tatlrail de sa physionomie, exprimant franchise et joviale humeur, dès qu'elle n'était pas sévère, s'harmonisait avec ime haute stature, soutenue d'une vigueur d'atlilèie. Son extérieur rappelait les héros de bronze soitis du moule antique. D'une intrépidité chevalei*«sque, irès-habile au maniement de toute arme, il savait, par le sentiment de sa force et la mâle tranquillité de son courage, imposer le respect autour de sa personne. On l'eût dit né pour le c^nimandemenL U en avait l'assuranœ, la spontanéité de résolution, la précision de coup d'oeil; et si son dévouement ne l'eût pas déterminé à s'éclipser dans la gloire de son frère, il aurait pu s'illustrer par lui-même, pour son propre compte, tant U possédait à un haut degré l'instinct militaire, le génie du marin et la prévoyance del'admloiâlrateur.

Outre les nouvelles que don Barthélémy avait apportées d'Kspagnc, l'Amiral en reçut bieulôt de plus récentes par Antonio de l'orrez qui arriva, conduisant

quatre caravelles» chaînées des approvisionnements en subâistance?, médicameots, vStemenls, marchandises qu'il avait demandées, et amenant pour le service de l'hôpital un médecin, un apothicaire; en outre, quelques ouvriers mineurs cl jardiniers.

Une missive de la Reine, dnlée du 16 août U04* éUit partie ulié remeut faite pour consoler l'Amiral et rafraîchir son 5me do ses suaves sympathies.

Celte lettre, la première qui soit parvenue de l'ancien monde au nouveau, nsi d'une importance intime pour l'histoire de Christophe Colomb. Elle rappelle le but véritable de sa Découverte,

La Reine lui dit d'abord : « Nous rendons de vives BClioQS de grâces à Noire-Seigneur. Nous espérons qu'avec son aide cette œuvre, qui est la vôtre, sera cause que notre sainte Foi Catholique recevra une grande extension »

Elle ajoute : > Dans tout ceci, l'une des pnncipales salisfaeiions que nous goûtions est de sentir que cette entreprise a été conçue, mise au jour et exécutée par voire génie, votre habileté, voire labeur. Et il nous parait que tout ce que, d^ les premières ouvertures, vous nous aviez annoncé devoir arriver, s'est effectué en majeure partie, avec autant de précision que si vous Teussiez vu s'accomplir avant de nous le dire. >

Isabelle disait à Colomb avec quel plaisir elle relisait ses lettres, lui parlait de ses obligations pour de tels services. Tout en le remerciant de ses détails, elle en réclamait de plus amples sur ces régions nouvelles.

— t'tti —.

Sa vive cmiosilé de la Nature, qiie slimulait son amour dos œuvres de Dieu, s'informait du nombre, de l'étendue» de la dislance respective de ces lies, des noms primitifs qu'elles portaient, de leurs productions diverses. Isabelle souliailail pouvoir, transporlée d'un trait sous ces cieux éclatants, contempler les magnificences équinoxialcs, admirer les spleudides décors de celle nature inconnue. On conçoit combien le fervent adorateur du Verbe, le conlempSaleur transcendant de la Création ti*essaillait d'une teudrejole à celle communauté de sympathie et d'admiration religieuse.

Toutefois, ces consulations ne pouvaient remédier au mal qui s'était commis pendant son absence.

Le commandant Pedro Margarit avait trompé l'attente de l'Amii-al, trahi l'honneur militaire, et s'était insurgé contre le Conseil de ^uvememenl. Au lieu de procéder à l'exploration de rile, il alla ramper i dix lieues de l'Isabelle, loge.inL sa troupe dans les villages des Indiens, où elle vivait, dispensée de l'appel, de la retraite, des exercices, tandis qu'il courait lui-roéme à In recherche des plaisirs faciles. Les soldats semblaient l'aire hraucoup d'honneur aux Indiens en leur prenant leurs femmes, leurs provisions, leur or, et en consommant dans quelques jours des vivres qui leur auraient sufTi pour le tiers de l'année.

Cependant, apr^ avoir ruiné les habitants de la Véga Uéol, fait maudire le nom espagnol dans U plus

— SftI —

lîchc coniriîe de !1lc, Pedro Margarit, elTrayé de sa responsabilité, t^nta doprcveoir le relotir de rAmiral en s'enfuvant sur les navires qu'avait nmcnés don Uaj-tliélemy. Comme il ne pouvait pas s'en emparer louL seul, il recruta des tnf^oontents et donna de la consistance â son parti, en y attiraot le Vicaire Apo»tolique, le Pèi-e Hoil.

Ils se saisirent de quelques bâtiments à Tancre dans le port, et s'enfuirent lârhomenl en vrais déserteurs. Plusieurs religieux, que l'attrait de la nouveauté avait engagé à suivre aux Iodes te Père Boîl, ne pouvant se Caire h un genre de vie qui ne leur était pas destiné, r&ccompagnérenl dans sa houleuse désertion.

Les soldats se trouvant laissés à leur propre conseil se débandèrent, s*en atloul par groupes de divers côtés, multipliant les avanies dont ils accablaient les Indiens. Jusr|ue-là les indigènes s'étaitint soumis h la force. Mats quand, par cette division, les Espagnols se furent aiTaiblis, ils songèrent i reconuTtencer les sanglantes scènes du fortin. A l'exception de Guacan^ari, lou* jours retenu |tar son dévouement pour Colomb, les Caciques se liguèrent avec t le Seigneur de la maison d'or > pour exterminer sur tous les points de l'Ile & la fois ces superbes déprédateurs. En divers lieux, des Castillans furent l'gnrgés. l,c cacique Guatiguaoa en lit massacrer dix qui habitaient les bords de la grande rivière. Puis, il incendia la grande case servant d'hôpital aux Espagnols, et dans laquelle se trouvaient alors quarante iicvreux ou convalescents.

Le farouche i Seigneur de la maison d'or i , Caonabo,

dcslnicteur du fortin, résolu d'anianlir ces étrangers, fit alliaBce avec les Cigunyens, tribu belliqueuse Jii nord-ouest qui, exposée aux incursions des Caraïbes, avait coDlractc l'habilude des armes.

Telles étaient les conjonctures critiques au milieu desquelles Colouib revenait dans Ttle, aloi's qu'cxlénué, il aurait eu besoin d'un complet repos d'esprit et de corps.

Des bniiis inquiétants lui arrivaient de diiïérents côtés. Sur ces enlrcfaîLes, le roi Guacnim^ri vint à I'l5abelle; il voulait ù toutes forces voir l'Amiral. Il se montra profondcmcnt afTcclé de le Irouvcr malade. Il revint sur les tragiques événements du fortin, protesta de nouveau avec larmes qu'il n'avait pu empêcher Cf. lailheiir et lui apprit le complot formé pour l'ext^rminnlion des Ksiugnols.

Ea même temps, l'Amiral essaya de rompre la ligne des grands Caciques.

S'il paralysait Taction de Caonabo, la pacification de l'Ile était assurée. Mais le relancer dans ses montagnes où le sol épineux lui fournissait une défense naturelle n'était pas chose aisée. D'autre part, on ne pouvait rester «posé à ses coups de main. L'Amiral pensa devoir combattre le (cerner Caraïbe par la ruse indigène, les stratagèmes Indiens, et communiqua son idée i l'intrépide capitaine Alonzo de Ojeda. Il s'agissait d'aller trouver Caonabo dans se« possessions, à plus de soixante lieues de distance, de le saisir au milieu de son peuple et l'amener prisonnier. Pour cela on ne pouvait être nombreux, car on eût excité la défiance. Ojeda choisit neuf cavaliers dont le courage et la vigueur avaient fait leurs preuves, et prit le chemin de ta Maguana. Il portait un présent au < Seigneur de la maison d'or». Celui-ci ne se défiant point, i cause de leur petit nombre, reçut avec plaisir ce qu'on lui offrait. C'étaient des bracelets d'acier reluisant, pouvant se changer en menottes. Ojeda parvint, sous un adroit prétexte, à éloigner Caonabo de sa garde ; puis, l'ayant pris en croupe sur son cheval, il le fit étroitement garroter et l'emporta se dirigeant à fond de train sur l'Isabelle.

Après l'enlèvement du < Seigneur de la maison d'or », il y eut d'abord enJroi et morne stupeur dans 111e entière.

Puis, les trois frères du Cacique tentèrent un sonlèvemenL général. L'un d'eux, Uaiiîcatcx, borgne, mais

itf'gisie, réunît cinq corps d'armée, s'élevaol cn- Mmble à cent mille hommes, et leur ûl occuper tous les débouchés de la plaine royale, hors celui par où devaient passer les Espagnols, que la maladie avait réduits à deux cents fanlassins et vingt cavaliers. Ceux-ci sinhUient, d'avance, écrasés et perd us sous cette masse imense d'ennemis. On frémit à l'idée d'une telle disfproportion de forces. Poursortirvainqueur de la lutte, diaqiie Espagnol devait laisser sur la place ou mettre en fuite cinq cents indigènes! un contre cinq cents! cela n'était jamais entré dans la pensée humaine.

Aux approches de la plaine, Colomb, cédant le commandement à don Barthélémy, monta sur une colline et fle mit en oraison. Tel, autrefois, Muïse en marchant contre Amalec laissa le commandement à Josué, pour aller prier sur la rooniagne.

Au moment où cinq mille archers d'élite engageant bataille obscurcissaient l'air de leurs Qéches, à la 'supplication de Colomb, na vent violent s'éleva qui les faisait dôvier; elles tombaient inertes loin du but. L'épouvante saisit alors les Indiens. Se débandant, ils s'enfuirent de toutes parts, tandis que les espagnols criaientMiRACLEl et, enthousiasmés du prodig:e, s'élançaient à In poursuite. Dans sa reconnaissance, Moïse avait fait élever sur le Heu un autel qu'il appela : i Le iigneur est ma gloire. >

Dans sa gratitude, Colomb fÎLaussi dresser un autel, célébrer une messe d'action de grâces, et, en mémoire de ce divin secours, élever là une Croix, qui s'y voyait au temps de notre enfance.

Cette victoire, htimaiopment impossible, fut appelée de son vrai nom : le miracle des flèches. Ce triomphe joespéré demeura dans le souvenir de la colonie. El pour Téteniiser fut érigée une église dont les vieilles peintures monlrcol encore aujourd'hui, sur les murs latéraux et au-dessus du maître autel, la grâce qu'accorda la Vierge conçue .sans péché h son fidèle Senitcur.

Le lieu où pria Colomh cooliaue d'être appelé la s&iNTB coLL[:<B, satilo cerro.

L'Amiral continua sa marche vit^orieuse dans plusieurs parties de l'Ile, maintenant la discipline parmi ses hommes, rendant la justice aux indigènes que sa présence protégeait contre toute insulte.

Il établit alors des impôts réguliers, consislaot eo poudre d'or. Malgré leur modcralion, une profonde tristesse s'étendait sur Ilispafiiola.

Les corvées exigées de leurs sujets par les Caciques &*étaienl jamais que de courte durée; se bornaient à quelques légers droits de chasse cl de pèche, à un peu de cassave, de colon, et au service CD temps de guerre. Les indigènes n'accomplissaient aucun travail pénible» la Nature pourvoyant elle-même à leurs prinripaui besoins. Eu grande parlic, leur Icmps se passait dans la sieste, les jeux et les danses. Ceux du litloral s'absorbaient dans une coolemplation rêveuse au bord d< la mer, tandis que les habitants de l'intérieur dissî-

paient les heures soug de délicieux ombrages, occupés de récil3, de chants et de danses divurs. lis avaient de? poêles voya^cui's cl galant^;, Imbiles h conter des aventures de Caraïbes, des Itistoires de sorciers. Ces troubadours agrestes, grands diseurs de nouvelles, traduisaient dans les divers idiomes de l'Ile les poésies de la célèbi-e Anacoana, dont le nom sigaidail ■ Qeur d'or >.

La Reine Anacoana, la belle, la suave inspirée, l'inçénîeiisc créatrice des grands ballets et des doux poèmes connus sous le titre d'Areylos, séduite par le courage de raventuricr Cannabo, lui avait accoi*dé sa main, en prix de sa bravoure. Un prestige d'irrésistible séduction et de souvcrainelé intellectuelle eolouraii la renommée d'Auaconita. Sun nom symbolique n'arrivail aux Espagnols qu'à travers le mystérieux loiatatn des forêu de Xaragua, où la Roine adorée s'élail retirée auprès du roi Behechio, son frère, depuis l'enlèvement de son vaillant époux, c Seigneur de la maison d'or i. Les danses, trés-modiRées suivant les districts, avaient un caractère national et des noms expressifs. Anacoana venait d'accroître grandement leur importance par le rAIe littéraire cl scénique qu'elle leur destinait

Si le travail était pénible pour ces constitutions molles et frêles, participant de Texisteuce facile des fleurs et des oiseaux, la régularité des labeurs n'était pas moins insupportable à ces peuplades ennemies de de loule contrainte, chez lesquelles la paresse n'était ni un vJce ni un défaut, mais formait un mode même de l'existence. Les iodigcueâ demaadaient naïvement aux Espagnols quaodils comptaient rclouraerauTurey.

