‹ Christophe Colomb (volume 3)Chapitre 8 sur 12 · KS · texte numérisé non relu

KS

s'étendrait jusqu*6n de loînisins parages; cpiant à Ini, U allait sans relard cherclier un abri.

ûvando prit conseil des pilotes. Il faut bien le reconnaître, aucune apparence atmosphérique ne semblait justifier la prévisJDn de l'Aniii-al; il lui Jonc décidé qu'on partirait ainsi qu'il ^init convenu. Les pilotes, en re^rdanl le ciel, raillèrent gaillardemt>aL la sinistre annonce du vieil amiral, qui Tut traité d'esprit

tinorose, de < faui prophète i, et peut-ètie de ra-

fdoteur.

Colomb, fort embarrassé de l'étal du Galicien, ne vit pas d'autre expédient que de doDD»»r au plus mauvais navire le meilleur capitaine. Il fit passer à son bord comme commandant en premier son Trérc don Barthélémy, et immédiatement chercha un abri le

.long de la c6te voisine. Il fil au.«sili)t toutes ses dispositions pour recevoir l'ouragan» avec autant de hâte que s'il l'eût vu venir.

Cependant le bon étal de la mer, l'éclat du ciel, la idooceur des brises, souriaient à ceux qui devaient ^partir. Après un séjour assez long, loin de leur IkniiUe et de leurs habitudes, il leur tardait de revoir la patrie. Conforméroenl aux ordres de la Reine, Ovando avait signifié un congé de retour à tous les rebelles connus. La plupart ne demandaient pas

nûeux, puisr]U(t leur fortune était raiic. D'ailleurs ils cm|iorl!iiunl chacun des quaulilés d'or capables d'adoucir leurs juges.

On les avait répartis, au nombre de plus de cinq cenis, sur diverses caravellos. liobadill.i, le gouverneur destitué et qui se consolait de sa disgrike avec SCS monceaux d'or, avait pris place sur la Capitane. Roldan, destitué comme lui et appelé à rendre compte de sa rébellion, avait entassé dans ce vaisseau des niasses d'or rapinées sous toutes les Tonnes pendant sa révolte. Sur celte caravelle on avait embarqué cent mille pesos provenant des droits royaux. On y avait aussi transporlij, au grand regiet de toute la ville, le plus énorme mnicean d'or natif dont il ait jamais été parlé dans l'histoire. Celle pépite^ que plus de mille liommes avaittnt touchée de leurs mains avec admiration cL convoitée, s'élevait, d'après un témoignage authentique, au poids de < trois mille six cents pesants d'or ». Les rebelles avaient aussi placé siii- ce aavii-e la somme de cent mille pesants d'or fondu et marqué, et quantité de gros grains d'or natif, pour les montrer ainsi en Espagne. Jamais une telle quantité d'or n'avait été vue à la fois.

D'autres richesses, également acquises au mépris de la justice et de l'humanité, payées du sang et de la vie du Lint de malheureux Indiens, étaient ealaâsées sur chacune des caravelles.

Tout étant prèl, on mit fîn aux adieux. Le capilamc général donna le signal du départ, el la llutle,

ouvrant ses voiles, s'éloigna mnjostucuscmcnt des rives de l'Ozama. Elle gouverna direcleraent au sudest pour aller doubler le cap de l'Êpée et gagner la haute mer.

Tout atliiiL à souhait. On arriva par une douce brise & la hauteur du cap Raphaël, Â une distance d'environ huit lieues, quand tout à coup le vent mollit, et en peu d'instants des signes iaquit^tantsse manîresièrcnt. La transparence du ciel s'épaissit» l'édal du jour décrut rapidemeni. L'Océan se lenait câline et morne; l'air élail lourd et suffocant. Pour des pilotes exercés, il n'y avait pas à s'y méprendre : c'était l'annonce de la lempête.

Quoiqu'on fût en vue de la terre, on ne pouvait y cherclier un refuge. Aucun souffle ne soulevait les voiles, qui pendaient flasques le long des mâts. L*.\tlan(îque devenu terne et glauque demeurait immobile. 0 n'érait pluspossibleni de relourucrau port, ni de fuir le dangerde.s côtes en affrontant la haute mer. Sans doute tel marin qui avait raillé l'Amiral aurait en ce moment voulu, suivant le consril de sa vieille expérience, n'avoir pas quitté le mouillage; mais il était trop tard. Aucun ail ne pouvait rien maintenant.

L'effet suivit de près la menace.

Un vaste balancement rompit la plaine nnie dec eaux. Les vagues, après quelques larges oscillations, se gonflèrent noircissant; leurs cimes en bouillonnant s'élevèrent blanchissantes. Bientôt le fond de la mer

le «Rtffe strideM et h tenpte griaca i»s ks adtetes, UIoCImI numf «i ioMl.f parai ks ■mms d'éanw:, celle lapertie Botte. Les] vngmei ùêffàitMl Tetti ; TxnM H rarrière plon-j fMÎeat loor & loor soa les hmes. L» tram ■■lé» du» les nfireâ forent niJefiH seeooét. La foreor d« vafiies fil $*eaUxlioqaer plaâears carafcUei. OoelqMSHiaes f 'eair'ovfrireflt et sooriirifeat 1 ; TbUOat; d'antres hiOèfesl par dlnpniasantes wenrres. Vu éfûi enibrna s'ajoaiaii i l'affrense eb»^l corilé do del. Oa ae se mpît point; en **»'*«>4*«' i peine lea conanadeaeais iflotiles da pocte-votx et les ^ crû âÉ»e*pértê de rborrear.

lâ Capilame, si mencilleusem'^iit encombrée d*ar^ migré Ms solides cfaarpenli», fut saisie par l'oanfaii» Dneatéée, MTerte aai fl^o», d>'pec«f . pais eaglootie na» rémiscioo daos rablme. he loiil re qa'eHe portait^ boauDea et trésors, riea ne reparut. Plu» de viQgt-six canveDes^lonles chargées d'or, dépouille des ntalheunm Indiens, fureol brîi^es et ensevelies dans les. gouffres des mgnes ; d'autres, emportées dans les sillons écunietu de fOcéao, furent entraînées sous des parallèles inconnus et sombrèrent plus loin, après ai rmenti plus longtemps les angoisses du désespoir.

Oe toute cette superbe flotte, il ne rerint h Hispaftiola que deuxou trois navires fmm^ês, àdemi noyés; tandis qu'un s«ul, le plus oiaurais, In plus usé, le plus petit de idus, nommé YAiguilU, < et A^ja >, continuait «n roule vers l'Europe. < II porinîL tout le bien de l'Amiral) qui coofitslait en quatre miite pesos, et(

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fiit le premiftr qui arriva en Caîtlille, comme par la permission de Dieu. » Lns navires maltraités qui revinrent se réparer à l'Espaîmolc portaient les gens les plus pauvres, les plus obscurs de ce convoi ; il n'y avait là qu'un seul hildago, If* notaire navigateur Rodrigo de Basiidas : t c'était un Tort honnête homme, » que Bohadilla avait aussi persécuté inhumainement.

Dans celte terrible journée périrent, sans eo exrcepter un seul, les traîtres, tes calomniateurs, les ennemis juré» de Colomb, c Là, dit un historiographe royal, 1A prit On Fntnçois de Bobadilla, celui qui avait envoyé rAïuiral et siii; Frères, les fers aux pieds, sans l'accuser ni lui donner lieu de se défendre ; là prit tin aussi le rebelle Pmnçoifi Roldnn et quantité de ses complices qui s'élaîent soulevés contre tes Rois, contre l'Amiral, dont ils avaient mangé le pain, et qui avaient tyrannisé les Indiens. Là pérît aussi le Cacique Guarionex (qui avait opiniâtrement refusé l'Évanpile); les deux cent mille pcfos furent submergés avec ce pain d'or, de grandeur prodigieuse. * Tout fut fterdu , la mer engloutit à la fois avec ces riches^tes iniques leurs iniques possesseurs, c au nombre de pins de cinq cents hommes >.

Or, pendant que s'accomplissait ce désastre, l'Amiral, retiré dans i le port caché i, pwrto escondido, laissait gronder l'ouragan et se confiait à Dieu.

Durant le jour, les quatre caravelles, parant de leur mieux aux coups de vent et de mer, tinrent boa.

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mû < la tempéle fut terribls peadauK oeUe niit-li, et eUe désempara les vaûseaux j. Au milieu de Tobs^j carit^, trots Darires fareot amchê-s da pou, oè h'j Capttanensa seule. Les trots caravelles fureiit fort' mahraitées, perdireal une partie de lears a^ès et de lenrt provisioûe. Le oaTÎre de rAminl, qiioiqiM borriblemeat ùù^é, ne reçai annioe ararie. Les' quatre caravelles se rejoignireul an port d'Azaa« te dimaocber comme pour y célébrer ensemble ce taial jour et pour remercier Dieu de sa protection manireste.

Ce désiutre o'a poÎDlélé coD£tdéré comme un simple iini»tre de mer ; tous les coniempontins y oot tu un châtimeut providentiel. L'aelioD de la justice dîïine Fut ici lellenieut transpareole que. sans exceplîon, loaft les historicDS de celle époque s'en moolrèreDl saisis de respect et d'effroi.

Si le disceroemeot de la tempête, qui épar^e le juste etséviiconlre les coupables, balaye de son sounie leurs e^erauces, emporle leurs supplicatioos, verse au gontTre de l'Océan tes richesses accumulées au prii de leur âme ; sî le sauf-conduit donné parmi les les abîmes au petit trésor de l'Amiral, qu'on a placé méchamment sur la plus fragile des nefs, et qui Tamèoe seule à travers l'Atlanlique dans le port destiné, nous frappent d'étonnemeot, cet étoonement se changera en stupeur en songeanl à li protection qui, durant ce même instant, couvre la personne et l'escadre de TAmiral dans la merdes Antilles. Ses quatre caravelles sont également préservées et sur la cale et sur

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la pleine mer. Le Gaitcien, ce navire mis en danger parla seule Jioule, résiste à l'impéluosilé des flots; la Capitane nv. perd ni un homme, ni une atiere, ni un ^càble, ni une planche, ne reçoit enlia aucune avarie.

Le caraclère vraiment surnaturel de cet événement

[impressionna protbndément rEspn^c. L'étcan^elé Ja

|ces circonsUiDces, l'immensité de la perte, le ileuil de

3lus lie finqrenislfimilles, donnèrent aux dûtails de ce

fait une nutlienticilé lugubre cl mémorable.

J^a Reine fit au gonvf>rncur Ovando un double grici le son double refus d'oblempérer à raverlissemenl de l'Amiral cl de lui accorder un refuge dans une si ïressauie nécesailiî. Le Roi regretla l'or fondu et tnar- 'qué, surtout ce pain d'or massif dont aucun travail des raines n'a jamais offert le pendant. Longtemps la mémoire de ce fait se conserva vivace dans l'Ile. L'arïhichronograpbe impérial Oviedo, qui y résida el s'en intretint avec des témoins oculaires, fut frappé de son

iraclcre prodigieux. Dans trois passages de son Hi$toire naturetie des Indes oeciâeniaUs, il revient sur Ir QoUe perdue pour avoir négligé le conseil de l'Amiral. M Milanais Girolamo Bcnzoni, qui habiUiit Hispaîliola 'quarante ans après l'exécution de ce jugement el dut y entendre quelques lémoins oculaires, n'a pu se défendre de voir ici la sentence d'un an'él céleste. Le cliAiiment des rebelles, l'anéantissement do leur inique trésor, lui paraissent un exemplo salutaire lonaé au monde et une baute leçon de philosophie

îLorique.

L*AnitnI passa quelques jours à Azaa pour faire

certaines réparations aai trois caravelie^ qui avaient 'm

^séparées. V

Le iA juillet, la mer paraissant bonne, il prit la ronle dn sad . Mais sa nav^lion fut contrariée ■ presque aussitôt par un êlat étrange de la température. Le ciel était rouvert, le soleil restait voilé, les étoiles ne ie muniraient point. Malgré la force et la rariatiott dex vents, il sentatl la mer opposer à sa marche une force noRsIanre, quoique irréguliëre dans sa violence. De» averses fréquentes les inondaient. Souvent des éclairs flamboyants semblaient embraser l'honzon; il fallait toute la vigilance et Ténenrie de volonté de l'Amiml pour ne point dévier de son rumb. Cependant paHois le redoablemenl de la tempête les contra ign.iit de fuir à arbre sec ou de mettre à îa cape; et alors, en une seule nuit, ils perdaient le peu de chemin fait si laborieusement durant plusieurs jours. La fatigue, les veilles, celle humidité compUquéede froid subit ua de lourde chaleur ubatiaîent les courages

L'ardente foi de Colomb surmontait seule les cootrariètés des influences extérieures. Tout occupé des Lieux Saints, sans cesse les yeux f\Jih sur son but, il ne s'nrrêtait pas & compter les obstacles. S:i soixante- Miptièmc année commençait à peser sur lui i<ans qu'il

^to fùl r]outé de son apprnrhe. La subliUld de ses sens

n'avaii lien perdu de sa délïcalesse. En dépii de ses ,a(teinlc5 rhuinalismalos, sa taille, encore droile el [ft'iine, soutenait à mcneillc la majesté de sa physio- I nomie, sur laquelle semblait naturellemeat empreinte

la noblesse de sa pensée. A mesure qu'il avançait en [ôfîP, il avançait en perfection chrétienne. La douceur

tlcsdn rupiird, tout inibJbi^ d'un lluide aimant el len- |dre, Êxprimail quelque chose d'évangélique. Ses tra-

raux de mer, ses tribulations si longues, sa dévorante [Bi:iivité d'esprit, les injustices souffertes n'avaient [point durement imprimé leurs sillons sur ses traits. îscheveui;, d'un blanc lustré» entouraient son front

Ï6 cette couronne d'honneur dont parle TÉcriture.

kvec l'ampleur de son vêlement franciscain, sa digntUÏ 'd'attitude, toute sa personne rappelait une de ces

images de patriarche ou de prophète dont on croît se faire une idée d'après les Livres saints. On ci^t dit un roi

TQâleur tnmsporté de l'Idumée ou de la Mésopotamie

lut' les plaines de l'Atlantique.

L'iiahiludc de ses pensées s'hannonisant aux linéa-

lents de son galbe y i^outait quelque chose de fier et

ie mortilîèf de chevaleresquement pieux qui se lisuil

^Bur ses lèvres et sur son froul. On sentait autant la

sainteté que la grandeur dans cet Amiral, dont la

)i>uche ne blessa jamais personne, ne proféra aucune

|«xpression brutale, et qui, pour affermir, certifier ou

lenacer suivant l'occurrence, n'employait que ce seul

juron : « Par saint Ferdinand t >

Toiijom-s pénétré de Timportance du devoir, du

Toérite de ^obéissance, il avertissait de leurs péchés les déLaqunnt?; il menaçait d'nbandonjier à Dieu celui quis'obslitiailùmal l'aire. Dieu étant toujours l'unique objet de ses mouvements comme de ses pensée:^, Colomb, commandant quelque manœuvre nouvelle ^>u exigeant quelque fatigue de surcroît, dif^ait à ses hommes : s Nous devons à Dieu d'ag^ir de telle façon. » Donnaat fidèlement l'eiêmple du devoir qu'il recommandait à ses inférieurs de tous les degrés, plus U temps était mauvais, plus il se tenait au milieu de réquipag:e ; animant ses marins, les soutenant du reg'nril ou de la voix, il les maintenait en haleine et les encourageait de son inieui. S'il ne pouvait les soustraire aux intempéries de ces parages inexplorés, du moins il les partageait bravement avec eux. Les douleurs de goutte qui s'ajoulaionl pour Colomb aux ûpr&uves communes ne pouvaient réduire la consLance chrétienne dont il ôEalt soutenu.

Pour comble de malheur, il devint gravement malade, et € approcha plusieurs fois des portes de la tombe ï. Le sentiment de sa responsabilité et du but de son expédition survivant à l'anéantissement de ses forces, il fit construire une petite cabine sur le gaillard d'arrière, et de son lit il dirigeait la route, poursuivant sa lutte gigantcsquement disproportionnée contre les forces d'une mer inconnue. Ses équipages perdant cœur demandaient à relâcher à la Jamaïque ou à l'Espagnole. Tout autre que lui l'eût fait sans attendre mémo qu'on l'en pri;U; mais personne ne savait mieux que l'Amirai se roidir conti'c les obstacles.

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Il tint lion, ranima ses gens et altendît le vcnl favorable qui viat entia.

Alors, eo quelques heures, oa découvrît au midi une Ile qu'enlouniienl plusieurs Ilots : c'était Guanaja, située en avant du golfe de Honduras.

L'Amiral commanda de la recounnllre. L'Adelantadn fit aussiiôl armer deux chaloupes et prit terre avec un fort déuicliemenl. I! i-cmarqua une grande quantité de pins semblables & ceux des Antilles et des traces de civilisation; car on aperçut des creusets destinés A fondre le cuivre, dont quelques parcelles parurent des fm^rments d'or aux matelots, qui les iMrobaient eu cacliullL'.

Sur ces entrefaites arriva une sorte de galère vénitienne, large de huil pieds et fort longue, fabriquée d'une seule pièce. La chambre, en l'orme de gondoli>, couverte de feuilles de palmier artlstement tressées «t impénétrables à la pluie, était remplie de marchandises : pièces de coton, couvertures, chemisettes, haches en cuivre, épécs mexicaines, vasoi en terre cl amandes de cacao. L'Adelantado serra cet afquif entre deux chaloupes , s'en empara san« éprouver la moindre résistance et conduisit à ta Caplane ceux qui le montaient.

Il y avait là des femmes velues d'une couverture de

)ton, dont elles se drapaient avec pudeur, et vingt-

^nq hommes portant une large ceinture autour des

'iroins. Ils ne témoignèrent aucune frayeur en se voyant

au pouvoir de ces étrangers. Colomb les rassura par

ses démenslniLionii de bonté, essaya inutilement d'eu-

cfdcT à la prise de possession ; il Tnllul remonter i^iir les caravelles et recommcDccr le combal contre les éléments.

D'après les ordres de TAmiral, la pelile caravelle de cinquante tonneaux, la liiscaienne, s'avançait aussi prés que possible du livage, entrait dans tous les golfes, les criques un peu laides, de peur de manquer le passage ou Détroit par lequel Colomb pen&ait devoir pénétrer dans les mers du Levant, tes Indes orientales.

S'ils eussent navigué en pleine mer, ils n'auraient DÎ éprouve la moitié desfaligties, ni couru le quart des périls auxquels les eiposait cetlc navigation le loag de rivages inconnus. Mais il Tallait rester près de la lerre pour découvrir le Détroit.

Le temps ne cessait de fatiguer les hommes el les bAtimenIs. Des pluies torrentielles, une mer agitée, des courants contraires, ne leur donnaient aucun relâche.

Pai*fois ils atterrissaient pour quclquan heures sur certaines rôles aHn d'en observer les habitants el les productions . Ils virent ainsi des riverains qui n'entendaient qu'imparfaitenieot l'idiome du vieux Giumbé l'interprt'le. Les uns, taloués en diverses parties du eorps^ s'honoraient d'étaler sur leurs membres des figures de jaguar ou de cerf; d'autres, des camisoles et des cuirasses de coton peint. Les notables s'ornaient le chef d'une bande de colon rouge. Quelquesuns le paraienld'une grande mèche de cheveux ruJus.

£» uvan^Mul vers l'Est, on vit des tribus où lot

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hommes, tout à fait nus, se nourrissnicnt de poissous crus fX tie (Jmir tiumaine. La I.iîiteiir do leurs Iraiu, la férocité de leur rugard Iraliissiiienl celle de leurs mœur^. En les apcrocvant, le vieux Giurnbv sigaala leur anlhi'0|iopliagie.

Mais ces okservalious t-laienl accidentelles et courtes, parce que la mer, toujours contraire, astreignait h des travaux continus. Les matelots succombaient à ces fatigues incessantes. La plupart i^taient malades ou incommodés. L'âpreté des vents, la violence des Uols, l'uLsence du soleil décourageaient les esprits les plus fermes. Ces pluies diluviennes avalent pourri les vniles qui se déchiraient en lambeaun.On avait perdu des ancres, des apparaux, ainsi que des embarcation ï> el la plus grande partie des approvisionnements. Chaque caravelle avait plusieurs voies d'eau. Kt telle était la gravité de la situation, qu'il cliaque rcdoubtumeni de la tempête, on se croyait perdu L'cquipage de ta Ducaieime s'était préparé a la mort, et avait laèmc reçu du Père .\lexaodre les derniers sacrements. Dans les autres naviivs, les marins, privés des secours de l'Éfillse, se voyant à loute extrémité, iniplciraicnl le pardon de leurs fautes el se confessaient les uns aux autres. Parmi les dome^ tiques de l'Amiral, plusieurs s'engagèrent à embrasser la vie monastique s'ils échappaient â cette mort imminente.

Ces scènes de désolation se répétèrent plusieurs fois dans les circonstances lugubres que ratueuaieut k& incaaces de l'Océan.

Chnslophe Colomb avoue lui-même combien dtait navrante cette |iosiLion d'agunie : ■ Ou a bitni vu d'aulres lempt^los, mais aucune n'a élé aussi nllrcuse et n*a (Juré aussi longtemps, au point que plusieurs des miens, qui passaient pour intrépides, perdirent tout à fait ctiura^^e. > Quant h lui, ce i;ui oppressait son cœur, n'était surtout de voir qu'il avait exposé son jeune fils à de telles sou(Ti'ances, et de savoir sur le plus mauvais bâtiment de Tescadrille son frère TAdelantado, qui ne se souciait pas de ce voyage el n'avait consffnli â l'arconipapier que par dévouement. 11 se reprochait leur ruallieur. Heureusement, loin de l'accabler de sa pmpre douleur, le jeune Fernando l'entourait de ses soins et déployait une fermeté audessus d<.' son âge. Colomb écrivit ; « Notre-Scijïneur lui donna uu tel courage, que c'était lui qui i-aniniait les autres. Et quand il s'agissait de s'employer & la manoeuvre, il le faisait comme s'il eût navigué quatrevingts ans, et c'était lui qui me consolait. >

Outre les violences de l'atmosphère, il lui fallait combattre une force constante el régulière, la masse d'eau qui aflluail dans le sens opposé k sa roule, et qu'il comparait justement à uu lleuve marin. C'était le grand courant pélagique ou Courant Équalorial qu'il avait si merveilleusement découvert à son précédent voyage. Telle était sa force de résistance que, dans une navif^alion soutenue de soixante jours, on put â peine franchir un espace de soixante-dix lieues.

A force de pcrsévérence, le 14 septembre ils atteignirent L-ulin uu promontoire qui déviait loul i coup

de l'est vers le midi. Dés qu'ils l'fîuronl doublé, une bonne brise se lîtsenlii* oL la mer devint Irailable. L'Amiral, au Dom des écpiipages, remercia Dieu de ce soudain adoucissement à leurs maux. En signe de prîititiilic, ce cap recul le nom de « Grâces à Dieu i, qu'il pui'le encore aujourd'hui.

Ici riûterprèle indien, le vieux Oiumhi^, qui avait eu sa part Ho sonfTrances, fut congédia avec des présents. Il parut lrè.s-satisrait de la niuniliccnee de l'Amiral.

Toujours continuant son exploration des rivages et la recherche du Détroii, Colomb suivait la côte de Musquitus. Ses earavelk'ïi avaient besuiu de radoub, ses agi'ës de réparations et ses équipages de repos ; 00 allait à la découverte d'un lieu favorable. Le 17 septembre, on s'an-èla devant l'embouchure d'une lai-ge rivière, ([ue remontèrent, pour s'approvisionner d'eau, les canots de la Capitane et de la liiscaienne. Quand les deux embarcations redescendirent vers les caravelles, un violent r^up de mer refoula dans le fleuve le courant qui était Inr^c et rapide. Ce brusque choc enleva les deux canots dans ses écumeuses volutes. Celui de la Biscatenne, qui était d'une construction plus légère, chavira malgré l'habileté du brave contre-mail il; Martin de Konlnrabîtî. AïK^un de ceux qui le montaient ne reparut. Celui de la Capitam arriva seul avec son chargement- Dans son amiction, t*Amir.-tl nomma ce lieu s le Fleuve du désastre >.

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Cette dimiautioû de bras sur la BiscaUnne obligea d'a^iiiblir le personuel des autres caravelles, qui déjà suffisait h peine aux manœuvres.

Ou était exténué par deux mois de travaux sans relâche. Heureusement, Je dimauche 25 seplembre^ s'offrit, entre la petite îleQuiribi el la Terre ferme, un mouillage excellent, situé eu face d'une buui'gnde nommée Cariari, qui présentait une délinieuse perspective. Une opulente végélatioa y étalait toutes les formes de la nature équtnoxiale. La bcmlé du ciel, la inagnificence du site, les balsamiques émaualïons de nette verdure, rendirent des forces à l'Amii-al. Il contemplait avec l'ardente curiosité de l'esprit et l'enivrement du poëtfi l'intitiie caracltne de ces lieux.

Un vit là un abri très-propre au radoub des caravelles.

Le jour de l'arrivée, on commenra par boucher les voies d'eau, réparer les agrès, faire aérer et sécher les provt.xîuus que la température el l'eau dn mer avaient avariées. Les matelots préférèrent, tant ils étaient harassés, rester dans les hamacs que de courir sur le rivage. Le lendemain. l'Amiral ne donna point la pcrmi<ision de descendre. Les indigènes, rasseuihlés avec leur» javelots en bois de fer et leurs massues pour s'opposera l'invasion de ces étrangers, vovanl qu'ils ne

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paraissaient pas s'occuper d'eux, cessèrent leurs belliqueux apprèls. La curiosilé l'emporta sur ta déûance. Ils s'approchèreat, en faisant des signes de paix et en monUaat aux Espui^'Dols des couvertures de coton, des camisoles peintes. Les plus liardis vinrent à la nage pi"oposei' des échanges.

Voulant donner une haute idée de la grandeur d>a hôtes qui arrivaient en ces lieux, l'Amiral dérendit toute espèce de trafic. H gratifia les Indigènes de ces colirichcts dont ils faisaient grand cas et il ne voulut rien accepter. Lés gens de Cariari, voyant que leurs instances étaient inutiles, tinrent conseil entre eux; et, soit que leur ûerté se blessât du refus de leui-s dons, soit qu'ils crussent y voir une injurieuse défiance, ils résolurent de ne pas recevoir à leur tour les présents de ces inconnus; en conséquence, ils n'en tirent qu'un tas et les laissèreot sur la grève.

L'Amiral leva l'ancre, se dirigeant vers le sud sans perdre de vue le rivage. I) longeait la côte de .Mosquites. En avan^nt, il entra dans un golfe découpé par plusieurs tlt^s, qui formaient entre elles de polits canaux profonds et sans écueils. Les arbres gigantesques des rives, allongeant les brandies de leurs hautes cimes, entre-croisaieul leurs rameaux et fort maient des bei'ceaux élevés, sous lesquels passaient aisément les mâlures de l'escadrille. La fraîcheur et l'ombnLgf. odorant dus foi'éts récréaient les équipages sur le tillac. Ce golfe charmant était la baie de Ccrabaro, aujourd'hui indiquée sur les cartes sous le nom de Itaie de l'Amiral.

