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rendu à la Conrouae loute aaiinosilé marquée contre les Coloml). La malveillance du roi F''niinaiiH n'i'iail plus un mystèire. Le monarque enviait la célèhrilé du grnnil hominiï) jalousait le respert affuclueux qu'avait ooa(;u pour lui la Heine. Dès Pannêe 1496, il avail regretté le titre de Vice-Uoi donné à un dlranp;er. Dana ses lettres, il ne TappclaiL jariiais que t l'Antiml des Indes ». Les titres de Vire-Roi et de Gonvemenr perpétuel étaieni, avec inlcntion, passés sous silence.
La Douvelle découveitn de la Terre ferme et les pro fondes observations de Colomb sur ces régions ignorées avaient foii. salisfaiL la Elcinc. Quant à ferdinand, n ne trouvait point que les résultais de ces expéditions eussent jusqu'ici converties avances du Trésor et il ne voyait dans la personne de Colomb qu'une occasion de stérile dépense. Il prêtait com plaisamment Toreillo à ses accusateurs.
Les mécontenLs, revenus on renvoyés de l'île Espagnole, répandaient à Séville les calomnies que les courtisans de Itoldan avaient fabririuées contre Colomb.
Ces gens-là se plai^rnaîent de la misère où les avait réduits l'Amiral, après les avoir accablés de conécsot de mauvais traitements. Us lui allribuaieni leur maladie comme leur pauvreté. Us l'accusaient de vouloir faire mourir tous les vrais hidalgos, afîn que, n'ayant plus sous ses ordres que des gens sans aveu, il lui devint facile de les insurger contre les Rois et de se déclarer souverain indépendant. Également on l'accusait d'avoir empêché les prêtres et les religieux de donner le baptême aux Indiens qu'ib en jugeaient dignes, parce qn'îl «imait mieux pouvoir les faire esclaves que chrétiens.
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Ces aocusnlioQs élaieal si graves, tellemcnl opposées au caractère de l'Amiral, qu'elles se condamnaieni par leur cxagéralioD même, bailleurs, aucune de ces odieuses imputations nYlait appuyée de signatures cooaues. La Reine u'y prêta pas uoe biea grande allention. tout d'aLord.
Mnis, s\ l'Amiral avait adressi^ un rapport circoostancié sur la n^bcllion de Koidan, celui-ci nvnil aussi fait passer des mémoires à ses amis de Séville. Tous les actes de l'administraLion de Colomb y étaient fort habilement dénaturés. Au surplus, même en faisant largement la pari de l'animosilé et de l'exagération, la gravité du la situation n'en demeurait pas moins établie. L'Amiral l'aTouait, en demandant l'envoi d'un juge. 11 devenait donc nécessaire, pour remédier i cette situation, de nommer un magistrat éclairé qui, selon ia demande de l'Amiral lui-mèuie, imit rendre la justice dans l'Ile, et qui devrait commencer par infor^ mer contre les rebelles.
Ce fut A ce parti si sage que 8*aiTéta la Reine.
Malheureusement, au lieu d'un jurisconsulte qu'avait demandé l'Amiral, le roi Ferdinand choisit pour m^igis* trat un homme d'épée : le commandeur François de Bobadilla, qui jouissait de l'estime de Fonscca et d'un gi'and crédit à la Cour.
Tous tes écrÎTains ont, A tort, aflirmè que ce qui perdit Colomb auprès de la Keine, ce fut l'arrivée de deux caravelles ramenant d'Ilispaiïiola les mécontents, accompagnés d'un chai^ement d'esclaves. C'est l&une des nombreuses erreurs provenant de la façon super
ficielle avec laquelle on a toujours Iraïté Ttiisloire da l'Inventeur du Nouveau Monde,
Les mesure^; prises coniro Colomb élaieut h la date des 31 mars, 21 et 2f> mai 1499, tandis que Tarrivée des deux caravelles charriées d'esclaves n'eut Heu qu'en décembre de la môme année.
Ce ne ftil doue pas l'envoi de celte cargaison bumnmc qui put motiver les dispositions coocerlées conti'e l'Amiral plus de six mois aiiparavant.
Ce qui perdit Colomb; ce fut le voyage de la Reine àSéville.
A Séville, tous les fonctionnaires supérieurs de la marine et des colonies, appuyés de la bureaucratie entière, n'avaient qu'une voix contre l'Amiral dss Indes. A Sévillp, l'accusation contre Colomb était si compacte, l'opinion publique si fort prononcée, elle s'insinuait et circonvenait lellemenl ]iar tous les rapports et à loua les degrés de la hiérarchie adminisIrAtive,quela Reine elle-même (ïnilparccdcr au nombre.
La défection de son attachement fut le triomphe de Juan de Fonseca Colomb se trouva ron«)amné sans avoir été entendu et jugé sur la déposition de ses eooemis. Ils certiOaient que l'Amiral, se jouant de la liberté des Indiens, avait fait cadeau à chaque Castillan de quelques indigènes pour en battre monnaie en les vendant sur les marchés de l'Andalousie.
L'âme généreuse d'Isabelle fut révoltée à l'idée d'uo pareil dédain de l'humanité. La Reine s'écria, dit-on :
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I De quel droit l'Amiral des Indes dispose-t>il ainsi de mes sujels? Qui lui n permis de fnire des libéralilés de cette espèce? » Et aiisstlAL elle fit publier & Séville, à Grenade et ea d'autres cilês que, • sous peine de mort >. tous ceux qui avaient reçu des esclaves de l'Amiral eussent à les rendre, pour être renvoyés aux Indes.
On conçoit la juste indi(;naUon dft la Reine à l'idée d'une pareille violation des droits les plus sacrés. Mais comment put-cllc admettre que l'AmiiTil s'en fàl rendu coupable, elle qui avait lu dans cette .^me héroïque?
Sans doute les suppôts de Juan de Fonseca poussèrent l'audace jusqu'à fabriquer dès preuves matérielles du crime dont ils accusaient Colomb.
Isabelle une fois entourée de ce réseau d'iTiimili^<), hypocritemeni dérobées à sa clairvoyance, la déchéance suivit de près la dèi^nccLion.
Dès lors, aucune des cboses qu'avait demandées l'Amiral ne lui est accordée. On refuse l'envoi de son ûls aîné don Diego, dont il réclamait le concours, et qiril voulait préparer au gouvernement qu'il devait exercer un jour, suivant les conventions signées au camp de Saoïa-Fé. Déjà on le regarde comme dépossédé de sa vice-royauté. Ou auuule, de fait} les U'ailés qui obligeaient envers lui la Caslille.