Cependant, Toyant s'élever leurs coDSlmclions de pîerre, remarquanl qu'ils renvoyaient leurs vaisseaux sans se l'embarquer, ils comprirent que IcsCastilInns s'étaient établis dans leur pays; ils se reconnurent en servitude el tombèrent dans une profonde mélancolie.

Ne se dissimulant pas leur impuissance  expulser par les armes ces odieux étrangers, ils imnginèienl de les livrer à la famine. Comme les Espai^nols étaient grands mangeurs, que depuis longtemps ils n'avaient point reçu d'approvisionnements elcomplaienltoujours un assez grand nombre dcmalades, les indigènes crurent les détruire en les abandonnant k eux-mêmes. Ils cessèrent donc de cultiver la terre ; ils en arrachèrent même les arbres k fruits, puis se retii^rent dans les montagnes.

Ce complot de l'abâtentlon et de leloignemcnL s'exécuta sans obstacle;:, mais aux propres dépens de ceux qui l'avaient conçu.

conlcats d'aiiaquer son caraclère comme chef de pouverDemcni, ils cherchèrent à porler alteiute à sa prohilé ; ils l'accusaient de se procarer de Tor au déli'iment des droits de la couronne.

Au milieu de ces aigres rdcriminntioos, qui prenait la défense de Colomb? qui rappelait les conjonctures terribles daus lesquelles il avait a^p? LWmtral était étranger, absent; ses eancmis ne rencontraient aucun conli-adiclciir; l'unanimilo de leurs plaintes devait obtenir crédit.

Malgré l'inslinclive foi d'Isabelle dans l'excellence de Colomb, le nombre et l'unaniniilé des accusations qui arrivaient au pied de sou irônc ne pouviitent manquer d'ébranler sa confiance. Elle voulu!, prudemment, s'enquérir de la cause de cette animadversion. Au lieu d'un jiifte instruct'îur, elle eut l'intenlion de choisir, pour lui faire un rapport sur les faits, Juan Aguado, intendant de la chapelle royale, qui se trouvait l'obligé de Colomb, puisque l'Amiral l'avait recommandé à la Reine à son retour en Caslille. Isabelle avait lieu de penser que ce choix serait, moins q[ue tout autre, désagréable ou Vice-Itoi des Indeâ.

Juan Aguado partit avec quatre caravelles. Il amenait quelques religieux venant remplacer les déserteurs de l'aposlolal qui avaient accompagné le Père Boïl, et d'autres que leur manque de vocation faisait soupirer après l'Espagne. Il emmenait aussi l'ingénieur das

mioe?, Pablo Belvis, mélallurgiste fort connu, suivi A(* plusieurs maîtres minetips cl ouvriers fondeurs, pourvus (]» lous tes engins de leur art, ainsi que d'unt: certaine quantité de mercure, ■ pour retirer l'or disséminé dans le sable au moyen de Painalganiatioa ». On avait songé à faciliter l'exploiLatioo des veines et des

3lcs aurifârcs.

Aguado poss(^d:iit par sa lettre de créance un pouroir discrétionnaire, que limitait assurément l'inslruc- Lioa verbale qui en accumpagna la remise. Hais durant ses rapports avec l'Ordonnateur de la marine, il reconnut l'influencade Fon^eca sur le Monarque, les dispositions de celui-ci envers l'Amiral, et comprit de quel côté il devait s'appuyer pour son avancemeol.

La flottille arriva lieureusementau port de l'Isabelle. En ce inomcnL l'Amiral comba'.tait, dans les Ëlals de Caonabo, tes frères du Cacique, qui s'étaient révollés. Aguado, comme s'il eût été le Vice-Roi des Indes, s'attribua toutes les juridictions de la cotouie, somma les chefs de service de venir lui rendre compte, en semonça quelques-uns vertement, osa en faire emprisonner quelques autres.

Après avoir bien éclaboussé de sa vanité les serviteurs de rAminil, fulminé contre lui des menaces, II dit que l'aîné des Colomb prolongeait son absence par frayeur, n'osant comparaître devant son juge, mais <|u'il saui-ail bien le faire venir. Sur ces entrcfaites,^ f^lomb, instruit de l'arrivée du commissaire royal, revint A l'Isabelle.

C'clnii le moment critique. Acuado Lriomuhait. cai'

il savait la vivacité de rAmiral et pensait que, tant d'insolences comblant la mesure de ta patience bu* tnaioc, il lui seraii impossible de ne pas s'empoiler; en ce c»s, il n'y aurait plus qu'à faire étiblir qu'il avait manqué en sa pei-soone au respect de TauloriU royale. Mais plus l'injure brisait les bornes des convenances, plus le sei'vileur de Dieu éprouvait un secret pinisirâ supporter rtiuinilialiou.

Lors doue qu'Ajnjado s'uvauna pour montrer sa lettre de créance, rAiiiiral raccueillit eu grand apparat» au son des instruments; fil répéter la lecture de cette lettre, et as.sura gracieusement le Commis^îi-e royal qu'il était tout prêt à Hiire ce qui lui serait prescrit de la part de ses souverains. Un tel calme étonna et confondit Agundo. Pourtant, comme celle déférence Téloignoil de son but, il se mit à parler d'un ton arroipioi, afin de provoquer au moins par rinconvc»anc-c de ses manières la colère de l'Amiral. Mais, h sa stupéfaction, c(^lui-ci I souffrit son insolence avec une )p-nnde mwleslie ».

Aguado, s'avouant rinutilité des provocations^ n'eut' (fautre parti que d'informer contre son ancien protec* tfiur. Il ramassa les témoignages de la lie des ooloDs, des paresseux, des lilches, des soldats mécontents des corvées. Quelques Indiens eux-mémns vinrent porte" plainte contre Colomb, leur unique dcl'uu^iuur, qu'iU rendaient responsable des excès commis par tous les Espagnols.

En décembre, l'inslruclioa qu'avait commenc i^iiado formait un énorme dossier, qui lui parut pluftj que suflisani pour peixlre sans retour Colomb. 11 soa-j

gcaîi â repartir et afait donné des ordrns â cet cfTcl. On liAlait fort activeineoL tes préparatifs quand, au rommencemenl de janvier 1496, une de ces tcmpAlcs inconnues de l'Europe et qui n'avaient pas de nom dans nos langues, mais que les insulaires appelaient hurracan, éclata sur l'île.

C'était une de ces convulsions effrayantes de la nature dont le caractère destructeur riipp4'lle les éi-uplions pr<ïcédées de tj'emblemenls de terre. De mémoire d'homme on n'uvail oui raconter pareille perturbation. Un combat de Typhons eut Heu dans l'atmosphère. La plus violente des trombes traversa la côte nordouesl d'Ilispaiiiola, arrachant, dfrarînaoi comme des herbes les arbres géants; elle enleva les navires amarrés dans le port, les plongea dans les flots h plusicui-s reprises et les enfouit disloqués au fond des eaux. Dès que cessa ce terrible phénomène des airs, un gonflement subit souleva la iner. Ses flots se drossaient mugissants vers le ciel obscurci. Tout à coup, par un raz de marée, ils franchirent l'étemelle barrière imposée à leur courroux et s'avanoèrent dans l'intérieur des terres, inondant les pays plats de la côte, l^s Espagnols croyaient que c'était la fin du monde; les Indiens voyaient dans ce chaos le chAliuient de leurs persécuteurs.

Après que le fléau fui passé, on courut au port. Hélas I des quatre caravelles d*Ag;uado, des trois autres qui s'y trouvaient à l'ancre, une seule s'y voyait encore... la plus petite, la plus usée, la plus fragile de toutes: la A't/îa/ cette caravelle qui avait secouru r.\miraldan?

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naot gi5nf^ral son frère, don Barthnlcmy, sous le litre d'Adelantado, par lequel on le désigna toujours depuis lors. Il nomma aussi comme ma^isU'aL supérieur dô l'île François Roldaa. autrefois aUaché k son service personnel, homme d'uQ esprit net, plein de discernement et porlé à la jurisprudence. L'Amiral l'avait élevé précédemmeûl à la charge de juge en premier ressort, dont il s'était acquitté à la satisfaction générale.

A la fin de février, les deux caravelles furent en état de tenir la mer. On procéda à rembarquement. Les malades, les mécontents, les hidalgos déseuchontés, au Qombre de deux cent vingt-cinq, et trente-deux ludicns, parmi lesquels on remarquait le fier Caonabo, avec un de ses frères, sou fils et son neveu, furent répartis eulre les deux nefs. Aguado monta sur le navire neuf, el Colomb sur la pauvre mais fidèle Sattta-Clara.

Le 10 mars, on quitta le port en s'avançant  l'est por une route nouvelle.

L'expérience n'avait pas encore appris qu'il fallait gouverner directement au nord pour rencontrer les souffles aliséï= qui favorisent le retour eu Europe. Colomb eut à combattre la force des venlâ et à se fatiguer par d'incessantes manœuvres. Vingt-six jours de lutte persistante avaient sensiblement diminué les vivres. L'Amiral dut chercher à se ravitailler; el, revenant sur sa marche, il aborda la Guadeloupe où l'oa trouva dans une case des vivres, du miel, de magni*

fiqnes perroquets et «n bras d'homme qui rôtissait devaol le Teu. Un Tort déLachement mis à terre ramena le lenJcmaia des eofuDls el dix femmes, parmi les- <IueUes se distinguait l'épouse d'uo Cacique.

Cette beauté robuste, jouissant d'une corpulence des plus largement arrondies, malgré l'opulence de son cmboopoiol, avait lassé à la course tous ceux qui la poursuivaient. Seul, un jeune Canarien, au service de l'Amiral el coureur i-enommé, était paiTcnu à se mainteuir sur ses pas. Quand elle vil qu'il avait dislancé le l'esté de la troupe, la vigoureuse matrone se retourna tout court el se ma contre lui à l'improvis^le; elle l'abattit sous la violence du choc. Se jelanl sur lui, l'opprimanl de sa masse, elle l'étoiifTait el lui cnrnnrnit ses ongles aigus dans le cou, Il était mort 8) ses compagnons, voyant ce péril, n'eussent volé â son aide. \h saisirent la Caraibe acharnée sur sa proie, qu'ils ne parvinrent pas sans peine à lui faire llcher. Toutes ces femmes étaient nues, fort grasses; pour les faire paraître plus grosses, elles serraient leurs jambes avec des bandes de coton au-dessous du jarret et à la che> ville : elles portaient épars sur les épaules leurs longs cheveux, bien lustrés et parfumés d'un jus d'berbcs odoriférantes.

Les Espagnols passèrent neuf jours à parcourir TiIq et k réunir des quantilés de cassave. Au moment de mettreàlavoile.rArairaîût déposera terre les femmes et les enfants qu'il avail cha^;(^s de ces bagatelles dont s'affolaient tous les lodiens. Mais la femme du G&cique

déclare vouloir rester â bord avec sa fille, ei aller voir le pays de ces puissaots élrnogers.

Ce motif D'éUiil qu'un prt'le.\le.

La beIJiqueusc matrone avall aperçu le i seigneur de la maison d'or >, le grand Caouabo, orné de ses fers, sur la cjiravelle où elle i^tail parquée. Comme ils descendaient tous deux de la même origine, qu'ils avaient les mêmes tmils» parlaient la môme langue, possédaient les miïmes instinols, les mêmes goûts anUiropophnges, elle fut touchée de son infortune. Cette terrible dame, soudain prise au cœur d'une délicate sollicitude, ne pul se décider à laisser ainsi isolé parmi les élrangei-s dont il était captif, le grand Caonabo, répoux de la célèbre Anacoana, n'ayant avec Uiî ni esclave, ni femme pour le senir. Une horrible sympathie la retenait ù ^s pieds. Imjiitoyahle pour ellemême dans sa tendresse ; immolant ses devoirs, son avenir h son enthousiasme d'une gloire homicide, elle rtublia tout à coup, eo un jour, ses enfants, le Cacique son époux, sa Irihu, son pays, se consacrant à soulager les ennuis du Héi'oSf dont les baut£ faits électrisaienl son imagination.

Le 90 avril on remit à la voile. La lutte contre lefl yents recommença; puis on éprouva de la bonace, el au 30 mai l'on était encore au milieu de l'Océan. Aucun des pilotes ne savait dan.^ quelle latitude on se ti-ouvajt. La tristesse el le découragement gagnaient les esprili.