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En desceoildot h terre, on compta vin^ caaoU mis h sec, douL le^ propriétaires s'ébattaient ^:)i^iii>?at ilans les bois. Hs perlaient au cou des plaques d'or. Va dei insulaires échuri^ca un miroir d'or pur contre trcns grelots.

l'oe abondance fabuleuse favorisait celle terre : les poissons, les oiseaux, le f^ibîcr, les racines, les graines, les arbres â fruits, les fleurs s'y trouTaient à profusion. L*Amiral,!iansi:édf Tà l'invitalioud'un tel séjour, voulul pousser jusqu'au fond du i;oirL<. Il trouva là un terraia fort accidenté et parsemé d'habitations construites sur les pointa culininanis. On aperçut des canots remplis d'Indiens, h front ceiut de couronnes faîtes de plumes d'oiseaux et de griffes de bétes. Ils s'ornaient aussi Id cou de plaques d'or; mais, au lieu de les troquer avec erapressemeul, ils y altactiaieot un gi-und prix et redisaient de s'en dessaisir.

Les caravelles entrèrent dans une autre grande baie aujourd'hui nommée t Lagune de Cliiriquï ». Colomb s'éloigna ensuite de ces painges el passa loin des Ilots pour naviguer plus librement.

L'escadrille, s'avançant vers l'Est, louvoya devant Cobrava. On apprit Ui que les ludiens ratnassaîent A VernguB l'or dont ils faisaient leurs mlioirs» cl qua Vemgua n'était pas éloignée.

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ni

Christophe Colomb se trouvait précisémeDt parvemi à Veailroil que lie Grenade, sous les voulus dePAlhainbra, il avail désigné cotnmft devanl lui livrer passage pour porter dons la mer du Midi l'étCDdard du SaluL n faisali suivre par la Discaîenne les moindres sinuosités des côtes. On c-Uiilalors sur le liUoral de Chagres, Il eliei-ehait auxii-uscmenl le paisuge, en face niéuie de (^nama, alors inconnu.

H prcssentnit ne point géographique, objet de laol de vœux depuis Irois cent soixanle-quiuze ans, cet imporLint ten-aiti que les géolog^ues de Fi-ance, d'Angleletrect de Prusse n'ont cessé d'étudier. Il s'opinlAtrah à vouloir trouver le Détroit là où, malgré son inexis- Icnce, les tiesoias de la civilisation le réclament et le solliciteul encore. Il le chcrcliail aux lieux qu'une configuration particulière semble avoir préparés pour la sii<:tion des deux grandes régions du Continent nméricain. On dirait que la Xalurc s'est soudain arrêtée dans sou œuvre sur l'ordre du Tré.s-IIaut, qui réserve sans doute 1 l'humanité l'ouverture de ce passage, comme le prodi^'c de son génie et le dernier terme de sa puissance. I/Amiral chei-chail donc le Détroit, non poin'. à l'exlréinité des contrées auMrales où il se trouve, mais là même où il devait èlre et où il sera un Jour. Le Révéiateur de la Création est venu désigner son emplacemeuu

Colomb, n'ayant pas trojvé le Détroit à Chagres» conlÏDua sa recherche, car, à la rigueur, ce Détrotl pouvait se rencontrer plus loin. Il suivit la côte à l'Est, et, le 2 novembre, alla jeter l'ancre dans un port sûr et commode, enlourc de terres cultivées, animées par des habitations gracieuses et dont quelques-unes étaient peintes. Des arbres à fruits formaient des vergers uulour de ces demeures, ({u'ombr'ageaient de magnifiques palmiers et qu'embaumaient les ananas et les 13 il les.

'/Amiral, donnant à ce port le nom de sa qualité, l'appela ïe Seait Port (Puerlo-Bello). Les Indiens des alentours apportèrent quantité de fruits et de colon ouvré. La pluie retint les navires au porl durant sept joura. Enfin le mercredi 9 novembre, malgré l'étal du ciel, ils remircntàlavoile pour continuer l'exploration de la côte.

Ils longeaient sans le savoir l'isthme de Panama.

Derrière les montagnes qui se profilaient h leur vue s'étendait l'océan Pacifique ; et, comme s'il eût entendu le murmure de la grande mer, Colomb s'opinîAtrail A trouver un passage qui l'y conduisît.

Luttant contre le vent, il pamnt ^ la hauteur du cap Aûfft de Dieu (Nombre de Dios). Mais, vers ce point, la

tourrasqiiR rnssiillît i'aucre au plus voisin réfutée.

telle façon qu'il dut jeter

On repartit, en continuant la reconnaissance des côtes. Sur une terre nommée Guaigua se montrèrent plus de trois cents indigènes qui apportaient des joyaux d'or et des provisions pour faire des échanges. lais l'Amiral, pressé d'arriver au Détroit, ne se détourna point. Pourtant, trois jours après, la force du ^venlTobligea d'cnli-cr dans une anse étroite dont fou- (Tt^-ture, plus étroite encore, offrait seulement l'avande briser la force des lames. Les caravelles étaient ta près du bord, que d'un bond les marins pouvaient luter à terre. Les plantes aquatiques, lt!S hauts herbes fourmillaient d'alligators exhalant une forte odeur musquée; ils s*élendaicnt au soleil sur la vase. Pondant neuf Jours, le mauvais temps retint Tcscadrille dans ce Ueu, que l'Amiral nomma < le Cabinet >, t€l lietrelc.

Les indi^'ènes, doux et confiants, arrivèrent apporint des vivres et des ornements d'or. Ils traitèrent 'familiércmenl dans les échanges que l'Amiral faisait |Siirveiller. Malbeureuseraent, aidés par la disposition les lieux, quelques marins, trompant la vigilance des >friciers, s'échappèrent la nuit, allèrent dans les cats où ils avaient été accueillis liospitalièrement le Jour, et leurs entreprises galantes et leur rapacité irritèrent les habitants. Ils vinrent attaquer les caravelles. L'Aiiiiial lit tout son possible pour éviter l'eiTu- «on du sang. On essaya en vain do les apaiser. Ils devinrent d'autant plus hardis qu'on leur montrait plus

E» ViMlL> t)L>!)obtcUI*s ruilUnH.iK-lil à VU'

gir. i)o|>uts '[uutjv iiioi:î, sauf qudijui!.^ rare» joum.'ys, près du cap Gi-wes à J Ih'eu, (Il's suufllt» euuumU, des pluies lorj~L'ii(ii>Ile:i, d(> briisipics iiitcmpr-netî, nvaionl t'Iiuitélcs t^orces al le oioi'ul dt!^ (•(jiii|iu)îe5. l^.-s «-«{tiijiiiM's et l:i inaistnuice, aus^j liitiii que Ut» inuuii.sei», il<'iiiJ)nJaient ù reluiiriicr dii-ecU'iiirril en Custillu. L'AniiruI dutit la rL':iulution ne s'éliranla

jamais devanl les obstacles, finit pourtant par concevoir des dùntês sur l'exacte position de ce Ui'irfiir. Il comprit que peul-ôtre, malgré les graves piobabilitiis de ses conjectures, ce passai^e ouvert par la Nature pou- \'ail être situé sous une latitude beaucoup plus méiidionalc. CoasUcranl l'état de son personne), de ses munitions avariées et de ses navires que les taretsen nombre îuliui attaquaient, de la quille à la ligne de flottaison, il résolut de réti-ogradcr et d'aller visiter les mines d'or de Veragua, sur lesquelles il avait eu des rensci céments fabuleux.

Le lundi 5 décembre, il sortit du port te Cabinet et mil le cap sur l'ouest, voulant arriver à Veragua. Une violente bourrasque les repoussa vers le large. Les vafçues étaient si liautes et les secousses si violentes, qu^on ne savait plus comment gouverner. 11 tomba de nouveau malade ; une de ses anciennes blessures se rouvrit et, pendant neuf joui-s, on perdit toute espôrance de le conserver  la vie. Des souffles contraires el incessamment variables empêchaient également d'entrer dans un port ei de gagner la haute mer. Les caravelles se trouvaient ainsi ballottées, sans miséricorde, entre le danger d'être submergées el celui de se briser contre les ccueils, qu'empêchait de distinguer le bouillonnement de l'onde.

Pourtant jamais les marins de Texpédition, qui pensaient avoir épuise dans cette (ampagne toutes les rigueurs de In mer, n'avaient encore éprouvé ao véritable orage océanique.

On sait aujourd'hui que, sous les latitudes ioterlropicalfts, vei-s les jiaraij;<^s du grand Courant Équatorial, les phénomènes méléorolo^ques atteignent un degré de force, d'éclat et de majesté inconnu dans nos réglons. Parfois la ligne brisée des éclairs traverse l'horizon tout entier; les retentissements de la foudre ont une sonorité eiïrayante ; la portée des lames dépasse nos mesures; l'Océan manifeste par le formidable et le grandiose sa souveraine puissance.

Jouets des flots, les quatre caravelles étaient lantdl poussées sur la cime des vagues devenues des mou- (agnes, tantôt précipitées dans les sombi-es gouffres creusés à leur base : * Jamais on ne vil la mer aussi haute, aussi horrible et aussi couverte d'écume, i Le ciel, obscurci de nuages teints de rouge, chargés de foudres, était lourd et suffocant. A chaque instant, d'immenses éclairs décliiraient cette tenture menaçante et enflammaient l'Iiorizon chargé d'une électricité ;^ vitreuse. Les yeuine pouvaient soutenir l'éclat de cette Fulguralion incessante ; les marins fennaienl leurs paujières pour ue point la voir. L'air semblait allumé;

ïs secousses que la violence des lames imprimait lux navires faisaient gémir leurs membrures; à tout

istant, on croyait les voir s'ouvrir et s'engloutir dans Tablme. La couleur sanglante des nuées se redéinil lans la teinte rougu&tre de ■ cette mer qui semblait

tre de sang et paraissait bouillonner comme une

laudière sur un grand feu. Jamais on n'avait vu le ciel avec un aspect aussi effrayant; il brûla un jour et une nuit comme une fournaise >. Pendant viugi-

— Cî» —

quatre heures, on respira du Tuu. Des éclairs globulaires, dont la fulguration durait plusieurs seœndes, sâ suivaient sans interruption : telle était Tardeur d« leur loyer, qu'à tout moment, malgré son accablement, l'Aniiral se soulevait sur son lit pour voir si ses mdts et ses voiles n'avaienl pas été emportés. El cependant là uéuiii pas tout le danger.

La foudre, amassée dans les liantes couches dô ralniosph'ire, se décbai^eait à tout instant ; le feu du ciel lombail souvent aulourdes caravelles, qui, séparées et cachées dans les mobiles goullrcs de la mer, avaient cessé de s'apercevoir. Aux dctonalious rapprochées de la foudre, chaque navire croyait réciproque meot que l'autre lirait toute son artillerie pour demander du secours au manient où il s'engloutissait Cette iocandescence ne diminua point durant la nuit. La pliosphoresc«nce des vagues et les étincelles qui jaîltissaieni i\ cliaquc brisement de la mer entretenaient une luetir blafarde, pfllissant à toute minute devant la rapide illumination des éclairs.

Au milieu desdésordres de la nature, la pluie tombait en larges gouttes et jHir averses impétueuses. La pluie finit par l'emporter : elle éteignit les foudres, mais précipita eolorreutssesin;tsses condensées. Elle tomba sans interruption * et si épaisse qu'il semblait qu'on la versât d'en haut k pleines cnichées >. Elle continua ainsi l'espace de buit jours. Pendant ce temps, l'eau du ciel ne cessa pas de tombée: i on ne peut appeler cela pleuvoir, c'était comme un autre déluge. Les équipages se trouvaient tellement harassés qu'ils

souliailaienl la mort pour éli-e délivi-ès de (ani de uaux ï. E^xténué par les souffrances que lui occasioanaieol ces (ourmenles cootinuelles. le Père Alexandre succomba aux suites de l'cpuisemeal. Ainsi, le pr^ mier aumônier qui ait péri sur l'Océan, daas les fatigues de l'apostolat, fut un Franciscain. Les glorieuses prémices d'une Lclle mort semblaient légitimement dues à Tordre Sérapliique.

Durant ces fureurs pélagiques, une des caravelles fut emportée au loin. Elle avait réussi à jeter une ancre et à se maintenir; maïs un coup de vent enleva le grand canot des ofUciers; ol, pour ne pas périr, réquipagc dui à la hâte couper le câble. Pendant trois jours, elle se vit le jouet des vagues. Au milieu de ces convulsions de la nature, les marins souffraient du mal de mer. L'insomnie, la fatigue, ta crainte avaient fîni par les jeter dans un morne abalttimcnl ; t les navires avaicoL déjà perdu deux fois des chaloupes, des ancres, des amarres ; ils étaient enLr'ouverts et n'avaient plus de voiles >. Le naufrage devenait l'inévitable conséquence de ce délabrement. Une seule cliose a le di-oit de surprendre : c'est que ces bâtiments, sur lesquels on ne s£ croyail pas en sûreté dans une mer tranquille, resista^isâut si longtemps  une si élrange agita tioa.

Cependant, malgré les sévices de l'air et les grandes colères de l'Océan, après tantde dangers, le plus grand péril n'était pas venu ; une nouvelle épi-euvd était réseï^ vée & ces iuXoiiunés.

se

Le mardi 13 décembre 1509, peudani que l'Amiral aKonisail dans son lîLdedoiilcurs, une clameur déchirante, partie de l'uae des caravelles, fut presque aussitôt répétée par les autres. Ce cri de désespoir releolit jusqu'à l'âme du moribond. 11 rrissoaaa et rouvrit les yeux.

Quelque chose d'horrible se passait à portée du regard.

Sur un point de l'espace a^nlé par un mouvement giratoire, la mer, se gonflant do Ions les flots qu'elle allirait à ce centre, se soulevait comme une seule montagne, tandis que de noirs nuages, descendant en cône renversé, s'allongeaient vers le tourbillon marin qui se dressait palpitant à son approche, comme cherchant à le joindre. Ces deux monstruosîLésde la mer et de l'atmosphère s'unirent tout à coup par un effroyable embrassement, et se confondirent en forme d'X tournoyante. C'était, dit l'historien de Saint-Domingue, f une de ces pompes ou trombes marines, que les gens de mer appellent frotiks, que l'on connaissait aloi's si peu et qui ont depuis submergé tant de navires >. Un âpre sifflement précédait l'haleine fatale qui poussait vers les caravelles cet épouvantail, alors sans nom dans nos langues. Ce genre de trombe est la plus afl'reuse manifestation de celle tempête infernale à qui l'Orient donna le nom même do Tcspril du mal : typhoti. Malheur aux navires qui se rencontrenl £ur son passage 1

AU cri de détresse qui frappa son cœur, le grâor) homme s'était ranimé. Devant l'immineace de la des-

traction, H se relève, reprend son ancienne vigueur et son de sa cabine aûo de mesurer d'abord le péri). Lui aussi aperçut la chose formidable qui approchait. La mer était sonlirée vers lu ciel. A ce phénamèn<; inconnu, Une vit point de remède: l'art était inutile, la navigation impuissante; d'ailleurs on ne pouvait plus gouverner.

AussitAl Colomb, l'adorateur du Verbe, soupçonna dans cet efl'j'oyable di^ploiement des forces brutales di^ ta nature quelque manœuvre saianique. Il ne pouvait conjurer les puissances de l'air d'après les rites de l'Éiïlisfl, cnifîiianl d'usurper sur le sacenloce ; mais il se rappnia qu'il était chef d'une expédition chrétienne; que son but était saint, et voulut, à sa manière, sommer l'esprit des ténèbres de lui livrer passngc. 11 fit allumer dans les fanaux des cierges bénits, arborer l'étendard royal de l'expédition ; ceignit son épée pardessus le cordon de Saint- François ; prit en ses mains le livre des t^vangiles, et debout en face de la trombe qui s'approchait, lui notifia la sublime aflirmation qui ouvre le récit du disciple bîea-aimé, saint Jean, le Q\& adopUf de la Vierge.

S'effon.'anl de dominer de sa voix le bruit de la îrapéle, le Messager du Salut déclara au typhon qu'au commencement était le Verbe; que le Veibe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu. Que toutes choses ont été faites par lui ; et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui ; qu'en lui était la vie, et que ta vie était la lumière des hommM; que la lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l'ont point

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comprise; que le monde qui a été fail par lui oe V» pas connu ; qu'il est venu dans son propre bîco, el qae les siens ne l'ont pas reçu; mais qu'il a donne à ceux qui croient cd son Dom, et ne sont nés ni du san^, ni de la ciiair, ni de la volonté de l'Iioinme, le pouvoir d'âtre Hiils enHuilsde Dieu; et que le Vekbe s'est fait chair, et qu'il a habité parmi nous.

Alofô, de par ce Verbe divin, uolri: Hédempleur, dont la parole calmait les vents et apaisait les flots, Cliiistoplie Colomb commande impérieusement à la trombe d'épai^ncr ceux qui, fails enfants de Dieu, s'en vont potier la Croix aux exlrémilés des nations, et naviguent au nom trois fois saint de la Trinilê. Puis, tirant son épée, plein d'une ardente foi, il trace dans l'nir avec le traucliant de l'acier le sif^c de la Croix, ei décrit autour de lui un cercle acéré, comme s'il coupait réeHemeni la trombe. Et en effet, o prodige ! la trombe qui marchait vers les caravelles, attirant avec un noir bouillonnement les flots, parut poussée obliquement, pa:f:ia eutre les navires à demi noyés par le bouleversement des vagues, s'éloigna rugissante, disloquée, et s'alla perdre dans la tumultueuse im> mensilé des plaines atlantiques.

ces faligucs, auxquels aucune conslitulioa ne pourrait résister, Ilerrera regarde ce calme comme no acte de la miséricorde divine. Il dit positivement que Dieu le leur accorda, afm de les conserver à la vie. Cett boDace leur donna uo repos salutaire. Mais, pour r^' parer leurs forces, ils n'avaient que des vivres corrompus et insuHisants.

Ifalgré le calme de l'air, la sérénité ne reparaiasaitj point dan^ le ciel. L'horizon resiaii morne. Uo jot glauque glissait sur la plaine verddtre des flots, que çà et là perçait le noir aileron d'un requin. Bientôt,] comme s'ils fussent conviés à une proie certaine, ces tigres de l'Océan, ordiiialremeDl isolés, apparurent si nombreux autour des caravelles, que leur attroupement sembla aux matelots un funeste présage. Mais l'Amiral releva le courage de ses ofûciei-s. Comme oaj manquait de vivres frais, ils firent amorcer les crocB' avec des morceaux de viande corrompue ou même des lambeaux de drap rouge, et plus d'un de ces impor* luns rieurs y fut pris.

Quelque répugnante que fût la chair de C6S monstres hideux, la faim y faisait trouver une grande resâource; car, après huit mois de mer et toutes les inlempt^ries qu'elles avaient essuyées, leurs provisions en vmnde salée et fumée se trouvaient corrompues; leurfariuc, altérée par l'humidité, semblait remplie de vers. I>eur biscuit était tellement couvert de moisissures, que l'équipage ne pouvait se décider & [naoper la soupe, c à cause de la multitude devenu qui eusurlaientelqui se cuisaient paruù ». Les

tnangeaieat en rermanl !fts yeux. |>our que le rceiir se soulevât moins; les 3ULl'c:^ atleatiaieal la nuit, nHu de 06 pas voir l'infecte nourriture à laquelle ils étaienl r<^duits. L'Amiral, malgré ses douleurs et sa maladie, c ne se trailait pas mieux que le dernier des matelots >.

Le samedi 17 décembre, iU panlnrent à gagner un port étroit et toog, près duquel ils aperçurent un village construit sur des arbres. Ces Indiens construisaient ainsi leurs demeures pour éviter lcf> surprises 'nocturoes, étant en g-uerre avec des voisins. L'escadrille se reposa là trois jours enliei*s.

Le mardi, le vent paraissant favorable, ils ouvrirent leurs voiles rapièi^ées et se mirent en mer. A peine avaient-ils pris le lai^e, qu'un autre vent se leva Airieux et les contraignit de se réfugier dans le havre voisin, pour y attendre le retour du beau temps Seduils par les apparences, le quatrième jour ils partirent avec uQ bon vent; mais il chan^'ca au bout de quelques lieues. Sa violence fut telle, qu'on n'y put résister. Malgré l'opiniâtreté des pilotes, qui se piquaient au jeu celte fois, il fallut se jeter dans une anse, où par bonheur ils trouvèrent un bon ancrage. Les cliarpentiers et les calfals se mirent aussitôt A rœuvre. Ils parvinrent à réparer le Galicien et à boucher quelques voies d'eau des autres caravelles. On se procura cerUiine quantité de mais; on renouvela l'eau des barriques.

La nouvelle année trouva dans ce lieu les quatre earavelles.

I janvier 1503, malgré la pltiie et un vent contraire, rtiscadrille lenla de reprendre sa route. Luttant de toute sa volonté, elle réussit à pénétrer le 6 janvier, jour des Rois, dans une rivière que l'Amiral, en l'honneur de l'Epiphanie, appela Bethléem ; pw abréviation, ou dit Belen. Les indigènes la nommaient Yebra. Elle n*élait éloignée que d'une lieue de la Veragua, pays des mines d'or. Du Beau-Poil à Veragua> la distance est d'environ trente lieues. Pour la franchir, on venait de consumer près d'un mois d'efforts et de souffrances.

En mémoire de ces traverses inouïes, l'Amiral nomma celle portion du littoral : Côte des Contrariétés.

n envoya sonder la rivière de Veragua. Mais on n'y trouva pas assez d'eau, tandis que le neuve de Belen avait quatre brasses de fond à l'entrée. On y resta donc mouillé. Bien prit à l'Amiral de n'en pas sortir, car uo jour plus tardil n'aurait pas pu y entrer. n Tatteste lui-même: « Lejour de l'I^piphanie, j'arrivai à Veragua n'en pouvant plus. Là, Notre-Seigneur me fît trouver un fleuve et un bon port; j'y pénétrai avec pf'ine, et le jour suivant la tempête recommença. Si je m'étais trouvé dehors, je n'aurais pu rentrer. >

Sur les bords du Belen, une bourgade se mit en armes â l'aspect des étrangers. Les habitants Orent mine de s'opposer au débarquement. Mais l'ancien écuyer de Colomb, Diego Mendez, qui savait quehpie peu d'indien, leur fît comprendre qu'ils venaient dans le but de Taire des échanges. Ils se calmèrent alors

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et troquèrent vingt miroirs d'or contre des babioles d'Europe.

Le 12 janvier, i'Adelanlado avec les canots remonta la rivière de Veragua jusqu'à la résidence du clief de la contrée, ayant le titre de Quibian. I/enlrcvue fui an]ii;ale. Le Quibian donna les joyaux d'or qu'il avait sur lui et reçut des présents auxquels il atuicbait un grand prix. Ils se quittèrent muluellemenl salisFaiis. Le lendemain^ la curiosité amena le Quibian au mouillage deBelen. L'Amiral lui fit le plus grand accueil» lui montra les caravelles. Le Quibian s'entretenait avec lui par signes. Ses gens Iroquèrcnl des miroirs d'or contre des grelots. Tout k coup, quelque soupçon lui traversant l'esprit, il partit assez brusquement.

Du 6 janvier au 14 février, la pluie tomba sans interruption.

Cependant, malgré la pluie ballante, l'Adelantado, à la tète de soiiaute-dix hommes, poussa une reconnaissance dans l'intérieur. Le lendemain, au bout d'une lieue, ils trouvèrent du minerai d'or à la surface du sol. Les guides ayant conduit l'Adetantado sur une montagne irès-élevée lui montrèrent des terres qui détendaient à perte de vue, et lui assurèrent que dans toute celle région il existait des mines d'or.

Celte excursion eut pour effet de prouver que les plus riches terrains aurifères .étaient à Yei'agua.

L'Amiral résolut, puisque l'étal de ses navires lui interdisait pour celle campagne la recherche du Détroit, d'établir sur ce point un poste militaire, qui serait en même temps une factorerie pour la traite de

l'or, tandis qu'il s'en irait d ireclement en Casiille cliercher des renforts el des muiiilions. Il iil plusieurs cadeaux au Ouibian, afin qu'il ne s'olVusqnai pas Irop vile de ccl éUiblissomenl sur ses terres. On choisil un emplaoemenl exhaussé, près du Heuve, à un kilomètre de rembouchure. 0«alrc-vin{îls hommes y débarquèrenlsnus le commandement de l'Adelanlado, firent des maisons en bois, construisirent solidement un grand magasin pour y enfermer les provisions de bouche, quelques effets de campement, des armes el de rartilleric. L'Amiral leur laissa le Galicien, aussi pourvu que possible d'ustensiles de pèche; puis il sa disposa au départ.

Cependant le Quibian, voyant que tout de bon an diablisscmcnt s'êtnii formé sur son territoire, résolut d'attaquer à l'improviste ces étrangers et de brûler leurs vaisseaux. Dis^imulanl ses intentions,' il eut l'air de réunir ses troupes pour combattre le Cacique de Cobrava contre qui il venait d'avoir une escarmouche dans laquelle il avait êti; bk^ssé à la cuisse. Pendant qu'il préparait son attaque sous les yeux des £ïfpaj^noU ians défiance, à bord du Saint-Jacques de Palos an homme obsenratl attentivement les allées et venues des indigènes.

Cet homme a pris une part trop grande h cette expédition, pour que nous ne lui accordions pas ici uns

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mention k laquelle aurait droil son seul courage, si 365 vurtus ne primaient sa valeur : il était de Segura et se nommait Diego Meodez. Une admiration anticipée l'avait, dès le commencement, attaché à la personne de Colomb en qualité de serviteur volontaire. Il l'avait '^accompagné dans sa première Découverte, était deveuu l'un de ses écuyers, et, à ce titre, l'avait suivi au deuiiëme et au troisième voyage. L'Amiral ayant reconnu son mérite l'avait nommé secrétaireeu chef de l'escadre et placé à bord du Sainl-Jacgues de Palos pour remédier à l'incapacité du rjipiiainc François de PoiTas.

Diego Mendez vint trouver PAmiral et lui dit: ( Monseigneur, ces gens qui sont par ici en tenue de guerre disent qu'ils vont rejoindre ceux de Teragua pour marcher contre les Indiens de Cobrava Aurira le pense que c'est, au contraire, pour brûler nos vaisseaux et nous massacrer tous. > L'Amiral chargea Diego Mendez de suneiller les Indiens. Sans perdre un instant, celui-ci imagine d'armer un canot et de longer la c6te de Veragua pour reconnaître le camp ennemi. 11 n'eut pas i'aii une demi-lieue, qu'il trouva réunis plus de mille guerriers bien pourvus de vivres et de liqueurs. Faisant accoster le canot, il osa sauter à terre ei s'avancer seul au milieu d'eux. Il leur offrit de les suivre à la guerre avec son esquif. Ils refusèrent, en disant que c'était inutile. Il rentra dans l'embaFcalion et resta toute la nuit à les épier. Cette nuit même avait été choisie pour exécuter leur plan. Vo)uitt qu'ils étaient d>kouvert5, ils prirent le parti de

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retourner à Varagua, pendant que rinirépide Mcndet revenait k la Capitane luire son rapport. < Je l'acontai, dil-il, h Sa Sdgucurie ce quis*élal( passé; elle l'apprécia infiniment. >

Eucouiagé par ce premier succès et les remerclroenls de l'Amiral, dont le sufl'i'agc était pour lui aadci»sus de tout prix, le brave Diego Mendez s'olTiil à les aller ûpicr dans leur camp. C'était la comble du dévouement et de Ih témcrilé. Toulelbis, comme il méditait un stratagème, il lut fallait emmener un compagnon, et il le trouva, llien ne réussit mieux que l'audace. Un jeune aspirant de la Biscatenne, Rodrigo de tlscobar, voulut être de la partie.