En violation des privilèges de l'Amiral, les Rois accordent une licence A Rodrigo de Bastidas pour faire des découvertes dans les Iodes occidentales. Quinze joui^ après, une autre licence d'expédition de décou-
Vers dix heures du matin, la caravelle fit son entrée dans le port. La plupart des roocLîonnaii'cs vinrent bientàt présenter leur hommage à Tenvoyé des Rois.
Le lendemain, escorté de sa suile^ le Commissaire royal, ayaut fait donner publiquement lecture de soa mandat, requit don Diego Colomb de lui remettre les prisonniers détenus dans la forteresse. Sur son refus, Bobadilla fît Jcbarquer les marins des deux caravelles et commencer l'assaut, tandis que la porte vermoulue éclatait sous le premier choc des assaillants.
De là il courut à une prbe non moins facile.
Le commandeur s'empara de la propre maison du Vice-Roi, pnt possession de tout son mobilier, cadeau personnel de la Reine. Il s'empara de sa vaisselle, de son linge, de ses chevaux, de ses armes, de ses vêtements, de ses perles, de ses pierreries, prit tout le numéraire, tout l'or en gangue et en lingots qu'il trouva, cela sans témoins, sans vérification, sans inventaire, fit disparaître des pépites d'or précieuses, deséchamitlons i-ares que l'Amiral avait mis en réserva pour les montrer aux Rois, des grains très-gros pareils h des Œufs d'oie ou de poule, et une chaîne d*or qui pesait jusqu'à vingt mares. Le« curiosités minéralogiqiies, les coquillages i-ares, les collections véjiéiales qu'il avait réunies ou formées dans ses voya^res, les figurines, les souvenirs religieux qui lui avaient été donnés devinrent la proie de cet ignorant cupide et brutal. Les remarques et notes de Colomb, les observations de sa sagacité, les aperceptions de son génie, ses cailuâ, ses dessins ses notes scientifiques, ioi
épaochemenu de sa piété, les plas intimes coDfîdpnces de ce cœur sublime, furent souillas par son ropard de sj'coplianle. Il confisqua comme une di^pouille légitime les secrets du génie et supprima des dossiers administralirs toutes les pièces qui eussent confondu les accusateurs de l'Amiral.
En môme temps, le nouveau gouverneur, pour inaugurer sa nouvelln administration par lui acte éclatant, fit publier Tautorisation accordée^ pour vingt ans, i tout faubiiaul de l'Ile d'exploiter les mines d'ûr.
Cependant un messager de don Bîftgo Colomb TÎnl surpreudre l'Ainiral au milieu des liolides forliflcations qu'il élevait à la Conception L'Amiral pensa d'abord que le commandeur, comme autrefois Juao d'Aguado, infatué de ses pouvoirs, les exagérait. Ne trouvant dans sa conscience rien qui moiivât une telle rigueur de la part des Jtois, il élait sur le point de croire que ce Dobadilla avait fabriqué ces titres pour en imposer aux crédules et recommencer les troubles si péniblement apaisés. Il luiécrivit néanmoins pourle féliciter sur son arrivée dans l'Ile et l'engager à ne pa.s prendre des mesures importantes avantd'avnirétudiéleslocalités Mais aucune réponse ne fut faite à cette lettre. Le commandeur s'en tint au silence du dédain pour un rival abattu. £q revanche, il adressa des gracieusetés h l'ancien rebelle Roldau et lui envoya un brevet qui le confirmait danssa chai'gede Grand Juge. Plusieurs de ses anciens
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complices reçurent aussi des emplois, au moyen des brevets qu'avaient signés en blanc les Souverains.
Cependant, bien qu'il se fût emparé en vi-ai corsaire de la demeure du Vice-Roi, le commandeur n'était pas complètement rassuré. L'Amiral avait avec lui des ofliciers dévoues. Il exerçait un gr.ini) a^icendant sur les Caciques. Sou Trère l'Adelanlado rô trouvait dans le Xnragua, connmnndanl uoetroupc fîdéle. Comme, en vertu de ses traités avec la Castïlle, Christophe Colomb était Vice-Roi et Gouverneur perpétuel des Indes, aucun ordre ne pouvait anéantir ses privilèges. Equi* lablement il avait le droit de se maintenir par les armes. Le nouveau gouverneur, ciaignant donc que l'Amiral ne repoussUt avec son épée le mandat signé par l'ingratitude de Ferdinand et Terreur d'Isabelle, jugea prudent d'employer des voies de persuasion el de douceur.
On savait la piété de Colomb el son affection poar Tordre de Saint-François; le commandeur pensa que le meilleur intermédiaire dans celte alTaire serait un Franciscain. En conséquence, le 7 septembre, il pria le Père Juan de Trasicra d'aller trouver l'Amiral, de lui apprendre sa disgrâce et de lui montrer la lettre de créance remise au nouveau gouverneur par les Souverains. Le Père Franciscain ne put se refuser  celte triste commission. Il raconta au Vice-Roi ce qui s'était passé. Pour le convaincre de la réalité d^ ces faits, il mil sous ses yeux la lollrc de ciV-ance, dont le laconisme terrible traucbait toute incertitude.
Au premier ÎQStani, Colomb fut pris de tristesse el rougît de honte pour les Bois. Mais, s'ils étouiïaieDtla reconnaissance et faussaient leur parole, lui respectait son serment. Il résolut de ne point rompre l'obéissance et de donner chrétieanemeDi l'exemple de U soumission à rauioiilé, même injuste. Seulement son cœur pémissait, car celte Isabelle, toujours si grande, si généreuse el si pure, s'était laissé surprendre par les ennemis de sa gloire. Il en souffrait pour elle biea plus que pour lui,
Colomb prit la roule de Saint-Domingue à cheval, sans escorte, presque sans domestiques, n'ayant pour ceinturon que son cordon de Saînt-Fraoçois et pour arme que son bréviaire. Ce fui ainsi, entre la prière, la poésie des psaumes et la contemplation de la nature équinoxialc, que le disciple de la Croix, pleinement résigné à la volonté divine, vint humbleraeol au-devant de son ennemi.
Dès que Bobadilla fut averti de son approche, 11 fit saisir el garrotter le frère de l'Amiral, don Diego, que l'on enferma dans une des caravelles, les ferii aux pieds.
Peu après, le Vice-Roi étant arrivé pour saluer le nouveau gouverneur, celui-ci, refusant de le voir, commanda aussitôt DE u'a.rhP.ter rt de L'iNCARC^:nK&
DANS LA FORTERESSE, LES FERS AUX PIEDS. Colomb
n'opposa aucune résistance aux satellites et les suivit dans la prison.