Déjà l'eau maoquail ; les virres étaient DoLablemeol diraioués; il fallut mettre tout le rnoode à h raîioD exiguë de six onces de pnin par Jour. Comme A son ordioatro, l'Amiral doDoait l'exemple de l'égaltlé dans le malheur. L'ignorance de la distance ot!k l'on était encore de la terre aggravait l'inquiétude générale. Les pilotes contestaient entre eux sur le point de la roule. Ui se considéraient comme égarés dans l'incommensurable Océan. L'Amiral assura que l'on éuiii alors éloifîTié d'environ cent lieues du méridien des Açoi-es, ce qui se trouva exacL

Cependant les fntipiies de la navigation ne raisaienl que s'accroître. Au milieu de ce malaise, te dévouement de la Cacique anthropophage ne put distraire son Héros, absorbé par le scnlimeol de sa déchéance. L'Amiral lui avait promis de le ramener, après lui avoir montré les souverains et la grandeur de la Caslille; mais l'humitialion de sa dépendance avait allumé un feu secret dans ses veines. Henfermant dans un silence opiniâtre ses rcgrcls, déguisant sous l'impaKiibilité du visage l'amertume de ses chagrins, fatigué du roulis, de l'emprisonnement prolongé sur ces planches battues |des vagues, il semblait étranger à ce qui se passait autour de lui. L'ampleur des charmes de sa compatriote ne séduisit point son regard, qui resta toujours sombre et hautain. Peu A peu ses Forces s'évanouirent, sa fierté seule ne diminua point; et enfin, obstinément immobile, il s'éteignit enveloppé dans la superbe d« son taciturne orgueil.

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Ainsi le romao de celle princesse anlhropophage fut lerroioé avuut la ûti de sa uavigalion.

En restant libremeni parmi les élrangers, elle renonçait à sa famille, à sa pairie, à sa liberté, A sa vie, car elle avait tralii son époux, conséquemment mérité la mort. Elle se jacrifiail à l'honneur d'être l'esclave d'un esclave aulrefois couronné, de l'aider à porter ses fers. On ne peut méconnaître la grandeur de ce dévouement. Quelle en fut la récompense? la mon dans l'exil.

On respire je ne sais quel pni-fiim de sauvage épopée dans le récit do cet amour de cannibale conçu à première vue, au milieu de l'advei-silé, parmi les hasards de l'inconnu, et qui se passa dans une langue barbare au milieu de la lutta de l'homme contre les grandes foi-ces de la Nature, pendant les angoisses de la terreur et les menaces de la famine sur les abimes de l'Océan.

Le fi'ère de Caooabo, épuisé, ne lui survécut que peu de jours.

L'on avait roniinué la route. Mais la souffrance s'aggravait d'heure en h'^ure. Des murmures commençaient à se faire entendre. Les £spagnoIs tançaient des regards tantôt douloureux et tantôt courroucés sur les trente Indiens qui restaient dans les navires. La faim horrible qui domine ^ut sentiment éveillait In cruaulé et conseillait le crime. Il se formait desgroupes parmi les Espagnols. Tous proposaient à voîx basse de tuer et de manger les Indiens ou de les jeter d la mer pour se débarrasser de ces bonrhes innlilrs; ce qui donnerait aux rations un supplément journalier

de cent quatre-vingts onces de pain. Ce dernier parti semblait prévaloir.

Le 7 juin, la molion de celte cruelle nécessité fut faite publiquement. Mais quand cet atroce conseil de la faim fut connu de l'Anitral, la douceur compatissante qu'il avait montrée jusque-là fil place à t'énei^ie . la plus courageuse. Sa taille se redressa pleine de majesté; il domina le tumulte du di-sespoir. Dieu lui venant en aide, il fil laire la faim et si^ifia fermeraeot & ces liommes égarés par le péril qu'il avait découvert les Indes pour les enfanter à Jésus-Christ Notre- Seigueur; que ces Indiens rachetés au prix du mêmn sang étaient leurs frères; qu'il les conduisait enCas* tille pour en faire des enfants de l'Église, des amis de la nation cspiignule, ni qu'il ne permeltrntl pas cci abominable forfait. Il leur rappela que la patience dans les souffrances élail la veitu des chrétiens, la marque de leur siipérioriié; et il ajouta qu'au surplus la peur qui consoilbil celte aiïreuse lâcheté s'Inspiiait de l'erreur et de l'ignorance, car dans trois jours on serait dans les eaux du cap Saiiit-Vîncenl.

A ces mots, vivement les officiers se récrièrenl; d'après leur estime, ils en étaient encore fort loin. l'Amiral leur imposa silc/icc, lit coniinuer le même rumb; puis, le troisième jour au soir, il commanda de carguer les voiles et de louvoyer pendant la nuit, pai'ce que le lendemain on apercevrait la terre.

Mais ces gens affamés le supplièrent de les laisserarriver au plus vile, disant qu'ils aimaient mieux courir le

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risque d'écîiouer sur la première côte que de mourlt assurément de h\m eo pleine mer. A ce sujet un grand débat .t'êlcva parmi les olliciers; les uns eslimaioiit que l'on élall près des côtes d'AnKlelnrre ; les autres, prèf du canal des Flandi es. Colomb Uni ferme et Ht exécuter ses ordres.

Ka effet, le lendemain malin, au point du jour. Us reconnurent le cap Sainl-VinrenL, i]u'avait aunuiicè le vainqueur de la Mer ténébreuse.

Hevenanl sur leurs souTenirs et se rappelant, à partir de la première découverte, combien les diverses prcidirlions de Colomb avaient toujours été jusiiliécs par les événemcnlfi, la plupart des marins, et mémo des pilotes furent persuadés que, si TAmiral n'appelait pas à son aide les secrets de l'art magique dans (ouïes les grande? circonsLinees, il était doué d'une inspiration vraiment divine.

If-

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de Pedro Margaril, la Hetoe avail encore pu recueillir les lémoignagcs hoslilcs du commandeur Arroyo, du commandeur Galltgo, de MicerGirao el de Pedro Navarro, tous sen.iteurs de la maison royale, auxquels, par conséqucQl, elle prétait confiance.

On sait que, dégoûté des tromperies, des Taiblesses de la Cour, ne comptant plus que sur Dieu, Colomb aurait, dès lors, voulu scsi-parer du monde. Sans souci de l'opinion, il avait laissé pousser sa barbe, ut portait extérieurement son cordon par-dessus la robe de Saint- Fraoçois, un peu écourlée. Nous ne sommes onUemânt élolpié de croire qu'il ait eu la pensée de suivre à la Rabida son vénérable ami, le Père Juan Ferez de Uarcheoa, qui retournait s'y ensevelir.

Cependant la lettre des Souverains arriva.

Colomb se rendit aussitj^t à Burgos où se trouvait b Cour.

Quelles qu'eussent été les graves accusations portées contre lui, dès qu'il parut, la Reine ne ressenlil plus que l'altraclion aalurelle, rintérël mêlé de respect qu'inspirait h son âme cet envoyé de la Providence. Son seul aspect était la réfutation de ses ennemis. U ne fut pas plus question des dénonciations du Père Boîl et de celles de Pedro Slargarit, que des informalions dn commissaire royal Juan A^ado.

Colomb exposa dans sa réalité la situation de la colonie. Isabelle sut alors sous quelles dures lois U avait été conli-atnt à ces mesures de salut, que l'égoïsme et la vanité taxaient de rigueur cruelle. L'Amiral raconta aiu Souverains ses découvertes, parla des mines

de Cit>ao et d'IIayna, donoa de$ masques omés d'or^ des ceintures ornées d'or, des bourses remplies de grains d'or, des morceaux gros comme des fèTCS, et d'auirc5 comme des noix qui provenaieut des mines découvertes au moment de son départ. Il leur oITril aussi des objets inconnus en Europe : des figurines, des armes, des instruments, des animaux, des plantes, des oiseaux qu'on n'avait point encore vus. Ces produits d'un sol nouveau charmèrent la Reine. Perdioand fut beaucoup pluâ sensible aux grains d'or. Ils remercièrent Colomb et le traitèrent publiquement avec honneur, au grand désappointement de ses ennemis.

Dans le commencement de l'automne, il n'y avait plus ni argent, ni vaisseaux, ni équipages pour exécuter «ne nouvelle expédition. Cependant, sur l'ordre d'Isabelle six millions de marévadis furent destinés à l'armemeol de Colomb.

Le 20 octobre, le pilote Per Alonzo Niflo, ramenant d'HispaiiioIa trois caravelles, entra dans le port de Cadix. Au lieu de se rendre immédiatement à la Cour, U s'en alla d'abord voir sa famille à Huelva, se cootenlanl d'écrire qu'il était arrivé avec un chargement d'or. Le roi Fei-dinand, Irès-aise de celte nouvelle, changea aussilât la destination des six raillions aiïeclés à Colomb, les em[,tloj'ant à fortilier le Houssillon menacé par les Français. Ce fut seulement en décembre que Ver Monzo Nifto présenta aux Souverains les dépêches

dont il était chnrf^é. Alors oa eut la tiisto cxplicalion de la métaphore employée par le pilolc. Ce chargement d'or qu'indiquait sa missive consistait Haiis le produit qii'oD relirprail de la vente de trois cents prisonniers indii'ns qu'il avait à bord. Pour lui» c'était de l'or en harre !

Cette déception produisit un déplorable elTet. Elle ressemblai! Û une mystîGcalion. Le roi Ferdinand en Tut courroucé; la Reine se montra blessée de ce que, malgré ses ordres précédents relatifs à la liberté des lodicDs, 00 en eût amené une telle quantité. L'Amiral lut contrislé de cet envoi et particulièrement des détails qu'il apprit sur la situation de la Colonie.

Toutes les calomnies des complices du Père Boïl paraissaient ainsi justifiées. Les bureaux de la marine se réjouissaient de l'huiniliation du Génois. Ce mécompte ternit d'une déconsidération profonde le nom de Colonie. Personne ne se gênait plus pour critiquer l'Amiral, même en sa présence. Chacun blâmait ses vues; îl était, dit-il, c accablé de reproches ». Les hommes d'Ëlal prétendaient que les Rois ne couvriraient jamais leurs dépenses.

Isabelle, ferme dans sa foi en Colomb, partageant son désir d'arrroltrc la science, de g-lorifier le divin Rédempteur, dit à l'Amiral € de ne pas faire la moindre attention k ces propos, parce que sa volonté était de poursuivre cette entreprise et de la soutenir, dûl-oD n'en retirer que des pieires; qu'elle ne s'arrêtait point i la dépense, parce qu'elle crevait Que notre sainte foi

s'éteodi-aiL; et que ceux qui dûnifxniieut Peutrepriso D'étaieul pas auiU île sa royale courotuie i.

Pour rin.sinot le trésor ^<Uiit épuisé, la flotte absenta. On n'avait ni navires, ni /^qiiipngeâ, ni luuniitoDs. Force èUiii (l'alleudre quu le teuip» eùL dojiaé des ressources.

Enfin le 23 avril de l'année suivante, Isabelle rendit une ordonnance pour l'achat de tous les objets destinés nui Indes. Elle rédigea des instructions touchant la population des Iles et de la terre ferme. Le même jour, Ja Reine étendit les pouvoirs précédemment accordés & Colomb.

Toulerots, sa générosité n'était pas satisraile. Les découvertes récentes de vastes Iles, d'archipels nombreux, tant de fali^es, de dangers, méritaient une marque exceplioanelle de (gratitude. Elle offrit donc à l'Amiral de lui constituer une Principauté au lieu dont il dési<ruerail lui-méuie la situation. Ce domaine privé aurait une étendue de cinquante lieues do long sur vingt-cinq de large, et, i son choix, on t'érigerait en. mai-quisal ou en duché.

Sans contredit, cette offre était séduisante. Ce duché, véritable princîpulé, repi-éseutaul une superficie de douze cent cinquante lieues carrées, eût permis & Colomb de fonder une puissante maisou pour son

second fils, taodis que t'alné succédait à ses charges, tîlres el diguilcs. Hais l'homme de désir, le conlemplateur du Terbe, ne laissAÎl aucune prise aux coosî- ■ déraLions tiumaiaes. En lui l'Apôtre l'emportait sur le ' chef de famille. Or, projelani de décou^TÎr l'espace CDlier du Globe, d'en ac^mplir le tour et de délivrer enfin te Saint Sépulcre, il cmiguail que ratlachemenl naturel pour une propriété si vaste, le gouvernemeul domcstiqtie de ce petit I^tat ne pussent tenter son cœur de père, retarder ses explorations, ralentir raccompli»sèment de ses travaux érangéliques, el avec un renoncement sublime il refusa la doUlion royale.

Le 19 juin, la Reine transmit 4 l'Amiral des inslniclions pour la bonne administration et tutelle des pays nouveaux.

Mais ces instructions étaient données en pure perte. L'Amiral n'avait ni troupes, ni colons, ni équipages, demandant à passer aux Indes. Malgré l'appAt de la solde royale cl les espérances de l'or, personne ne se présentait pour l'enrôlement.