En roule, Diego Mendez rencontra deux i-anots d'Indiens étrangers, et apprit d'eux que le plan déconcerté par sa présence serait exécuté sous deux jours pendant la nuit. Il les pria de le conduire moyennant quaultlé de joujoux jusqu'à Yeragua dans leurs eaools. Ils l'en dissuadèrent, parce qu'ils étaient ceriaios qu'en arrixnal on le massacrerait ainsi que ^ii compagnon. A force de cadeaux, il obtint pouilant d'être débarqué en face du principal village.

Les guerriers du Quibian barraient le chemin de la demeure de leur chef. Diego .Mcndez feignit de venir, en sa qualité de chirurgien, pour le guérir de sa blessure, donna des présents, et on le laissa passer.

La demeure du Quibian, posée sur un plateau au haut d'une émînence, occupait le centre d'une place ornée de trois cents têtes de vaincus. Malgré l'arrïtée voudame d'un lils du Ouibian, entouré de guerrier^

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Mcndez trouva le moyen d'obsei'ver la pjace et de se retirer sans une éjfnitiîïnure.

Par sutle de son rapport, Tarreâtation du Quibian fut rcfiolne. L'Adelaiitado, prenant avec lut qualrcvio|^l£ hommes, se chargea de l'exéntition.

Le Oiiibian, arrêté fort adroilemeal sans effusion de sang avec cinquante des siens dans sa propre demeure, Fut confié à. la garde du premier lieutenant, Juan Sanchez, g:iillard taillé en Hercule. Aux recrHiiinnndalionsdel'Adelantado, celui-ci répliqua d'unairfanfaronquilrépoadaildesonprisonnier, etperrncilait, s'il s'^chnppRtt, qu'on lui arrachât la barbe poil à poil. Lâdessus il emporta le Quibian dûment garrotté, le coucha au fond du canot, l'assujettit rorif nient à un banc, et l'on descendit le fleuve, car la nuit arrivait. Le Quîbùin poussait dcsplaintesau sujet du ses liens qu'il disait trop serrés. Juan Sancliex, sous sa rude écorce, n'était pa;: dépourvu d'humanité : il détacha la corde qui lixail l'Indien au banc des rameurs, se contentant de la tenir lui>mème dans sa main. Saisissant un ins* tant où le pilote regardait d'un autre côté, le Quibian s'élança d'un bond violent, lontba comme uu blcNï au fond de la mer et disparut. Renversé par la secousse du choc, Juan Sancliez avait lAché la corde involontaircmcut. Le Quibian, habitué à plonger sous les vagues, nageant entre deux eaux, s'échappa sans que personne put voir dans l'obscurité ce qu'il était devenu.

L'Amiral, oncréâ une lieue de rembouchurc, allen-

dait un veut lavorable aûn d'aller du-cctemcnt à l'Espa-

gnole, d'où il aurait envoyé à U petite garnison des reaforu et des approvisionnements avant son dépait pour la CasLille. Pendant ce temps, le Quibian, sorti des flots durant la nuit, comme un alligator^ s'était glissé dans les habil-alions écartées de sa peuplade; il y éveillait la haine de aes guerriers contre les étrangers.

partii sous les ordres du capitaine de pavillon, U brave Diego Tristan en personne. Trois malelols el deux novices tenaient les avirons. Le maîlrc tonnelier, Juan Noya, ainsi que deux maîtres calfats, devaient remplir les barils et parer aux accidcnls. Deux autres marins et le maître canonnier Mntico étaient seuls armés. Pendant que la clialoupe nageait vers l'embouchure du Meuve, <\u'clle allait remonter jusqu'à l'endroit où l'eau douce ne serait plus mélanj;ée d'eau de mer, les vingt hommes rest4':s avec l'Adelantado se ti'ouvaient épars, les uns sur le bord du fleuve, les autres avec Diego Qlendez au milieu des baraques.

Le Quihian, prontinl de la diminution momentanée de la garnison, fit entourer par les Indiens le campement des espagnols. 4 lis étaient plus de quatre cenis, armés de leurs flèches et de leurs massues. 1 Tout à coup ils poussèrent un grand cri, puis un second bientôt suivi d'un troisième. Ces cris heureusement donnèrent aux Castillans le temps de prendre leurs armes. L'attaque commenri par uoe nuée de flèches el de dards. Au premier instant, cinq ou six espagnols tombèrent blessés près des baraques, ut le contre-maître du Galicien, Alonzo Ramon, resta sur la place. Enhardis par ce succès, les plus braves ludieus, dédaignant les Javelots, fondirent avec leurs massues sur la poignée d'élraugers dont ils ignoraient encore la vi leur. • Mais aucun de ceux-U ne retoumait, dit un des acteurs principaux de celte journée, parce qu'avec nos épêes nous leurs coupions bras et jambes et les tuions

SUT place. * Dix-ncur g-uniriers tombftr^nt am$\ aa milieu des tispngnots. Celto perte jeta lYpouvaate parmi celle troupe, que rAJelanlado, armé d'una lance, poursuivait avec vigueur, quoique blessé d'un coup de javelot dont il ne liai pas compte. L'armée jadicnoe fil sa retraite dans les bois d'oA elle lancail impuaément ses flùches.

Sept matelots se irouvanl hors de combat par leun blessures, le détachemcal était réduit à treize hommes. L'Adelaulado encounigeail cette poignée de braves. Un seul combattant, éperdu d'épouvante, quitta son poste et s'earuit à toutes jambes. Diego Mendez l'ayant aperçu l'appela, lui commanda de revenir, mais en vain. Le fuyard répondit, toujours courant, qu'il voulait sauver sa vie. Ce déserteur en face de l'ennemi n'cLait pas Espagnol : c'était un Lombard, nommé Bastiano.

Sur ces entrefaites, la chaloupe de la Capitane arriva devant la scène du combat. Tous les Espagnols imploraient son secours. Mais Diego Tristan, esclave de fia consigne, ne voulut point apcoster; il craignait que ses compatriotes, se jetant à d fois dan^i la chaloupe, où les futailles n'étaient pas arrimées, ne la fissent chavirer, accident qui causerait peut-être la perte de l'Amiral. Il eut le courage do résister aux prières de la maistrance, de rester spectateur du combat qui venait de recommencer. Les Indiens avaient d*: nouveau quitté tes bois, et se croyaient sûrs cette foi^ d'exterminer jusqu'au dernier de ces étrangers. Hais Uâ Castillans, excités par l'Adelantado et Diego Men-

dez, les chassèrcDi avec une lelle ardeur, qu'ils s'en- Tuirenï dans leurs relrailes sans oser revenir â la charge de la journée. Ccl engagement arait duré trois heures.

Après, seulement, l'Adelantado s'occupa de sa blessure.

Diego Mendez, qui savait les ruses indiennes, prévînt le capitaine Dieg-o Tristan du danger qu'il courait en remontant le fleuve, pendant que les guerriers, cnroru réunis, cachés dans les herbes de la rive, épiaient, sans qu'il s'en doutât, tous ses mouvements et pot vaicnl tout à coup renlourer avec leur flottille de canotsJI Le capitaine de pavillon voulut, quoi qu'il advîut, exécuter les ordres reçus. U continua bravement à remonter jusqu'à un endroit où Teuu, devenue douce, oiïrait ime prise commode. Il est vrai que là aussi les deux rives se rapprochaient davnnUige. Pendant que Ton se disposait à descendre, le son des conques se lit entendre au fond des bois.

bicntàt on vit de toutes tes sinuosités du fleuve se détacher des canots jusque-là cachés sous les branches basses, lous également montés par trois Indiens, un rameur, deux archers pourvus d'arcs cl de javetols. La chaloupe en un instant se trouva entourée. Les traits partaient à découvert des canots et picuvaient du milieu des plantes nei-veuscs de la rive. Les Espagnols furent presque lous nttciuls i la fois. La chaloupe n'avait que trois hommes armés. Cette subite attaque, ces cris horribles, ce nombre illimité d'enoemis semblèrent les paralyser. Diego Tristan les excitait, montrant uo

calmeprodigieux, quoique blessé lui-même. Il fil une contenance héroïque; mais ua javelot le Irappa dans l'œil droil, perça l'orbite oculaire: il tomba i*aide mort. Le tonnelier Juan Noya, atteint sur le bord de la chaloupe, se laissa glisser dans le Qeuve. Nageant sous l'eau, il parvint seuJ à s'échapper el revint au camp espagnol raconter ce désastre. Ce récit y jeta la cons- Icrnalion. Les Castillaus se voyant réduits à un si petit nombre et presque tous blessés, enloiirôs de peuplades férocement implacables, se précipilèrenl sur ki

[Caravelle et voulurent fuir sans en jiarler A l'AdclaDtado dont ils savaient rinflci^ibilité. Mais l'eau n'était

.pas assez haute; ils ne purent faire sortir du fleuve le talicien cL se trouvèrent contraints de retourner à leur poste périlleux.

Dans la soirée, la chaloupe du Galicien rentra avec hommes qui ctaienL allés faire leurs adieux îfux caravelles. Lelendemaio matin, ils essayèrent au moins d'aller avec l'embarcation demander â l'Amiral de les secourir el de les emmener. La violence de la mer les empêcha de franchir l'embouchure. Ponrromhle d'af- Qiclion, le courant du fleuve apporta sous leurs yeux les cadavres de leurs infortunés compati-ioies qu'avaient cruellement mutilés les sauvages. Aiiirés par la pulréfaclion si hâtive dans ce climat, déjà des corbiiaux voraces, des vaulours puants enfonçaient leurs serres sur ces restes défigurés, battant des ailes et poussant des cris de joie durant leur horrible festin.

Kxaltés par la prise de la chaloupe, les Indiens recommencera ni leur attaque du camp espagnol.

LMpaissc vôgéuttion qui rentourait leur permettait d'approcher sans être aperçus; et ils te harcelaient ilouL instant avec leurs conques, Icnrs tambours tla bois, leurs cris farouches. Ils tenaient les éli-angers incessamment ea alerte pour les excéder. L'Adelantado, alinde remédiera celte situation, établit 1c poste sur un pinfeau dtîcouvert, où l'on fit avec des planches, de la terre et des tonneaux une sorte do redoute. Oa, mit au centre les provisions, les munitions de guerra.j Deux fauconneaux de lailon, en bon état, furent tournés sur les deux points tes plus exposés, et quelques décharges maintinrent l'ennemi i dislance respectueuse. Néanmoins les Espagnols se trouvaient pour, ainsi dire bloqués dans cc*te retraite.

De son côté, l'Amiral éprouvait de mortelles inquiétudes. Depuis dix jours, il attendait le retour de la chaloupe, et rien ne paraissait. Pressentant quelque malheur, plusieurs fois il avait envoyé le canot bien armé courir & sa recherche et lâcher de rapporter des nouvelles du camp. Mais toujours la violence du ressac, à l'embouchure, avait empêché rcmbarcation d'aller plus avant, et cUe-méme n'était retournée à la Capitane qu'en courant grand péril.

Cependant on espérait encore, à cause des ctnquaDta prisonniers gardés eu otage à bord du Saint-Jacqutt

de Patos, que les indigènes n'allaqucrflicnl pas ïe camp espagnol. Chaque soir oa enfermait les Indiens dans ]'entre-pont ; l'écoulille était cadenassée, cL par stiroroU de précaution des matelots coucliaient sur le couvercle. Un soir, les matelots au lieu de fermer le cadenas se contentêrcni de faire leur lit sur récoutille. Les Indiens remarquant l'oubli, à un signal convenu, par un elTort simultané de leurs épaules, soulevèrent )rusquement le couvercle, renveriaol les dormeurs et ^t'élancèrent la plupart dans les vagues.

L'inquiétude s'accrutpar celle fuJle; toutefois l'exemple des prisonniers bravant les Hots excita l'ardeur de quelques marins.

Le premier matelot de la Biscaisnne, Pedro de Ledesma, du port de SéviHo, s'oin-il pour aller à terre si l'Amiral le faisait conduire en canot jusqu'aux

^approches du ressac, où l'embarration atlendi'ait son retour. Grilce à ses muscles de bronze, à sa vigueur respiratoire, soutenue par l'habitude de l'onde amère, il allcignil le rivage et arriva inopinément à rétablissement espagnol. Il y fut reçu avec une Joie délirante^ comme un libérateur. On lui apprit le combat funeste du 6 avril, le sort du capitaine Diego Tristan, la des- ?uctioa de la chaloupe et des Uommes qui la mon-

'iaicnt. Il vit Juan Noya, son compatriote, le seul qui eût échappé à ce désaslre. Tous le chargèrent de supplier l'Amiral de les emmener, prenant Dieu â témoin que, s'il les délaissait sur cotte côte maudite, ils s'embarqueraient sur le Galicien à demi pourri ets'abaudouneraient à la merci des flots plutôt que de tomber

vivants entre les mains des sauvages qui leur réservaieut d'épou%'an labiés supplices.

Pedro de Ledesma reparlît chargé du message verbal de TAdelaotado. A travers le brisement des lames, il rejoignit le canot et lut conduit à l'Amiral, qui, pour récompenser ce courage exemplaire, l'éleva mcontifient au rang d'officier.

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Les Irois caravelles rntigiiaicnL sur leurs amarres* «liassaieal presque Loules sur leurs ancres. Il jugeail que, percées i jour el faisant eau par toutes les coulures, elles ne pourraient soutenir un nouvel assaut de la [empale. Les équipages se livraient à leurs appréhensions siolslres. Quant à lui. au paroxys^no de ses douleurs, il fui atteint d'une fièvre ardente. La mer irritée, le ciel rigoureux, pcrsislaiont dans leur ioclémeoce. Il n'a|>ercevail qu'angoisses el assouilirissement parmi les équipages. 11 voyait autour de lui pleurer â chaudes larmes les capitaines de mer, coraplétemeat démoralises.

Au milieu de celte sombte désolation, Christophe Colomb fît effort pour gagner la hune du grand mât cl voir s'il découvrirait au loin quelque signe salutaire. Il se retourna vers [es quatre points de l'horizon, appelant les venlâ à son secours. Mais le brisomi;n( lugubre de la houle répoodit seul à sa voix. Alors, ccdanl à l'oppression de sa tristesse. Il s'alTaissa au pied de la hune, comme autrefois le prophète tomb^ sous le genévrier du désert, el qui, l'âme navrée, demandait au Seigneur de le relirer de ce monde. Toutefois, Colomb ne murmura point et n'exprima aucun souhait. Son accablement fui trop grand pour se i-épandre en paroles. Il poussa des géinissemcnls intérieurs, et uoe transition insensible l'amena de la veille au sommeil sans avoir éteint sa pensée. L'arDictloo assiêgeail soa Ame endormie, quand il distingua < une voix compatissante >, dont nous allons essayer de reproduire les paroles avec uoe njélilé scrupuleuse, bien que nous dc.«espérioas de rendre en français, avec son éuergiqua

laconisme, l'expression Gère et la grandeur native du génie espagnol.

Celte voix lui disait :

f 0 iuseasé ! leal à croire et à servir ton Dieu, le Dict! de tous les hommes! que fit-il de plus pour Moïse ou pour David, son serviteur? hès ta naissance, il prit toujours le plus g^rand soin de toi ; lorsqu'il te vit parvenu à l'îlge (ixé dans ses desseins, il Gl mcrveilleuseraeut retentir Ion uoiii sur la terre. Les Indes, celle si riche portion de l'univers, il te les a données a»n:me tiennes; tu les as distribuées comme il t'a plu, et en cela il t'a transféré son pouvoir. Il t'a donné les clefs des barrières de la mer Océaiie, fermées jusque-là do chaînes si fortes I On obéit à tes ordres dans d'immenses contrées, cl lu as acquis une renommée glorieuse parmi les chrétiens! Que Ht-il de plus pour le peuple d'Israël lorsqu'il le lira d'Égvpte, et pour David même, qui de simple pasteur devint un roi puissant de Judée? Rentre en toi-mérae, reconnais enfin ton erreur : la miséricorde du Sei;,'neur est irilinie; ta vieillesse ne fera p:L£ obstacle au\ giiiude^i choses que tu dois^ccomplir. Le Seigneur tieot eu ses mains des héritages de longues années. Abraliam n'avail-il pas plus de cent ans lorsqu'il, engendra Isaac? ctiïara elle-même étaitelle jeune? Tu réclames no secours incertain : réponds, qui t'a tant et si souvenl allligé? Est-ce Dieu ou le monde? Dieu raaïmienl toujours les privilèges qu'il a accordés et ne fausse j;imais ses promesses. Le service une fois rendu, il ne dit point que l'on n'a pas suivi ses intenlions et qu'il renlendail d'une autre

manière ; ît ne martyrise pas, afin de prouver sa puissance. II siiil J'espril de la lettre. Tout ce qu'il promet, il le tieot, et même au delà. N'est-ce pas soû usage? Voilà ce que ton Créateur a fait pour loi et ce qu'il fera pour tous. Montre maintenant la récompense des fatigues el de^ périU que tu as essuyés eo servant les autres. •

( J'étais, dit Colomb, comme à demi mort en enlcndant tout cela; mais je ne sus trouver aucune réponse A des paroles si vraies ^ je ne pus que pleurer mes erreurs. Celui qi.l me parlait, quel qu'il fût, termina, eu disant : i Ne. crains pas ; prends couliauce ; toutes • ces tribulations demeurent gravées sur le marbre, ■ et ce n'eiit pas ^aos raison. ■

Ici nonsnous arrêtons.

L'adminilioD suspend notre plume. En li-auscrivant ces expressions répétées par Colomb lui-même avec sa ravissante naïveté, nous sommes saisi d'uu indéOnissable respect. Dans lanuil de celte vision brille comme un reflet de l'Horeb ou du Suiaï. On croit entendre soi-même le monologue mystérieux qui justifiait It Providence, aux youx de son envoyé. Le récit de cette consolation céleste qui se passe en ioterro^allons supérieures, en découvertes des intimes replii^ du cosur, est au-dessus de toute comparaison moderne. Il nous faut remonter aux cèdres du Liban, aller sous les palmiers des prophètes, chercher parmi les poésies sacrées do Jourdain pour retrouver une éloquence aussi puissante d'éaui^ie et du luâle fraudeur. Qui jamais ouil sur 1a

mer des paroles d'une telle majest*^? Conçoit-on un laii^ge d'une élévation plus solennelle et d'une simplicité plus digne?

Lorsque Colomb sortit de son accablement, H se seolit rortilié. Mais le temps ne se remettait pas.

Pendant neuf jours, sa constance fut de nouveau éprouvée. Knfin la mer se calma. Durant ce temps, le lidèle Dieso Mcndcz, en sa qualité de sucréutire en cherde la Hotte et de commissaire de 1» marine, avait combiné les moyens de rejoindre au plus tôt l'Amiral en sacrifiant le moins d'objets possible. Il passa quatre joui-s h faire, avec les voiles inutiles du Galicien, des sacs dans lesquels il renferma le biscuit qui restait ; puis il s'empara de deux canots indiens, les attacha l'un à l'autre fortement avec des espars, construisit avec des planche.'; un tillac sur lequel il embarqua la pourire, lu biscuit, les outils, les objets d'érhange; il fit lier par des câbles, à la suite de cette embarcation, les barils d'huile, de vin, de vinaigre, et, dts que la mer devint bonnti, le canot du Galicien^ manœuvi-é par lesraeilicui's rameurs, remorqua ce matériel et l'amena aux cai'aveUes. Après, il revint successive me ot chercher ce qui pouvait (Ire eiubarqué. En sept voyages, tout fut U'ansporlé aux caravelles.

Diego Mi>ndiiz eut le courage de rester le dernier à terre avec cinq hommes, de veiller à ce que rien ne fût iuulilemenl perdu ; puis, i la nuit, il s'embarqua lorsque tout fui tini. On avait retiré du Galicûm. lout ce qui pouvait s'utiliser; le corps du navire, percé à jpur pur lus tai-telii ut ouvert de tous c6léâ, fut ibaD-

donné daosle (leuve. On recul avec une indicible joie les compagnons qu'on avait cru perclus. Ce fut une ivresse générale. L'Amiral, plein d'affection pour ses serviteurs et de dévouement envers qui faisait soa, devoir, remercia publiquement Diego Meiidez ; pea-^ dant son allocution il l'embrassa cordialement plusieurs fois sur les deux joues; il le nomma son capitaine de |Kivitlon et lui donna le coimnandement de la Capi'

\ers la fin d'avril, dans la nuit du saint jour do rdqup5, l'Amiral donna, i au nom de la Sainte Trinité >, l'ordre du départ.

Les trois caravelles ouvrirent leurs voiles usées et mirent le cap sur llispaiiiola, où il importail d'aller au plas vite se radouber et se ravitailler.

La continuité des mauvais temps, cette incroyable succession de tempêtes, en épuisant les forces des matelots, ten'ifiaieut leur imagination.

Colomb sentait, h l'artiarncment des éléments conjurés contre ses caravelles, un suprême effort de l'ennemi du Salut pour s'opposer Îl l'accomplissemeut do ses vœux.

Od ne peut nier que ce voyage entrepris afin d'ouvrir &. la Croix une route sur l'immensité do l'Océan^ et la ramener en Europe par la circumnavig:itioD dn Globe, n'ait rencontré dans les vents, les flots, les météores aqueux, el ignés, une oppositiun violenta

— mi —

AuLinl qu'escepiionnelle, el que l'opiniAiif te du la luUe de Colomb ne soit le plus grand exemple de la constance Immaine contre des forces qui surpassaient si terriblement les moyens de l'humanilé. Jamais les plus vieux marins n'avalent ouï parler de tels périls sur la mer ; jamais les caravelles n'avaient expérîmenUi de si puissantes lames, soutenu de si fn.^uent-î assnnl.s. On n'avait point encoro vu pareille persislanco dans les colères de l'Ovéan,

Quelque chose de tenébi-eux, de formidable el d'agressif se faisait sentir dans le caractère de ces fureurs pélagiques, de ces variations de vents ioccssanles et toujours coatfairesà la route de Colomb, l'empêchant aussi bien d'aller en avant que de revenir sur ses pas le long des côtes. Ces contrariétés semblaient réellement combinées pour le contraindre k gagner le large el s'éloigner â toujours de cette ten*e nouvelle. L'historiographe royal Herrcra, lui aussi» a été frappé de cette rage inouïe dans les annales de la mer, véritable révolte de l'Océan. Il est de fait que, depuis lors, aucune exploration maritime sur le reste du Globe, aucun voyage postérieur dans ces parages ne fut plus éprouvé de celte cruelle façon. Celte campi^nc ébranla des constitutions robustes el ruina plus d*ua tempérament. Les billîments se trouvaient encore dans un état pire que les équipages.

Les navires, percés de trous, faisaient eau ; les provisions étaient avariées et comme perdues. Cependant Colomb, ne pouvant se résigner h cette idée que le détroit n'existait point dans ces parages, voulait

coolîDuer à le chercher, et, malgi-é l'avis coDimre des pilotes, il lit porter â l'est au Heu d'aller au Dord. Comme les oonleslatioas des ûtlTiciers sur la roule suivie et la route à suivre pouvaient occasionner de graves désordres dans l'état des esprits, avec celle supériorité de commandement qu'on lui cotioalt, il s'empara des cartes des pilotes et imposa sileace à tout le monde. Après avoir tait trente lieues, les voies d'eau de la Biscaienne étaient si considérables qu'il Tallut l'abandonner. Son équipage fui réparti entre la Capitane et le Saint-Jacques de Palos. L'Amiral n'eu continua pas main:» la même coule.

Habitué aux bontés de la PiYtvtdence qui l'avait tant de fois soutenu et pré.servé, Colomb pourâuivil son exploration avec ses navires criblés et presque sans vivres.

Le 1" mai, les pilotes, justement effrayés de la situation, lui représentèrent l'élat des biltiruents, l'anaiblissement des équipagres. épuisés de privations et de fatigues. Ils insistèrent tous. L'Amiral fit alors porter directement au nord. Pendant deux jours il eut lu bon vent. Ses orQciers cra)g:oaieQt d'avoir été poussés à Test de l'archipel Caraïbe, tandis que l'Amiral, au contraire, craignait d'avoir été entraîné à l'ouest du cap Saint-Michel, ce qui effectivcmenl était arrivé.

Le % mai, Colomb atteignit deux Iles si couvertes de tortues, qu'il leur en donna le nom. Lescouranlâ et

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'TOols contraires les poti»;^rciit de nouveau nu milieu des bas-fonds des Jardins de la Reine, quoiqu'il eùl tout Calculé pour les éviter. L'impétuosilô de la mer le coutraîgnit de j-éU-ûgrader cl de niellre à la cape. Les provisions étaient presque épuisées. U uereslait plus qu'un peu de biscuit, d'ail, d'huile, de vinaigre, et l'eau entrait de toutes parts. On était jour el nuit aux pompes.

Dans celte triste situation, luio tempête les assaillit.

L'Amiral perdit successivement, en peu d'heures» trois ancres. A minuit, la caravelle Saint-Jacques de Paies vint donner si violemment sur la CapUane^ qu'elle lui fracassa la poupe et s'enfonça le Jiaul de ravaat. « C'est une merveille que toutes les deux ne se soient pas mises co pièces. > La mer resta mauvaise pendant six jours ; au bout de ce temps, l'Amiral reprit sa route, c J'avais déjà perdu, dil-il, tous mes a^rès; mes navires étaient percés de trous plus qu'un rayon d'abeilles, et les équipages complètement démoralisés. > Il arriva i Mac-ara, sur la càte du Cuba, pour se reposer et se procurer quelques vivres. De là, il s'elîorça de gagner l'Espagnole; mais l'impulsion des courants el les vents le jetèrent bien au-dessous. L'eau entrait par tant de Irous et d'ouvertures que, malgré le travail de irols poiiqH>s, des cuves, des baquets et des chaudières, oa ne pouvait l'épuiser.

La tempête recommença.

Le Saint'Jaeques de Palos fut oblîgd de se jelcr aussitôt daas ua port. La Capitane voulut tenir la inermal}:^ré la lourmenle. Dans la Duit, l'eau montait si haut qu'elle fut sur le point de sombrer. < Ils ne savaieut à quel saint se vouer. Leur force, leur iodus- Irie ne pouvaient vaincre l'eau, quoique l'on IravaiIKH incessamment aux pompes. Déjà l'eau montait jusque sur le iillac, » l'Amiral le rapporte. « et mon navire était au moment de couler bas, lorsque Notre-Seigneur me conduisit miraculeusement à terre. >

Le 23 juin, au point du jour, la Capitane, bïenldt suivie du Saint-Jacques de Palos, fut poussée, sur la côte nord de la Jamaïque, dans un port bien abrité, mais inhabité et privé même d'eau douce. C'Mail la veille de la fête de saint Jean-Baptiste. Les équipages la célébrèrent en suivant, forcément, l'eiemple de ce prcdicdleur du jeûne.