Hais, quand il s'agit d'attacher des fers à ces pieds qui avaient conduit la GastîUe à la conquête du Nouveau
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Honde, tous les cœurs s'émurent d'iadign.ttion. Parmi les gardes du gouverneur, nul ne se senlit la force d'accomplir eel ordre exécrable. La douleur comprimée élouiïail toutes les voix ; ils se révoltaient secrèlnmenl contre leur dé^adanle obéissance, la sérénité de ce Uéros imposait un douloureux respect. Les chaînes, bien qu'apportées en sa présience, gisaif^nt sur les dalles du cachot, sans qu'aucun dcsasbistants osAl les soulever. Devant un lel outrage, les geôliers eux-mêmes reculaient comme à l'idée d'un sacrilège. L'ordre barbare du gouverneur ne pouvait donc s'exécuter, quand vint s'ofTrir gaiement pour ce forfait, non point un séide de Bobadilla, un Indien stupide ou haineux, mais un homme de la maison de l'Amiral, son propre cuisinier. Cet infirme s'iaDigea allègrement cette honte et, avec une impudente prestesse, riva les fers de son maître. LasCai^asIeeonnniss.iit; il se nommait Kspinosa.
L'Amiial ne connut pas la cause de ce traitement. Il était tenu au plus rigoureux secret. On ne permit & personne de levoirou de lui parler. Seulement bobadilla lui fit dire d'écrire h son frère l'AdelanUdo de revenir, sans sa troupe, à Sainl-I>oniingue. Colomb exhorta don Bartliélemy à exécuterdocilemenl les ordres donnés au nom des Rois. Comme toujours, plein de déférence aux désirs de son frère, l'Adctaulado se démit aussitôt de son commandement et prit la roule de Saint-Domingue. A peine y arrivail-il, qu'un l'arrêta et le mil aux (en dans une autre caravelle. En sorte que les trois frères M trouvaient isolés, sans nouvelles les uns des autres, releous au secret, dans le dénùmeni le plus absolu.
L*Aniiral n'avait que le l<ïger habit qu'il portait dans b chali^ur du jour au moment de soq arrestation; Bobftdilla s*élait emparé de tous ses vêleiiieats, même de soD pardessus < sayo >. Sur la pierre de sou cachot, avec ses douleurs de rlmmatisme, ses resseotimenlâ de goulle, il eut i souffrircruellemeat dufroid pendant la nuit, car il cUlL quasî-mi, < desnudo cncncrpo ». 'Sa clu^tive nourriture se composait d'aliments de rebut. Pour qu'un vieux marin habitué aux prix'uUons Be plaignit de sa ration de prisonnier, elle devait être bien nauséabonde.
Pendant qu'il subissait de * très-mauvais trait*taùats > sans savoir encore de quels crimes on l'accusait. Bobadilla ouvrit une enquête au sujet des troubles qui avaient éclaté dans l'Ile. Mais au lieu ilc saisir au corps, suivant les ordres de la Reine, ceux qui s'^toienL révoltés contre l'Auiiral et ses frères, ayant renversé le sens de ses instructions, il appela tous les rebelles, les factieux, b:5 criminels, >i venir déposer contre l'Amiral. La l'éuniou de ces hommes sans foi dissipa rinlérèt qu'a^Tiil excité remprisonnemcnt de Colomb. Tous ceux que sa clairvoyance avait troublés dans leurs rapinp^, leur conduite licencieuse, leur tyrannie contre les Indiens ou teui-s malversations commencèrent à formuler leurs plaintes. Il y cuL entre eux émulation de liaine, concours de dilTauialion. Le directeur de l'hôpital, Diego Oniz, se signala par son impudence. L'Amintl, dans sa sollicitude pour les malades, surveillait la qualité des vivres, des médicaments, l'emploi du matériel et des approvisionnements, faisait vériAer
la comptabilité; c*cst pourquoi Diego Orliï., non contCDi des placards injurieux aflîchés sur les rours de Saint-Domingue, se mit h lire en public les aigres élucubi-atious de sa ranrune.
Les paitisaas de Bobadilla faisaient éclater leur joie au-dessus de la prison de Colomb, allaient jouer du cor autour des caravelles où ses deux frères étaient enchaînés.
Tout le monde s'enlretenait de leurs farfaits, qu'eux seuls ignoraieut encore. Vraiment ils ne savaient point le motif de leur arrestation. On ne leur avait siçnitlé aucun acte. Le nouveau gouverneur avait défendu, sous peine de mort, de communiquer avec eux.
Quand il parut que l'enquête avait recueilli contre ce coupable les preuves de tous les genres de crime (hors la moiodre Taute contre la chasteté), Bobadilla résolut d'envoyer les trois prisonniers à don Juan de Fonseca. Pour assurer la stricte exécution de ses ordres, il choisit un jeune olDcicr, Alonzn de Vallcjo, arrivé avec lui d'ICspagnc, neveu de sou ami ûonzalo Gomez de Cervantes et protégé familier de Fonseca, dans la miiisoa duquel il avait grandi.
De sinistres appréhcn<;ions assif-gcaient l'e^prît de l'Amiral. Ce dédain de toute forme de jusiice, ce secret rigoureux, ce tr:iitemenl inhumain, étaient de fikheux augure. Il n'osait prévoir où s'arrêterait l'attentat commencé contre lui. El, loi-squc le silence de son obscure prison fut tout à coup troublé par un cliquetis d'aiines et des pas militaires, il ne douta point qu'on ne vjnl l'aSKUsiner ou le conduire à l'écliafiuid. En reconnais-
saotà la têle des soldats uo favori de Fonscca, le jeune Vallojo, qu'aiiirefois il avait vu à Scvillc, TAmiral crut que sa dernière heure était sonoée. Il lui dit tristement : t Vallejo, où meconduis-lu? > L'officier répondit : « Je coaduis Votre Sâigneuhe à bord de la Corda , qui va partir. > L'Amiral, doutant encore et crai^manL que par un reste d'humanité l'ofticier le trompât, ajouta : < Vallejo, ce que lu raedis là est-il véritable?» Vallejo, qui, mal^é ses protecteurs, était un vrai gentilhomme, répliqua : < Par la vie de Voire Seigneurie, Je jure que j<i la mène A la caravelle pour s'embarquer, t L'accent de franchise du miirin ra&sura l'Amiral. Il se sentit soulagé d'un poids énorme, car en ce moment sa paupière s'humcclail de trislcssc. Il redoutait d'être exécuté sans jugement comme il avait été incarcéré sans procédure, et de laisser après lui ses enfants ensevelis sous l'opprobre dont ses adversaires auraient accablé sa mémoire.