Dans cette extrémité, g-râce aux préventions que les ennemis de l'Amiral avaient répandues, on fut réduit à chercher dans les prisons et les ^lëres des recrues pour Ilispahiola.

On peut juger de la force des préventions contre celte colonie, puisque les condamnés à mort, en y passant seulement deux ans, étaient graciés, et qu'une seule année de séjour y rachetait toutes les condamnations et les peines au*dessous du dernier supplice. Ainsi, tous les escrocs, les parjures, les faussaires, les

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voleurs pouvaient, en allant à leurs frais à Hispailiola, revenir en Castille pleinement réhabililés.

MalpTC les bienveillantes dispositions de la Reine, manifeslées dès le mois de juillet 1-496, pour une nouvelli^ entreprisfi de dt^couvertes, on était arrivé au mois de septembre 1497 sans que les bureaux de la marine à Sévîllc eussent assuré les moyens de celte expédition. Colomb venuit de passer un an entier à attendre, à solliciter le payement de la solde arriérée» duc à ces hommes, dont la plupart l'avaient desservi et calomnié, mais qu'il plaignait et qu'il protégeait par cela qu'ils avaient souffert. Les plus vîfs soucis de l'Amiral provenaient surtout de la situation où était laissée la colonie, qu'il pressentait tombée dans un état pire qu'on ne l'avait dit : ce qui était vrai.

Vers la fin de décembre, l'Amiral voyant l'impossibilité de vaincre la résistance passive des bureaux de Séville, au dire desquels on ne pouvait approvisionner les navires, à cause des prix excessifs que demandaient les marchands et du peu d'empressement qu'ils; montraient à se charger des fournitures, se fit autoriser à chercher des fournisseurs d'après la taxe et, à défaut de soumissionnaires, d'y pourvoir au mieux.

Ainsi, après dix-huit mois de patience, le grand Amiral de l'Océan, le Vice-Roi des Indes était réduit & courir lui-même les boutiques pour acheter des haricots, des fèves, du riz, du vin, du porc salé, des pois chiches, de l'huile, débattre le prix des denrées et s'assurer de la qualité des vivres. Ce rôle étrange et cette latigue, que son zèle pour le service de Dieu el des

&oiâ lui avait Ibit accepter, ne furenl pas ks moindres de ses sacrilices. t'a his(ono{*raphe royal parle ausâi de ces pt^îoes in^iprimabli^j». Toiit>?rois, maigri se& elTortâ, il ae pu(, avec la somme pruvi^oire qu'il avait reçue, armer que deux caravelles. Soa pressentiment de la pénurie où languissaient les colons 4*1115paSiolii le porta i les leur e^pt^dter sans retard. Elles pnrlireal au commencemeol de février l'i!)8.

U parali qu'en ce mamcnl Isabelle insista de nouveau pnur faire acccpler à Colomb, en apanage, ce petit rovaume particulier, df. douze cent cinquante lieues carrées, qu'on lui avait offert de créer dans l'île Espagnole. Christophe Colomb iiiaînlinl le généreux dévouement de son refus.

IT

Malgré l'appui de la Reine, l'Amiral dut employer les mois de mai-s, d'avril et une partie de mai à reunir lui-même les moyens d'entre prendre sa nouvelle expédition. Son activité pai-vint à déjouer l'inaclion calculée de l'Ordonnateur général el à surmonter les obstacles que lui suscitait la malveillance de ses bureaux; de (elle sorte qu'à la lin de mai, dans le porl de Sau-Lucar de Bairameda, on voyait six caravelles prêtes à appareiller. Mais ce succès exaspérait Juan de Fonseca cl ses créatures. Jusqu*alor.< l'Amiral n'avait été offonsé qu'iodireciemeni; on résolut d'essayer de l'injure violente et publique.

Un cerlaio juir.qui avait trouvé avantageux de recevoir le Uiplèiue, Jimeoû de Brîbiesca^ déjà devenu oCGcier p»yeur, voulant faire rapidement son chemin, , se dévoua à ce r61e.

Dans plusieurs circonstances, ce Jimeno s'élAÎI es- Myé à braver et offenser l'Amiral. Le jour de l'embarqueincnl, il te suivit $ur le poil en l'injuriant de ta manière la pius révoltante, il purail même qu'il osa, par romt)le de Dravade, le relancer sur son bord et l'y provoquer de ses outraireuses vocirératîons. On soit qu'au uioment de s'embarquer, Colomb se recomuiaudait plus spécialcmeol à Dieu et à la sainte Vierge, et se disposait à son cotreprise par des actes particuliers de pictt^. Son cœur eu cet instant surabondait d'cIFuftion chrétienne. Il se tro^^it donc tout prêt au pardon, par couR'quenl à supporter plus aisément l'injtire. Mais aujourd'hui l'outrage était si grief, sî odieux, que le vieux marin se rappela ce qu'il devait

son rau^: d'.Vinirat. L'itnpuûiié celle fois pouvait 'entraîner des conséquences désastreuses. L'otY»3Dse ■rail lieu sous les yeux de toute l'escadre, de la foule enconihrant les quais, des criminels, des bandits embarqués; ceux-ci allaient pi-eudre sa pulieuce |>our laiblesse et poltronnerie. Au moment du départ, il importait pcut-«Hre au salut des navires et au maintien de la discipline fondée sur le respect de Ia force, de prouver .>iur-le-cliamp que l'âge n'avait point anéanti la vigueur de l'Amiral et qu'il ne saurait pas moins faire lespectcr sa pvisonue qu'exécuter ses cominao» déments.

L'ex-juif qui s'acharnait nonlre lui ôlail l'éniissairâ de cette coterie de sycophanles qui avait toujours entravé ses cniroprises. Il ajoutait sa bassesse personnelle aux indignilôs de ses palroos L'excès de son impudence transporta l'Amiral d'une sainte colère. On le raillait, enhardi par sa mansuétude ; on le bafouait comme un vieillard impuissant et débile; il ressaisit soudain les Forces ilo sa jeunesse. Moius iist^ par ses soixante-deux hivei's que par quarante et un ans d'incessante navigation, le patriarche de l'Océan, grandi majestueusement d'indigiiation, fit un pas vers son insultcur, et levant la main rrémissanle l'abaititsursn face cfTrontôe. Le misérable tomba comme assommé. L'Amiral se borna simplement à châtier du pied c« vil aboyeiir, qui s'enfuit au milieu des huées, cachant sous ses feintes larmes te secret de sa joie ; car dès ce moment sa Cuilune était laite.

C'est à tort qu'on a voulu considérer le châtiment infligé à Jimeno par l'Amiral comme l'iodice d'un caractère emporté ; c'était tout simplement de la police de bord. Il ne céda ni à la vivacité ni À Tirritatiou de l'amour- propre. 11 fit ce qu'il avait à faire, suivant les mœurs des gens de mer de son époque et la nécessité du monit^nt.

La prudence la mieux réfléchie n'eûl pu préserver Colomb de l'écunil préparé sous ses pas avec une astuce infernale. S'il se bornait à faire chasser Jimeno par ses écuyers, il semblait se défier de ses forces, accuser sa vieillesse; celte modération le tuait moralemeal;U

perdi-ait son as^rendant p«rsoQnel sur l'escadi'e cL les malfaiteurs qu'elle iransportaii. C'est ce que voulaicDt ses ennemis. S'il répriniail lui-même l'iDsoleoce, o*eûL-îl dunné qu'une gourmade, il y avait matière sufûsanle à l'inculper de voles de fait, de violence corporelle, de rage et de brutalité. Par cela même, toutes les accusations du père Boil, de Pedro Btar^rit et du commissaire Juan Aguado sur sa violence et sa cruauté élaleni prouvées sans réplique.

Cet incident, quV'ait fait natlrc don Juan de Fonseca, (ut amplement commeolé â la Cour par ses soins et ceux de ses partisans. Puisque sur le sol m(>me de l'Espagne, dans un port des Rois catholiques, l'Amiral traitait ainsi un do leurs offîciers, que ne devait-il pas oser dans ces régions lointaines où sou autorité s'exer* ijait sans contrôle? Jinieno, l'infdme sbîre de Fonseca, devint l'objet de la corapassion el de rînlérét de la •^^our. On plaij^'nit, on consola l'insulteur; on rin<lemnisa de son désagrément. Kt l'offensé fui réprouvé par ropinioii publique.

Il n'était plus là pour se défendre. L'Amiral avait levé l'ancre, recevant pour adieux l'outrage, et emportant le pressentiment du blâme dont on l'accablei-ail abâCOL

qu*il pourrait découvrir, D'indéfinissables npercep» (ions ravissaient di'jà son cœur d'Apolre.

Ce n'était plus des îles que chcrchail Colomb ; il allaii maintenant inlcrrogcr les espaces inconnus de rOcéaa au midi et s'avançait résolument à la recherche d'iiu Continent nouveau, ijue son intuition pressentait devoir existai' sous une latitude plus avancée vers l'occident. D'après ses espérances, ce nouveau, voyage allait presque égaler l'importance de sa première découverte.

Très-préoccupé des besoins de la Colonie, étant arrivé à la hauteur de l'ile de Fer. il dirigea sur l'Es* pagnole trois navires, leur indiquant le plus court chemin. Ensuite, avec les troin autres ciuavelles, il mil le cap vers la zone torride f au nom de la Ti-ès- Sainte Trinité i.

Une attaque de f^outte, aggravée par la fièvre, vint lyoutcr à SCS fatigues. Mais, l'énergie de sa volonté dominant la douleur, il ne cessa pas de diriger en personne la navigation. Quand on eut dépassé l'Ile stérile de Belle-Vue, refuge des lépreux iiortugais, l'Amiral porta au sud-est. Onpuis le ^7 on n'avait pu ni observer les étoiles, ni prendre la hauteur, tant étaient épaisses les brumes.

Quand la flotiillc eut fait encore cent vingt lieues, le 13 juillet, le vent tomba tout à coup; les vagues s'aplanirent, les voiles pendaient llasques le long de^ mils; aucune brise n« ridait l'ardeut miroir des &xax qu'embrasait UQ soleil vertical. Les navires semblaient fixés par la quille Eur la face d'une mer d'argenl. Le calme

étoufTant de Pair, l'immobilité de l'Océan dont rimmeosiié n'oltrait qu'une teinie uniforme et brûlante, la sensation d'un calorique énervant avaient abaitu l'esprit des matelols. On se trouvait dans la région encore inconnue de& calmes, sur laquelle les conteurs de bord Taisaient tant de récits sinistres.

Le premier jour, un soleil que ne tempérait le voile d'aucune vapeur sembla torrélier l'espace. Tout bnV lait; le goudron se liquéliait. lleureuâcmcnt, le Icndemain d'épais nuages couvrirent le ciel; il tomba quelques ondées de pluie en laides gouttes. Cepcndaal U chaleur restait suiïocaute. Sous l'influence de cette ardeur, tes vivres s'altéraient rapidement; la con-uptloQ se mettait dans les salaisons. Le lard fondai. comme devant le feu. Le blé se ridait cl semblait se rùtir. Le bois des douves se desséchant, le vin et l'cao s'échappaieut des feules élai^ios. Hal^TÛ le péril, telle était celte asphyxiante chaleur, « qu'il n'y avait personne qui osât descendre sous le poat pour réparer les tonneaux et avoir soin des vivres >. Cette incandescence dura huit jours. L'absence du vent empêchait de s'y sousli'aire. L'Amiral s'adressa, comme toujours, à Celui qui l'avait secouru dans tant do périls.

c Pendant dix-sept jours, Dieu Kolre-Seigneur me donna un bon veut ■, dit-il. .Mais les provisiouscliiieut avai'iées et la plupart putréfiées. Les barriques de vin étaient vides. U ne restait plus qu'un seul baril d'eau danscbacun des trois navires. Ou allait périr de soif. La détrei;se dits équipages était aCTri^use. Au milittu des r-^us so/iibres appréhensioos, le 31 juillet à midi, u«

dortieslifiue de l'Aminl, étant monlé par hasard dan^ les huniers, vit poindre à l'ocrident iroi^ .snminels de monlH^iies qui semblaient unies A la nirimc base.

C'était la terre lanl souhaitée I

Elle paraissait é[oi{!;n4e d'enriroD (Quinze lieues, el par une prodigieuse sinfïnlarilé, à rclte disiance, présentait mystérieusement l'emblème de !a Trinité, dont TAmiral avait fait vœu de lui iuiposer le aoml

Les L'iranges circonstances de cette découverte» ces trois sommets paraissant sortit- de la même montagne, etrappeinnt d'une manière si préei!;^ le vfru de l'Amiral, ont Trappe les chroniqueur contempocaios et les lusloriogrnpht's royaux.

Aussitôt Colomb, cessant de cinjîlcrvers le nord, fit porter sur la terre qui lui était monti-ée, et la nomma la Tnixrré.