Le lendemain, avec des périls et des fatigues inesprimables, on longea lacôieen cherchant una^ile plus à l'esi. L'Amiral reconnut vers le milieu de la partie nord de l'Ile le superbe havre qu'il avait apei-çu lors de sa découverte de la Jamaïque, mouillage commode et sûr, enlouié de sites l'avïssanls et que dans son premier élan d'admiration il avait nommé le port de la Sainte-Gloire : santa gloria, parce que Tharmonic des œuvres du Verbe Créateur s'y déployait avec une Indicible magnificence, et que son âme religieuse goCklait, dans les jouissances d'une tel!e contemplation, un bonheur dont le ravissement lui semblait comme une ombre de celui des élus.

CcUe t/MTC, si (rrncîtînsp'nicnl hospitalière, était fort pAuptéu et uboudautv en tontes clioses néRestuiires h [a vie. L'Arnirnl ne fut pn& st>ul <l reronnnilic ici une bonté pai'lirulière de Dieu. Son capitaine de pavilton, le brave Dit^go Mnnrfez, rnnsW'.m cet éviînomenv rnnime un acte de In misi^rîcordedinne.ED rapporiant cet aboidngc à ta Jamaïque, l'hiâtoriogniplié royut narrera dit aussi : « L'Amiral, en celle rencontre, fut i^randement favorisé de Dieu.» Un échounge ne pouvait s'opérer sur une côtfi ofTnint des ressources ptns apurées. Il semblait qu'elle eût 6\é choisie à des* sein.

Ln baie do S.inta Gloria se trouvait garAulie du choc du grand courant de Test à l'ouest par les ligues de a côte, qui à droite et à f^auche amortissaient l'effort •les vagues, di'jA brisées an loin par le promontoire i'^lat au couehaot et le cap I>rax au levant. l/enr:t- ■li-emenl de ta cÔte, si rirhnmRnt boisée, l'exemptait de la brusquf'He des vents de leire. Dhs eaux vives et fraîches se dèrhai-geaicntâ l'est par trois rivières délicieusement ombra^îées. Des fruits de toutes sortes, Lieu supérieui-s à ceux des auln-s îles, abondaient aux alentours. Le village de Maïma, à peine éloigné d'un quart de lieue, couronnait un gracieux coteau.

L'Amiral ordonna d'échouer d'abord le Saint- Jacqnei de Palo$. Quoique la Capilane lui pleine d'eau jusqu'au tillac, et qu'on s'étonnât de ce qu'elle n'eût [>as encore coulé à fond, Colomb senablaii vouloir essayer de la remettre en mer. 11 ne statuait pas sur le eort de sa caravelle : il ne donua l'ordre de l'échouer

qu*au bout de plusieurs jours, quand il eut reconnu que ce serait Icnler Dieu que de vouloir pousser plus loin avec un navire qui ne gouvernail plus et ne so soutenait que par un prodige.

Alors la Ca/>i(ane futatlachi^e àMbord du Soi»/- Jacques de Palos et reliée à ses flancs jar de forts madriers. Avec toutes les pièces des mdltire:> devenues inutiles el des cloisons intérieures qu'on parvint à défoncer, on éleva à l'avnnt el à l'arrière des dcun caravelles plusieurs baraques qui furent recouvertes en paille. L'Amiral consigna tout le monde à bord, pour éviter la moindre cause d'allercatioa avec les naturels.

Le capitaine de pavillon Diego Mendez, que, ntalgrô son tilrc purement honorifique, l'Amiral chargeait de la distribution des vivres, ayaul achevé de donner la dernière ration de biscuit et de vin, on sévit on présence de la famine. Personne n'osait demander à descendre pour aller chercher des vivres. Dans ces cruelles con]oucttii-es, la foi et l'inlrépidilé du fidèle écuyer de Colomb brillèrent de nouveau.

Il offrit à l'Amiral de se dérouer.

En conséquence, prenant une épée el se faisant accompagner de trois hommes courageux, il s'avunça dans l'Ile. Évidemment, s'il cill re.nr^nln^ des indigènes aussi belliqueux que ceux du Rio Itelen, il était perdu. Mais, ainsi qu'il le dit hii-même, t il plut à Dieu que je trouvasse des habitants fort doux qui ne me ^renl aucun mal, se rëci'éèrenl avec moi et mo donnèrent des vivres de leur plein gré >.

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Le capitaine iJc pavillon sq concerta avec le Cacique d'Aguacabilda pour la roiimilure rt^giiliëre d'tinc quantité délermiDée de poissons, d'oiseaux, d'ulias et de pain de cassave qu'on lui payccail en grelots, en peignes, en couteaux, eu iiameçons et en grains bleus doul les indigènes faisaient des colliers. Diego Mendez dépêcha aussitôt l'un des E<pa(fuols à l'Aininil, afin qu'il fit recevoir et payer ces provit^ions. 11 alla ensuite, à trois lienes plus loin, faire un arrangement semblable arec un autre Cacique, et dépêcha encora à TÂinirat un de ses compagnons pour le prévenir du marché. Goniiouant sa roule, le capitaine de pavillon arriva chez le groud Otcique de Hiiarera, résidant à treize lieues de Santa Gloria. Le chcfraccucillit parfaitement, lut promit des livraisons quolidiônnes de vivres, lui remit sur l'heure ce qu'il deinanila;et aussitôt celui-ci dépêcha vers l'Amiral soa troisiëmo messager.

Se confiant h Dieu, qui avait tant de fois manifesté sa protection â son inattre et l'avait soutenu tui-mi^mc eo des occasions difliciles, il osa rester seul et s'aventurer dans la partie orientale de l'île. 11 fut bien inspiré. Il an'iva sur les Irrres du Cacique ,4mcyro, qui se prit subitement d'amitié pour lui, écliangea son nom avec te bien, consentit à lui vendre un fort bon canot et lui prêta six rameurs pour le conduire sans fatigue où il le voudrait. En pnycmcnt, Diego Mendez lui donna tin petit bassin en laiton qu'il avait dans si manche, une casa([ue et l'une de^ drux rhcmiscs qu'il possédait. U remplit le canot de vivres et rejoignît à

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Mite viCêsse l'Aniii'al. En ce moment, sur les navires il n'y avait plus un ëciiI iimict-'au Je pain à mauger.

Les équipages, menacés de la disetUî, arcueillireat avec Iranspoi'l le brave Diego Mendcz. I/Amiral lui ouvrit sfîs bras, l'y serra afTectueusomenl, l'embrassa à plusieurs n:prisi's et signala publiqucnipnt ce service nouveau. Son cœur si généreux, si vaste pour la gratitude, appréciait dignement l'aUnt^galion de son 7.élé serviteur. Il ue se boiiiuil pas à le regarder avec admiratioo, il remen'in Sa Ilaule Majesté de sa proteclion évidente. Diego Meiidttz rappoite : u 11 rendait grâces à Dieu de ce qu'il m'avait ramené sain et sauf du milieu de ces nations sauvat^^cs. » A pailir de ce nioiuenl, ou vil ariiver rhaqiie jour aux navires des ludieas chai;gés de vivres.

lomb svait pu juj^er de leurs dispositions bctltqiictises. Elles poss^c]aient d'iniporlaotes flolUUcs de caDoU. Il leur éuûl Dtclle d'afTamer sur leurs ponions les naufragés, ou de les brûler avec leurs navires. Les équipages, exIéuuL-s par les fatigues inexprimables de celte navigation, semblaient abandonnés de toute énergie On ne pouvait remettre à flot les caravelles ni cp construire d'autres; il ne restait plus assez d'ouvriers pour l'ciilreprendre ; d'nilleurs tous les maîtres cbarpeutiers avaient péri dans la funeste journée du G avril,

Christoplie Colomb se trouvait ainsi naufragé sans lenipéle, n'étant ni en mer nî à terre, exposé aux dangers du rivage, privé des ressources des flots, livré à l'immobilité et à rimpuissance : position désolante, parce qu'elle était sans issue! Comment obtenir du secours? Par oi^ et par qui faire savoir à la Reine sa découverte des mines d'or de Véragua el l'existence d'une mer inexplorée, de l'autre côté du nouveau continent?

L'Amiral n'avait plus ni chaloupe ni embarcation qui pûi tenter le vovage de la Jamaïque à l'Espagnole par soixante milles d'une mer irritable et contre la force des courants el des vents d'est, qui souvent obligent un navire parfaitement équipé à plus d'un mois de lutte constante. Il était triste, à cause de cette position qiiai^i-humiliante pour le vainqueur de ta ne:; Tâ^fÉDREL'SE ; triste, par sa longue privation des sacrements (le l'Église et des confortatîons spirituelles; Irisle, surtout parce que cet exil ignoré, dont le Iciinû

était indéfini, allait reculf^r encore la d<^livrance des Lieux Saints, .tprès laquelle soupirait sa piéle.

Dans les perplexités de celte situation, et à tout évé- Dcmcnt, il écrivit aux Rois r^ilholiques le résumé de son exploi'alion, demandant leur secours pour le tirer de ce lieu, lui et ses équipages.

Que Colomb ail préparé un messa[îe, malfrré l'inipossibilité de le faire parvenir, ceci doit paraître une chose singulière : aucun autre homme dans une telle position u'uuruit eu cette idée ; car le moyen de le transmettre n'ctaît pas dans le naturel de l'humanité; aussi, tout habitué qu'était Colomb aux bonUis de sa Haute Hnjestc, il disait, en écrivant sa lettre aux Rois, que, si elle leur parvenait, ce serait un hiracle.

Ce fut, en effet, par un MmACLs qu'elle arriva dans leurs mains.

Cette lettre, longtemps oubliée, bien qu'on Tait autrefois imprimée en Espagne, fiL ^raiid bruil dans .les sociétés savantes il y a soixante-huit ans. A'eiiisc, tBassaao, Pise, Florence, Gènes, Turin, Milan, Pavie, Rome et Paris s'en occupèrent. Le savant Morelli, bibliothécaire à Venise, la flt réimprimer, accompagnée de noies, sous le. titre de Lrtteiia itABissiHA.

Cette letlre n'esl pas moins remarquable sous le rapport des faits maritimes que sous celui des découvertes, et & cause des événements racontés que dos observations recueillies. Elle tire surtout un intérêt

étrange des critiques cirronsUnces dsns lesquelles Colomb l'écrivit el de son mode d'envoi plus éloimanl

encore.

. A la simplicité toujours noble de l'Amiral s'ajonte ici nous ne savons quoi de louchant et d'anliqaie, de supérieur el de divin qui semble la suprême cxatioD de la vertu par le rnalhcur. Comme tous Ics^ écrits de Colomb, cfliii-ci porte le sceau de Taboiidaace et de la spontanéité ; seulement la puiftsnnne Aa géoie s'y rehausse de la sublimité du chréUtii ac milieu des épreuvfs extrêmes. Pourtant le Iiéi-aut de Croix semble n'y plus épancher son amour de lai Création. Depuis qu'une plume élrai-^ôre, celle deaon implacable enuumi Fonseca, a été vhai'gée de lui répondre, on dirait qu'il veut i^ider de toute prolanation la contideoce de ses Tues passionnées de la Nature et de son iniari»$;Lble enthousiasme des beautés an Verbe. Un sentiment de découragement perce dans ses paroles, nou \\*s au sujet de ses forces el du temps : rhomme de désir ne doute ni de la Pporidcnce ni 4e lui-ménie ; rajiis il devine qui? la santé de la Reise, consomée de cliaf^rins, va livrer aux conscillens é9 Ferdinand les alTaii^es des Jndes. En conséquence, ît Uil, voile ou abrège certains détails ; il a des r^ de cœur et d'épanchenieni religieux, (^hef d'une ei prise chrétienne, il sent que ses paroles seront Juj^éea seideniKUl d'a|)rês le mon<l«, par l'esiint du monde, avec les riguem-s de l'inimiiié secrète et la défaveur' préveniioax publique».

L*>Vjnii-at raconte d*abord les souffrances et les

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iravprscî inouT'ïs tie celte oavijralion. II annonc* rexislencc de l'Océan dû l'aulre côté de la '«re dé. couverte, sif;nalc les mines d'or de Vérafcua et des conin'cs adjacentes; il s'étend particiilièremenl mr cette ti'oiiviiille, qu'il sait dire l'unique objet des dû* sirs du Roi, cl dit : « Je âiis pins de cas de r«Ue échelle et des mines de cette terre que de tout ce qui a été fait dans les Iodes, i

Avant de parler de lui-même, il s'occupe des bnwins de ses équipages» de leur solde arriérée ; il appelle sur eux l'intérêt des Rois et assure que jamais pcr^ sonne n'aura porté en l-lspag^ie de mcillcurCR nouvelles. Le dcnûmcnt de ces homm<*s qui ont servi et soufTort lui rappelle que ceux qui ont déserté la colonie, j'uvani lo travail et calomniant son administration, avaient reçu des emplois; ce qui, dit-il, en soi est d'un lAcheux exemple. Ce manque de ju.stice le ramène au manque de zèle pour la délivrance du Saint Tomlteau, pensée constante de sa vie. Il fu^uible par dignité chrétienne ne pas vouloir reparler d'un projet déjà sacrifié par l'ambition de Ferdinand à d'incertains agrandissements ea Italie. Celte alTaire, il ne l'appelle point par sou nom ; il ne la nomme pas, tant elle est connue di!S Rois ; mais s;t )>cnsée, noarrie du pain quotidien des saintes Écritures, l'expose dans la torme d'ane figure biblique. Il donne i la quet>tion des Lieux Saints, allendant leur délivrance, l'image du Sauveur lui-niëme, allendant les bras ouverts, durant tout le jour, le peuple incrédule.

Disons en passant que celle magnifique image, en-

demmPiit inspirée du prince prophète Isaïe, est rnslfe inapei'çue par les biographes de Colomb. Aucun d'eux n'en a compris le sens. Pas môme en Ilnlie les savanu éditeurs cl Iradiinleurs de la Lettera rarissima ne se sont doutés de sa signification ; i>as plus les uns que les autres n'ont reconnu quelle était celte affaire si importante qui, les bras ouverts, appelant cavaiu à elle, toujours attendait.

A la suite de cette idée qu'il voudrait, pour l'honneur d'elle-même, ne plus exposer aux froids dédains ou aux éternels ajouniemenls de la Cour, le Révélateur du Globe, voyant bien qu'il lui faudra délivrer avec ses seules ressources le Saint Sépulcre, sans l'appui du Kerdinand, demande ne qui lui est dA, comme la part de Dieu mémo. Il dit aux Rois : i 11 est juste de donner à Dieu ce qui est & lui ; » comme si sa part était celle do. l'Église. H réclame la rcsttiulion de ses biens et de ses honneurs, le chAtimenl de ceux qui l'ont volé et calouinié. En agissant ainsi, dit-il, c Vos Altesses montreront une iros-grandc vertu et laisseront & TKspjijîiie un [^rand exemple et une mémoiro glorieuse, comme princes justes et reconnaissants. >

Quoique sa raison, son équité ne soient pas moins révoltées que son cœur de la manière dont on a récompensé ses services, ni réticences amères, ni vengeresses ironies no se font entrevoir dans sa plainte; il s'excuse même d'avoir réveillé des souvenirs qu'il eût voulu eniicvetir dans le silence. .Mais l'énonnité do rinjuslice^ l'excès de l'ingi-atilude commises conuo

i l'attonJrisscnt snr son propre sort. Le caractère éiiique de ses malheurs, la gigantesque poésie de ses épreuves di! mer» l'iniquilé qu'il subit, assuiV;mcnl I.i plus incomparable après celle des Juifs envers le Sauveur, le Ininsponenl au di'là du temps; et le Rcvéla-

ur du Globe, se pinçant au point de vue de la postérîlé, déplore la destinée mortelle de Christophe Colomh. Il s'ôoric: « J'ai pleuré jusqu'à présent sur les aulros ; maintcDanl, que te ciel me fasse mist'rii'nrde et que la Terre pleure sur moi !... qu'il pleure sur

oi celui qui aime la charité, la vérité el la justice I s

e nVst point la CasiiUe ou l'Europe que le Messager de lu Croix convie A pleurer sur lui : c'est ce Globe I entier qu'il a découvert : « Que la Terre pleure sur « moi! >

^1 Quoi mortel osa jamais tenir un tel langage? La subli- ^BdIIi^ de celte condoléanco correspond à son iofurlune sans exemple. Quel poète, quel prophète, quel Héros de l'Évangile, en parlant de lui-même, eut une plus puissante hardiesse d'images, et rcvélit d'une plus grande majesté l'accent échappé de son cœur? C'est I bieu vérilablemenl ici qu'on sent que < le style, c'est ^fciomme > : la grandeur, la simplicité, la tristesse et ^Taudace s'y trouvent nalurellemcDl harmonisées comme une seule viliration de l'Ame.

L'Amiral, en écrivant cette lettre, annonçait qu'il l'enverrait au moyen des Indiens. Effectivement, d'aventureux pirates se hasardaient parfois avec leurs canots h de très-grandes distances, en suivant certains courants et faisant escale sur diverses côtes. Mais,

«lut de savoir ce que le Très-Haut, suivant l'oxprossion de Pieri'e Uarlyr, « nvnit décidé à son ci^ard ».

Évidnmnienlseul, uo chrétien prêt aux souiTraoces, un homme de dévouemenl faîsanl à Uicii k sncrilîce de sa vie, s'immolaut au salut de tous, pouvait lenlcr celte entreprise. Mais qui serait cette géaéreiise victime? Colomb avait beau clieiclier;il ne voyait capable de cet héroïsme que son ancien serviteur, le capilaine de pavîiton, Diego Mendez, orticicr formé à son intime école, qui aimait Dieu, la science, l'Amiral sou maître, et n'élait point retenu par les attaches de la terre.

Le dixième jour, Christophe Colomb appela le capitaine de pavillon k une conférence particulière qui, restée seoréie pendant trenlc-lroîs ans, fut divulguée par celui-ci, le 10 juin 1536, dans l'acte soleuuel de ses dernières dispositions. La grandetir d'Ame quo nécessitait un sujet ïi délicat, la gravité des conjonctures au milieu desquelles on était placé, donnent à ce mystérieux colloque un intérêt saisissant»

L'Amiral cl son cajiitaine de pavillon étaient seuls devant Dieu dnns la ciibiue. Voici quelles furent les propres paroles do Colomb :

( Diego Mendez, mon fils, aucun de ceux qui sont ici, excepté vous et moi, ne se doute du danger dans lequel mms sommes, par suite do notre petit nombre et de la iiiiilûludedeslu(lii-nssauv;igi:.s dont le «U'ito lère est inconstant et fanlasque. Aussitôt qu'il leur prendra fantaisie de venir nous rôLîr dans ces deux

DaTÎres, doDl dous avons fait des maisoDs de iiaille, ils pourronifacitemeat, delaterre, ymeUrele feu eluous brûler tous. L'arnuigemenl que vous avez fail avec eux, pour qu'ils nous apportonl des vivres, peut bientôl ne plus leur coaveiiir, et il ne serait pas surpreuaul que demain ils ne nous appoilasscnt plus rien : or nous ne sommes pas en posilion de prendre ces vivres de vive force, el nous aurons à en pnsser par oA ils voudront. J'ai pensé à un moyen pour nous tirer d'embarras, si vous le trouvez boa : ce serait que quelqu'un s'aventurAl sur le canot que vous avez aclielô pour se rendre à l'île Espagnole et s'y procurer un uavire, avec lequel nous puissions sortir de la situation périlleuse dans laquelle nous nous trouvons. Dites-moi voire opinion. >

Diego Mendczré(>ondit : « Seigneur, je vois parfaitemenl le danger qui nous menace, el il est plus grand qu'on ne saurait l'imaginer. Je considère le projet de passer de celte Ile dans Tilu Espagnole avec uu bâtiment aussi petit que ce canot non-scuicmcnl comme fort difficile, mais encore comme impossible, parce que je ne connais personne qui ose se hasarder h rourir le risque si paient de traverser un golfe de quarante lieues entre des lies o^ la mer est si impétueuse, a

Il y eut un instant de silence.

Colomb ne répliqua point, car il n'y avait rien h rObjecter. Il ne s'agissait plus de raisoimcmenl, mais ^de sacrit'ice. Sou regard, son attitude disaient a^ez & son écuycr que cY'tail à lui, homme de loi et de cou*

n«:e, qiii nvait éprouvé la bonté de Dieu, de s'offrir de Douvi;au pour là salul commua.

Diego Mondez comprit ce muet langage de la pensée el répoudit : t Seigneur, j'ai liasai*dé plusieurs fois nta vie puur sauver la v&lrc et celle de Luulcs les pcf' soQDes qui sonl avec vous, el Dieu m'a miraculeuse* nit-'DL sauvé. Mai^Tr ma <-oiHluil.c, il n'a pas manqué de miidi.sant^ qui aienl dit que vous me cooliez toujours toutes les choses oii il y a de l'Iioimeur à acquérir, loi-sque parmi nous il y en avait d'autres qui les exécu» tcfiiiinil aussi bien que moi. Par ce motif, il me parait nonveuable que VoUe Seigneur'ie les tasse appeler tou&r ^<^'"' pt'opose cette enti'epri.sef pour voir si parmi eux il se trouve quelqu'un qui veuille s'en chai'ger, ce dont je doute ; el si tous refusent, je Iiasardenii ma vie pour votre service, ainsi que je L'ai déjà fait plusieurs foU. »

Dès le lendemnin, tous les ofTir-ii^rs furent réunis au conseil. Ils étaient assis en demi-cercle autour de l'Amiral, qui exfioaa la situation et proposa d'envoyer uD canot à Uispaiïiola. Au premier instant ils furent muuis do swprise. Ensuite quelques-uns représentèrent qu'une pareille proposition était sans issue, puisque tenter une telle traver&éii était impossible.

Alors Die^o Mendez se leva et dit :

€ SKigniTur, je n'ai qu'une seule vie, el je veux la hasarder puur le senice de Votre Sei^^neuria el pour le bien de tous ceui qui sont ici, parce que j'espère que Dieu Notre-Seigncur, en voyant l'intention qui me

t)îri^e, me sauvera comme il l'a déjà fait tant dn fois. >

L'Amiral, ayant eotcodu celte rrsoliitton, quitta son siège, attira & lui le noble Diego Memlez» Tembrassa saintcmeDl, arec une aRerlueuso admiration, le baisn sur les Joues, et dit tout liaut : « Je savais bien qu'il n'y aurait que vous ici qui osassiez vous charRcr d'une telle entreprise, o Après la juste satisfaction donnée à rofllcier, «'adressant au clir^tien, il ajouta nven celle puissance de foi, secret de sa grandeur : «J'ai la ferme conCaocc que Diou Notre-Scigneur vous fera surmonter les dangers qui vous menacent» comme il Ta fait dans d'autres occasions, j»

fiien qu'il comptât sur la bonté divine, Diego Mendez oeni^gligeait aucune précaution de la prudence humaine. Il f\l tirer A sec son canot sur It: rivage, le retourna, y ajusta une quille et un petit mât, en ponta l'avant et l'arriére avec de solides planches, le calfata soigneusement, Je fit passer au suif et au goudron, prit des vivres pour huit personnes, et ayanl reçu les déptichcs de l'Amiral cl ses pieuses cxhurlalioas, il mil en mer avec six rameurs indiens et un I-lspagnot quo tenta son aud,ue.

Avanl d'arriver à la pointe orientale de l'île, il fallail longer trente-cinq lieues de côtes, braver les coups do .Tent de terre, l'iiiipétuosilù des courants, affronter ^mémedesporilsiiicounus. Il fulsurjiris]i:jruiielluLLiIlo de pirates indiens, qui se saisirent de lui. Mais» raconle-t-il, « Dieu me délivra miraculeusement », Sans se laisser intimider par ce genre d'accidents, qui

n*élalt pas eoiré dans le calcul de ses prévisicos, il conUaua sa route el allejgtiit eofia l'exlréniitû de l'Ue.

Avec confiance, l'envoyé de Colomb attendait 15 que la incr, alors îi(îili5e, se calmai pour enlrepreodre la traversée, lorsque les Indiens du roisiniige complolèreul de le massacrer et de s'emparer de son canot avec son contenu. Déjà ils l'avaiept saisi, entraîné daiki les terres à trois lieues et jouait;iil sa mort à une partie de paunic. Les joueurs qui auraient perdu la partie devaient se chaîner de l'assassinat. Dieu permît que Diego Mendez comprit leur projet, réussit à tromper leur sun'eillance, à s'Ochapper, à reconnaître sa route ei à retrouver son cauot. Le vent était propice ; ouvi*ant la voile, l'intrépide capitaine revint au port de Sanla Gloria, rappurlimt sauves ses dépêches À TAmiral. « Je lui raconlai, dit-il, de quelle manière Dieu m'avait délivré des mains de ces sauvages. Sa Seigneurie eut une grande joie de mon retour. Elle eue demanda si je reprendrais mon voyage. ■ Diego Hendez répondit qu'il allait se remelUe en route, pourvu qu'un détachement bien armé rcscorlilt jusqu'à ce qu'il eùL pu s'éloiguer de lu pointe orientale de l'Ile nommée Aomaquique. L'Amirnl mit à sa disposition soixante-dix hommes sous les ordres de l'Adelantado. qui devait rester avec lui à la pointe Aomaquique jusqu'à ce qu'il en fût p:irti, el y stationner encore pendant trois jours après son dépail.

Ce courage excita une noble émulation. Le capitaine de la Btioxiennet Barthélémy Fieschi, de race illustre et admirateur de Colomb, bien qu'il Tùi son

eoinpalrîole, s'offrit à lui rapporter des nouvelles de rarrivée de Diego Mendez à Hispaiiiola. Pour les pro- I^Rer fonlrc les Indiens, quelques hommes se di^cidèrcnt alors à le suivre. On prépara un second canoL Sur chaque embarcalioa montèrent avec Diego Uendez et Barlhèlemy Fieschi six Espagnols, qu'Us avaient choisis, cl dix Indiens pour tenir les rames. Il fui convenu qu'après avoir touché à l'Espagnole, Fieschi reviendrait informer l'Amiral de leur heureuse arrivée, pendant que Diego Mendez irait porter au gouverneur la lettre dont il était chargé, et qu'après avoir p.ipêdiê h la Jamaïque une caravelle bien approvisionnée, il porterait en Espagne les dépèclies à l'adressa des Rois.