Colomb fut installé avec ses frères à bord de la Corda. Tous trois étaient chargés de fers.
Les volumineuses enqutlles ayant été confiées aux soins d'AIonzo de Vallejo, commandant, et d'Andrés Martin, maître de la caravelle, on leva l'ancre.
Bien qu'Alonzo de Vallejo, en sa douhie qualité de neveu de Gomez de Cervantes el de protégé de Juan de Fonseoa, possédât l'entière confiance du Commandeur, il était par son propre fond homme d'honneur, au dire de Las Casas, qui le connaisâait intimement et l'avouait pourumi. lotéricuremeul Vallejo souIVrait de
■voir dons les fers le maître des navigateurs, le vainqueur de LA HEB TÉ^ÉBIlEl;SE, donl la dig-iiiié douceet calme au milieu de UdI d'aflionls dêinenlait seule les imputalion^odietises soulevées contre sa gloire, depuis quelques scmaÎTios.
Le maître de ia Garda, le vieus marin Amlrés Martin, parUtgeaît en silence les symprithies du jeime capitaine. Aussi, dès qu'on eut perdu de vue le port, s'approchèrenl-ils respcctuetisomrnt de l'Amiral, le priant deleurpermellrede le débarrasser de ses fers. Colomb, grandi par l'injustice, épuré par la persécution, refusa cet Allégement à ses maux. Il ne voulut pas même à cette distancn, dans la lihertiS de l'Océan et sous la responsabilité du capitaine, paraître contrevenir aux ordres donnés par te mandataire des M>uvei'3ins. Malgré les souffrances qu'occasionnaient les chaînes à ses membres eodoloris, il les garda, ne reconnaissant qu'aux Rois, au nom desquels on l'en avait chargé» le pouvoir de l'en délivrer.
Le disriple de l'Évangile ne fit entendre aucune plainte, ne formula aucune proliif^Uilion contre l'indignilé de ce traitement. 11 se (ut, voulant donner l'exemple d'une chrétienne soumission à l'autorità légitime, même quand elle se trompe ou abuse. Mais 9on cœur so soula^^cn du moins, en écrivant à la vertueuse amie de In ttoinc, dofta Juana de la Tnrrc, qui avait nourri de son lait le lils d'Isabelle, l'iub''* don 4uan.
A l'exemple de leur capitaine, tous les ofliciers avaient comblé de respectueux égards l'Aniii-nl et ses frères. Par les soins dti ninllre de la Gotda, Aodrés Mai-tia, dès qu'on eut jeté l'ancre, un homme de confiance lui secrètement expédié à Gr*?nadR, qu'en ce moiuenl liabtiaient les Rois, porteur d'une lettre de Colomb pour lu nouiTÎce de t'Iufaut don Juau. La célérité de ce messag-er devança l'arrivée des dépèches et de la procédure envoyées par le commandeur liobadilla.
Dès que dofSa Juana de la Torrc eut communiqué à la Reine la lettre de Colomb, Tindigoîlion d'Isabelle ne fui surpassée que par sa douleur. Un courrier exlraordioaire, dépêché à l'instant même, porta l'ordre d'élargir sur-le-champ l'Amiral et ses frères. 1^ Heine écrivit à Colomb une lettre signée aussi par Ferdinand, dans laquelle ils déploraient cette offeose, dont ils disaient se sentir atteints dans sa personne. Ils redoublaient leurs expressions de haute estime, de dél'érence, l'invitaient à se rendre immédiatement à la Cour et donnaient l'ordre de lui compter det^x mille ducats d'or, alin qn'il pût réparer l'odieux dénûment dans lequel l'avait osé mettre fiobadilla.
Les faits articulés dans l'enquête étaient si incompatibles avec la nature élevée et toute chrétienne de Colomb, que cet érJinfaiidaçe de dénonciations, vertueusement repousse par la colère de la Heine, s'anéantit sous son regard. Il ne fut question de celte procédure el de ces procédés que pour annoncer la destitution cl le ch.llimL'Ut du [tohudilla
Le 17 décembre, Colomb, au milieu de ses frères.
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fut conduit à l'audicoce solennelle des souveraioâ, qui l'accueillirent avec les marques les plus satisfaisantes de leur bienveillance.
Peu de Jours après, la Reine appela en audience particulière Colomb pour avoir une explication complète sur la véritable situalion des Iodes.
Dans cette cuLrevue, Clirislophe Colomb se présenU Hul.
A l'aspect du Révélateur de la Création, la Heine, se rappelant Tlndignité du traitement qu'il avait subi en son nom. se sentit remuée au fond du cceur, et les larmes remplirent ses yeui. Quand le vénérable vicillaril sui'prit sous la paupière de sa Reine la marque de cette émotion, it essaya vainement de trouver un mol pour accuser ou se défendre. Cette âme aimante et virginale, en dépit dns années, par l'éternelle fratcheur de ses impressions, ne put rencontrer une parole. L'homme qui avait supporté inébranlable les coups de [ la fortune ne sut contenir plus longtemps les sentiments refoulés dans son sein; un sanglot ouvrit sa poitrine, et il laissa éclinpper le trésor de ses larmes. Colomb et Isabelle pleurèrent à la fois, sans proférer un mot. Ce fut après cette communauté d'attendrissement et le muel rolloquo de leurs âmes, que le Révélateur du Nouveau Monde confondit, en quelques paroles, le système entier de ses accusateurs.
Les larmes d'Isabelle furent un baume souverain pour le cœur du Héros. 1^ Reine Catliolique lui pro* mil de punir son outrage, de réparer toutes les injua-
tice3 et de le réintégrer dans ses fonclioDS. Cependantt àcause (lesardeates inimitiés soulevées contre lui, il convie ndrnit peut-être de ne pas Fexposer à de nouveaux embarras, en lui rendant immédiatement le gouvememeul de l'Espagnole.
Assurément, quand elle promettait de le réinléfn^v dans ses litres et ses fonctions, la Reine était véridique; mais raslucieux Ferdinand avait secrètement résolu d'enlever pour toujours à Colomb, outre la vice-royauté, le gouvernenienUvel des Iodes. Toutfut, dès ce moment, combiné vers ce but.
Le remplacement provisoire de l'Amiral an gouvernement des Indes étant chose arrêtée, le choix de la Reine fut adroitement dirigé sur un personnage bien VQ à la Cour, lié avec l'ordonnateur général de la marine, très-goûté du Roi, et dont les manières graves, réservées, assorties â la polites.se du langage, inspiraient naturellement de la considération. Il était commandeur de l..arez ei s'appelait don Nicolas de Ovando.