A Vhturede Complies, on trouva une crique entourée de leirains cultivés, p;irsem(^s d'habitations- La végctaliou esubf^raule et balsamique des alentours rappelait les vergers de Valence, au printemps. A son re^t, Colomb ne put y entrer; les ancres ne inordaienl pas sur le fond. R longea le rivacc au midi pendant cinq Ueues ; ayant alors rencontré un mouillage, il s'y arrêta. On remplit d'eau une barrique.

Le lendemain. 1" août 140H, les équipages descendirent à terre. Ils trouvèrent des empreintes de pas humains, des filets, des ustensiles de pfiche, mais

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irçurent personne. Suivant sa pieuse habitude, Colomb fit planter une Croix très-âLorée sur ce rivage, où il glorifia le nom de Jèsus-Christ.

L'Amiral remarqua, entre Itle de la Trinité et une terre voisine, un courant violent, accompaf^é d'un bruit jusque-là inconnu, tant il triait épouvantable. Il donna à ce dangereux passage' le nom de « bouulie du Serpent N.

ÂTanl de débonquer par celte redoutable c boiieh? du Serpent >, l'Amiral avait à sa gauche rcxtrémîLé supérieure du Delta de l'Orrnoque, fleuve immense qui se d^eharge dans l'AtlaDiique par sept grandes bouches et quarante issues, sur une i^lcndue d'environ cinquante lieues, qu'elles découpent en lies et en Uolâ de diverses grandeurs. Une végétation épaisse et nerveuse j étale sa confuse prodigalité. Au-dessus des mangiiers, dont les branchages baignent dans l'eau salée, du milieu des tamariuiers, des roseaux gigantesques et de^ fougères arborescentfiS, s'élèvent les anacardes, les palmiers À éventail, les cassias aux grappes dorées, entremêlés de lianes sarmcnieuses et de plantes frutescentes qui rendent leur profondeur impénétrable aux regards comme à la lumière.

Ce fut donc sur ces masses de sombre verdure, paraissant sortir des eaux et s'clevani par étages jusqu'à borner l'horiKoo, que sa porta d'nbord le regard de l'Amiral. It sentait quelque chose de nouveau , d'étrange et d'inexplicable sur la nature de ces Lieux;

car, loÎQ de donner un nom collectif à ces llols, il désigna celle contrée du nom de « Teire de Grâce i, Tierr* DE Cracu, parce que la grâce de Dieu l'y avait seule conduit.

Le premier point du Nouveau Continent qui Gsa nécessairement J'altenlion de Christoplie Colomb est compris enlie le cap Morro et le cap Medio, dans le Delta de rorénoque.

Les palmiers piriguaos au slîpe lisse, magnifiquement couronné de panaches; les bombax reliés entre eux par les fleurs d'or des bnnïsLères; les passiflores, les vauilles entremêlées de convolvulus cramoisis ; les panchupans aux innombrables bouquets de fleurs blanches, surtout les cierges, les raquettes, les caciiers cylindriques donnaient au sol une physionomie Irancliée, prolou dé nient dibtincle de la flure des îles. Des bouquets de nopalées (brmidablcs, des végétaux ai^s, Â feuilles sagittées, les teintes d'un vert sombre, le ton presque brun des nervures, la force lipncusc des moindres planltis, te bleu du ciel plus luncé, indiquaient des conditions nouvelles d'existence. A la masse de celle vêgétalion colossale, â quelque chose d'immense el de puissant qui pénétrait son intuition, le Révélateur du Globe semait qu'il n'était plus sous l'action prédominante de l'humidité saline ; que l'influence des mers cédait ici â l'abondance de l'eau douce, dt qu'il voyait enfin la Terre Ferme.

Comme celte perspective d'uniforme verdure ne lui

offrait aucun point de reconoaissmice, il co chercha d'un autre c6té. Après avoir couru bien des bordées, il aperçut la crôte d'un promonloire qu'il crul une conlinualioD de la terra de Gracia, ce qui triait exact. Il ûL puiser de l'eau dans la mer: elle se trouva si douce qu'elle parut bonne à boire. Va courant Irèsfort le poussait vors l'csl-nord-cst. Plus on avançait, plus on trouvait l'eau douce cl agréable À boire.

Dès qu'on aperçut des terrains déboisi^s cl mis en culture, l'Amiral lit descendre Pierre de Terrero? avec un détachement. Oo trouva des sentiers frayés, du feu, du poisson et une maison sans toiture. On aperçut une multitude de singes; mats aucun habitant ne se monti'u. Les Indiens acquéraient une telle supériorité dans la portée de la vue, la faculté de l'ouîe, la subtilité de l'odorat, qu'ils apercevaient les étrangers avant d'en ôli-c vus, entendaient leurs pas, reconnaissaieot leurs traces, et ainsi se dérobaient h leur rencontre ; c'est pourquoi, h la terre de Gracia comme déjà dans t'ile de la Trinité, les Espagnols ne purent eo surprendre aucun.

Colomb ordonna de célébrer te Dimanche sur cette terre nouvelle. On éleva une grande Croix au point le plus exhaussé du rivage. L'Amiral fut représenté & cette au'timonie par le vertueux capitaine Pierre de Terreros, car l'état aigu de son ophihnlmie le forçait CD ce moment à rester enfermé dans sa cabine.

Lo premier Européen qui posa le pied sur le Nouveau Coûiinent fut donc Pierre de Terreros.

— roi —

Le lendemain lundi, 6 aoàt, l'Amiral Gt louvoyer pré* de la due et s'empara d'an peiîl canot monté pir cîii<I Indiens. Il leur donna des verroteries, des mof^ ceaux de sucre, des greloU, ce qui lescombla de joie, pais ordonna de les ramener à terre. Selon ses pi sions, les babilants. instruits du bon traiiement qu'avaient éprouvé leurs compatriotes, couvrirent bieolAt la (;rève. Tous voulaient venir aux caravelles. Us apportaient en présent : du pain, de l'eau pure, nne^ f^orle de vin, des boucliers, desarcs, même des flècfat empoisonnées. Us considéraient avec un étonnement indicible les Espagnols, les regard.iient inirif'usement, Uairaientavec une certaine sensualité leurs vèteinenlâ, leurs chaloupes el les bagatelles qu'ils leur donnaient. Ils trouvaient i ces étrangers une senteur agréable.

Le lendemain, à huit lieues de là, l'Amiral vit l« cap de r.Viguille, y trouva la campagne uiagnilique et la plage Irès-peuplée.

Mais ce n'était que par échappées qn'U pouvait gli«.ser un regard sur cette opulente contrée. Son ophthalmie l'empêchait de quitter sa cabine. Il interrogeait, et on lui rendait compte. C'est seulement par l'appréciation d'autmi qu'il essayait de juger. Ce lieu parut délicieux : il le nomma Us Jardins. Plusieurs Indiens vinrent le prier, de la part de leur Roi, de descendre à terre. La plupart paraient leur cou de plaipies d'or fie la grandeur d'un fer à cheval. Us paraisitaient tiers de cet ornement, et pourtant il n'y en eut pas un qui ne lecédâl volontiers pour une sonnette. Malgré son désir de vérilierlui-mâueces lieux, Colomb

dut V renonceri les nécessités pressantes de la coinaîe remplissaient son cœur d'inquiétude. Sa sauté épuisée par les veilles continues, ses yeux dans un éiat voisin de la cécité, lui faisaient sentir le besoin d'arriver à Uispa&iola, d'où il aurait envoyé son frère Ikirtljélemy continuer ses découvertes.

Christophe Colomb commanda de porter au couchaoL. On atteignit un golfe très-grand, qu'entnuraieni quatre autres golfes moindres, dans lequel se dcchargeaieol le Paria, le GuarapicJieJe Fantasima, le Cacao, leCaripe. L'eau était irés-duuce : a Je n'en ai jamais bu d(^ pareille, > disait TArairal. Il appela celle sorte de nier intérieure t le golfe des Perles », c'est le golfe de Paria. Il espérait trouver un détroit au nord de œs pai'ages, cai' on n'avait d'issue ni par le couchant ni par le midi. Mais on se vil enfermé de tous côtés par la terre. Le 11 aoilt, Colomb levant l'anrre, revint sur ses pas pour franchir le dangereux délroît. Les couraob l'y poussaient fortemeuU

Entre la pointe de la Triaité et la terre ferme se trouveal plusieurs lies qui ne laissent entre elles que des issues impraticables aux navires. .Mais entre la plus grande de ces Iles et le continent américain é'ouvre un passage large d'environ une lieue et demie, le seul par lequel on puisse déhouquer dans la mer Caraïbe. Toutefois, pendant les mois de juillet ci août, le débordement des grandi fleuves qui se décliai^ent

dans le golfe de Paria donne aux couranl.s d'caa douce une impulsion lerrible. Celle masse d'eau Auvialafl heurte les îles qui s'opposent k son issue ; H de la ulta entre les flots d'eau douce et les vagues salées résulte un choc bruyant, qui imite les bouilluonemcuts et I bruits des écueils.

Si, pour entrer dans le golfe de Paria, Colomb avaiteu besoin du secours de la Providence, son assistance ne lui fut pas moins nécessaire pour en sortir. L'Iiisloriographe royal Hcrrcra le reconuail. t Là^ le périt fut plus grand encore. »

Cii peu avaiil midi. Ir;s trois caravelles se trouvaieiiLJ près de la p.i&^. Un bouleversement affrctiK so voyait dans les flols. Faute de vent, les pilotes ne pouvanlj s'aider de leurs voiles, appréhendaient d'être jelés par la violence des courants sur les bas-Fonds cl brisés contre les rochers de l'un ou de l'aulre bord. L'Amiral avoua que s'ils parvenaient à se tirer de là ils poui raient bien dire qu'ils avaient àlïi délivrés de la bmich( du Dragon, i A cause de quoi ee nom lui demeura. k|

Profitant d'une brise de terre, Colomb fil avancel les caravelles. < A peine les vaisseaux étaient-ils entrés dans cette espèce de défilé terrible, que le vent tomba] entièrement, et ils manquaient à chaque instant d'Hrt précipités contre les rochers. > Le Révélateur du GIob( n'invoqua pas vainement son MalU^e. Au moment du plus grand danger, le secours invisible lui vint d'cnj Haut. Le vent se leva soudain avec force; l'eau douc< grossit SOS vagues comme dos collines. « Kulin Diei voulut que cette mâme eau douce, maîtrisant la saléû,

I Jetât les vaisseaux dehors. » Telle était l'assurance de l'Amiral, sa confiance dans « la miséricorde de sa Haute Majesté >, que, dans ce moment redoutable, il s'occupait tranquillement d'observations hvdrograjihiques. Habitué aux prodiges de l'assislance divine, il ne mentionne môme pasce secours merveilleux. Pendant ce sondage, les équipages étaient à peine revenus de IcurcoDStematioD.

Dès que ses trois caravelles eurent franchi l'écumantc i bouche du Dragon >, Colomb donna publiquement cours h sa gratitude. Il remercia iiaulenicnl le Seigneur de Tavoir soustrait aux périls de l'abîma.

Il fit poilcr au nord-ouest, et signala en Tace du cap * des trois Pics » les trois iles qu'il appela les Témoins^ par allusion aux trois événements miraculeux de ce troisième voyage, entrepris sous l'invocation de la Trinité. Ensuite, Inissant deux Iles plus éloignées, qu'il nomma en l'hoDoeur de la Sainte Vierge, l'une la Conception cl l'antre l'Assomption, il atteignit la Marguerite, véritable joyau de la nature, lie parée d'une verdure somptueuse, riche des dons du sol, des produit-^ de la mer et couverte d'habitations.

Séduit par ces aspects, l'Amiral aurait poursuivi sa ' navigation eu longeant la côte de Cuniana, dont l'horïzon éternellement pur oiïre à l'admiration de l'homme, dans Li constante sérénité des nuits, plusieurs constellations des deux mondes, et réunit sur la limite aérienne de l'ancien hémisiihèi-c les surprises du Ciel austral. De là, se découvrent, abaissés vers l'extrême horizon du nord, les astres familiers de l'Europe : le Chariot, la

Lyre, Arcturus, Sinus, Casaiopée, Unon, tandis que dans les champs de l'espace éclalcnt les étoiles lènithales de l'Aigle, du Serpentaire, le splendide Navire, laCûuronae, la magoifique Croix du Sud, et que m laissent soupçoaner au loin, comme une sublime v»* peur, les Nuées Magellantques.

Mais la corruption dimiouaii de jour en jour ce qui restait de vivres. La cécité presque complète de l'Amtral s'opposait rauinteaant à ses observations, ei il y nvoit péril pour la santé des équipages à prolonger celle reconnaissance du Nouveau Continent.

On mit décidément le cap sur l'Eilspagnolfl

Cette nature grandiose, la douceur de la température, la vivacité du ctel, le changement des coDSlel talions, la direction des rouranlf» l'abundancâ de l'eau douce au milieu de la mer, soulevaient ea soa esprit des masses de queslioos et d*id»^es.