Les lieux canots v<^uant do conserve et longeant le rivage, que suivait le détarhcmenl commandé par l'Adelantado, arrivèrent assez laborieusement à la pointe Aomaquique. Ils passnr<^nl là quatre jours i attendre que ta raer fût calmée. Alors les vagues semblèrent s'endormir. Diego Mendez se mit en prièi'âs, se recommanda à la miséricorde divine, à la protection particulière de Notre-Dame d'Aiitigua et prit congé de l'Adelnntado. Kn ce moment suprême, des pleurs mouillèrent les yeux de ses compagnons. Les Espagnols de l'escorte, remués par la vue de ce dévouement, de cette confiance en Dieu, touchés de la gmuduur de ce sacrifice, c rersèi-euL des torreoU dâ

larmRS ». Ces adieux étaient déchiranEs. Mais Tenvoyé de l'Amii'al, sans être amolli par cette explosion de sensibilité, s'armait conirfi l'atlendrissemenl par ses paroles de son chef : a J'ai la forme confiance qiio Dieu Noire-Seigneur vous fera surmonter les dangers qui vous menacent, comme il l'a fait en d'autres occasions. » El il s'éloigna de la côte, voulant mettre à profit cette bénignité des fiots, si rare en ces capricieux parages.

Il tenait l'est, quart-sud. Les rameurs faisaient d? leur mieux. Aucun soufDe ne ridait l'onde azurée. La chaleur cl la soif les incommodaient beaucoup. Pour se rafraîchir et se délasser, ils se jetaient de temps h autre dans la mer et reprenaient les avirons à tour de rôle. Comme ils se plaignaient de la soif, les capitaines leur donnaient fréquemment des calebasses remplies d'eau. Us furent trop compatissants le premier Jour.

Vers le soir on perdit de vue la terre.

Les Espagnols, pour éviter toute surprise, firent leur quart sur chaque canot. Le matin ils claicnt trèsfatÎRués. Lî» chaleur s'accrut avec le jour. Les rameurs brûlés de soif tombaieni sous leurs bancs. Diego Mendez et Carlhélemy Fiesclù avaient mis en réscr^-e deux barils; et quand ils les voyaient ainsi défaillants, ils leur distribuaient quelques petites gorgées. Ils leur faisaient espérer d'arriver bientôt à la petite lie de Navasa. Cette idée releva le courage des mmcurs qui craignaient de l'avoir laissée loin de leur roule.

La nuit arriva ; elle fut brûlante.

Leurs bras sans force laissaient tomber les rames. Ils étaient étendus immobiles au fond des canots. La moins robuste d'entre eux expira dans les tourments de la soif. On jeta son corps à la mer. Le lendemain ils firent un dernier cfTort;n)aisle soleil les brûlait. Ils metlaienl dans leur bouctie un peu d'eau de mer pour modérer celle ardeur qu'ils ne faisaient qu'accroître, Et la nuit arriva encore sans qu'ils eussent découvert rtle promise. Alors une'sorabre désolation s'empara des cœurs. Perdant toute espérance, ils se résolurent  mourir.

Seul l'envoyé de Colomb, se eonfianl ik Dieu, conservait quelque espoir dans son sein. Cependant la lune se leva au nord; et Vïe^o Uendez, qui sans cesse portait les yeux autour de lui, remarqua qu'une ligne sombre et brisée cachait la partie inférieure du dii>que. 11 conjectura qu'une masse opaque s'interposait au loin entre l'astre et les canots. Alors remerciant le Stii^'neur de l'avoir secouru par ce si^ne céleste, il réveilla te zèle de ses canotiers, qui se mirent tous aux rames, el le lendemain au point du Jour iU atleignirenL Navasa.

Celait une Me basse, aride et n'ayant qirune dcmilieue de circuil. Elle était formée de rocs nus, n'avait ni source, ni arbres, ni plantes. Par boniieur, dans les creux des rocbers se trouvait encore de l'eau des dernières pluies. Diego Mendez rendit de vives actions de grâces à Dieu de celte miséricorde. En voyant le peu d'étendue et d'élévation de Navasa, tl comprît que

ta soD œil ne se fût pas ûxé sur la lune en ce moment précis, ils auraienl passé hors de leur route sans distinguer, et se serai>:>nt inbilliblemcnt perdus dans l'immeusité des Outs. Ils se déledèreiit avec cette eau du ciel. Plusieurs Espagnols^ malgré l'avertissement des deux ofTiciers, en burent & se rendre malades. Quelques rameurs se désaltéraient avec une telle passion qu'ils furent siifToqués et moururent sur la place.

S'étant reposés pendant quelques heures, Diego Hendez et Barthélémy Fieschi remontèrent sur leur» canots.

Ils avaient fait remplir d'eau les barils el les calebasses. IH raïuèreut toute la nuit, et le lendemain, dans la matinée, atterrirent au cap Saint-Michel, aujourd'hui nummé le cap Tiburon, sur une fort belle plage, où accoururent aussitôt une foule d'habitants du voisinage avec quantité de vivres.

Après avoir pafsé deux jours en ce lieu pour réparer ses Torces^ Diq;o Mendez loua six rameurs indigènes, ceux de la Jamaïque étant à demi morts d'épaîsement, et se dirigea sur Saint-Domingue, encore éloigné de cent trente lieues. Quand il eut Fait quarante lieues nu milieu des pins grands dangers, parea3 que cette partie de l'Ile n'était pas encore soumise, et que ces parages étaient parfois infestés des Caraïbeft antlimpopluiges, il aborda au poi t d'Azua, où le com-l mandeur Gallegi), qui administrait le district, lui apprit que le gouverneur gènénil Ovando se trouvait à Xaragiia. à cinquante lieues dnns rinlériciir drs terres. Abandonnant son canot, il partit aussitôt pour le r»>.

joindre, alhnt seul et à pied k Inivers des Irihus insoumis*îs ou irrilces, de hautes montagnes, dos rivières rapides et des ferais inextrirablcs qui scmhlaicDt déGer son héroïsme durant ces cinquante lieues d'obstacles. La solitude ne l'épouvantait point. Sa confiance en Dieu et le souvenir de son maître le soutenaient contre les dangers vëritabics et les terreurs de l'imaginalion.

Df^s que Oiepo Mt^ndez l'eut quitté, Barthélémy Ficf^ii voulut repartir» pour apprendre à l'Amiral l'arrivée de ses dépêches à HispaiSiola. Mais telle était la Talig^ue des Espapiols et des Indiens, qu'il ne put les décider â le suivre. Four rien au monde Ils ne tohlaient recommencer en canot un pareil voyage, dont la réussite paraissait un miracle sur lequel il ne fallait pas compter deut fois. Force fut donc à Tinirépide ^ntilhomme d'attendre le navire que Diego Mt^ndez était allé solliciter du gouverneur général.

in

Toujours consiffnés h liord des deux caraveTles, les équipages tournaient sans ce^sa vers le nord leurs regards impatients. Us attendaient le retour du capitaine Fieschi , et espéraionl découvrir son canot. Bien des semaines s'étaient succédé dans cette inutile attente. L'inlluence de cette température nouvelle, la nourriture exclusivement végétale i laquelle on était réduit, le manque de vin et do cordiaux, après les

fatigues inouïes qu'on avait supportées daus cfi(t« navigation sans exemple, agirent sur les lempéraments les ptus faibles. Un certain nombre de marins ftirent obligés de s'aliter.

Cette circonstance assombrit les esprits aigris par les privations, rinccrtitude de l'avenir, l'isolement et rimmobililê à laquelle ils étaient contraints. Les jeux de dés et de hasard étaient sévèrement inlerdil^ dans la marine castillane. La cambuse était close. Il n'y avait point de manœuvre à faire; plus d'exercice de voiles ou de tir. Deux vigies placées en faction sur les cabines de l'avant sufUsaieuL pour la sûreté de cet ennuyeux caf^erncment. La beauté de la rade si digne de &on nom, cette vision terrestre de la gloire du Créateur, n'éveillait rien dans ces Ames cupides et matérielles. L'ennui naquit du repos, qui amenait l'oisiveté. Or l'oisiveté, on le sait, est ta rocre des ?ices. Les marins désœuvrés faisaient secrètement leurs commentaires sur leur situation.

Nos lecteurs n'auront pas oublié que les quatre caravelles de l'expédition avaient été noiisêcsà Séville. Ceux qui les montaient appartenaient la plupart à ce porl. L'.^miral avait choisi tout son corps d'olTîciers, i l'esception des dimx frères François et Diego de Porras, aussi de Séville. Colomb les apprécie on ces termes : < Aucun d'eux n'avait les talents nécessaires pour ces emplois. Dans les Indes, ils se montrèrent de plus en plus vains de leurs positions. Je leur pardonnai une Coule de manquements que je n'aurais point passera un parent, et qui méritaient une autre puni-

tioa quG des l'éprïmandfîs. > Loin de se monlrcr touchés «l'une indulgeDce si paLcrnollc, les deux Pon'as résoluccuL de coaquérir une brillanle position, aux dépens de l'Iionneur et de la vie même de leur bieufoiteur. Ils comptaient sur l'impunité, à cause de leur sœur» alors réputée la plus grande beaulé de Sévilfe.

Les frères Porras aUirèreoL aisément à eux des matelots et des novices de Séville, qui se trouvaient flattés d'cotrcr en rapport avec des gcnlilhonimcs de ta cité natale. Corps robuste, esprit gi-ossior, l*ex-matelot Pedro de Ledesnia, aussi de Séville, oubliant la haute promotion qu'il devait & l'Amiral, se mit de leur parti. Ln pilote major, natif de Cadix, mais aflilié aux gens de Séville, Juan Sanchez, qui avait laissé échapper le Quibian placé sous sa garde, après avoir répondu avec tant de fanfaronnade, mécontent de lui-même, croyant réparer cet échec par un crime, s'associa au complot. Sauf ces deux oITicicrs, ils n'ébranlèrent aucun des membres de Pétal-major, mais gagnèrent dans la maistranoc et parmi les matelots ce qu'il y avait de plus robuste et de plus hardi : le maître tonnelier de Séville, Juan Noya; le maître armurier de Séville, Juan Itarba, ferrailleur effronlé, Gonzalo Gallogo et FraDçois Cordoba, qui furent déserteurs ; Andrés et plusieurs autres, tous du port de Séville ou des alenloui's. Ce complot, exclusivement composé de gens de Séville, s'ourdit lentement.

La désertion en masse fut résolue. Toutefois, commo on ne pouvait l'elTectuer sans canots, sans armes, sans objets d'échange, ei qu'évidemment ces choses no

— 4ftfl —

B'obliendraieot que par la force ouverte, c'csl-â-dîre un combal conirc les gens de rAiniral, on convint d'atlendre rcxpiniiion de l'annne ; et si aucune nouvelle n'élait arrivée à celte é|ioque« dès le â Janvier, on s'emparerait des choses nécessaires et l'on partirail pour Flispafliola.

Cependant Colomb, fort occupé des malades, plein de sollicitude pour tous ces hommes qu'il avait conduits â la recherche du Détroit, était lui-mt^me accablé de souffrances physiques. Ses douleurs articulaires le retenaient cloue dans son lit, comme peiclus. Ilahituë à soulTrir, exercé dès longtemps à la rési^aiion, il ne montrait aucune impatience. Un pressentiment secret l'assurait que Diego Mondez était arrivé hcureusemcut. D'ailleur.s sa soumission à la volonté divine, son parfait acquiescement éloignaient de lui les violentes pensées et les secrètes iiritations dont étaient agités un grand nombre de ses marins.

L'Amiral avait plusieurs fois réuni en conseil tous ses officiers pour leur demander s'ils trouvaient quelque moyen d'améliorer la situation. Quant i lui, n'en voyant point, son avis était d'attendre avec constance et confiance, malgi-é le lonf; temps déjA é,roulé. Dans ces conseils, les deux Porras n'avaient rien eu à objecter; presque tous les oHiciers partageaient l'a^s de leur chef.

On était arrivé & l'année 1504.

L'Amiral avait offert â Ûieu tous les jours de l'annéo qui s'ouvrait.

Le lendemain ^janvier, époque fixée parles rebelles, Os prirent les armes. François de Porras ouvril impudemment la cabine de rAmiral, que ses douleurs tenaient iinmobiln dans son lit, cl» d'un ton provocateur, lui dit : « il parait, Amiral, que Votre Sei'^neurie ne compte pas relouraer sitôt en Castille, et qu'elle a résolu de nous faire périr ici. > Ce début surpril Colomb, suivant sa pittoresque image, a autant que ai les rayou du soleil avaient produit des ténèbres >. Eb entendant ces insolentes paroles, l'Amiral se douta aussitôt de tout ce qui pouvait être arrivé i et il lui répondit, avec une modération pleine de courtoisie, qu'il devait bien voir l'impossibilité de passera Uispafiiola sans avoir des navires; que, dans la ;;ravité des conjonctures, il n'avait jamais rien voulu décider sans prendre l'avis de ses officiers; qu'il les avait réunis plusieurs fois pour délibérer â ce sujet: que s'il venait de trouver quelque expédicnl, il serait charmé de convoquer, tout expi'ès, le conseil et de lui communiquer sa proposition.

Là-dessus, Frnnçoîs de Porras répondit d'un ton railleur, ctruelleinenl aggravé par l'insolence du geste, qu'il n'était pas besoin de tant de discours, et qu'il eOt

^i s'embarquer sur l'heure, sinon qu'il restât à la garde de Dieu; puis il lui tourna le dos. ' Je m'en vnis en Castille : qui m'aime me suive, i cnait-il A ces compatriotes de Sévillo qui s'étaient approchés. Tous s'écrièrent: Moit moil œ sera moi! Et en méma temps ils se répandirent sur tous les points du bara-

^quement. L'armurier Juan Bnrlm osa tirer son sabre, lena^^nt les gens de l'AniiraL Les marins de Sévilla

pillèrent to magasin d'armes , où étaient rangfés les objcls d'échange; ils prirenl les marchaodises, les ustensiles à leur convenaDce, en criaal : Castillel Caslille! lamlis que d'autres, excités par les Porras, criaicnl: t Qu'ils meurent t qu'ils meurent! » et que les esprits indi^cis s'écriaient : c Seigneur Amiral, que fcruns-nous ? ■

Au milieu de cette horrible confusion, l'Amiral, tout pei-chis qu'il était, essaya de sortir de son lit; tomba, se releva el retomba encore; mais il persista cependant & vouloir sortir de sa cabine el à se [wrler sur le champ du tumulte. Son jeune (ils, ses oflioiers, SCS écuyers le prirenl dans leurs bras et le remîrenl dans son lit. Pendant ce temps, l'Adelanlado, qui avait saisi une hsllebarde, s'était posté près de la pompe pour interdire aux rebelles l'approche du château d'arrière. Lies ofliciers el les serviteurs dévoués de Colomb realralnèrenl dans la cabine de l'Amiiol, et ils obligèrent les frères Porras à se retirer, en leur représentant que, puisqu'on les laissait faire et prendre ce qu'ils voulaient, il serait prudent A eux de se retirer avant d'filre cause de la mort de l'Amiral, ce dont assurément ils seraient sévèrement châtiés en Castille par la justice de la reine.

Les rebelles partirent en poussant des cris de triomphe. Le succès grossît leur bande : c'éLiil à qui l'amasserait promptement ses bardes et obtiendrait une place dans les canots. La troupe de Porras se monlïi à quarante-huit hommes. Il ne resta auprès de l'Amiral que les ofliciers les plus dévoués, ses servi-

leurs, et les malades, qui se livratenl au désespoir, croyant abaDdoniiés.

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Eq apprenant leur désolation, l'Aminil se fit porter à rinûrmerie pour les consoler, relever leur couixii^e, leur parler de Dieu, qui éprouve par les iribulalions, les engager à mettre en lui leur conOaore el leur promettre qu'il apporterait bienlùl remède à leur situation. Il prit des mesures pour que ces iufortuncs reçussent des soins assidus.

Rcmarquons-lo ici : généralement le monde ne tient pas compte au Révélateur du Globe de son apostoHipie charité. Il semble que la grandeur de son œuvre fasse oublier celle de ses actions. Sa sublimité chrétienne, sa patience, sa résig^oalion, sa jusiice, sa foive, sa touchante humilité se perdentdans l'éclat de sa gloire. Et pourlani, parmi tes Serviteurs de Dieu, nul n'a surpassé sa charité pas plus qu'il n'a égale son génie.

Soutenu par tes bras de ses dotncâiiqucs, cliarjue jour Colomb arrivait à la baraque qu'on avait iransfonnée en hApital, et restait auprès des malades pour s'enquérir de leur élal, les soigner, les distraire, les consoler chacun en particulier. Afin dVxciler le zèle. des infirmiers , il s'occupait des remèdes, des potions, du régime, et de ses propres mains, qu'endolorissait la goutte, donnant l'exemple au médecin, lui, le Vice- Roi des Indes, venait < panser les malades ■ !

L'assiduité de ses bons soins fut bénie de Dieu, Non-seulement aucun d'eux ne mourut, mais au boul de peu de temps il n'en restait pas un seul à l'io-

ciiahitrh: ix ï

itAKçnis de Poirn^, uixoiiipagni^ de sa linmte, suivait la rout(M|u'ovail (irise Diego j9«^i»iL Meii(lt7. Ils [lillaiitil el iiialIraiUiient les ^l^p*'^ lti(li<'ns, Imif liiKiiil d'alliM'».' lairi' payer Sk' |iarrAiiiiial,ilr.-le (ucr sil ix-lusuil Je les salisfaire. Des qu'ils furent airtviîs au ca\* Aomaquique, les i-ebelles rriii*enl dans les i-aiiols des les, tic l'eau, des marrhandises, jirirttntde&rariieui's

'iidieos el parlirenLpour llU|>aDida.

Cepeadaol, quand ils eurent fait quatre lieues, les vagues commencèrent à se gonfler, le vent leur devint contraire, leur audace pjllil. Ils voulurent reloumerà lerre; mais l'eau eulrail dans les cânots ctmenaçaitde les submerger. Comme le temps devenait de plus en plus mauvais, ils résolurent de se débarrasser d'une partie des rameurs, afin de soulager d'aiiLint les embarcations et tuèrent à coups de dague quelques-uns de ces malheureux. Voyant cela, plusieurs Indiens se jetèrent d'eux-mômes dans la mer, se fiant à leur habitude de la nage. Mais, après s'être soutenus quelque temps sur les flots, la fatigue les ramenait près des canols ; ils demandaient seulement la grâce d'y appuyer une main pour se délasser un peu: « hélas! bien loin de leur faire cette charité, les complices de Porras leur coupaîeul les mains avec leurs (-près > et les faisaient noyer. Les rebelles atteignirent entin le rivage.

lÀ, ils délibérèrent sur le parti à prendre : la majorité résolut de tenter de nouveau le passage h Hispafiiola, en choisissant un temps meilleur.

Us attendirent pendant plus d'un mois et demi une mer favorable.

Dui-ant ce Utmps, ils ruinaient toute la terre d'alentour. Enfin, jugeant le moment propice, ils se mirenl dans leurs canots. Biais, dès qu'ils se furent éloignés de la côte, les vagues se soulevèrent encore, et ces criminels eurent beaucoup de peine à revenir au point d'où ils étaient partis.

Après plusieurs pemaines, prenant pour une invitaLioQ les apparences de la mer, ilâ remontèrent dans leurs embarcations, décidés à franchir ce passage si difOctle ; mais de nouveau le courroux des vagues alarma ces consciences coupables. Malgré leurs efTorls, les rebelles ne purent dépasser la distance qu'ils avaient parcourue la première fois, lis s'estimèrent heureux de rerenir à terre. Renonçant dès lors à un dessein qui leur parut chimérique, ils se mirent à parcourir nie en vrais bandits, dépouillant et violentant les ' indigènes.

wÊ La prudence de l'Amiral entretenait de bonnes relations avec les Indiens. Us apportaient des vivres en

H abondance. Néanmoins, peu â peu ils se montrèrent plus exigeants dans les échanges. Soit qu'ils cédassent

Iaui excitatious des rebelles, soit que les déprédations de ceux-ci eussent changé leurs dispositions, ils cessèrent tout à coup d'alimenter les caravelles. Cette interruption de rapports avec les naturels oxcila une grande inquiétude. On ne pouvait s'avancer dans les terres, en laissant exposés sur les caravelles l'Amiral et les convalescents. l.a famine imminente s'ajoutait à tous les malheurs de cette navigation, sans qu'aucun expédient put culte fuis sauver les naufragés.

Dans cette horrible perplexité, Christophe Colomb. comme loujoui's, invoqua le Seigneur son maître, et conuno à l'ordinaire ce ne fut pas eo vain.

CfiBt à cette occasion qu'eut Ken la prédiction de l'éfilipse si connue de rRnfaiire, et que dÎTcrs «friTains ont arraogée, an point d'en friire le itigne pendant du conte de l'œuf cassé par le bout snr une table.

Et d'aboril, rfimarquons-Ie bien : les paroles que les écrivains ont prêtées à Colomb ne sont nulleraent teituelles.

Les contemporains, Fernando Colomb, Diego Mendez, Ovicdo, Las Casas, n'ont pas recueilli les propres mots de l'Amiral. Fernando Colomb, seul ItSmoin oculaire, alors & peine âgé de quinze ans, n'avait point pris de notes, il a écrit ces dtîtails plus de vingt-nctil ans après l'événement. Diego Mendez était alors absent ; ce n'est qu'au bout de trenle-^eu\ ans qu'il a rédigé ce ouï-dire. Oviedo n'eut connaissance de ce fait que Uirdtvemenl, par voie indirecte : et LusGasas n'a terminé sou Hùtoire des Indes que cinquante-trois ttns après ta mort de l'Amiral. Il est clair que les uns, pas plus que les autres, n'ont puisé dircriement i leur TnÂe source les paroles qu'ils meltenl dans la bouche de Colomb ; ils lui ont, de Irès-bonue Toi, attribué le tangage qo'ili eussent tenu à sa place. (î'cst leur propre esprit qn'ils lui ont bénévoicmeot prèle ; cela se voit bien.

nétabUss(»s «aùa les circonstances de cet évéo»méat, et resUtiums-lui sa physionomie rériuble.

Lorsque, par rinterniédiaire de Diego Meodei,

Christophe Colomb fit avec les Caciques des environs de Sanl.'i-Gloria ud Iraité pour t'approvisionnementdes caravelles, il leur dit, tout d'abord, que Dieu son maître Tavait fait arriver en ce lieu, et qu'il y séjournerait jusqu'à ce qu'il lui plût de Ten retirer. Il se présenta donc à eux, suivant son vrai caractère, comme l'hôle de la Providence, et consigna les équipages à bord, uniquement pour préserver de leurs convoitises les riverains hospitaliers. Au moment où les indipènes, violant leur promesse, voulaient alTamer les uauTragôs, Colomb, dépourvu de toute ressource humaine, recourut à sa Haute Majesté.

Au Heu de l'aider par un miracle matériel comme il l'eût fait (touruu patriarchp, un prophÔle deTancienne Loi, et de lui envoyer de la manne ou des cailles, le Très-Haut l'assista d'une idée. Il secourut son serviteur par une notion tirée de l'arehi lecture céleste. Il lui inspira un moyen qui n'avait jamais été employé depuis le commeocemeot de l'histoire certaine, et auquel jamais, de lui-même, l'Amiral n'aurait songé. Dieu lui rappela que dans ti-ois jours aurait lieu une éclipse de lune. Ainsi la luoe, ce signe par lequel Diego Mendcz avait été préservé d'une horrible mort par la soif, devait sauver de la famine Christophe Colomb.

Dans ses perplexités, chnqne fois que, se mettant en prière, le messager de la Croix suppliait le Seigneur de le secourir, l'idée de l'écIipse revenait à son esprit. Colomb reconnut par \k qu'il devait lircr son salut de cette éclipse. Dien lui indiqua simplement le suj^; soa génie lui fournit le mode de fécondalion.

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L'Amiral envoya un inlerprèle d'Haïti chez les Caciqu^^ '<^s inviter à un graad spectacle que dounoruicnt les étraagers le surlendemain. Comme il le prévoyait, ils accoururent en foule. Alors U leur reprocha leur manque de foi et leur dureté. U leur rappela qu'il se trouvait leur hôte par la volonté de Dieu son maître, n ajouta que Dïeu soo Seigneur savait leur projet de faire périr de faim les étrangers, malgré les accords arrêtés entre eux pour l'approvisicDDement des caravelles; qu'assurément celui qui récompense les bons et punit les coupables était irrité de leur manque de bonne foi et d'humanité. Et, pour leur prouver la supériorité des senileurs de son Dieu, il leur ooDonça que le soir même, au lever de la lune, ils verraient bientôt l'astre rougir malgré la sérénité du ciel, puis s'obscurcir et leur refuser la lumière.

Là-dessus, quelques-uns eurent peur, mais t les autres s'en allèrent en riant de moquerie >.

Lorsque la nuit arrivii, la couleur sanglante de In lune ébraula tes plus fermes. Dès qu'ils virent sa leiott< s'obscurcir, ils poussèrent des burleraeols de terreui' et accoururent chargés de provisions aux caravelles ; promettant d'apporter désormais des vivres régulièrement. Sur leurs instances, l'Amiral dit qu'il allait parier à son Dieu ; et, en effet, il se relira dans sa cabine. Pour qui comprend le caractère de Colomb, il est hors de doute qu'il priaDieucnleurfaveur, lui demandant d'où* vrirleurcœur aux lumières évangéliques,de leur inspirer des soutimentsdouz et humains, et de leur épai^er Us maux qui avaieut afD igé les indigènes de l'Espagnole.

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Durant ce temps, Téclipse devenait plus complèle. ainsi que la terreur desindiens l'assemblés sur le rivage, comme In prouvaient leurs hurlements. Ils suppliaient les Espagnols d'avoir pilié d'eux.

L'éclîpse parvenait à sa dàeroissancequaofi l'Amiral, ayant achevé sa prière, sortit de sa cabine, et dit aux Caciques qu'il availparlt'* d'f^uxàsnn mnllre; que Dteu entendait leur promesse de bien traiter les chrétiens, de leur apporter des provisions. U leur annonça que ce phénomène, objet d'épouvante chez la plupart des peuples idolâli-es, n'était point un présage menaçant pour les seniteurs du Christ, et que bientôt la lune n'allait plus être d'un bnm rougeiître, mais reparaître pure et blanche comme à l'ordinaire. Le messager de la Croix prit occasion de celle circonstance poormontreraux indigènes le signe du Saint et leur inspirer cette crainte salutaire du Seigneur qui est le commencement de la sagesse. En effet, les Caciques remercièrent l'.^iniral et s'en allèrent < louant le Dieu des chrétiens > dont ils ne parlaient plus qu'avec un grand respect. Depuis lors, ils envoyèrent exactement des provisions qui étaient scrupuleusement payées en objets d'échange.

Dix mois s'étaient écoulés depuis que les équipages des deux caravelles échouées dans celte magnifique baie attendaient leur délivrance. Les plus optimistes d'entre les pilotes cessaient maintenant d'espérer. Us prenaient tristement leur parti, se considérant comme

perdus, et ils mettaient leur consolalîoD dans la pensée de vendre cbèremeot leur vie, quand les joujoux et les marchandises qui leur Taisaient obtenir des vivres seraient eiilÎD épuisés.