A ce remplaçant provisoire en apparence, mais définitif dans l'esprit du Uoi, un accorda l'appareil d'un cortège princier, avec une magnifique flotte de trentedeux voiles. l.'I-!vêque ordonnateur Juan deFonsc<:^a, par une activité inouïe, mit en moins de six mois les navires en état de prendre U mer. Le contrôleur de la marine, qui avait autrefois refusé à l'Amiral le passage gratuitj pour uu stiul domestique, ne faisait aucune diflicult
pour les dix gardes du corps â cheval et les douze gardes à pied du nouveau gouveincur, emmcnnnt avec lui des oHlciers de haut rang, eL inaa'IianL t;aLouré d'une telle pompe, que le Vîvc-Roi des Indes n'aurait pas osé en avoir la pendue.
Mais les di^fiances et les mlgaîres jalousies ne parvenaient pas aisément nu gnind nœur de Colomb. Pendant que se préparait l'armcmeat delà flotte, lui, dans 81 retraite, livré à l'étude, à la prière, des hauteurs de la contemplation, avait perdu de vue les intrigues de Cour et les mesquines a{^ÎUilions du monde. Une ambition plus hardie faisait palpiter son cœur. Ce n'élaît pas assez que d'avoir découvert le nouveau Continent, il lui reslait à recevoir le prix de ses travaux.
La gloire humaine était impuissante à les rémunérer. C'est de plus haut que le serviteur de Dieu alteadait sa récompense. Colomb espérait que, mettant le comble à ses faveurs, sa Haute Majesté daignerait lui résen'er ta délivrance du Saint Sépulcre, jusque-là refusée aux efforts des croisades.
Oo sait que tel avait été le vœu constant de Christophe Colomb. Depuis ce troisième voyage, par lequel TAmiral avait augmenlé d'une autre moitié l'espace de la Terre, if lui tardait de mettre à efîet ce projet héroïque. Tantôt chez ses amis les Franciscains de Grenade, tantôlabrité sous le piltoresquemonastèro dos
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Franciscains de Zubin, d*od le rc}:.-ml cmbmâsait à la fois l'élendue do la V('};:i, cetli' nn-TveilIe delà végétation européenne, et TAlliambra cl l'AIIwyn, ces prodiges de rarrliilectiire arabe, il vivait dans riruimitù de la Somme a.n^i'\\r]ne, In société des maitres en théologie, se nourrissait avec délices do^ saintes Écritures, aspirait dans les révélaiinns des prophètes et les élévatious des pMiluiislt'S le parl'imi ésolèrique du lexle, tentait de découvrir jusqu'au fond des images apocalyptiques quelques |)assa<;e8, rayons lumineux rju'il pensait devoir éclairer In question des Lieux Saints, attirer l'attcDtion des Mois catholiques et les porter à celte glorieuse entreprise.
Parfois, dans l'iuIervallR de sf*s recherclies. le Contemplateur du Verbe, êlccicisé par la poésie d'Israël et les tnagniliques hymnes de l'É^ilise romninÉ*, essayait aussi de rendre en vers les émotions de sa piété. Pocte par le sentiment, il l'élait encore par l'expression, même dans le langage de sa patrie adoplïve.
Ces slauces chrétiennes de Christophe Colomb se wnt malheureusement perdues. Leurs derniers vestiges te trouvent précisément jetés au hasard daus l'esquisse de son travail sur les prophéties. Sa poésie est grave et Mleunelle comme le [îi'niechréiien. On y sent le désenchantement du monde, les profondeurs de la foi, la logique des choses divines.
Sa pièce la plus étendue a pour sujet f les Fins de l'homme » Colomba développé, en six strophes c-oinroeoçaut cliacuue par un mot lutin, celte niuiine calho-
liqne ; t Memorare novUsima tua, et >um peccabis m ^œUmum > Ces six strophes sont empi-eîntes de la grandeur el de rinnciihilité de nos do^es. On y retrouve ce& impressions profondes, celte soif ardente du paradis, celle horreur du péché, qui sont si naturelles aux satnles Ames. Si dans une langue devenue tardivement la sienne, el qu'il ne bé^'ara que vers sa quai:ante-Deuviéme année, Colomb se montrait poêle, ' combien n*aurail-il pasrcvélê d'harmonies dans l'idiome de Daoïe Alighîeri et deTorquatoTasso, ce doux parler de son enfance?
Ce fait de l'inspiration politique survenue â Colomb d:ins sou inforluoe et sa vieillesse nous paniU digne de remarque. De grands génies et de grands saint: firent aussi des poésies vei*» leurs derniers ans. La jeunesse débute par le rhythmc ; ta vieillesse y revient coromeà un soulagement et àuneconsûlatiou. Mais ce retour & la poésie comme h la musique, reflet de l'éternelle jeunesse de l'âme, semble la l'écompeose (Te IMge qui a blanchi pratiquant la vertu. Pour ne rappeler ici qu'un exemple, peu avant sa moi-t le grand Bossnel se plaisait à traduire en vers français les Ptaunus de David. A deux siècles de distance, ces deux hommes sublimes éprouvaient le même besoin et cherchaieat i la même source le même allégement.
Pendant près de sept mois, Colomb compulsa l'I^ritnre et les auteurs ecclésiastiques, afin de réunir les divers textes et les interprétations qui s'adaptaient aux événeintïnts qu'il avait accomplis, ainsi que les passages applicables au Tombeau du Sauveur.
Ce qu'amiiilioTinait le tli.sciple du Verbe, c'était, en délivraot du jou^ des iuûdèles la terre des miracles, de réunir J^nisalcm h Rome, dedonnnr le Tombeau du Sauveur .m successeur du Prince des Apôtres. Ainsi la Palestine aurait appartenu au SninL-Sic^i^e, d'après le lieo naturel qui unit l'ancienne Jérusalem à la Jérusalem nouvelle, comme l'Ancienne Loi au Nouveau Testament. Les Lieux Saints auraient été ajoutés au domaine de saint Pierre, en apanage de son droit d'AIoesse Apostolique. La question des Lieux Saints» ce nœud gordien des intérêts religieux de l'avenir, aurait été déliée par l'or du Nouveau Monde ou tranchée par l'épée de son Ri^vélateur, et l'on u'eût pas vu des nations séparées de la Communion Romaine, des gouvememenis protestants et panthéistes veuir audacieusement se disputer, comme une part d'Iiérîtape paternel, des privilèges qui, par les drotls de l'antique possession, du maityre, de la chevalerie, appartiennent à la seule Église catholique, apostolique, romaine; et après elle, & la France sa Fille aînée.