A certains traits de physionomie cosmique, insaisissables pour tout autre ohservaleur, il a\'nit reconnu la grande division géograpliique du Globe et la parliâ opime de l'un des principaux continents. Par ses seules impressions qu'il n'aurait pu déCmir, il sentait que la partie de la Terre où il se trouvait alors était plu^ élevée que celle d'où il était parti. Il lui semblait avoir gravi le dos de la mer comme une montagne ; il assurait s'Alre approché de la partie la plus exhaussée du Monde.

Déji cette simple assertion dépassait, de toute U hauleur du génie, les enseignements de la science conlempoi-aine. Colomb était sur la voie d'une grande découverte cosmographique : le REKKieMENT équa- ToniAL.

Dans sa rapide relation aux Rois ratlioliques , l'Amiral dit clairement que l'on croit que la Terre est ronde; mais que, parce qu'il a vu, il coujecture que la Terre n'est point parrailemeot sphériquc; qu'elle a plutôt la forme d'une poire ttés-arrondie, dont la partie qui lient nu pédicule serait plus allongée, et que cette partie cooséquemment est plus rapprochéa'^ des c\en\. En effet, le renflement cquatorta) niesitra une IniiifitrdVnviron vin?t *^i un liilnirW-ires ou cinq

lieues de poste : c'est & peu pr6s cinq Tois la hauteur du moQt Blaûc. Celte partie du Globe plonge plus pt ofoudémeoi dans l'éther.

L'idée du renflement équatorial est si nette dans l'esprit de Colomb, qu'il délermioe le Irait gûodésiqiie de sa ïbrmation. U dit que celte élévation n'esL point produite par une saillie abrupte de la Terre dans cette contrée ; qu'elle n'est pas un accident brusque et pénible du sol ; mais qu'elle procède de fort loin, étant méoafs gée et amenée par une progression insensible. Ce qui est parfuitcment exact.

De la découverte du renflement équatorial, Colomb pousse plus avant encore dans la science. Il s'efforce de reconnaître le caractère historique de cette coniréo. Ce pays étant le plus rapproché des cieux, par conséquent nyani reçu le premier les rayons du soleil, TAniiral se demande si celte sublime élération, cette aménilé de température n'indiquent pas l'ancien séjour du premier homme, le {taradis lem^slre.

En voyant une telle masse d'eau produite par un fleuve, Colomb induit que si ce fleuve ne descend pas du paradis terrestre, il a nécessairement un cours trèslong; dés lors, il doit provenir d'une terre immen.'^e, située au midi, et sur laquelle on n'a pas eu jusqu'à présent de renscigneineuls.

Ainsi qu'à la qualité de l'eau de la mer il avait reconnu l'immensité du fleuve qu'il ne voyait pas, par la puissance du fleuve il :ivail jugé de son parcours; par le parcours, de l'étendue de la terre; et par cette

^tcadiie. il avait apprécié le caractère géographique du sol. Ce ne pouTaîl, dès lors. Être une Ile : c'était un Continenll

Nous disons plus : Ce jour-là, elà dater de ce momenlmèmo, le flévc-lateur du Globe seotit qu'il avait louché une terre dont l'Europe n'avait jamais eu encore aucune notion. Donc, il ne croyait plus être en Asie, mais sur un ConLinenltout à fait inconou jusqu'alors.

Colomb venait de signaler le Nouveau Monde.

Ainsi qu'à la qualité de l'eau il avait deviné le caractère de la terre, au mouvemenl des nois il avait deviné une des lois générales du Globe : le grand fleuve de l'Océan ou counAirr ÉQUATOniAL.

Il affirmait que les eaux de la mer se meuvent comme les Cieux, d'orient en occident; ce qui est l'opposé du mouvemenl de la Terre, d'occident en orient. Il aflirmail aussi que dans ce parage méridional la marche du fleuve pélagique était accélérée, il attri* huait & ce rapide mouvement la dislocation de IMle de la Trinité, qui faisait autrefois partie du Contineot, et l'étal actuel de nombreuses lies toutes orientées dans le même sens, uniformément élargies du courlianl au levant, étroites au contraire du nord au sud et du nord au sud-est, que l'on reconnaissait avoir été rongées par la violence du courant pélagique.

Durant ce voyage où l'Amiral vient de découvrir tanl de choses en dix-huit joui-s, son rnisunncnicnt se montre encore supérieur à ses découvertes

Ce qu'il embrasse du regard n'esl rien quand on \» compare niix aperçus de son intuition. Cel homme, accaliIédesoiilTraoccs, presque aveugle, a tout vu, tout ob&ervé objeciivemcnt etsubjeciivemeat : ta Terre, ses productions, savcrdMre;rair,saqualit(^, SCS influences, sa température, sa fraîcheur. Ainsi donc, comme il le pensait avant son dôpatt, ce voyage entrepris au nom de la Très-Sainic Trinité n'était pas moins iroportanl que sa première expédition. Il revenait ayant Tait la paisible conquête de trois grandes vérités, de trois fait^ cosmogrnphiques à jamais utiles aux sciences :

L'existence du Nouveau Continent.

Le Renllcmcnt l^qualorial.

Le grand Courant Océanique.

La moindre de c«s trois découvertes eill assuré l'immortalité d'une Académie.

En sus de ces acquisitions au profil de Thumanité, dès lors le Hévélateur du Globe possédait une certitude scicnlifiquo qui ne s'appuyait encore d'aucuu témoignage, d'aucune observation, maij qui n'en était pas moins solidement établie en son esprit. Il savait, sans qu'on puisse dire commeol, que par del& cette grande terre, éI'où s'échappait ce Oeuve immiiise, se trouvai! encore rO<-ifan. Il le savait, ctr il rafiin.-'a.

A travers l'épreuve de la doitleur phj: ique, l'alleignaicnl dans les profondeurs de sn réflex'oi; des clartés soudaines, fécondées parla puissancjî de qu^ d^scendenl toute lumière et tout don parfait. Colomb tnirevoyail bienstuâ qu'il ne disait.

Mais di^jâ («lie ^tait l'importance de ce troisième Toya{;:e, qu'il ne restait plus de grande découverte possible. Le messager de la Croix ne laissait que I»iea peu à faire pour lesgéoéralions suivantes. Grâce à lui, le Monde entier étaii désormais ouvert à l'investi galion de rhonime.

Depuis trois siècles, personne n'a découver! dans les lois de la Nature rien de si large, de si profond, de si lumineux, de si fondamental pour la science. Depuis trois siècles, nul n'a rapporté d'aucun voyage autant d'acquisitions intellectuelles.

L'Amiral 8*oncnta tout droit sur Sainl-Domingue, Tille que don Barthélémy avait dû faire construire pendant son absence. Depuis son départ des Iles du Cap-Vert, dévoré par la lièvre, travaillé par la goulLe et atteint d'une ophthalmie des plus douloureuses, il n'avait éprouvé aucun relâche dans ses longues souffrances. Il arrivait pMe, amaigri, presque aveugle, aspirant de tous ses membres au repos du corps, au S0[umeil de l'esprit; et pourtant, l'ingralitude, le crime, qui, durant son absence, avaient mis l'ile en conflagration, n'allaient pas lui permettre une heure de quiétude et de calme réparateur.

pendant son absence, c'esi-i-dirc du 10 mars 1406 au SOaoùtU98.

L'Amiral, en quittant l'tle, avait promis aux colons l'envoi de prompts secours. Les trois caravelles amenées par Per Alonzo Niâo étaient à la vérité chaînées de vivres; mais tant h cause des connivences de la marine pour Icurfouroilure, que du peu de soin donné à leur conservation dans la traversée, la plus grande partie des approvisionnements fut perdue. Qua* torze mois s'étaient écoulés sans que les malheureux ha* bitanls de la colonie eussenlreçu aucune nouvelle de la Métropole. Ilssecroyai<ïnt oublii^s et accusaient TAmirai de leur abandon. Pendant ce temps, leurs vêtements, leurs ustensiles s'étaient usés. N'ayant parmi eux qu'un petit nombre d'ouvriers terrassiers ou charpentiers, ils ne pouvaient fabriquer les outils de nécessité première. L'humiliation s'ajoutait aux privations et à l'ennui. Les hidalgos frinj^ols et bravaches, les cadets venus pour ramasser de l'or, s'indignaient de se voir en haillons rapiécés de toute bigarrure, et réduits enfîn aux vêtements d'écorce d'arbre et de coton tis>é des insulaires. Leur irritation s'était convettie en haine. Dans tous leurs mécomptes, ilss'en prcnaienii l'Amiral, ce Génois hAbleur et dévot qui n'avait nul souci des noblesenfants de Caslille. Ils maudissaient les Rois ponr les avoir placés sous le gouvernement de c«l étranger. Attirés à Ilispaâiola par l'appât de l'or, leur espoir se trouvait complètement déçu, malgré la découverte des riclies mines d'Ibyna, tar l'Adelantado ne leur permettait pas d'y travailler.

Cette inlerdiciion de travail dans les mines, quand

l'Amiral mettait nne telle ardeur à les découvrir, mérile d'être expliquée. .

Christophe Colomb, voyant que les avides faméantf dont il fui suivi à son second voyage s'ctaietit rués sur l'Espagnole comme sur une proie, tyrnnnisnot les Indiens, dérobant leur peu d'or, violant toutes les lois du christianisme et de rhumanîté, eut horreur du concours qu'ils prêteraient à son œuvre. Il ne voulut pas que des mains impures vinssent souiller cet or qu'il allait offrir à Jésus-Christ, et par lequel il espérait délivrer, un jour, son tombeau. H souhaitait que les bras innocents seuls pussent extraire des entrailles du sol ce pur hommage de la foi. Ainsi que dans l'ancienne loi, pour la construction du Tabernacle el les omemenls du Grand-Pj-ètre, devaient être choisis des ouvriers animés de l'esprit de saijcssc, le Révélateur du Globe entendait que seuls de vrais chrétiens eussent le bonheur de coopérer à cet acte de piété catholique, n n'accorda de permis pour rexploilalion des mines qu'à ceux dont la régularité de mœurs serait attestée par les prêtres ou les religieux de la colonie.

Cette mesure irrita au plus prorond du cœur les haulains hidalgos, ravisseurs de femmes, tyrans des Indiens. Ils avaient espéré qu'en l'absence de l'Amiral, son frère l'Adelantado, moins scnipuleux, leur accorderait l'autorisation d'aller aux mines; maïs don Barthélémy exécutait strictement les instructions du Vice- Roi.

La déception s'a^ravail maintenant de la détresse;

et 1û mécoDtealemeDt s'ulcérait à miîsure que It» habits tombaient co lambeaux. La n6gli)>cnce parfaitomeol calculée des bureaux de la marine alleiguaii ainsi son but. Kmpécher le ravitaillement de l'Espagnole, c*élail amener ta révolte, en donnant à la force da nombre l'appui de la misère et du désespoir. On se flânait, en exaspérant l'orgueil casliltan, de rendre impossible le gouvememecit de l'AdelnnLado. Mais doB Barthélémy Colomb valait à moitié son frère. Partout où il portait sa présence, Tobéissance ne pouvait manquer. Aussi, malgré ta pénurie, le mauvais vouloir général, une forteresse avait été construite près des mines d*Hayna, et nommée Saint-Christophe. Une autre forLere.ssc plus vaste avait été élevée sur la rive droite de l'Ozama; on la nommait Saint-Domingue. Des maisons régulièrement alignées s'étaient groupées sous la protection de ses remparts et formaient uoe^ rilie devenue le siège du gouvernement.

Toute la partie de l'Ile visitée par les Espagnols pouvait être considérée comme soumise. Seul l'Etat de Xaragua, sur lequel régnait le grand Cacique Dehechio, s'attaquait ni ne reconnaissait l'autorité castillane. Depuis l'enlèvement du fier Caonabo, sa femme, U célèbre « fleur d'or I, Aaacoana, s'était retirée auprès de son frère Dehechio, sur lequel sa bonne grflce et si grande supériorité d'esprit lui donnaient de l'ascendant. On attribuait l'immobilité du Cacique aux influences de la Heine Auacoana, que ses inclinations élevées disposaient favorablement pour les Espagnols. Néanmoim;, don Barthélémy crut devoir ne p.i<: laisser

nn tel exemple d'indt^pendance devant les Caciques soanuK. L'Atlelaiilado marnhavers \amgua, sous i'appareûce d'une excursion topographique. Behechio, irès-susceplible dans son oi^ueil, au premier avis de celle visite, mil sur pied environ quarante mille hommes. Mais bientôt, d'après les conseils de sa sœur, La célèbre t fleur d'or », il rappela ses troupes.