Kxceplé l'Amiral, personne ne conservait la moindre espérance. En admettant, choso miraculeuse I que Mendez fût débarqué sur le rivage de l'Espagnole, il y avait encore du cap Saint-Michel h Saiut-Domin^e plus de cent lieues à franrhîr à travers de rudes monlagntts. Un bruit vague élnil répandu à dessein par la baode de Porcas paimi les indigènes. On prétendait avoir vu p^rir un navire qu'cniratoaicnl les courants vers le sud. L'assouibrissement des esprits allait se ri!mbruni!;sanl de jour en jour. Profilant de ces dispositions, le médecin Bcmal, l'ancien apothicaire de Valence, qui exécrait l'Amiral, de l'aversion qu'éprouve le crime pour la vertu, s'afniia un écuyor de la C(i|n£aM, un asi)irdalA\i Saint- Jacques de Palos, puis un certain Camacho, de Séville, ei se mit aussitôt & l'œuvre.

Afin qu'aucune amertume ne fût épargnée à Colomb, ce fut parmi les hoinmi^s qu'avaient ramenés à ta santi ses soins et sa médication morale que se forma mcrètemcDi un second complot, plus redoutable que le premier. Cédant aux insinuations de mallre Bernai, les anciens malades résolurent de s'emparer des canots du service, d'enlever tout ce qu'il y avait à bord el de massacrer l'Amiral. Le secret resta profondémenl enfoui dans une haine silencieuse. Rien ne transpirait au dehors. Colomb ne se doutait aucunement du diinger ; mais la Providence veiUail sur lui. t Dieu remédia à ce péril. »

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Lcmomenl avait ^lédésigné : c'était durant laaiiitqiio éenail éclater ce complot des malades. Peu d'heures av.iDtsoa ext^cutioa, vers le soir, ou apei-çut au nordest, comme une apparition, la voilure d'uoe petite eanvelle. Son aspect ijt avorter le crime.

Le navire s'approcha el laissa loiober l'ancre i quelque distaiiCÊ des baïaquemeûts.

Pour fxpliquer comment venait si tard le secours d'Ovando, il nous faut remonter à l'arrivée des deux messagers de l'Amiral àllispafiiola.

L'assistance invisible qui avait TaTonsé la navigation de Diego Mondes le conduisit sain et sauf, à travers des montagnes héri.'^st'es d'obstacles et d'ennemis, jusqu'auprès du gouverneur général, qui usitaiL militairemeutla partie centrale deâ Étala de Xaragua. Avec toute la clialiMir d<! son Am<', le dif^ne eapilaine exposa l'iinrnincncu rl*!.s dau^^ers que couraii^nl l'Amiral et les équipages. Mais Ovando, tout en arcueillanl avec une grande politcsiie le capitaine de pavillon, ne parut pas fort sensible & ce qu'il lui put dire. Usant de moyens dilatoires, il rctiui Dif>^o Menilez, en apparence, parce qu'il ne voulait point l'exposer aux dangers d'une roule de soixaalc-dix lieues, & travers un pays •uspect d'insurrection; mais, en réalit<^>, nlln do lui dter tout tiinyco de coiuiuimiquer avec les partisans de l'AmiraL

Depuis peu, la mort de BéWchio avait fait passer la couronne sur la tête de sa sœur, la célèbre Aaacoana, Reineadmii'able, sauerivalepourta beauté, comme elle rélait pour le talent cl la puissance. Son élégante supi'ématie enthousiasmait les grands et petits souverains de rile. Ils adoraient sa présence ainsi que ses commandements : c'était la personaiûcatioa de la poésie de ces insulaires, le type de la perfection et la première sublimité accessible à leurenLcndemenl.

Certains complices de Roldan, pensant se concilier la faveur du gouverneur et prévenir les plaintes qui pourraient lui parvenir contre lem*s iniquités, avaient écrit â diverses reprises que les Indiens de celte contrée préparaient un soulèvement.

Ovando résolut d'aller examiner par lui-même les lieux et les choses. A tout événemeni, il se fit accom* pagner d'une force respectable : trois w^nls hommes d'infanterie et soixante-dix chevaux. II s'annonça comme venant saluer une souveraine qui s'était toujours montrée si bienveillante pour les Castillans. Aussitôt Anacoana envoya l'ordre â lou;^ les Caciques de rendre hommage au gouverneur. Elle vint à sa rencontre, entourée d'un cortège où des chœurs et des ballets de sa composition, allemés avec des g!-oupfis de seigneurs revêtus de leurs plus beaux ornements, s" entre- mêlaient des caoéphores embaumant l'air de fleurs et de guirlandes. Elle fit exéruter une danse nouvelle, la danse nrginale, où ne figuraient ni hommes oi femmes mariées. Le gouverneur e( suite furent logés dans les demeures préparées ài efTtiL, el 00 lui oITrit des banquets d'une profusion rt>

noarquable. Plusieurs jours se passèrent en réjouis* sances. Les aDcieas amis de Roldan se troublèrent qn voyant le rigide Coiniriandeur tomber également sou;* le charme d'Anacoana. lis redoublèreol leurs instances pour lui persuader que celte réception cachait le comble de la perfidie.

L'esprit sans cesse inquiet et soupçonneux d'Ovando accepta aisémcnl cette idée, et il y répondit par une combinaison odieuse.

Les Indiens ayant régalé de leurs jeux les Castillans, le Commandeur annonça qu'il leur monircrail à son tour les jeux équestres de l'Espagne. Il indiqua celte fôlr pour le dimanr.bn suivant, y invita la lieino de Xaragua, et il lui fit insinuer qu'il serait digne de sa ^frandeur de s'y montrer avec toute sa noblesse.

La salle qui réunissait la cour indienne donnait sur k place où devait s'exécuter le carrousel; elle connstait en une halle ouverte, dont un grand nombre de piliers soutenait la toiture.

Les Espagnols sfi fin^^nt un peu altcndre.

Des pelotons d'iafantcrie occupèrent successivement toutes If^s avenues de la place ; pendant ce temps, Chando jouait froidement au palet. Il avait été convenu que dès qu'il toucherait du doigt sa croix d 'AI cm tara, cavaliers et fantassins feraient main basse sur la multitude. Quand toutes les issues furent fermées, Ovando, montant achevai, parut h la tète de son escadron; après quelques manœuvres, il lira son épée, cl tous les cavalière mirent le sabre hors du fourreau, ce qui agila un peu le cœur d'Anacoana. Au bout d'un instant, le Commandeur fit le signal convenu. Alors celte troupo

fondit sur lescurioux éperdus, landis que les peloloiu d'infanterie les alt;iqiiaicni par d<>n-icrc : ce Fut une boiiclierie affreuse. Femmes, enfants, TielUarrls, tout éUiil égalemeul percé, abattu, éci-asé sous les cheroiii. La salle où se trouvait la Heine, cernée par les cavaliers, se changea en prison pour les Caciques. Seule, Anaroana en Tut relipfe. mais violemmunt mcurtine, étroitement garrottée. Quatre-vingt-quatre seigneurs furent liés aux piliers et soumis à lu torture, afm de donner des èclaircissemeats sur le prùlendn complot.

Les douleurs arrachèrent quelques aveux meosoogere dont on prit acte. Après quoi oo mit le feu à celle salle, et ces malheureux périrent hniléd. La capitale de Xar.igua livri^e anx ilammns disjiarut en qimlqnes heures. Les cendres cachèrent le sang des nialheurexix Indiens.

Ea (^'Compense de son hospitalité, de sa couiianoe, de sa résignation, l'inforlnnée Anaconna vit dc6 chaînes de fer remplacer ses guirlandes de Heurs. Avec les tétnoi;înage3 extorqués à la souffrance, on l'emmena comme une vile criminelle h Saint-Domingue; et là, sur les ac<:usalioas des bandits dont elle avait enduré si longtemps les forfnïls, on la jugea suivant les formes d'une procédure d«Tisoire. Klle fut condamnée & la potence ! Ovando la fil «'xéniter publiquement. Ainsi périt la noble et hospitalière Aaacuaua, la poétique el glorieuse Reine d'Haïti.

Jitsqu'A ce qu'il eut commis celle épouvantable atrocité, Ovnndo ne céda point anx snpplirjilions île Dief^, Meiide2. Mais après que les Indiens exaspérés se fui eauvéi dans toutes les directions, réduils i des v<

geances isoléi», il pnrmii au capitaine de pavillon de fie rendre à Salal-Domiogue seloD ses désirs. Diego Uendez pourtani n'h^siia pas, il partit à pied, seul, et fit ses Knixanlc-dix lieues sous la garde de celui qui l'avait déjà pi oUgé.

Cependant on savait à Saint-Domingue l'abandon où languissait l'Amiral uialii'le. Le nnhlc Ficsiclii et les douze R<i[>,i^no]s venus dans les canots avaient répandu en divers lieux la nouvelle de l'échouage à la Jamaïque. MaisquandfDiegoMcndozarrif'anl enfin, on apprit que depuis sept mois le gouverneur, instruit du naiirra«;c de l'Amiral, n'avait donné aucun ordre pour le secourir, les habitants ne purent s'empêcher d'cxpiimer leur indignation. Malgré les aveugles préventions accumulées contre l'Amiral par les efforts des envieux et des rebelles, son génin, ses vertus, son alTabilité lui attachaient de cœur nombre de colons. D'ailleurs, son échouage sur cette côte insoumi»c, après une navigation si glorieuse par ses découvertes, attirail à son infortune les vives syiiipalliius dus hommes de mer. Les religieux de Saiot-Krançois, ne pouvant aller secourir de leur pei^ sonne le Révélaleur du Globe, priaient Dieu de soutenir sa patience dans cette longue épreuve. Chaque jour ils réclamaient publiquement l'union des fidèles à leurs prières. Le zèle de ces excelleois religieux ne craignait point de reprendi^c, du ImuL de la chaire, cette révol-

tante iogralilude; ils tonnaient arec corrage et soleooiié contre un tel abandon.

L'insouciance d'Orando n'était pas juslifiable. S*il manquait d'une caravelle assez grande pour ramener tout te monde, il pouvait au moins envoyer k ces naufragés des approvisionnements et des espérances par l'un des bripanlins qui faisaient le senrice côlier li'Hispatiiota. S'il n'eut pas retenu auprès de lui Diego Mandez, celui-ci aurait eu le temps de faire construire une felouque et de l'expédier & Santa-GIorîa pour rassurer l'Amiral.

Cependant l'opinion publique se prononça si fortement que, pour lui donner satisfaction, Ovando annonça renvoi d'un brigantin. Mais à qui confra-t-il le commandement de ce petit navire? A un officier de terre. Et quel oiTicier clioisit-îl? L'ennemi le plus ardent que TAmiral eût à Hispafiiola. Les provisions et rarnilrliissements furent proportionnés aux senlimcnls du gouverneur pour Colomb. Une moitié de porc salé et un baril de vin, c'était là un bien grand soulafiement pour cent trente hommes qui se trouvaient avec l'AmiralI

Comme la retraite n'était pas encore sonnée au moment où parut le briganlin dans la tiaie dcSantn-Gloiia, tous les Castillans avaient vu, avec \ine Joie raèlée de doute, ce petit biitimcnt, qui auraildû, selon eux, jeter l'ancre plus piôs.

La chaloupe du hrigauUn, misa à flot, accosta bientOl la CapUane. Les canotiers demaodèrenl une amarre ; on la leurjela. Ils y aliachèrent un baril de vin elune moiliiîde porc salé que l'on hissa à bord. Puis l'onicier mit au bout d'une gaffe un pli pour l'Amiral, et lu présenta ainsi. Od prit le message, et aussitôt il fit pousser l'embarcation à quelques encablures; alors il éleva la voix, tin lareconnaissanl, la plupart des pilotes restèrent stupéfaits : c'était le traître Diego de Escobar, ce coinmandant du fort de la Madeleine, qui, peudani que l'Amiral découvrait le nouveau conlincni. s'éloii révolté contre le Vice-Roi des Indes et avait passé avec sa troupe à Roldan. Sa présence était une violation des ordres de la Reine, portant que tous les anciens rebelles seraient renvoyés en Castille. La mission que lui avait cunfica ûvundo constituait une double ofTeose envers l'Amiral.

Cependant Colomb sortit de sa cabine et parut sur le pont. Kscobar lui cria que le gouvenieur n'avait pas .sur la rade un navire assez grand pour l'envoyer prendre avec tous les siens, qu'aussitôt qu'on le pourrait il serait tiré de ce lieu, et lui offrit de se charger de sa réponse, s'il voulait la faire immédiatement, parce que le brigantin devait partir sans retard. Colomb accusa réception de son message à Ovando, confiant à ses bontés Die-go Meudez et Fiescbi et se recommandant & sa diligence.

Pendant ce temps, le canot se tint immobile. Des caravelles, les pilotes tirent quelques questions auz canotiers ; mais, suivant leur consigne, ceui*ci gai'dé-

reol rigourcusftmenl le s.ilcjice. Dès que la dépêche de rAmiral fut scellée, rcmbareaLioa rejoignit les flancs de la Capitane, la prit, puis poussa vigoureusement au bi'igaatin, qui se miLaussit6t â déraper soa ancre et à larg^uer toutes ses voiles pour attraper le peu de vent de terre doot^ par inlervaUes, l'haleioe enûbaamée se faisait seoi tir.

A cause de son inimitié contre l'Aniiral. Pour [es Iran* quilliser, Colomb affecta uoe entière satisfaction et expliqua ce départ .«ubit par te désir d'amener plus promptcment des caravelles.

Bans ses senlimeuts de paternité adoptive, l'Amiral souffrait de voir une partie de ses marins foUemeal séparés de lui. It les coDsidérait comme des enfants égarés, llespih'ait, par l'annonce d'un prochain retour en Câstille, les ramener au devoir et épargner ainsi aux Indiens les dommages que les rebelles leur causaient incessamment. 11 leur offrit l'amnistie pleine et entière, à celle condition qu'ils rentreraieni aux cara- Telles sans plus tarder. AQn de leur prouver qu'il avait reçu des nouvelles d'Qispaniola, il leur envoya un morceau de porc et une mesure de vin, el choisît comme messagers deux ofliciers de mérite, qui préctsénieul avaient eu des relations avec tes Porras. Quand ces deux envoyés parurent au quartier des rebelles, Porras vint à leur rencontre et les prit à part, ne voulant pas que ses hommes entendissent leurs proposilious, de peur qu'ils n'y accédassent.

Après avoir conféré un instant avec ses principaux complices, Purras répondit aux envoyés de l'Amiral que ses compagnons n'acceptaient point leurs propositions, qu'au surplus il aurait par la force ce qu'on n'accordait pas de bonne grâce ; et là-dessus il congédia les deux officiers.

Lesrebctlcs.conduitsparleurchcr, se rapprochèrent de ta baie de Sanla-Gloria et vinrent s'établir dans te village indien de Maîma.

Cette bande insolente se composait surtout des gens

de StH'ille; elle ropn;scnIaîl vraimenl la colerifl de SéviJle. Sur tes caravelles, on ne la ût'sigoaiL que du nom de Sêville, car c'était moins l'H^ccndiint personnel de Pori'as que les prédispositions hoslites de ses compalriotes qui l'avaient agrégée. Au nom indien de Naîma fut. dès lors, substitué le nom de Séville : et aujourd'hui même, apr^s que toutes les anciennes désignations espagnoles ont disparu de la Jamaïque, devenue la proie des Anglais, ce nom significatif de Sévillc subsiste exceptionnellement, au milieu des noms britanniques, comme pour perpétuer la mémoire d? la perfidie et de la persécution qu'endura l'Amiral dans cette magnifique baie de Santa-Gloria, appelée désor* mais la ^aie de Don ChrUtophe.

Les rebelles ayant donc occupé la position de Séville, environ à un kilomètre du rivage, Porras osa envoyer délier personaellemenll'Amii'al. < Colomb était malade et ne quittait point le fil. » Il frémit d'iodigeation en apprenant que les déserteurs allaient venir l'iitlaqucr et recommanda pourtant expreiisément k l'Adctanlado d'offrir encore l'amnistie à tous ceux qui mettraient bas les armes.

L'Adelantado, devant ce péril, réunit tout son monde.

Par malheur, plusieurs se trouvaient à peîneconvalescents; les autres étaient des hommes d'étude, des officiers jilus braves que robustes. Il leur donna d'excellentes armures et crut habile d'aller au-devant de rcnnemi. Arrivé sous un coteau, k un trait d'arbaléle du village de Séville, don Barthélémy dôjiéulia aux

rebelles les deux orHcicrs qu'on leur avait envoyés précédemment. Mais Purras, sans vouloir les enleadre, les chassa l'épée à la main. Les rebelles, compiaot de leur cà\é les hommes les plus corpulents, les plus forts, les plus exercés aux armes, regardaient avec pitié ces gen- Lilsliommes et ces malades qui prâlendaieut sa mesurer avec eux. Ils ne redoutaient là qu'un seul gucirier, t'Adelanlado ; aussi étaient-ils convenus de réunir «outre lui leurs eflorts communs. Les six plus vaillants de la bande avaient Tait serment de le tuer et devaient se jeter sur lut tous à la fois.

La troupe de Porras se rua soudain furieuse sur le détachement de l'Adelanlado, en criant ; Tue I tue ! Les six colosses s'élancèrent à la fois contre don Harthélemy. Mais, au premier choc, TAdelanlado tua roide le ferrailli'ur Juan Harba, ce maître armurier de la Capttane^ qui, le premier, avait tiré l'épée contre l'Amiral ; U abouit le pilote major Juan Sanchez et fit deux bléssures de géant à Pedro de Ledesma. En un instant, six hommes étaient déjà sur le carreau. Alors François de Porras attaqua de plus près don Barthélémy, lui lança un coup de sabre si violent, qu'il lendit son bouclier et s'y engagea jusqu'à la ^rde; mais, quoique atteint i la main. l'Adelantado le saisit à bras>le-corps, s'efforçanl de le renverser. Pendant celle lutte, François de Pon-:is reçut des blessui^es qui le mirent hors de combat, et ilresta prisonnier. L'Adelantado continua labalaiUe. Bientôt, les plus vaillants d'entre les insurgés ayant aïonlu la poussière, le reste prit la fuite en désordre.

Colomb remercia son frère, mais surtout le Seigneur.

Il rendit d'abondanles grâces à Dieu, c teiunl pour cerUin qu'il l'a\-ail délivré de la mort ».

Cett« vicloire ce coûta qvie deux blessures aux hommes de l'Amiral. Dun Barthélémy guérit asseï vile de la sienne; mais malheureusement le brave capilaiDe du Galicien, Pierro de Terrei^os, avait été piqué dans l'aine. Malgré les soim de Colomb, il succomba peu de jours après.

Les rebelles, n'ayant plus de cher, demandèrent & faire leur soumission. Us engageaient par des serments et d'affreuses impréctlions Ji;iir obéissance pour l'avenir. L'Amiral daiçna les pardonner tous. 11 fit retenir scnlemcni François de Porras prisonnier sur sa caravelle, plaça les révoltés sous le commandement d'un capîlaiue éprouvé, Pedro de Coronel, et les canlonua dans l'île, pour éviter les collisions qui auraient pu éclater s'ils fussent rentrés dans les baraquements.

Plus d'un an s'était écoulé, lorsqu'à l'incxprîmable satisfaiMion des équipages deux caravelles entrèrent duus la baie de Sauta-Glorîu. Elles élaieul placées sous le commandemeot de Diego de Sakedo, ancien écuyer L^ la maison de l'Amiral, devenu, sous ses ui'di'es, export dans la navigation. La première de ces caravelle& avait été uolisée par riuratigablo Diego Mendex, et < chargée de vivres, en pain, vin, viande de porci

moutons et fhiits ». La seconde l'araîl été par le çanverncur Ovando, que Torçail maiolenanl l'opiaion publique. Il craignit d'èlre gagné de vitesse par Diego Mendez, et confia aussi h Salcedo la conduite ùù ce bâlimenl. Dés que les deux caiavclles eureal quiUé le porldc Saint-Domingue, Diego Meadez, qui avait siinullanémenL fréta un autre navire, s'emharqua pour la Castille, portaul le message de son Amiral.

Colomb, remerciant Dieu de sa miséiicoixle. monta sur la caravelle noiiscc à ses frais, avec ses ol1jr,iei*s el ceuK qui lui furent fidèles. Les autres pi'irent place sur la caravelle expédiée par le gouverneur. Le 28juin, les navires quittèrent la baie de Santa-Glorïa, où tant de dangers et de secours mj-stêrieux, tant de souirrances et de consolations invisibles avaient, tour A tour, accablé puis relevé le cœur le plus vaste du monde.

La Uute qu*avait soutenue l'Amiral contre les flots, dans loul le coui-s de ce voyage, depuis l'heure solennelle 011 il avait prophétisé la tempête, recommença dès qu'il fut sorti de la baie. La double Tiolencc des vents et des courants le retint plus d'un mois dans cette traversée. Chose à noter : arec ses voiles et ses marins exercés, il lui fallut une mano:;uvre continuée pendant plus d'un mois pour franchir Tcspace que, par la miséricorde divine, son envoyé Diego Mendez avait sillonné eu quatre jours, à la rame et en canots I

Malgré l'étude hydrographique de CCS parages, bs perfectioDOcmenls nautiques de notre époque, aidé«

d'une expérience séculaire, il n'est pas aujouid'liui uo onicier dd mer, midshipraau ou amiral, qui, aa prix d'uQ royaume, roulùL teotcr le passage de la Jamaïque à Ilaili, dans les seules condilioos qui s'oiïraieiil â Die^o Mentiez. On cumpreod combien Colomb avait raison de dire aux Hois catlioliqucs, en raconLont deschoscs si cxLrnordîoaires : f Qui pourra croire ce que j'écris ici? » et d'ajouler aussitôt: i Je dis que, dans cctle lettre, je k'ai vas racoisté Lk

CENtlÈUE PARTIE DE CK QUI H'ëST ARItlVÉ. »

EnHu l'Amiral mouilla lo 13 aoâl dans le porL de Saint-Domingue.

Toute la population vint au-devant de Christophe Colomb. L'empressement public l'entoura de marques de respect. Les gens de mer honoraient en sa personne le navigateur incomparable; les Franciscains, le messager du Salul, le précurseur de leur prédication future. Le peuple saluait en lui la majesté du malheur. Son infortune lui nimemùt tous les esprits. Ce fut dans le palais du gouvernement qu'Ovando installa l'AmiraK

Malgré l'apparence deces bonnes relations, Colomb, qui voyait toujours le fond des choses, savait réduire à leurjuste valeur les démonstrations d'Ovando. Et de son côté, le gouvcronur ne pouvait croire que TAmiral ne cherchât pas à être bientôt remis en pos-

ïsioo de ses droits (car la nomination d'Ovando limi- '^l â deux ans ses pouvoirs).

Ovando voulut montrera Colomb qu'il était réellement gouverneur d'Uispaâiola. 11 exigea ta remise de

François de Porras, diîtcnii à bord de la caniTelle, et le fit mellre en liberté sans ouvrir aucunn enquSln» saDS verbaliser, sans écrire la moindre pièce. Bien plus, il parla même de faire arrêter ceux qui avaient pris les armes pour défendre l'Amiral. Colomb, décida à subir patiemment toute iniquité plutôt que d'occasionner le moindre différend danslacolonie, se borna à lui représenter combien l'autorité d'un amiral serait illusoire s'il ne pouvait punir une révollc à son propre bord. Puis, il sourît avec ce calme de la résignation chrétienne dont il était pénétré.

Ceux des misérables partisans de Porras, qui n'avaient pas déjà déscru; en arrivant, demandaient & retourner en Espagne. Dépourvus de toute ressource el même de vêtements, ils sollicitaient le passage sur quelque navire. L'Amiral, après cette rébellion, aurait fort bien pu les laisser à la garde du gouverneur et s'embarquer seulement avec ses gens et ses officiers, d^auiani mieux qu'un seul navire ne pouvait contenir (anl de monde; mais, en considérant tout ce quTls avaient soulTert dans cette dernière campagne, il eut pilié de leurs crimes, de ce qu'il .nppclait leur « infirmité morale i, et il affecta & leur pa^sige un bâtiment qu'on radoubait, tandis qu*â ses propres frais il ach»ttît une caravelle, dans laquelle îl devait monter avec sa famille, sa maison et ses amis.

11 activa de tous ses cH'orts Paménagemenl de la caravelle, car le séjour de Saint-ttomingue, dans la maison de cet adversaire, lui devenait insnpporiablo. Sa situation était d'ailleurs des plus fausses, se sentant étranger h l'administration d'un pays dont îl était la

donateur, le Vice-Roi, le gouvemeur perpétael, voyant eosanglantée el dépeuplée cette lie magnifiqac où il avait voulu apporter la civilisation et la dignité du chrisliaDi:imeI

La grande âme du Messager de la Croix en était submergée d'amerlume.

Des cinq royaumes, des grands vassanx, des Caciques si nombreux d'Hispaûiola, rien ne restait. Elle avait disparu aussi, celte Anacoana, la fleur d'or, la souveraine enchanteresse d'Haïti, au renom séduisant, celle muse visible des plus poétiques régions, qui était à la fois rÉgérie, la Clio et la Thalic des Antilles. La torture, l'ignominie, la mort, avaient triplement payé la générosité de sa conliance et de son hospitalité royale. Avec elle s'efTacèreni les chants, les gra'^i^uses danses, les jcuxscénîqueset la douce rêverie. Ui désolation et la terreur riaient seules sur les restes épars des tribus décimées.

Aux massacres de Xaragua, ani massacres de THIguey avait succédé le tranquille homicide, quotidiennement commis par l'excès des travaux dans les mines.

Des spéculateurs barbares n'accordaient aucun repos A ces malheureux. Leur cupidité les contraignait à des travaux sans reMche; tandis que leur avarice rcrusait do leur accorder une nourriture suffisante. Ces infortuné!^, séparés de leurs femmes, de leurs enfants, devaient, sous peine de mort, suivre leurs maîtres dans les excursions loinluinesoù les entraînait la recherclie

de l*or. Chaque mine deTeimil une sorte de tombeau. Les travailleurs périssaient faute d'ulimenls et par {puiscmenl de forc4;s. Ilstronvaicni la mort dans les fosses; ils la Irouvaientdans Icsfoi'Alsoi'ilcs traquaient des ctmsseurs d'hommes irn|ilacables.

Des populations émigraienl en masse, poursuivies comme des bêles fauves par des chieus et des ravaliers. D'autres, diïgoûtées de rexislence, s'en délivraient en commun par le suicide. Les maladies achevaicnl la deslructiou qu*avait commencée la barbarie. Ces calamités, ces transes, tant de crimes froidemenl exécutés, oppressaient le cœur do IWmiral. Holns ! ix n'était point ce qu'il avait espéré, quand il découvrit ces contrées. Il aimait ces naïfs et bizarres enfnnls des forêts ; il avait reçu le don de les deviner, de les âubjug:ucr par sou ascendant personnel. Ils versèrent des larmes la première fois qu'il s'élui^a d'eux, à la Navidad. Â Sanla-Gloria, ils pleurèreot aussi son départ. Mais il ne pouvait maintenant plus rien en leur faveur: son unique cspérannî pour eux était la justice de la Reine. QélasI cette noble Isabelle ajoutait eucure à tuus ses tbagrias. Les deroières nouvelles arrivées de Caslille •nnoD^-aient qu'elle dépérissait à vue d'fjeU.