Christophe Colomb calcula qu'avec le produit de ses droits de dîme et d'oclave il pourrait faire ceUa entreprise. Il combinait son budget de manière à lever en deux fois une armée de cent mille hommes d'infanterie et dix mille cavaliers. Au moment où le Héros chrétien se livrait k ce pieux calcul, il ne touchait pas sur ses revenus de quoi se procurer un manteau.
Lui qui avait donné à la Couronne des régions cent fois plus grandes que la Caslille ne possédait pas un coin de terre, un jaidin pour s'y promener, un toit
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pour abiiler sa tête. Il était réduit à «ne vie d'aubenço el soiiveot n'avait pas de quoi solder la note de l'iiûtelier. Non-seulement il ne trouvait point toujours de quoi « payer son écol », mais, chose autrement p«nible  sa cliarilé, il n'avait \ya& tnème une pclite pièce de monnaie pour donner à l'oiTrande quand il assistait aux oITices. Et c'est là ce qui lui était le plus sensible. C'est uniquement à celte occa5ioo qu'il se plaint de sa misère. Ne rien pouvoir offrir à Tl^lise el aux pauvres lui fait rc^rciter son dônôment. Colomb ne parle pas de cette gfinc, qui tend à eflacer l'éclat de son rang, à rabaisser ta dignité de ses titras. Pour lui, la pauvreté n'est surtout pénible que par cela quelle nuîLaux pauvres, qu'il ne peut plus souliiper.
La défaveur jetée sur la colonie empêchait l'Amiral d'obtenir des avances.
Sa g^ne, son manque de crédit pécuniaire et d'influence gotiverneineutalc, devenus noioirus en (lasiille, transpiraient môme à l'étranger. Une lettre du secrétaire de l'ambassa'de vénitienne en Espagne, dans laquelle Angclo Triviginno se vante d't'tre devenu « le grand ami i duColumb, montre à la fuis sa gène, son disa'édit el son inépuisable bonté.
Les grands, qui prennent pour boussole dans leurs relalions la faveur de la Cour, avaient abandonné le vieux marin. A l'exception des Franciscains, personne ne troublait la solitude du Vice-Roi disgracié. Allégé du fardeau de l'administration, il s'élevait plus librement à Dieu. Un sublime élan emportait plus fréquemment sou âme dans les liauLeurs in&cruuibles de la
Ayant trouvé le Nouveau Monde, il pensait que maîn- Icnant le premier terme de sa >iiission élant aceompli, il lui reslaitàelTecluer le tour du Globe et à racheter le Saint Si^jniUTe, afin qu'après avoir montré le sig-ne du Salut à des peuples jusqu'alors ignorés, ils pussent librcmcni apporter leurs adorations au tombeau du Sauveur. Il voulait, avant de mourir, leur en frayer la roule.
Un secret attrait venait s'ajouter encore à sa ferreur religieuse pour le pousser à cette navigation : c'était le bonheur de conlempicr des parties inconnues de la Terre. Les places de l'Sge n'avaient nullement rel'roîdi son juvénile enthousiasme de la iNalure. Colomb ne pouvait se lasser d'admirer la création et d'élever son flrae vers le Créateur. Aucun homme en ce monde n'avait parcouni une telle étendue de mers et de rivages. Plus il avait vu, plus large était sa notion des magniUccncos du Verbe, plus profonde était aussi la grandeur de ses impressions.
A teire, pendant son repos, dès que son génie cessait d'être aux prises avec l'inconnu et que sa pénétration n'avait plusà s'aiguiser poursurprendrequelque grande loi de notre univers, son esprit méditatif s'épandait dans une contemplation délicieuse Lorsque dans le silence de son isolement, entre les inicn-allcs de la prière, se recueillant en lui-même, Colomb s'abandonnait À la saveur du souvenir, il lui semblait écouter encore, au fond des lointains éclios de l'dme, les sonores harmonies de la poésie équatorialc ou les tréroissemcnls des souflles alises et les sévères accents des
mélodies pélagiques. D'un simple retour vers sa mémoire, il voyait dans sa fidèle crnpreinle apparaître, k la fois, depuis les brumeuses miîtancolics de l'Océan germanique cl les glaces des mers polaires» jusqu'aux splendeurs des Autillcs, aux niRgnincenccs de la flore équinoxialc. Les Iles Fortunées, les Âçores, l'archipel du Cap-Vert, les grandioses aspntris de la Terre ferme, la majesté de l'Orêooque, le golfe des Perles, le ciel éclaliinl de ta Trinité, les œnstellations australes, tout Ce qu'avaient aperçu ses yeux, tout ce qu'avaient deviné ses intuitions s'unissait à ce qu'il entrevoyait en espérance. L'immensité de ses investigations se déroulait entière, simultanément, dans sa vision comme un seul tableau. Et sa conception du Créateur .te déploj-anl sublime s'élevait en proportion de cet îneipriinuble infini. Comme Dieu avait daigné lui conserver, malgré ses années, ses fatigues, ses accablements d'esprit et de corps, toute la vivacité d'émotions ■de la jeunesse, Colomb le remerciait de cette bouté. 11 appréciait dignement ce bienfait de l'Ame, possession du génie clirétien que nul souverain ne pouvait suspendre ou détruire. I] lui semblait même, dans son humilité, qu'une si douce jouissance n'était pas due à un pécheur tel que lui ; car précisément les meilleurs chrétiens sont les moins satisfaits d'eux-mêmes, et il écrivait avec une édifiante candeur, en se rappelant \qs bontés de sa Haute Majesté : c J'entrai tout petit à la mer pour m'adnnnor à la navigation, et j'ai continué jusqu'à ce jour. Cette carrière porte qui la suit à vouloir pénétrer les secrets de ce monde... Quoique je sois un très-grand pêcheur, la compassion et la misé-
ricocdt'dp Nolre-Spïjrnoiir, que j'ai toujours implorées, couvrant mes fautes, m'ont tout à Fait comblé. J'ai IroiivA la plus suave cousoliitiou à nictlre mon bonheur dans ta contemplation du merveilleux aspect de son lEUvrc. »
Celle vaste contemplation doni, seul sur la terre, Colomb avnit alors le privili^ge, élnit en effet la plus grande jouissance de l'admirateur du Verbo divia. Cetle salisfaction pure n'est point un don fait indistinctement ii toute ccêaturc mortelle. Les natures grossières, charnelles, les insliocis cupides et matériels la conçoivent peu, et, malpré la perfe-ition des sens, ranimaliié ne la connaît pas. Les sereines voluptés d< la conlcmphttion semblent pnrtiriperde rinfmi : l'impie et l'incrédule ne l'ont point classée parmi leurs plaisii-5.