La reine Anaconnn n'i^tiiil pas seulement le premier poêle de nie; elle eo formait encore la poc^sie la plus suave. Sa personne, sa vie, ses conceptions tenaient de l'enchantement. Elle était inspiratrice avant d'être inspirée. On lui devait des bnlladt^s et des ballets, des lioésies parlées et chantées, enrichies de pas choré- (;raphiques rehaussés d'une pantomime savante. Le crédit littéraire d'Anacoana rendait nationaux les areytos de son invention, el tous les souverains de l'Ile Be trouvaient tributaires de sa choré);; rapine.

Reine de la lan^e, du cérémonial, des jeux et des plaisirs, elle avait fait adopter Tétiquelte de sa cour, rais à la nicMle ses panires, ses meubles, ses fleurs pré- Pépées. Son palais repoi-g^eait d'ustensiles éli^panls, de coquettes frivolités, d'instruments fra^les, petits chefsd'œuxTC de l'art indigène. C'étaient des paniers tressés à jour, des calebasses ciselées ou peintes, des étoffes teintes de vives couleurs, dns sièges souples et légers, des hamacsaériens, de fabuleux éventails, des masques ornés d'or, des paruies en coquillages. Anacoana ne

recherchait pas moins le confort que l'élégance. Elle avait une sorte de service de lahio, des nappes fines de cotoo émaillées de fleurs, eldes espèces de serviettes en feuilles odorantes.

Temple de g:oùt toujours ouvert à l'inveniion, le palais d'Aoacoana, embaumé de senteurs, peuplé d'oiseaux familiers, déjeunes et folâtres vierges, résonnait fréquemment de sons harmonieux. L'influence d'Aaacoana sur tous les souverains, la prépondérance de ses idées prouvcnl dn reste qu'au milieu des ébauches littéraires, des ingénieux colifichets que palroniiail son f;oût inventif, il existait en elle des qualités h^uLes etsoiides. Chez c€s peuples, où le respect de la couiamc devient une religion, son désir des choses nouvelles, joint à sa réussite dans les nouveautés, indiquait une précision de coup d'œil,.yun facile maniement des esprits, preuve d'une supériorité non douteuse. Le gracieux génie de cette Reine la portait naturellement sur les voies de la civilisation. Sa fécondilé de conception paraîtra singulièrement hardie si l'on songe & soa isolemcDl d'intelligence.

Nous ne pouvons parler de celle femme, qui présentait l'individualité la plus remarquable d'Haïti, sans rendre justice à ses talents, à sa grandeur relative, aux svmpaihiesqui l'alLiraient vers ces étrangers, déjà devenus un snjet d'inquiétude et d'effroi pour le reste des selfaieurs derile. Au.*t$i le cruel calornniateurd'Anacoana, Oviedo, est-il forcé & cet aveu : t Au reste, elle était de frand esprit, cl savait être servie, révérée et cninte de ses gens. Après la mort de son frère et de son mari, elle

demcui-a obéis et vénérée autant ou plus qu'euzmëmcÂ. » Tous les écrivains reconuaisseotnvecledocle secrétaire du sénat de Venise. Giambaltisla Ramusîo, qu'elle joignait à lagrdce le génie, le charme cl l'auiorité.

Lorsque don Itarthélcmy fut arrivé dans le Xnragua, Behechio demanda dans quel but il ealraiL sur son territoire L'AdcIantado l'ayant assuré de ses inlenlious pacilîques, le Cacique expédia des coureurs & sa sœur pour lut annoncer la \'isite de l'AdelanUido.

A mesure que l'on approchait de la résidence royale, les influences de la meneilleuse Reine se faisaient sentir. Les Caciques des Étals que parcourait le cortège envoyaient abondamment des vivrfs et venaient eosuito présenter leurs hommages à l'hôte de leur souverain.

Enfin, quand on r^t près de l'agreste capitale de Xaragua, une foule timide et curieuse vint au-devaBl des Espagnols. Les employés et les officiers de la cour, dans le simple costume de leurs dignités, précédaient des gi-oupcs charmants déjeunes QUes, ranrchanl avec ordj'e, et servant de comparses à un cliœur de trente jeunes vierges ornées de fleurs, le front ceint d'une bandelette, les mains armées de palmes onduleuses qu'elles entrelaçaient en cadence, formant lour à tour des arcades, des gerbes et des faisceaux, suivant le rbyllime de l'areyto, que modulaient leurs danses au son de leurs voix. Sous les magnifiques ombrages de ces bois odorants, près du lac mystérieux de Xaragua, raméniic de cette nature et de ce poétique accueil sambiail réaliser pour les Espagnols les plus riantes

images mythologiques réveillées dans leur souvenir. SeuIcmCDl, le nombre des muses et des grâces étail dépassé; il semblait que les nymphes et les hamadr)-adeâ de ces lieux eocbaatés âusseDl voulu {grossir leur chorégraphie. En arrivant près de l'Adclantado. tour à lour chacune de ces Terpsichores, fléchissant derant lui le i;enou, déposait à ses pieds son rameau, en signe de g:loire et d'hommage.

A la suite de ces groupes séduisants, au centre d'un c^œiir de canéphores, apparaissant dans un massif de fleurs la Reine adorée, l'orgueil et l'amour de ces régions, l'illustre Anacnana, entourée de sa cour et portée sur les épaules de six gRniilshommes, dans un palanquin de verdure tout ouvert. La nonchalante digoilé de sa pose révélait sa noblesse; son regard, sa fascination; son geste faisait pressentir un doux assujettissement à son autorité. En elle se personniHaieDC la molle poésie et le vif éclat des Antilles. Sûre de sa puissance, l' enchanteresse, négligeant les attributs extérieurs de la souveraineté* ne portait, au lieu dti diadème royal, qu'une couronne de fleurs; pour collier, pour bracelets, pour brodequins, pour ceinture, elle c'avait que des Heurs. Sur la luisante ébëno de sa chevelure Iranchaieul de blanches Heurs entremêlées dV'glantiaes incarnat. Un tissu de fleurs ceignait ses reins. Son sceptre se formait d'une tige fleurie. U semblait que la fleur des Reines fût aussi la Reine des Qeurs. Néanmoins par-dessus ses grâces doniiiinil encore sa beauté; car, en exceptant sa belle-sœur Guanabattabûnecheua, vrai phéuoinènc de séduction.

sans pareille dans l'admiralion el ta mémoire des tiabilaoïsde l'ilc, avant ei depuis celle époque, aucime femme des Lropi(]ues ne Tut comparable à la Iteiae Anacoaua. Soa aspect ravit les E^pat^ol». la Tleine desctindit de sa lilière, ût à l'Adelanlado sa plus gracieuse révérence, lui oITrit une de ses fleurs et le conduisit à la demeure qu'on avait préparée.

Don ûarlhélemy passa deux jours chez Behechio, comblé de prévenances et d'honneurs, ayant eu des festins splendides, le spectacle des plus dramatiques areylos, et même d'une petite guerre à l'iodiuiine. Au milieu de ces distractions, dans un entretien amical, il amena fort adroitement le Cacique à l'idée de payer aux Rois Catltoliques un tribut de denrées alimentaires, en retour df leur proteclion.

L'Adelanlado partit émerveillé de ta noble Anacoana, «it laissant à sa cour l'impression la plus favorable ainsi que les dispositions les plus sincères envers les Cnsliltaus.

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Les efforts dn Franciscain Juao BcpgogDoo el da frèi-e Romiin Pane avaient eiitin abouti â la conversion d'une famille composée de seize personnes, dont le chef, appelé Guycavanù, fut baptisé sous le nom de Jean Mathieu. Le grand Cacique Giiarionex recevait hospitaliérement les missionnaires, les écoulait avec plaisir. H avait même appris "nus principaux dogmes, (avait le Pater et faisait réciter aux gens de sa maison

hCredo, lorsqu'unesortede faquio, DomméB:irahoua» qu'il accucillaîL clicz lui, le croyaut vrai gfeuUlhoitime, enleva sa femme la plus airaiie. Oulré contre le cliris- Uanismc à cause des chrélieos, Gnarîoncx repoussa dès lors celle religion qui ne savait pas cmpèclicr une Leile violation des plus saintes lois.

Les niisâionDoJres, perdant tout espoir, s'éloignèrent de sa résidence.

L'injure faîte au plus grand Cacique de l'île fut vivement ressentie par ses Caciques subalternes. Ils le pressèrent de déban-asscr le pays de ces ijrans élraapers, rnainleuaut qu'ils se trouvaient ùpars et maladifs. Guarioncx, peu rassuré sur le sort d'une lutte contre ces iiornme3 qui, outre leurs tranchantes épées, portaient avec eux la foudre, avaient pour allit^s des chevaux écumants et des ciiieosiianguiuaires, D'opinait point pour la guerre, Hlais ses ofliciers s'étaieal enfiammés d'une si patriotique ardeur, qu'ils lui laissèrent l'option de prendre les armes â l'instant, ou d'être considéré comme traître & son pays, iudi;,'Qe de son peuple et dépouillé de sa couronne. 11 subit donc la volonté de ses lâujets. Guarionex, & la lète de quinze millegucrricrs, s'en allait joindre secrètement d'autres troupes dans les bois des alentours de la Vejj:a, quand l'Adelant^ido, inrormé du complot, réunit à lu liâte les soldats valides, les convalescents, et, par une marche de nuit, vint le surprendre. Don Barthélémy réussit k s'emparer des Caciques auteurs du complot, et entre autres du malheureux Guariouex, qui en était le premier ennemi avant d'en devenir la première Ticlîma.

Les sujets de Gtiarioncx, qui maialenant se reprochai'?ot son sort, viorcoL supplier rAdelanlado de leur rendre leur RoL Cette demande ne pouvait être accueillie. Alors ils se réunirent ati nombre d'environ cinq mille et s'approchèrent de la demeure où étail détenu rinfoiluné monarque. Ils n'avaient pour armes que leurs géiriissemenls; ils passaient les nuits et les jours à hurler de douleur, couchés sur la leire. Ne pouvant le délivrer, ils lui prouvaient du moins leur aUaohcmeni par ces témoignages de désolation. Don Barthélémy, touché de leurs larmes et peut-être aussi fort importuné de leurs hurlements alTectucux, ne pouvant se résoudre à sévir contre une affliction si naturelle, ne voulant pas non plus punir de mort un vaincu si fatalement poussé au combat, pour charger soudain en ivresse la désolation de ce peuple, lui tendit son débonnaire monarque. Unissant la justice à la clémence, l'Adelanlado fit exécuter les deux Cariques instigateurs de b révolte, mettre eu liberté l'infortuné Guarioocx et en prison ce Oarahona qui l'avait ouirugé dans son honneur conjugal. Le châtiment infligé au libertin espagnol, exemple inquJélantpour le reste des faint-ants débauchés cl tyrans des Indiens, mit en fermentation la lie des colons. Ils conçurent une violente haine contre l'AdcUntado.

Peu de temps après, des messagers de Behei;hio vinrent annoncer que le tribut en vivres imposé à leur maître était prêt. Comme le transport par voie de terre eût été une corvée cent fois plus dure que le tribut mime, l'Adelanlado envoya, pour quérir ces npprovi-

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sîonocmcnts, une caravelle sur laquelle il s'embarqua, pensant mieux cimcntci' ainsi les bons rapports déjà élablis.

Don Barthélémy fui reçu avec le même cérérnooial qu'à sa première visite. Behechîo el t la fleur d'or i moDlrèrenl une vraie salisfaclion de le revoir. On l'accabla d'atlenlions, de caresses, de présents el dû fêtes.

Anaooana, curieuse d'iovenlionp, charmée de connaitie les merveilles étrangères, exprima le désir da voir la caravelle. Jamais encore elle n'avail aperçu de navire européen. Don Barthélémy ayant mis sa chaloupe aux ordres de la Reine, elle s'embarqua, suivis de ses femmes, avec l'Adelanlado.

Dès que la chaloupe approcha de la caravelle, l'ar* tUlerie lit le salut d'usage pour les souverains. Au bruil de la détonation, leslndiennes tombcrcnl comme mortes le long des bancs. Anacoana »' triait instinctivemenl jetée contre la poitrine de l'Adelantado, qui l'y serra dans un sentiment d'affectueuse protection. Rassurée par cette étreinte, Anacoana se remit aussitôt et rit de sa frayeur.

Lorsque l'Adelantado fît ses adieux au Cacique, Anai:uana montra un vif rcj^'ot de Sun départ, s'efforça de le retenir et ne le laissa partir qu'en ayant sa promesse de revenir â Xaragua.