Par les ordres de son frère, rAdelaoïado hAtait de toutes ses forces les pré{iaratifs de départ. £nûn, le 13 septembre, ayant reçu les vœux des

colons les plus honorables, rAmiral monta avec ses ofljciers el les geus de sa maison à boid de hi caravelle qu'il avait achetée. Daos Taulre, qu'on avait radoubée, prirenl place ceux des marins qui voulaient renlrer en Espagne. L'Adelanlado la commandait en personne.

On était éloÎRiié d'environ deux lieues el encore en

'tuc du port, quand un coup de veni imprévu brisa le grand mAt du navire de l'Amiral et le fendit jusqu'au tillac. Loin de rentrer pour se réparer» Colomb passa aussitôt avec sa maison i bord de l'Adelaulado et continuri la traversée, tandis que la caravelle mallrailée

frenliait A Saint-Doniinguo. La roule fut lenable tant qu'on navigua par le travers des Antilles. Mais ensuite la mer devint mauvaise, el, pendant une alfrcuse ti^mpéle, l'Amiral fut repris de son rhumaiismearliculaîre. 11 clail comme paralysé dans sa cabine. La lutte contre les vents et les tlots avait recooF lencé.

Le samedi 9 octobre, après une forte bouirasque,

^quand les vents étaient tombés cl que la nier seule poussait encore de hautes vagues, une subite rafale ïrîsa le grand mât en quatre endroits. Les conseils dt; l'Amii-al, toujours perclus dans son Ht, et l'industrie invenlive de l'Adelantado remédièrent à cet accident, ^e grand mAt fut raccourei, et l'on raflermit lesasserobtage£ avec des pièces détachées du château d'arrière et du couronnement, fortement assujetties par des

r corde s.

Peu de jours après, une autre tempête brisa le mflt de misaine.

n restail encorB plus de sepl cents lieues à franchir,

A3 lieu de s'efforcer de gagner les Açores pour s'y réparer et changer sa mâture, comme eûl d'abord bit tout prudent capiLaioe, l'Amiral, habitué au secours d'en Hautj ne parut point se préoccuper de ce nouvel accident. Ses douleurs ne lui lâiâ&aieat aucun repos. En outre, de sombres pressentiments agitaient son («prit. Il lui tardait d'être auprès de la Reine^ et il continua de faire porter dir™iement sur la Gasiille. Le reste de cette navigation fut constamment dirnciiltueux et pénible. Poussé de tempSte en tempête vers les côtes d'Europe, enfin le 7 novembre, t par la permissiûû de Dieu », Colomb arriva au port de San-Lucar de Ëarramedu.

Campo, où résidait la cour, l'Amiral fut conlrainl de j'arréicrâ Sévillc, l'ardent foyer de ses ennemis. Ses soiifTraoces l'y reliareot dans une hôtellerie. Les rares aiT.is qu'il comptait duus cette cit^, en étaient absents alors ; même son admirateur fidèle, te savant théologien r^re Gaspard Gorricïo, avait quitté pour l'instant la Chai'lreuso des Grottes. Le temps, triste et sombre comme les esprits, aggravait ses soulTranccs. 11 logeait à l'auberge, tel qu'un étranger, dans cette ville devenue le sif^ge des aJTaires coloniales.

Colomb, qui avait espéré pouvoir se délasser enfin de ses fatigues, se trouvait ainsi, comme maigre lui, poussé sous la main de ses perséculcui*g. Les marins que, par commisération, il avait ramenés à ses propres frais, et parmi lesquels fi;<uraîent plusieurs rebelles, ne pouvaient obtenir des bureaux de la marine le payement de leur solde. Coanaissant sa généi'osité, ils importunaient l'Ainiral de leurs réclamations, bico persuadés qu'il n'oublierait pas de les faire valoir. Retenu dans son lit el presque perclus par SCS douleurs, n'écrivant qu'à grand'pcioe, il savait les émissaires de ses ennemis, les révoltés qui avaient attenté à sa vie, libres et reçus à la cour, où ils allaient pommadés, musqués et frisés, stiivanlson expression, c montrer leurs barbes impudentes i et machiner contre lui, tandis que les pièces de leur procédure étaient restées sur le navire, qui, A peine sorti du port, dut rentrer à Saint-Domingue pour se miltter.

L'Amiral, acrablé par sesdouleurs physiques, subl»-^ sait encore l'cprauve de la plus vive soulTrance morale

qui pAi déchirer son cœur. It savait en proie à un mal incurable Thtîroïqiiefemme qui J'avaït compris, qui l'avail deviaè, s'élail faite sa prolectrice, son amie. Il oe pouvait ni tu! parler ni lui écrire en ce monienl terrible. I) n'osait se rappeler directement à son souvenir, sur lequel il comptait pourtant. D'ailleurs elle n'était déjà plus, cette vertueuse dona Juana de la Torre, qui seule peut-être aurait eu le courage de reparler de lui près du Ut d'Isabelle.

Ilélas! au moment du débarquement de Colomb, déjà tout espoir était évanoui.

La Reine se trouvait à Médina del Campo quand elle ressentit les premières atleinles d'une maladie dont les progrès ne s'arrétèreol plus. L'énergie de sa volonté dut, peu à peu, céder à radaissemenl de ses forces physiques. Il lui fallut suspendre une partie de ses travaux ordinaires. Pourtant elle consacrait encore, chaque jour, plusieurs heures aux affaires de ses royaumes. Ce fut dans cel état qu'elle reçut la lettre de r.\miral, écrite le 7 juillet 1503 à la Jamaïque, portée miraculeusement par Diego Mondez h l'Espagnole, et de là en Castille.

La Reine n'avait pas attendu l'arrivée de ce braTC écuyer pour s'occuper de l'Amiral. Tandis qu'il languissait sur les côtes do la Jamaïque, elle lui prouvait la constance de sou souvenir, en nommant garde du corps Sun fils uîoc, avec un traitement de cinquante mille maravédis par an.

Isabelle voulut admettre en sa présence le pieux et fidèle serviteur de Colomb. Elle entendit les détails de

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cette navi^tion, en opposition de laquelle semblaient s'être liguées les puissances de l'air; dernière latte du Révélateur du Globe contre les forces inéprniivées de la Nature; expi^ditioa sans égale par les dangers et les souiïrnnces, où l'cnvironncrenl lous les jH>rils de ratmosphèi'O et s'accumulèrent sur lui les rigueurs de la mer. Elle sut ta découverte des miaes d'or de Véragua, ia recherche opiniâli-e du Détroit, qu'on n'avait pas Li'ouvé, faute de navires en état Je poursuivre Texploi^Iiou des c6les, mais dont l'ouverture en un lieu plus éloigna était confirmée par l'existence, de nouveau reconnue, d'une mer au delà de ta (erre Icrme. La Heine apprit [lar la bouctie de ce noble écuyer l'état de la colonie où il avait passé neuf mois contre son gré ; elle sut les massacres de Xaragua, les massacres de l'Higucy, l'esclavage horrible auquel le Lravail des mines servait de prétexte. Elle connut la un lamentable de ta poétique souveraine d'IIaili, la noble et hospitalière Anacoana. Son cœur fut subiner^îé d'amertume à ces horribles détails ; et, dans son indignation, que la parole ne pouvait rendre, elle dit au président du Conseil de Justice, en parlant d'Ovando : < Je lui ferai tenir une place qui n'aura jamais été occupée. »

Pour récompenser le dévouement du valeureux Diego Mendez, que l'Amiral avait fait ctpitalne de vaisseau, elle voulut l'élever â la noblesse, et loi donner, avec des lettres patentes, des armoiries qui perpétueraient l'image de son béiï>ïsjne.

Bientôt le changement des traits d'Isabelle inquiéU

la conr entière. Néanmoins, pour le traitement d'iioft inatiiijin dont la cause était interne et oi^nique, tes consullalions de la médecine furenl toujours externes et Viïrbabs. Son indéfecljble pudeur n'admit jamais l'emploi des explorations chirurgicales, usitées et nécessairss dans sa position. Les ressources de l'art ne lurent donc qu'accessoires. Sa maladie, une fois déclarée, dura ceol jours sans toterruption.

Enfin, ses Ibrctis diklinant, Isabelle revêtit l'Iiabit du tiers ordre de S^iint-François, dont elle suivait la règ:ld depuis plusieurs années, et reçut avec toute Vudâurde sa piété le saint TÏntique. Elle fut douce envers la mort. La fermeté royale et la grâce féminine l'ac- Muipagnant jusqu'au bout restaient encore unies i son chevet de douleur. L'accablement de ses membres, raflaissenient de tout ce imuvi^ corps si seci'ëtemenl torturé, ses paupières fermées, rendaient son agonie semblable au sommeil de ta tombe. On lui apporta les derniers secours de l'h^lise pour le soulagement des malades, rextréme-onction.Son immobilité était complÂle. Mais quand il s'agit de découvrir ses pieds pour l'ODClion^aintc, un frémissement subit agita la mourante. La pudeur survivait à l'anéantissement; elle fit un geste, recouvra ses forces pour rabattie les draps, retirer et couvrir ses pieds, qu'excepté son époux nul œil , pas môme celui de ses femmes, n'avait aperçus dans leur nudité.

La luUe coutre la destruction dura quelques heures encore, et le mardi 26 novembre 1504, vers midi, cette exquise essence de toutes les vertus s'exhala vers «on Dieu.

kne elle £'écli|i£èreQt la gloire A U fâtcilé Uea E&pagnea.

pendant re temps, nue angoisse cnislle agitait TAmirai : fl rrUsoonait à l'idée de perdre celle Reine qui était rime des Découvertes, la patronna des laàei, la protectrice du trâi et du juste, rimage du beau et du bon, ndéal de la sapériorilê royale.

Dés son arrivée à Sérillef Christophe Colorai» aTait combiné un moyeD d'aller à M^dloa dd Cajupo. Hors d'élâl de supporter le pas du cheva] el les inlemp^ries de la saison, il imagina de s'y faire transporter à bras. Hais une chaise à porteurs, ds dîm^nàion onlioatre, D'autait pu conveair à son état d'«iidolori5s«£aenl ; el, pour éviler les retards, it se résolut, t,inl élatl ardent son désir, à faire le trajet dans la litière d'un mort, celle où l'on avait placé les restes du dernier archevêque, le Cardinal don Diego Hurtado de Mendoza. L'Amiral pria le conseil capitulaire de rarchevèché de Sévitle de vouloir lui prêter sa litière funèbre, puisque son mal ne lui permettait pas un autre mode de transport.

Une séance fut tenue le 26 novembre 1504 pour délibérer sur celle demande.

Toutefois, comme la pauvreté notoire du vice-roi des Indes ne rassurait guère messieurs du Chapitre contre les détériorations que pourrait éprouver la litière dans les accidents de la roule, le prêt n'en fut consenti

qu'à cette condition expresse, que le trésorier de U marine s'eog^erail, personnellemeat, A faire rapporter le brancard mortuaire en parCutd conservation.

Colomb projetait alors de suivre la route dektpUita on chemin d'argent, l'ancienne voie romaine qui de Hérida conduit k Salamanquc. Cependant il ne put partir. L'aggravation de son L-tat ei la rigueur inusitée du froid l'empèclièrent de quitter son lit.

On sait par la correspondance même de l'Amiral que, cliaque semaine, des messagers de la cour ari-ivaient à Séville. Néanmoins, le 3 décembre, Colomb ignorait encore celte calamité, et il priait pour l'angclique souveraine, quand déjà elle avait dû toucher le prix cûleste de ses œu^Tcs royales.

Enfin ii connut son malbeurl

Qui dira le brisement de ce cŒur héroïque et l'amerlumedc sa douleur sans nom? Le père qui perd sa lillo unique n'éprouve pas dans les entrailles un déchirement plus aigu. Pour peindre cette inénairable aflliclion, il faudrait pouvoir mesurer dans sa sublimité celle attraction de deux âmes que la Providence avait prédestinées à élaborer la plus grande œuvre des races humaines. Par son immensité, la douleur de Cûlouib touchait à riolini; sa soulTrance multiple était vaste comme l'esprit qui anima ce corps de Heiue empreint d'une indélébile majesté. C'était le brisement d'une sympathie supérieure, enracinée dans la tendresse de

l'âme, épanouie au souHlâ lyrique de rcatliousiasine pour la Nature, fécoadée par les splendeurs de la foî et vivifiée dans le Christ, qui en élaii le principe, Uj sauvegarde el la fin ioimurlelle.

L'homme qui avait doublé la Création, arpent rOcéan, ne pouvait mesurer l'immensité de sa perle.^

Son unique appui en ce monde venait de se briser. Il avait perdu plus qu'une protectrice, plus qu'une souveraine : il avait perdu son amie. Oui, la Heine aimait d'une filiale tendresse el honorait d'une respectueuse dérérence l'homme que Dieu lui avait envoyé pour doubler l'espace de la Création. Isabelle retrouvait dans Colomb ses propres^ qufdités, c'est dire sea éminenleii vertus. Klle admintit en outre celle modestie de héros, cette simplicité de saint, cette naïveté d'enfant el de poète, virginaicmeni gnrrl?^^ chez le Iriarche de l'Océan, à travers les vicissitudes des ans el de ses travaux fabuleux. Elle aimait le coatemplateur de la Création, qui pressentait les lois de la Nature et dans ses pittoresques entretiens lui wnUail chaleureusemeul les secrets de ses aperceptions, avec l'élernelte fraîcheur d'inspiration et de langage si caraclériâtiques^ du génie de l'Amii-al. Un involontaire respect inclinaill la grande Isabelle tant vénérée vers ce vieillard respirant la puissance^ transpirant le sublime el rayonnant dès ce monde, du sceau de l'immortalité.

Elle seule voyait clairemenl ces candeurs; elle seule éprouvait le respect qu'imposait sa mission providen-

Ucllc.Car.saufdesàmesd'LMite, quelques évëq lies, quelques religieux, le reste des Espagnols n'apercevait en lui qu'un haut fonctionnaire de la marine servant la couronne à l'étranger; un amiral lointain dans un Océan pcn connu, et que son origine génoise rendait toujours un peu suspect. Elle seule avait soutenu ses vues, s^^k. administration contro les bureaux de la marine, contre les courtif^ans, contre les conseillers, contre la voix publique, te Roi lui-même; et n'avait cédé qu'une fois, à rilhisinn des apparences : car il fallait bien que l'imperfcction humaine, que la faiblesse de la femme parussent dans le cours de cette amitié sans pareille. Mais elle avait réparé son erreur, en versant secrètement des larmes d'atlcndrissoment et de regret sur l'infortune dont elle était involontairement complice.

Pour l'âme ardente de Colomb, cet instant n*a%'ait pas existé. Il voyait toujours dans l'incomparable Isa belle lo type do la pureté, de la constance et de la ûdélité à la parole, la Heur des grâces souveraines et la poésie de l'humanitc. A qui raconterait-il désormais les ravissemenLi qu'élevaient en lui tes merveilles des régions inconnues? Qui le suivrait maintenant par la pensée el lui saurait gré de ses lointaines fatigues? Oui lui viendrai* en ..îde pour réaliser enfin le but définitif de ses espérances^ le rachat du tombeau de notre Sauveur?

Quand il eut compris que son malheur était accompli, que la Reine clail morte, Colomb eut froid au cœur. Sa désolation resta muette conune la tombe. Sa douleur

Néanmoins, ce que nous admirons beaucoup plus qu^sarorcemoraleel sa palieDce{>anni tant d'épreuves, c'est la perfection évangélique dé sa charité, qui lut Gt prendre sous son égide les marins ramenés à ses frais, et dont une partie avaient menacé ses jours. Il ne se borna pas â leur pardonner. Pour leur fournir les moyens de rentrer dans ta patrie, il lui fallut prélever douze cents castillans sur la somme qu'il avait touchée à Sainl-Domingue. En arrivant à Sévillc, sa premifere leUre recommandait vivement à la sollicitude des Rois ces hommes dont la solde était arriérée et te besoin extrême. Quelque? joursaprès, il rappelait encore à la Cour leurs nécessités, leurdéuùtnenl. Le ^novembre, il enjoignait à son fils, don Diego, de parler pour eux. Sans craindre d'importuner par son insistance, le i" décembre il recommençait à écrire en leur faveur.

Comme les bureaux, malgré les doléances des marins, n'expédiaient point leur afiiaire, dans lemomenl où il ne pouvait envoyer que cent cinquante ducats i son fils, cl lui recommandait de ména^ier parcimonieusement cette somme, Colomb faisait encore, malgré sa propre génc, une avance à ces ingrats.

Là ne se borne point sa sollicitude : il s'occupe de surmonter les ob^acles qu'apportaient les bureaux à rexjiétUtion de toutes les affaires qui l'intéressaient; et il envoie lui-même A ta Cour, par son fidèle Di^o Hendez, les feuilles ordonnancées de payement.

Mais cette énergie de réclamation, au nom de la justice et de rhumanilé, ne pouvait être employée à

son propre <5gnrd; il scbornailà rappeler Immblemeat les eagageraenls de la couronne envers lui.

Dès soD arrivée à Sévitle, t'Amiial avait écrïl aux Rois pour aunoncer son relour et prendre leurs ordres. A son envoi était joint un mémoire, en Tonne de I très-longue lettre >, sur l'adminisli'alion des Indes, où il exposait dans sa réalité ta silualion de la colonie, l'origine des maux, el indiquait les remèdes & y apporter.

Nulle réponse ne fui faite à cet exposé.

L'Amiral écrivit de nouveau, sans être honoré d'aucune réponse.

Le 13 décembre, il adressa une nouvelle lettre au Roi. Il ne parait point qu'elle ait eu un meilleur sort que les précédentes.

Colomb écrivit lettre sur lettre à son Ois don Diego pour qu'il obtint une réponse.

Ce fut en vain.

Malgré ce silence du Roi, comme il sut par quelqu'un de Sévîlle qu'on allait ériger trois cvèchés dans les Indes, il dernanda la faveur d'être entendu avant qu'on statuât dénuilivement à cet égai'd.

Point de réponse.

Dans le courant de décembre. Colomb en écrivit encore à son fils, mais on ne s'arr^la pas au désir de l'Amiral. La voix publique lui apprit que les présentations avaient été faites et agréées suivant la forme ordinaire.

Le froid, alors excessif, fatiguait l'Amiral et exaspérait

ses douleurs. Il se trouvail aussi inquiet par son èlal de gdne. Il savait que des nai^avelles rev^^nant d'Hispa- Qiola, et que te temps avait contraïoLes de se réfugier .^Lisbonne, apportaient de l'or, mais qa'i'llfls n'avaient rien pour lui; tandis qu'il romplait sur poixanle raille onces d'or, montant de ses droits, etquo le Gouverneur avait dû faire mettre â part. Aussi, apprenant cette dt^rouvcnuc.écrivail'ilàsonfils: o Fais gi-ande attention â la dépeuse, car c'est une ut-cessilé. >

U est facile de s'expliquer les embarras pêcuninirc« de l'Amiral. Indépendamment de sa dépense journalière & rii6lel, il lui fallnil soutenir à la mur ses deux fîls, don Darihélemy, ses envoyés: Diego Meudez.Carvajal, Gerouimo» qui de leur côté ne louchaient pas leur solde. Il était présentement dû h don Dieg;», son fils aîné, on arriéré d'environ 25 000 maravédis, en -outre pour le compte de son frère 59 860 maravédis. L'Adelantado avait à réclamer 391 665 maravédis, et don Fernando 60 000 maravédis pour leur Irailemenl de mer. On comprend la solliritude de l'Amiral, obligé de fain* face à tant de besoins.

Au commencement de janvier ^505, Colomb voulut, présenter son Gis aîné, Don Diego, comme successeur

à ses droits, litres et priviléfçes, en vertu des traités passés aver. lar.ouronnc de Castille, D'après son conteii^don Diego adj'essa un mémoire au Hoi catholique.

— salle suppUnnl de vouloir le nonnnneraux lieu, place et droits de l'Amiral son père.

UùD fliego Colomb ne j-eçul aucune réponse.

L'Àrairal pul croire que ce silence provenait d'une irrégularité de fornie e( que le Roi voulait recevoir de lui-même l'expression de son désir. Il lui écrivit doue une courte lettre, fenne autant que respectueuse. Malheureusement Colomb, pour loucher le mooarqrie et accélt^rer l'expédition de l'affaii-e, ajoutait qu'il nttribuait aux contrariétés occasionnées par ces étei^ aels retards la princijiale cause de l'étrange el douloureuse infirmité qui le rendait comme perclus.

Oélas ! cet aveu devint l'arrêt de Colomb.

Si haut qu'il fui placé, Ferdinand ne laissait tomber 4 lerrn aucun propos. D'ailleurs ses haines étaient devinées el servies ave<: un tact diabolique. D&s lors, le système de lenteurs à suivre à l'égard de l'Amiral, accablé de souffrances, fut tracé par sa propre iodicalion.

Comme on le prévoit, sa lettre resta sans réponse.

L'Amiral se Qaltant que, de vive voix, il avancerait ses aiïaires, se préparait à partir pour la Cour. Mais 4ur ces eutrefaites, des douleurs cruelles, redoublées parle déplaisir ae ces lenteurset de nouvelles rigueurs de la température, l'empâchèreot de quitter Séville. Malgré se<: maux, il ne diminuait eu rien sesmortilicatlûus, observait rigoureusement le jeûne quadra^

simai et suivait exactement la règle de l'Ordre sèi-*»phique.

Ktifin les douces iiilluences du printemps améliora renl sou éuit. Daos le courant de mai, soutenu de soi frère l'AdetanLado et monté sur une mule, il prit la route de Scgovie, où la Cour venait de s'établir. Cependant, telle était encore su soiifTiunce, qu'il tomba de nouveau malade à Salamanque. Le fiilclc Diego Mcodcr vint l'y trouver el lui donner ses soins. Après quelques autres stations douloureuses, Colomb parvint au but de son voyage.

Le Roi l'accueillit avec sa pollLcsse habituelle, mai^ ne lui donna point son liim de Vice-Uoi et ne le lit point traiter suivant son rang, comine il l'élalt du viviml de la Heine. Il t'couta avec patience le récit de sa périlleuse navigalîon et avec inlérêl la découverK des mines de Véru^ua. Il laissa TAniii-al raconter soi naufrage forcé à la Jamaïque ; l'abandon où l'avait livré le gouverneur d'IIispaniola; la révolte des Porras; les affronts subis à Sainl-Domin^ue, sans lui donner d'autre coosolalion que ces paroles vaguement afUibles, auxquelles l'expérience de Colomb ne pouvait plus se tromper. Tout en reconnaissant les litres aussi anciei qu'incontestables de l'Amiral à Ingratitude de la cou-' ronne, Ferdinand trouva moven déterminer l'audience, sans avoir rien décidé, ni même rien promis.

Dans ses diverses audiences, le Roi parlait surtout à l'Amiral de sa [jonite, de ses rhumatismes; lui recommandait avant tout de se bien soigner, lui indiquant des médecins, puis d'un geste gracieux lui faisait ua salut de congé.

Si pareille faç^a de traiter, en vieillard imbi^cile, lo Révélateur du Globe semblait à Ferdinand um; facétieuse habileté, combien ce qu'elle avait de cruel no dut-il pas profûadémenl révoller le cœur de Colomb!

Ferdinand, loin de paraître repousser ou déiourner jamais ses réclamations, en reconnai3s.iit la jii5;ticn cl «semblait encourager Colomb à se plaindre de la position qui lui élatl faite ; mais n'en remuait pas davantage. Toutes les fois que l'Amiral se présentait â 1» Cour, le Roi accueillait avec une extrême politesse ses instances, et lui réj)0Qdait des choses on ue peut plus obligeantes. Ouand il revenait i la charge, le Roi avait encore à lui offrir d'autres politesses flatteuses, à susciter de nouvelles espérances. Néanmoins l'affaire n'en marchait pas plus vite.

Par moments Colomb se laissait prendre tout de bon aux paroles captieuses de Ferdinand. Sa droiture ne pouvait croire à une dissimulation si longuement conduite, ni à un pareil mépris des droits les plus sacrés.

De son côté, le fils aîné de l'Amiral, don Die^o, rappelait aussi au souverain sa deuiande pour l'investiture du gouvorncmcnl liérédilnire di^s Indes, qui lui appartenait en vertu des traités dout il présentait la copie. Pas une fois le Roi ne laissa sans réponse ces demandes. Il en accusait réception avec une ponctuelle exactitude. Dans les audiences et tes conversations, il i^oulait des politesses et des protestations de bienveillaoce aux assurances déjà données.

Il ne se montra jamais importuné par l'iDsistancc do

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rÂmiral ni par ccllt^ de son Ois. Loin de là. Plus on lui adressait de réclamations, plus il y répondait favorablemeol. On ne pouvait se plaindre de l'accu'Ml invariablenient poli fait à c«s demandes; mai$ rien ne se leiininall.

En attendant une décision qu'on ne rendait point, les ressources de l'Amiral s'épuisaient. Les c^iravelles d'UispanioIa, chargées d'or, n'apportaienl rien pour lui. Ne pouvant plus longtemps soutenir la dépense qu'entraînait son rang dans la résidence royale» il partit pour Valtadolid oA (a Cour ne lit qu'un séjour transitoire. Maiîi, afin que ses tribulations fussent â leur enmhie, la maladie vint s'ajouter aux tortures de la goutte dont il était t travaillé saos miséricorde ».

Alors Ferdinand, qui, sans parallj'c y songer le moins du monde, suivait avec attention la décadence des forces de l'Amiral el l'aggravation de ses embarras pécuniaires, jugeant le moment opportun, lui lit proposer de renoncer à ses privilèges et d'accepter en échange un domaine situé en Castille, auquel on ajouterait une pension sur les fonds de la couronne. Le Révélal<?ur du tjlohe rrjrta dédaigncusemi'nt l'offre par laquelle on avait espéré séduire sa misère. Aussi inllusible dans son dénùment el ses intinuilés qu'à l'époque où, foil de sa seule espérance, dans la plaine de Grenade, il obligeait la Cour à lui consentir ses privilèges, il ne céda rien, ne diminua rien de ses droits méconnus ; et g»rda le silence de l'iiidigualion, se boi^ nant à en appeler à Dieu de cette iniquité.

Ainsi. l'Iiommcqui en ce moment rendait TK^pagoo

— Ml —

le royaume le plus nchc et le plus puissant de la chrétienté, o'avaiL [>ns une Luite pour abriter sa t£le, coU' chait dans un lit de louage et se Irouvail rcduil aux emprunls pour payer sa dépense â l'auWr^e.

Ce dénûmcnt ne suffisait pas h la tacite animosîlé du Roi. Non-seulemeot il privait l'iVrairal de ses reveaus; il Toulnii encore le dépouiller de ses titres et de ses honneurs. Quel élaîL donc le rorfail de Colomb? que pouvait-on lui reprocher? Sa soumission n'avaiL-<^li{; pas égalé son zcte?son zèle, sa prudence? sa prudence, sa fidélité? sa Bdélité, son dévouement?

Même depuis son retour, après que lui fut ravie la Reine, son amie, son unique soutien, s'absorba-t-il dans sa douleur au détriment du service du Roi? Ne conserva-t-il pas à l'ingrat monarque renipres.«ement qu'Isabelle aurait soubaité pour lui?