Chose prodigieusel au milieu des merveilles del'Alhambra, une illumination soudaine du génie de Colomb lui montrait à travers l'espace et l'inconnu comme uae imn^e de ce Globe, et lui indiquait, entre les deui grandes divisions du continent nouveau, un espace rétréci qui devait scnir de point de communication à ses grandes régiuns. Seulement, dans celle intuition mystérieuse, il prenait rislhrae pour un Détroit. Il parlait d'un Détroit de mer, tandis qu'il n'existait qu'un Détroit de leri-e, et montrait h Isabelle, sur la carte incomplète du Monde inexploré, le point où devait se trouver ce Détroit par lequel on pourrait se rendre pu Asie. Le d>'aionsi râleur de la Créatioa l'indiquait avec une précision étonnante :
L'historien des Iodes, Lopez de Gomai-a, rapporte qu'il cherchait un dûLroit pour passer de l'autre cdtë de la mer et couper la ligne équinoxîale. Herrera atteste qu'avant de parUr il avait annoncé qu'il reacontrerait le Détroit vers la hauteur du port El Retrete, près du Cap Nombre de Bios, parages lotalemeat inconnus et qu'il découvrit quelques mois plus Lard : Las Cas:is dit qu'il pensait que ce Détroit de^-ail être près de Nombre dé Dios, fienzooi aTfinne qu'il allait directement à la recherche de ce Dciroii. Washington Irving reconnaît qu'il le conjediirnit situé vere l'isthme du Darieo, En effet, l se trouve placé le LK-lroit de terre qui unit les ftraades régions du Nouveau Continent.
C'est l'isthme de Panama.
La Reine ayant approuvé ce dessein, dont U graudeur capiivail ses sympathies, Colomb demanda l'autorisation d'emmener avec lui son second fils Don Fernando, page d'Isabelle, heureusement doué, dont la sociéLé serait un adoucissement à sa continuelle séparation de la famille que lui imposait sn mission.
L'Amiral se rendit ensuite â Séville ponr donner ordre à sou voyage.
Les mauvaises dispositions du Roi lui étaient connuRs. De peur qn*en son absence on n'ajoutât aux violences déjà commises la spoliation ouverte, qu'on ne lui volât les titres et parchemins de ses privilèges, U les remit à ses fldèles amis les religieux, les laissant
en dépôt, par copie ou diiplicaia, dans leurs couvents.
Toul en se coafiant sans réserve à la Providence, il n'en prenait pas moins les précautions qne diclait la prudence humaine. Il engagea l'AdelaïUado à l'acrompagnerdans ce voyais de découverles. Le \'!ileuronx inaiin, détrompé sur la cour de Caslille, altuignant l'âge où le repos est une récompense, se moniraii peu dispose aux périls d'une entreprise de ce genre. Toutefois, en comptant les aimées do son frère, en reniarrpianl son allaibli^emunl physique, que l'énei'^^ie de sa volonté l'empêchait de sentir lui-mi^me, se rappelant dans quel éUil il était rf!venu de ses dt'Ux dernières t'xpIoralioDS, comprenant qu'il pourrait lui être indispensable, Don Barlhélcinysacrifia de nouveau à l'amour fralei-ncl ses goûts, son besoin de repos el sn résolution de ne plus servir un gouvernement si ingrat. Il consentit à s'embarquer.
Comme aux jours de sa poétique jeunesse, encore palpitant d'espérance el inébranlable de résoltilioDr Colomb s'allait remettre en mer. H partait non plus jwur servir un Roi dont l'ingratitude et les sourdes liosiilités ne lui étaient que irop connues, mais se sacrifiant d'avance à l'humanité tout entière. Les douceurs du repos an foyer de la famille qu'il n'avait pu goûter encore, son âge, ses douleurs, le i-essenliment d'une ancienne blessure, les souffrances qu'il avait endurées dans sa dernière exploration, n'eurent pas la puissance de le. rrlenir. Menacé par les ans, ii lui tardait d'avoir accompli ^on œuvre. Ce u'éLiit qu'au moyen de travaux encore plus prodigieux qu'il pensait
pouvoir romprelcs obstacles de laCour et arriver à sod but (lériiiilir, la dt'livraiicR du saioLTouibeau. Maiule- Dant la Tetre ferme étaiU découverle, il lut scmblail ^ue s'il parvenait â franchir le Di^lroii qui devait exister vei-s le milieu de ce nouveau Continent, rien De s'opposerait plus à sa circumnavigation, et qu'il reviendrait en Espagne par l'Asie et la cale Africaino Il comptait pour cette hardie exploration sur l'assislance providentielle ; etavec une apostolique ardeur, ik soixaole-sîx ans, le Rcvclalcur du Globe s'élanrnit vers t'îacoiiDu, dont il espérait, cette l'ois, soulever eutlèrcmenl If? voile.
avoir reaconlré le Détroit qui l'aurait conduit de l'Atlantique dans le Grand Océan, accomplir le Lour du Globe, en revenant par la mer d'Asie et la côle d'Afrique.
C'était la première tenlatlvo de circumnavigalïoa qui se fût produite sous le soleil, depuis qu'une voile sillonna l'Océan
Pour une expédition de ce genre, l'Amiral voulut choisir son monde, ses vivres, ses moyens de défense. Il donna aux bureaux de Séville la dimension de set navires. Le plus (^anil ne devait être que d'un porl de soixante-dix tonneaux, et le plus pclil de cinquante tonneaux.
H arbora son pavillon d'Amira! sur la caravelle de soixante-dix tonneaux, que l'on nomma la Capitane; la deuxième par le ran^^ s'appelaitle Sainl-Jacguesde Pahs ; la troisième était le GalicieH. La plus petite était nommée la Biscaîenne.
Sans compter les officiers de sa maison et quatre interprètes, l'Amiral allait emmener avec lui sur ces quatre petits bâtiments, cent cinquante hommes. Celait avec cette poignée de gens qu'il entreprcnoii lie faire le tour du Globe» de se défendre contre toute agression parmi les peuples inconnus, chez lesquels il serait peut-ôtre obligé de renouveler ses vivres, de réparer ses avaries. La nécessité de visiter toutes hs côtes, d'entrer dans toutes les baies et les golfes pour rechercher ce Détroit, l'obligeant à n'employnr que de petits navires, il avait voulu augmenter la lùixe de SCS nefs par le caractère dos marins qui les montaient.