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Sachant l'animosîié desbureaux conire l'Amiral, Ro!- (ian rêvail de Je supplanter dans le goiivcrnemotil des Indes. Déjà il s'éUiiL scciùLemenl piociirù dus clii!vau\, désarmes et formé des pni-tisaos. rrofiiaQtdei'ubâeace de CAdelautado, et prenant pour complice un autre infîrat, Dirgo de Eswbar, personne] Icmenl oblipi^ de l'Amiral, il insurgea la garuîsou du l'otL lu .Madeleine, puis, au cri de Vivent les Rolsl assaillit à main armée l'arsenal, pilla les m:ig-n5in$ publics, lu fcrnic royale, ei voulut contraindre les colons paisibles â grossir sa bande. Les travaux furent interrompus. Le dc-sordre se propage;). La violeace porta le troublt; dans lotile l'Ile. Seuls les vieux capitaines Garcia de Carrantes el Miquel Ballester restèrent fidèles au devoir. Les rebelles se fi-adinnnèrenl en quatre bandes aux ordres de Roldan.

En débarquant, Colomb, malade et à demi aveugle, trouvait le gouvernement sans trésor, sans troupes, sans police, sans force cxéciiltve, en un mot sans moyens d'administralioa. Môme les deux capitaines fidèles coromencaieut â douter de leurs hommes, circonvenus par ceux de Roldan. Partout l'Amiral ne rencontrait que timidité ou insubordination, moqueries et parfois menaces.

Ail nioment où arrivait Colomb, tous demandaient h rentrer en Espagne. Pour débai rasser l'Ile de leur turbulence, l'Amiral mil i leur disposition cinq caravelles: mais it eut beau les faire attendre sur leurs ancres : aucun de ces m^ctcots ne songeait maintenant à s'embarquer. Les navires partirent sans eux, oraportaul, avec divers écbantillonit des produits du Nouveau

Monde, un rapport de l'Amiral qui eiposail sasîiua-' tion critique cl la manière dont on pouirail y rciné< dier. II demandait îiistammenL quelques religieux ds mérite, et surtout l'envoi d'un juge habile, déjà exerce i rendre la justice.

Après le départ des caravelles, maintes fois, par l'entremise d'Iionorables officiers de mer, des ncROcialioDs furent entamées avec le chef des révoltés, sans jamais: Hlmnlir, tanli^Laienl exorbitantes ses exigences. A la suite d'un long écliange de propositions invariablemenl blessantes pour sa dignité, renonçant aux intermédiaires, Colomb, à l'exemple du Bon Pastcurqui cherche la brebis éfraréc, vint au-devant de lloltlan avec deux canivelles dans le port d'Azua, quartier général du rcbolle. Ix)in d'tHre touché d'une bonté â laquelle il avait perdu tous droits, Tinsurgé mouta sur le navire de l'Amiral cl Ht haulaineracnt ses conililion? comme s'il traitait en vainqueur. Malgré l'énormilé de ses prétentions, l'Amiral y souscrivit par amour de !a paix. Il dut subir Tarropance et les dures volontés de son ancien domestique. Afin qu'aucune amertume ne lui fût épargnée, les complices de Roldan ai^fjravèrenL sps ronditions destipulations dérisoires, comble de Pimpudence et de l'insulte.

Le cœur se soulève au récit de ces outrages. La tristesse égale l'indignalion quand on voit le Révélaieur du Nouveau Monde, ce liéros chrétien, obligé de contester et de débattre avec de pareils misérables, réduit à accepter les conditions d'un serviteur atrocement iagrat, et menané dans son pouvoir et son existence

par des hidalgos dévergondés, des soldats enncrni? dr la discipline, ties ouvriei*â faiuéanls, des récltisiunnaires auxquels il avait procuré le facile moyen de devoir à eux-nièmes leur réliabilitalioo!

Par surcroît, Colomb, au Heu de l'cfficar-e appui qu'il atlâDdail des Rois, reçut une réponse écrite sous riDspirul-iun Iiuiueuse de don Juan de PoDsecu. Lvidcmmeal, son rapport si précis, si complet, n'avait poiDt convaincu les Souverains. Ainsi, la supériorité de ses vues, tant de prodiges accomplis, tous ses efforts pour ta pondeur et la gloire de l'klspagoe, son zèle à i-épaodre la Foi, ne pouvaient contre-balancer les dires d'hommes vils et pervers. H suffisait de l'accuser pour être accueilli.

Cette conviction dùsolante ne l'empôcha point de poursuivre son plan de réoi^anisaiioa.

Sarccs entrefaites, des bruits inquiétants arrivèrent du nord-ouest d'IIispaftiûla. Une révolte, (générale se préparait. Les Ciguayens, plus impatients du joug élrani^er que le reste des insulaires, venaient de se lever en armes.

Pendant que son frère était séparé de lui par des peuplades révoltas et Saint-Douiiugue sans luuyeu de défense, une nouvelle plus alarmante encore que cette insurrection parvint à Colomb du côté oppose de l'Ile.

Quatre caravelles avaient paru dans le porl de

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Yaqnîmo. Alonzo de Ojeda, aulrcroîs protégé de l'Ainlnil el mainlenanl créature de Juan de Fonseca, les coramundiiiL En violation des privilèges du vice-roi, il était allé à la cote de Paria, au golfe des Perles; il en rapportait de l'or cl des esclaves. Sa lémériuî lui inspira de s'emparer du pouvoir. Il offril aux Espa^^nols de les débun-asser de la tyrannie des Colomb. It umionçait que c«s étrangers, tombùs dans la disgi-âce du Roi et jusqu'ici uniquement soutenus par la Ftetoc, duot la santé dt-périssail à vue d'œil, n'avaient plus rieo â prétendre désormais, car son patron, don Juan de Ponscca, était le vrai maître des ludos. Il sa disait autorisé à prendre le gouvernement de l'ile el proposa aux rebelles de marcher immédiatement avec lui sur Saint- Domingue. U's anciens compaj^nons de Roldan, incapables de refuser une occasion do révolte, applaudirent à celte motion. Ojeda, ayiuiL réuni les plus audacieux des perturbateurs, voulut contraindre les colons paisibles h grossir son parti et attaqua brusquement pendant la nuit leurs hubitiitions.

Quand i1 reçut ces afUigeantcs nouvelles, l'Amiral se trouvait sans troupes disponibles. Aucun inuyen ne lui restait de faire face h tant de périls. Maintenant son unique ressource était peut-être le premier des dangers el assurément la dernière des humiliations : il ne lui restait qu'A se mettre sous la protection du ti-aîlre Holdan. Mais comment douter que, d&s leur entrevue, le Grand Juge et Ojeda, hommes également violents et ambitieux, ne se réunissent pour abattre le pouvoir légitime et s'y substituer? La défection s'était

déclarée parmi les subordonnés de l'Amiral. L'un après Tautre ils i'abandonnaieal dans celte accumulalloQ de dangers.

A cet abordage des ennemis du dehors venant réveiller la révolte assoupie et forlifier le soulfcvement indigène, l'Amiral reconnaissait la secrète inspiration des bureaux de Séville.

Se rappelant l'ingratitude de la cour, la constante malveillance du roi Ferdinand, voyant son autorité sans appui en Espace, sans respect dans l'Ile, sans force executive, sa vie et celle de ses frères incessamment menacées par des bandits liabitués à tous les crimes, sentant son isolement, le malheur des Indiens, que repoussaient du christianisme les excès des chrétiens impies, le Révélateur du Globe éprouva une grande satiété des hommes. Alors, humilicie jusqu'à l'amertume, chancclance sous le poids de tant d'alHiclions, celte grande âme, qui avait terrassé l'elTroi, maîtrisé l'épouvante, assoupli le péril, fut gagnéàj d'une tristesse mortelle.

Ce jour él;iit l'anniversaire de la naissance du Sau« Tcur, le 25 décembre 1409.

La vaillance de Colomb, jnsqne-là invaincue, défaillit tout à coup. Son esprit frémit d'horreur à l'image de l'assassinat qu'on lui destinait. L'instinct de conservalion survécut seul, et pour la première fois l'Amiral songea au salut de sa vie. Il résolut de se jel>.>r avec: îrèrei sur une caravelle pour fuir  travers l'OcéaD U

rftjre de ses ennemis. Mais, au milieu des plus sioistres appréheDsioQsdescsoniciers el des mortellcsnngoisses de soQ cœur, cetle Providence qui laol de Tois lui avait montré sa vîgilaace lulélaire viol personnellement à son secours. Dieu daigna parler à son serviteur éperdu. Une voix d'en Haut lui dil : < 0 liommo dn peu de foi, relève-toi! Que crains-tu? N'e suis-je pas là? Prends courage, ne t'abandonne pas à la tristesse et à la crainle ; je pounoirai h tout. >

En cflel, suivaDt celle mysléricuse annonce, les choses changèrent aussitôt de face, sans elTorL el même sans JDitialive de sa part.

Avant la fin du jour, on apprit la découverte de mines d'or immenses. Roldan, loin de vouloir partager le pouvoir d'Ojeda, ne songea qu'à repousser de Tlle ce dangereux rival. La lutte fut vive entre ces deux adversaires, di(;nes l'un de l'autre par l'audace, In nisn, la force physique. .Apre» une série d'incidents dramatiques, le Gi'aad Juge contraignit l'agent des bureaux à se rembarquer.

Boldaa résolut de souleair désormais franchement rauLorilé de l'Amiral, d'où la sienne lirait sa force.

Dès qu'ils ^-irenl le Grand Juge assurer l'exécution des volontés de l'Amiral et travailler au rétablissement de t'onlre, sesauciens complices le prirent ardemment ea haine. L'ayant déclaré ti'allre, ils résolurent de lui crever les yeux avant de le tuer el de mettre à mon l'Amiral.

Instruit do leur projet, Roldau les suivait à la piste

sans qu'ils s'en doutassent. Puis, Hiiranl «ne nuit où les prinripnui conspinileiirs s'étaient rendus au lieu de la convocation, qu'ilscroyaiententlèrcmenl secrète, le Grand Jufje, homme hardi, i-obustR, Tort habile aux aiTnes, arrivant soudain avec s<^pl domestiques el trois soldais résolus, fondit à l'improvislc sur ce conciliabuleelsVnipîiradespriocipaiix. conjurés, qu'il emincua enchaînés à la cit;i'Jelle de Saint-Domingue.

La promptitude du châUment, l'inflexibilllé du Grand Juge, sa déférence empressée aux muindrf^s désirs du Vice-Roi, înlimidèrent les rebelles; ils prirent la fuite. Les hommes bien inlcnlîonnés se senlirent rassurés, el les indigènes reulcèrent tous sous l'obéissance de laC;islille. Ils recommencèrenl à payer tes tributs. Les colons paisibles purent entreprendre les gmnds travaux de culture auxquels les encourapeait rAmiral. On muliipliaii les plnnlatîons ; les troupeaux s'accroissaicnl. La tranquillité régnait dans toute l'Ile, et un seul E!i.pagQol pouvait avec sécurité la travei'ser, même sans armes. Déjà uo certain nombre d'Indiens i»mmcnçaient à vivre et à se vêtir à reuropécnnc. Ils dematidnicnt le baptême. Tout l'avenir de la colonie s'annonçait sous d'heureux prés.i£cs.

La capitale d'Hispnniob, création presque spontanée, pivnail une extension rapide. La ville de Saint- O'x niiigiie, consimiie sur le plan de Christoplie Colomb, durant son absence, par don iïartbélemy, témoignait d'un raeiTeilIcux talent d'ingénieur el d'architecte. Le site était admirablement choisi, D'un abord et d'une

défense égalemenl faciles, h l'abri de Li violence des TeDls,joiii$&-int d'ombrages dcHcieitx, alimealée d'une ean excellente, celle caiiilale offrait tes conditions de siîjour les plus favorables. La sûreté, la commodité, la salubrité, l'agrémenl, réunis, permcttaicol aux Européens de s'acclimater aisément.

Dans Fespril de son fondateur, Saiiil-Domingue, siège de la vice-royauté des Indes, devait élre le foyer de la propagande clirélicnne dans le Nouveau Monde. Aussi esl-t'c là qu'il avait ordonné d'éliiblir une faculté de théolo<rie pour les prèlreb destinés à évangéliserles peuples idolâtres.

Sous l'impulsion du Tice-Roi des Indes, Tagrlculture, mise en honnnur. se développait progressivement. De jour en jour de nouvelles plantations s'étendaient sur des ten'ains jusque-là veL-doyants, mais iniproduc tifs.

En même temps, Colomb faisailMlir dans la plaine qu'il avait dédiéi: à l'Immaculée Conception une vaste forteresse qui allait bieniftt devenir l'origine d'une ville épiscopalc. 1j prosprriic montait â son comble; l'abondance des gisements aurifères randail la richesse chose commune à llispaùiola.

L'Amiral s'était assuré qira\'ant trois ans les seuls droits royaux perçus dans l'Ile s'élèveraient, pour le moins, a soixante millions de produit annuel. En ciïcl, cinq ans après, ils dépassaient cent millions.

Maii5 déjà, par l'influence des bureaux de Séville, en

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ce moment même s'était préparé un événement qui allait changer la deslinée dos Indiens, détruire les

plus douces espérances de Christophe Colomb, éloigner de l'Évangile ces enfants des forêts el Uvi-er leur race au désespoir cl à la dcâtructioa.

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