La Cayitaae eut pour commandnnt le capïlaiae de pavillon de l'Amiral, Diego Tristan, vrai type d'oflii>ier de mer. Il avait sous ses oi'dres le premier lieu- U-'naul Juan Sancliuz; les pilotes Jarqucs Harlin Cabrera, Pierre d'Umbria, Martin de los ïteyes.
I L'équipage consistait en quatorze matelots de premier
[rang et vingt novices, un maître canonnîer, un maître armurier, un maîU-e cliai-pentier, un tonnelier, un tnailre calfat et quatre trompettes.
Le commandement du Saint-Jacques de Palos fut donné à François de Porr-as. A ciilà de c«t oiTicler aussi arrogant qu'incapable, le seul qui lui eût éti^ imposé^ TAuiiral plaça par compensation le secrétaire en chef de la flotte, un de ses anciens écuvers, Diego
[Mendez, qui était à la Tois marin consomme, soldat intri^pide, fervent chrétit»n et serviteur inviolable. L'ècuyer Diego Meadez gagna, durant cette campagne, le grade de capitaine de vaisseau, un blason, le titre
[de chevalier et une immortelle ln^c^lplion dans Vhistoire.
Quanl au Galicien, navire louid et défectueux dans sa mâture, il fui confi»^ au fidèle capitaine Pierre de
I^Torreros, le premier Européen qui mit le pied sur le Nouveau Continent, et il eut l'insigne honneur d'y représenter Colomb.
Pour monter la plus petite caravelle, la Biscaxenne^
[qui devait sonder les passages, entrer dans les
[criques, fouiller les rivages, et qui n'avait eu tout que viagL-ciuq hommes, olûcîers compris, l'Amiral, afin de compenser la faiblesse numérique de l'équipage
[pur la qualité, clioisit Uuil matelots de premier rang,
leur sdjoign.int douze novices, nDÎml^s d'émulation, parmi lesquels se trouvait un page nommé Cheulco. A cette troupe d'élite il donna, comme digne de la commander, un homme de mer d'un grand caractère, son noble compalriolc, fiarlhélemy Fiosi-Iii, i personnage doué de grandes pcrleclioQS ». Pour i-enforcer d'une ressource morale ce pelit navire, fort exposé a se trouver séparé de l'escadrilh*, il lui confia le seul prêtre qu'il f^ùt pu embarquer, un zélé Franciscain, le Père Alexandre.
Toul I« mtindc monta sur les raravelles ; mais oï ne put prendre aussitôt la mer, le venl soufflait du sud et clouait les navires dans In rnde de Cadix.
Pendant cette immobilité Torcée, une embarcation, que le vent contraire à la sortie avait poussée vivement sur la côte d'Europe, apprit que Ie3 Jhiaures venaient de bloquer la foilercsse porlugaise d'Arcilla, 8ur la côte du Maroc. Aussitôt l'Amiral, chevalier de h Croix, sans se préoccuper du vent contraire, lait lever l'ancre au son de la trompette, conrormémeat ik Tusagc dus amiraux de Castitle. i il sortit malgré ce même vent et aniva i-apidement au port, i
L'asperl des voiles espagnoles suflii pour mellrc eo fuite la troupe maure, qui avait d'ailleurs rencontré ane vigoureuse défense.
L'Aniiml poursuivit sa route le jour même.
Comme s'il eût reçu la récompense de son zélé, le
vent était devenu favorable, c Nutre-Seigneur ma
donna ensuite un si bon lemps que j'arrivai ici en quatre joui'S» > écriviL-îi de laGrande-Oanarîe.
Le 33 m:ii au soir, Colomb pai-Ul au noiu da la SaîoUï-Triiiilé.
Le temps ciaït magniOque. Ou alleignit en seize jours le groupe des Caraïbes.
L'Amiral se diripenil sur Sainl-Domingue, afin d'y (roquer le Galicien contj-e un des trcntc-dcux navires qu'il savait devoir rclourocr en Espatrnc, parce que, malgré lo beau temps, on avait reconuu ses dôfauls. Il était fiiaiivais marcheur, Ircs-faliKant; ses iiiALs n'entraient pas assez dans la carcae. Les (rois caravelles avaient dA diminuer de Toiles pour ne pas le laisser en an'ière.
Le 39 juin, l'escadrille étant arrivée devant 1c port jelii l'anrre à une lieue en mer. Colomlj envoya le capitaine du Galicien, dans sa chaloupe, pour exposer luî-ttiéme au gouverneur la nécOiisil de se procurer une autre caravelle, que l'Amiral paycrail de ses deniers. Il devait aussi lui dumauder, de la part de sou chef, licence d'entrer dans le port pour se mettre & l'abri d'une violente tempéle qu'il prévoyait devoir éclater prochainement
Le gouverneur n'i^l^iit pas convaincu de la nécessité deremfdacer un navire, mis en mer depuis deux mois k peine. Quant au besoin d'écjiapper à la tempête, ta séréûilé du ciel, la splendeur du soleil, le ciilmo azuré des flots lui doonaieui en ce moment l'air d'imc plalsaoturie. Non-seulement il n'accuidu pas A l'Amiral do
prendre un autre naTire, mais il lui < défendil de descendre et même d'aborder, s
Le capitaine du Galicien en revenant put compter dans le mouillage Lrenle-quaire navires avec pavillon de partance. C'était la floue que devaitramener Torrez, k laquelle s'éiuienl réunies deux caravelles achetées par un ancien Notaire amateur de navigation^ Rodrigo de Bastidas.
11 est plus aisé de se figurer que de rendre l'indï* gnation dont fut sai^i le grand homme en se voyant repoussé € d'une terre et des ports que, par la volonté de Dieu, il avait gagnés h l'Espagne au prix de son sang >, ne pouvant ni se réparer ni s'abriter dans une Ile dont il était le Vlce-Hoi et le Gouverneur perpétuel» contraint par conséquent de s'offrir comme une proie A la lempèle et de continuer son voyage avec un navire hors d'état de navîguerl Ce refus, si contraire aux lois de rhuinanilé et aux usages de la mer, répandit ia consternation dans les équipages. Ils regret* tarent de se trouver sous la conduite d'un homme qirune pareille rigucursen'^atrcjeier hors du droit naturel. /Casli
Hais, quelque profonu " >moll l'indignation de l'Amiral, son humanité, sa ciiarité chrétienne l'emportét'eni ^ur son ressentiment. 11 renvoya de nouveau vers le gouverneur pour lui dire que, puisqu'il lai refusait un asile, malgré la nécessité de se réparer el au moment m^-me d'un péril imminent, qu'au moins il rciîut encore la Uolle près de partir, el qu'il ne la luissdt pas aller avant hait jours, parce que l'ouragan