Mais qu'importait h Ferdinand la fidélité de ColorabT Pour ce ^raud politique, l'inlérèt éluil l'unique règle du cœur. Il ne, supposait â personne une générosité dont il ne se sentait pas capable, et ne pardonnait point la supériorité. Ce qui l'oITusquait dans Colomb, ce qui le rendait implacable pour lui, c*éL'iît sa gloire, son involontaire grandeur. Aucun service ne pouvait racbeler l'importance acquise par cet éti'ang'er, qu'il avait m si pauvre, sollicitant l'honneur d'une audience, suppliant qu'on vouhU le croire; et qui, après sept nus d'impoitunilés, avait, en moins de huit mois, conquis la Vice-Itoyauté de pays plus vastes que l'Kspagoe; s'était vu traiter en Souverain par le chef du l'Égliseï

— su —

que notre divin Maître Jésus, venant apporter à ITramanilé plus qu'un monde et que tous les mondes^ U Véritiî, la Voie et la Viel avait ét^ calomnÎL', persécuté, garrotte, battu de verges^ donné en spectacle à la Toulo et livré au dernier supplice malgré son inaocâooe déclarée. Â son image, le Révélatenr du Globe se taisait sur son lit de souffrances, el, œmme le Libérateur des nations, pardonnait à ses ennemis.

Nouveau CoDtinent, el pressentir l'einplacenicDl ni^cessaire aux grandes comniuaications de l'avenir entre les peuples, lui inunli-ail clairciiienl rimmc^nsité de s«s découvertes. Il avait donc pleinement conscience de rénurniité de l'injustice royale, et sentait que jamais iniquité plus criante ne fut commise envers un homme. Par la Donation aposloliqi.2 du Saîni-Siêjje el la Ligne de Di^ marra ti on papale dont il était secrètement cause, î) avait assuré à la Caslille lan-.ûitié de ce Globe; et on lui refusait ses droits^ ses litres, ses honneurs, son pain! Il ne possédait au monde que ses revenus, et on les niLsait disparaître! CiHiiit à la conliance ou â la commisération de quelques Génois qu'il devait de pouvoir subsister chélivement par des emprunts.

11 voyait s'éloi^încr indéfiniment la délivrance du Saint Sépulcre, désir dùsespéré de toute sa vie, lorsque tout semblait prêt pour sa réalisation. L'or abondait maioienant, et chaque arrivage promenait pour la saison suivante des richesses grandes ; mais rien n'était pour lui! Que nedevail-il pas éprouver dans son cœur? Pourtant il ne laissa entendre aucune plainte, et arrêta sur ses lèvres tout reproche près d'en sortir. Renfermant au fond de son isolement l'amertume de ses tristesses, il les olîrità Celui dont il avait porté la Croix. Ce calme dans le comble des afflictions ne laisse-t-il pas deviner autre chose que la vertu? Trouvcraît-on dans l'histoire un exemple qui lui fût semblable'? La philosophie est auf«i impuissante il inspirer qu'à expliquer cette sublime résignation. C'est que le Messager du Salut tenait devant ses yeux le crucifix. Il se rappelait

nature reprit ses droits. Son énei^ie de volonté retarda suule les elleU d'une destruction qui semblait Immixienlc.

Quand, pour découvrir le Dèlroil, il sVHait remis en merà suixaule-six aus, après en avoir pusse qu:iranl6 à naviguer, Colomb n'avait pas déployé une moins héroïque audace qu'à sa première expèdilion. Déjà plusieurs fois atteint d'ophthalmie et de rhumiiLisme articulaire, îl eut à subir, durant ce voyage, des prlvaliuns, des faligue.s et des intempéries indicibles, auxquelles succombèrent de jeunes marins parmi ses équipages, et dunt son frère l'Adelantado, malgré sa complexioD athlétique, ressentait encore les suites plusj d'un mois après son débarquement. En outre, uue dal ses anciennes blessures s'était rouverte; des gonflements arthritiques endolorissaient ses pieds et mains; le mal avait (tagnë les principnux centres. En^ dépit de son calme apparent et de sa sloïque rclenue de paroles, la perte d'Isabelle avait fait à son cœur une déchirure d'otli s'échappait, goutte à goutte, la source de sa vie. A partir de ce moment, chaque jour hâta l'approche du terme fatal.

Dans ses atroces calculs sur ce qui lui rcslAÏl de temps à soulTrir, le roi Ferdmand était d'une exactitude sagace. Pûuri.-ml, il y avait encore chez Colomh un autre secret de souITranco dont ne pouvait se duuteroa profond politique.

Malgré sa résignation tout aimante â la volonté d< IHeu, SUD pardon de l'iniquité, une désolation pli

— an -

amère cpie l*ÎDgP3litude royale le poi{rnait incessimmeiii dans sa solitude : c'était le souvenir de ces contrées qu'il était allé découvrir au nom de Jésus- Christ, la navrante image de ces populations jadis heureuscs, qu'il avait ambîtioîiné d'amener au nédempleur, auxquelles iUvait,lepreroier,monlréeifait saluer la Croix, et que maintenant l'on déiniisail avec une bai'barie insensée. Le Révélateur du Nouveau Monde se sentait martyrisé dans les Indiens, démembré dans la disloration de leurs tribus cl les supplices inlli{,'é-s à ces infortunés, qui s'éteignaient maudissant la sublime religion qu'il aspirait à leur faire chérir.

Au milieu de ses tortures physiques, des humiliants embarras de son dénAmont, (<olotnb, roinctiaiil h sort de sp? deux (ils à la commisération de la Providence, aurait pu encore oublier sa détre&se, sou abaissement, la perfidie d\i monarque. Mais nulle préoccupation humaine n'aurait pu lui dérober l'image de ces malheureux ludieiis ni ralentir l'accélération de son pouls indigné. Par quelles paroles consoler une telle afOiciion? Qu'oser dire? Comment aurait-on modéré U'. chagrin qui pénétrait jus()u'aux entrailles le disciple du Verbe, et lui adoucir celle agonie morale, soufTrancé immense comme une nation, multiple â l'égal des peuplades de cette race infortunée dont il prévoyait la fin, et semblait entendre les lamentations dernières?

Pour prolonger encore durant quelques jours la vie de Colomb, il eût fallu pouvoir ressusciter la grande Isabelle et fermer à Tinst-ant la plaie saignante des Indes. Mais, après lanl de traverses el de douleurs î^an»

ooni, sa conservation jusqu'à ce moment pourrait paraiti-e un phénomène. D'ailleurs il portail dans sa propre sensibilité, sa compati ssance aux maux d'aulnii, la cause d'une destructioo immioeale.

Bienl&l il reconnut qu'aucun secours humaio ne pouvait désormais réparer le délabrement d'un corps usé daus tout son organisme; il relui pour la dernière fois son testament et, n'y trouvant rien à changer, voulut en Taire le dépdt aulbenlique.

Après qu'il eut remis au notaire du Roi rac4e de sea dernières volontés, Colomb sépara compléLemeol sa pensée de celle de la terre, cessa de participer aux iolérëls du monde et de la famille, pour ne plus converser qu'avec les cieux.

Suivant uaeloi générale de la physiologie et de rhtft> toire humaine, les choses tendent â finir de la même manière qu'elles ont coinuiencé. Le mystère qui nous dérobe l'origine de Ghristoplic Colomb vient enlcwrer sa fin. Peu de détails nous ont été transmis sur cette existence sans égale parmi les hommes. Le savant chanoine de Plaisance, Pîetro Maria Campi, était panenu i recueillir, sur la un de ce héros chrétien, des notions exactes, qu'il se préparait i publier, quand de sa rude visite la mort vint interrompre son travail. Dans ce qu'il avait pu se procurer touchant les demien moments du Révélateur du Globe, il trouvait l'aisu-

rnnce que sa morl fut celle d'un prédeslioé, le digne couronncmenl d'une vie d'apôtre et de martyr.

Néanmoins, en l'absence de documents diétaillés sur la dernière phase de cet aslre lujnineux dans la sphère des inieltigcnccs, il est pourtant possible d'en retracer assez exactement les circonstances les plus saisissantes.

On devine ce que devait être, à cetrc époque, une hôtellerie en Espagne. Il est aisé de se représenter celte cliambre d'auberge où gisait TAmiral de l'Océan, sur son lit de soulïrance. Les murs nus n'avaient pour ornements que ses fers, qu'il gardait toujours suspendus devant lui dans son cabinet, comme autrefois les généraux de Rome, les triompliatcurs, conservaient les couronnes civiques et murales obtenues au prix de leur courage. Ses cliaines étaient Tunique recompense qu'il eût reçue du monde. Là, celui qui fut comblé de Inreurs divines, que Dieu avait suscité pour lever te voile qui dérobait à l'humanité le reste du Globe, gisait oublié des grands, du peuple, et en proie aux déchirements par lesquels s'opëi-e la décomposition de notre enveloppe mortelle. Néanmoins, au milieu de riovasion du trépas, sa fermeté d'esprit subsistait complète; sa pensée demeurait limpide et clairvoyante comme au temps de ses découvertes.

Conformément à l'usage de son époque et à Tincli* nation particulière de ?a piété, il rcvélil l'habit du liers-ordj-e de Saint-François, qu'il porta si souvent; tume dans lequel la grande Isabelle avait voulu

rendre A Dieu le soumc qu'elle en avail reçu. Sefi dciii fils, so$ofliciei-sel quelques Pèi-esFraDciscaias.se&amis.. louràtour attendris el réconforl(^s par \cs paroles d« l'aitlerU disciple du Verbe, assistaicnl â celte dei-Tii*^re lutte de sa forte nature contre la destruction. Luimême en suivait, avec une nette aperceptîon, les rapifK's proférés. Ayant aclievé ses exhortations édifianlcâ, il voulut une dernière fois, par le sacrement de pénitence, se mettre en état de recevoir son Dieu. Aucun enonnieillis:;ement de ses a-ti vres, aucun mirage de sa gloire ne tint, par une tentation impoHuDC, troubler le recueillement de cette lieure solennelle. L'humilité de lit robe de saint Fi-ançois habitait vénlahlement son cœur.

Il voyait là, devant ses yeux, appendues aux murs indigents de l'auberge, les chaînes, celte unique récompense qu'il eût réellement toiirht^e de ses Ira- Taux surhumains. Ciaignant peul-ôlre que leur aspect n'aigrit secrètemeot le cœur de ses enfants contre l'injustice du la Cour, pour elTacer cette image de l'ingrntitude royale, il ordonna que ces fers descendissent avec lui dans le tombeau. Après s'être douiiè i\ luim^^mc celle preuve de la sincérité de son pardon des olTenses, étant bien sAr qu'il ne gardait aucune ombre d'ameilume dans son ciiiur, il confessa pour la der^ olère fois ses fautes, el en reçut l'absolution. Les ravages physiques avaient respecté & la fois toutes ses facultés. Daus son épuLscmcnt corporel, il n'avait subi aucun alHiiblissement de l'intelligence. Le contemplateur de la Création devait garder sa lucidité d'inlullioQ ,

aussi longtemps que soa Amâ resterait jointe â son

Le jour qiii s'anDOOcait marquait um des grandes fêles du Lialhoticismd, raoDiven-aîra de celui où le Fils de l'homme, ayajtt accompli la BédemplioD, et inslituôâon l^glise. remonta varâion Pïr:pour rentrer dans sà gloirs.

D'heure en heure, le Grand Amii-al de l'Océan se sentait lotijoui-s plus attiré vits h port de son éternité. Il demnndn la faveur de recevoir encore une fois sur la (erre le pain des ang^s. Quai aspect dut ulors olTrir cette chauibrî d'hùlelleriât L'envoyé du Très- Haut, l'ardent adorateur du Verbi par qui tout a été fait, recevant la visite du V^rb^ divin sous le symbole eucharistique I Quelle âlFusion d; cœur, quelle suavité de conforlatioa âuraboodèriot chez cet homme de Toi I Quelle divine illumination dut éclairer sa couche de doulâursl Avec quel bonheuril se prostema devant sua Maître arrivant à. lui I Le diviu Sauveur, qui lit dans les âmes, savait combien ardemment il avait désiré la délivrance de son tombeau, la glorificalion de ^n nom parmi toutes les nations de ta terres éi ses persévérants elVorts ^t ses douloureuses aspirations vers ce but sacré. Aussi, mal^éle tremblement que toute créature mortelle doit éprouver devant la majesté de l'Auteur de la vie, Christophe était rempli d'espérance. Hassuré par les bontés et la miséricorde que lui avait déjà montrées le Hédcmpletir, son Arno dut s'épandre avec de tendres délices & cette venue du Sauveur sous son loit d'emprunL

Ca inslant encore, et il allait posséder la vie éleraelle.

L'iniêf^ité th son intelligence se maintennit compile malgré l'invasioa croissante de sa {IcslrucLion . Quand il sentit sa Tin tout à Tait proche, Colomb soiiit de soa recueillement séi-aphique, et demanda lui-même le sacrement de rUxlrème-Onction. Sa lucidité n'avait rien perdu de sa force. [I put suivre les prières des agonisants que l'on disait pour lui. Il écoulait avec une humble componction la recommandatioQ del'âmo que faisait prés de lui Tun des religieux franciscains; disait lui-mi>mn les répons. Puis, après avoir aroèi'ement savouré les transes de l'agonie, sentant venu le moment supiêmc, à l'heure de midi, le disciple du Verbe adressa au Père des mondes les propres paroles que proféra le Sauveur expirant sur la Croix : ■ Moo Dieu, je remets mon âme entre vos moins ' ■ el ii rendit l'espriL

Cfaristopbe Colomb, qui avail rencoiiirô chez 1«« Franciscains son premier asile, reçut d'eux la dernière hospiiatité. A quelques jours delà pCKoniie, en dehors de la famille franciscaine, ne songeait h celle glorieuse .«épulture. Pui?, avec le cours des ans, l'ubscuriié se fltj de plus en plus épaisse sur sa méuiuire.

Bieni6t on ne se souvint plus de lui. Déjà l'honneur de sa Découverte s'attribuait au Florentin Amérie) Vespuce; et par une injuste a| pellation, son nonn était donnii au Nouveau Coulinent, tandis que celui de l'AmpliUcaleur de la Création allait s'eiïaçant du souvenir de^ peuples. A peine de loin en loin quelque écrivain osaitril timidement nommer Christophe Colomb, l'endanl près d'un âièclc, l'Écute protestante parut accaparer le monopole de sa biographie. Elle seule nous le dessinait à sa manière, syslénia tique ment, avec ée6 traits abEolumenl opposés h ses actes et à son caractère.

Wah au jour beureui oii monta sur le Siège apostolique Fie IX, le premier Pape qui eut mis le pied dans le Nouveau Monde, la renommée de Colomb ômergei soudain des r.mbres de l'erreur. Et lorsque l'immorlel Pontife daigna nous ordonner d'écrire cette histoire, déjà par la dilTusion de notre précédent livre : la Croix! DANS LES Dkux MoMDtJi, Ics Sympathies chrt'-tiennes tt trouvaient prête? à. l'accueillir.

Nous crairioQS forfaïre au patriotisme} » nous ne signalions ici la Primauté que doit rcvendiqui-r la Fraucu dans la résurrection de la gloire de Christophe

Colomb. Car, en clTeij c'est directement et unitiucmeiit h rinUuencc Trançaise qu'est dû cfi rôveit tnrdif de la juëlice, qu'on voit maiuleuaiit s'opérer eu faveur de Christnphe Colomb.

D« toutes tes natiuas, l'Espagae ëlati peut-être celle où Iti Révélateur du Globe se trouvait If plus complétament oublié. L'biâtoire du Héros dos Mers n'avait été 6critc par aucun Espagnol. Jamnts un souverain d'Espagne n'avait prononcé publiquement son nom. Le pays ignorait géuéraletoenl où reposaient les restes du du Héros, et n'en prenait souci. Le monastère Franciecain de la Rabids, qui abiita Colomb, )ors de son arriviie en Espagne, livré à l'abandon depuis bien des années, tombait déplorablemcnt en ruine, moins sous la faux du temps que sous la main de l'homme. Après la suppression des ordres rc-ligieux en Espagne, et l'évacuation de la Rabida par les Franciscains, leur couvent, quoique déclaré propriété nationale, était lai&âé sans protection. Les maraudeurs, les contreban* diers, les paysans des alcnlonrs le détruisaient en détail, lis en dérobaient pièce à pièce les Loiiieries, les charpentes, même !&» pierres de taillt.

En 1837, le créateur du musée historique de Versailles, le roi f^uis- Philippe, «u offrant à l'église patriarcale de Sévillc un beau portrait du Maître des navigateurs, réveilla en Castille le souvenir de Christophe Colomb. Depuis les jours où saint Lonis envoyait

une bible au roi saint Ferdinand, c'était la première fois qu'un souverain français adressait un don h l'éplise môlropolitaine de l'Andalousie. A celle occasion, pend'jnt quelques mois il Tut question de Colomb dans l'E.'^pagne entière. Cependant, les larcins nociurnes et même les vols effrontés en plein jour se continuaicnl h. la Hahida, sans que personne s'inquiétât de ces dévastations. L'autorilé semblait fermer les yeux sur ce vandalisme. Chaque jour le ma! s'ag,^ravant menaçait d'une destruction prochaine le piiuvre monastère.

Heureusement, pour épargner cette hortte à l'Espagne, le 1 1 mars iSRi, Son Altesse Royale Me li* duc de Montpensier et la Séréuissime Infante doua Maria- Luiza Fernaiida, sa gracieuse épouse, accomjiagaant Sa Majesté Marie-Amélie, cet ange lulélaîre qui pendant dix-huil aniif^es fut puur la France une liénMic- Uon visible, arrivèrent sur ces lieux jadis si hospitaliers à G>lomb, et dont alors on n'eût pu faire pour l'escorte un abri convenable. Ku se rappelant l'état d'aixablement ot se trouvait la vénérable veuve du roi Luuis- Philippe, ou ne saurait voir dans ce voyage une simple excur>ion de touriste. H convient de lui restituer son vrai caractère.

La reine Marie-Amélie n'avait pn affronter les fatigues de la route, oublier les soins qu'e.\igeaienl doublement son état valétudinaire et ses soixanle-douu ans, |>our satisfaire une pure curiosîlé. Ce voya<^e était un véritable i-acriGre, et uocislituait un acl(>. religieux ; dii«nsle root: un Pèlerinage chrétien; c'était en même temps une leçon en exemple donnée à noscontempo-

rairu. ia plus alBigée des Reines venait célébrer la ïiiomoirc du plus éprouvû des Humiues. El peul-i^lre celte louchanLe sympathie de lu plus haute souffrance pour la pltis épique adverâitëfComposait-ôlIe l'hommage le mieux seiiii duut la Pruvidence ait periuis d'honorer SUD iMussiij^er, Chri&luphe Colomb.

Oui dira les émotions de l'admirable Reine et ^Hudignatioa patriotique des deui lutaoïâ d'Espagne la vue d'un tel délabrcmciU? Comme pour réparer l'ingratitud» de Iroùs siôi^les, }es trois uoble:* pèlerins apparaissaient ensemble «ur les restes de rb»bitali<>n où lu futur Utïcouvreur avait rencontré la f:<''''*^'''euse intuition du franciscain Juan Perez de Uarcbena.

Par cette auguste présence, dès cet instant, la Rabida pétait préservée de la destruction.

La restauration do l'église, la réfection des murs du cloître furent décidées sur-le-cbump, et une coti&aliou royale, réalisée ausâttAt. A^ec la promptitude qui sied aux bommeà faits fwur cominandcr, M*' le duc de Montpeiisier arrêta soudain quels travaux d'urgence s'eiéculcniient d'abord. Gr&ce à celte munificence improvisée, l'agreste monastère, où fut accueillie, comprise et secondée la plus hardie conception le la Terre, a été conservé k la piété de nus descendants.

De celle pénible ascension au couvent esc<irpé de la Rabida bont issus des résultats trop heureux, et des iHpercussions trop vastes pour que oous n'en fassions pas remarquer l'importauce.

La première femme qui ait glorifîi^. virtuellement, en actioo, le Hévélateurdu Globe es^Lcelle que la suprématie du rang, la beauié de l'Ame, It haute piété, le senà des ubligaUons royales, l'habitude rendue facile des diffimii'-i devoin;, rapprocliaictitle plus derinconi* parable Uabelte-la-IJaUiolique.

Petite-filte de la grande irapôratrice iïarie-Thérèse, nièce de riufortunée Marie-AnloîneUe, la reine Marie- Amélie, cette mèro d'aui^ustes douleur*:, com^iatie el vànérée de l'Europe eatière, et dout le souvenir béni ne reucuatra jamais du contradicteuni; parmi ceux-là mèmcque 1^ préventions politiques rendaient bosUles è sa dynastie, inaugurait eti ce jour l'Ère d'une justice réparatrice- KV.e donnait au Monde le signal de la gralîlude uatvc^)^eiIe cuvera cet Élude la Trovideace, cpii ouvrit des horizons nouveaux à la pensée humaine.

En venant la première, au travers de riiidilTéL'cnce générale, apporte! son aUcndrissant souvenir et 6on recueil leuienl pieux h l'asile qu'a immortalisé le séjour de Colombj l'angëliquc Reine personnifiait l'inïtiative Française. Quelle femme en ce siècle eût représenté plusdignemcnt ta Fille Âlnée de l'Egltsc, devant ce monastère eu mines, autrefois noviciat évangélique du néroides -Mers?

Par son royal exemple l'an^ustc Marie-Amélie indiquait aussi à notre géiiératiout le chemin d'un Hèlcrinagoquî ne cessera plus désurinais.

UtsoDs-le hiuteroeat, & l'honneur de notre patrie: en saux'anl ta Rabida, h royale Maison de France a simultanément réveillé chez les Espagnols le souveuir

de rboinme qui \es fit si grands. La géiiérusiLu de M" le Duc de Monlpensicr ue s'est pas buni^à la dispendiiHiftc rnsLauraiion du plus touchant de? luoimmenls d'histoire. Elle a vaincu l'insouciance publique eti>u inspirer de:> puèlcs. Suus sou royal Mécénat les muscs de la Bétique ont enân tenté de cèk-brer la sainleié de Colomb, le gënie d'I>nbelle, l'hospitalité francÎÂCiiino de Juan Perez de Marchena. Le noble prince a fuit recueillir daus un Album, imprimé par sa muiiiliccnce, ces prémices de la lyre e^ipo^uotc teconnui»sanle. Ce riclie volume a pour titre : Àlhtim de la Bfibifla. l'armi les poésies de Juan Manuel Alvarez, Demétrio de Los Rios, José Bonavidez, Aljrguarito Cervantes, Nartissu Campillo, on voit avcL- plaisir poindre l'cnthonsia^merythmiqued^ laSeûora Oolores de Klulina et de lu Senora Antonio Ûiaz y Pernnndez.

liidubilalilement, c'esilà l'Album do la Rabida qu'on doit celui de Salamanquf, venu plus tard. La rûlèbre Unîverâi(6 a toulu pus^éiier au&si son recueil poétique, composé par les anciens lauréats de son école. Elle a produit V Album de Colomb, imprimé aux fiais de la Province.

Déjà, par suite de l'éveil donné h. l'Espagne, les Cortès avaient volé l'érectiou d'une slaluc de Colomb, à Madrid. C'est également par l'action personnelle de S- A. H. le Une d«! Montiwusier, qu'' le souvenir de Culumb a lait i-ou entrée à la cour d'I^belle U, ai que le "pcKiÇ Rubi a en l'honncnr d'y lire son drame de Coloia*!, eu présence de la Roine, du Conseil des ministres, et des grands du Royaume. C'est encore

sous la m(ïme influence qu'en ouvrant t'avant-demière session législative, qui précéda àou arrivée en France, Isabelle II p.nrla de Christuphe Colomb, dansie discours de la couroune. C'était La première foiS} depuis la réception friomphnlc du Uôros i Barcelone, en 1493, que son uutu glorieux ^rtail publiquement d'une bouche royale.

Après avoir rappelé rcs faits h l'Espague, qui les oublie beaucoup trop, et h la France qui ae les sait pas a>Be2, le devoir nous iucombe de signaler l'action de la Fille Atnée de rÉglise> sur le renom de son Messager '^ns le Nouveau Monde.

Toutesles biographies de Colomb publiées en anglais, en allemand, en italien et en espagnol, avaient, les unes par erreur, les autres par système, amoindri sa majestueuse personnalil<\ Seule, la France a produit l'histoire înlègro et intégrale du grand Découvreur celle qu'a daigné illustrer de ses éloges, le premier Pape qui ait vu le nouvel hémisphère.

Le Métrtjpolitain des |Hj.s:^e> rions Françaises dans l'Océan, Cardinal Donnet, écrivait le 22 juillet 1866, à rinunortcl Piu IX:

« C'est un grand honneur pour mon pays^ très saint Père, que vous ayez dai<îné confier & une plume Française celte entreprise noblement laborieuse.

a De l'œuvre composée, par ordre de Votre sainteté, résulleun double service rendu bu Monde et à l'Église ».

En eflct, par tcâ traductions et réimpte$sioas de

I ouvrage franfjais, l'aperceptioa du rdie providentiel de Christophe Colamb s'^st répandue, de proche en p'-oche, dans les nattons ohré iennes, et a 6té pour elles comme une Diicouverle du caractère de l'envoyé do Dieu. Notre coosciencieu'ïe restilotion à l'histoire, e:) plaçant sous son vériiable jour le Uévêlaleur du Globe, a implicitement donné une idée plus haute et plus juste de son action dans le développement des relations humaine^.

Qu'il nous soit prrmis de rappeler ici que, déjà les p Incipauk linéaments de la ngu(0 de Colomb, autérieurem^nt tracés dans notre livre: La cnou pans lgb DEUX MOMtEs, avaicnt eu pour rôsultnt les <Ieti\ premiers mon;imeul3 qu'un ;ùlélevi-» à sa gloire : l'un en Europe, h Oéoes, sur la noble impulsion du roi Ctiarles* Albert; l'autre, en Amérique, t Lima, par le subit enthousiasme des Péruviens.

Il semble qu'utie prédestination mystérieuse ait subordonné ùrinilialive Françalâe la ré^urreclioit de la personnalité catholique ds Christophe Colomb,

C'est en Irançuis qu*a d'abord été discrètement proposée au Souverain Ponlire la Itéatification du grand Navigateur, par l'auteur de son histoire.

C'est en langue française, contrairement aux usages Romains, qu'un Prince de l'Eglise a Tait la demande instante de celte BéatlQcation.

C'est ausëi en langue française que le premier Prélat italien, associé à ce projet, l'illustre Arcbev^ue, H*'' Charvuz, a sollicité l'introduction de celte Cause exception oelle.

Ce Tut sculemeni, dès L'envoi de noire Mémoire tVan çaîs aux Pères du Concile du Vniican, quCj dan» l'intervalle des séances, des EvCques de toute naliua conimencèrent à discuter sur les vertus el les miracles de Chri&lophe Colomb.

L'Epiacopat français a précédé tous les autres, dans l'adhésion au Poslulntiiin collectir qu'appuient maintenant plus de Serr Cem» Evèques.

La France, en vulgarisant Ttustoire catholique de Christophe Colomb, n susciié les nombreuses traductions, les abrégi^s, les couli-e façons, les plagiai-; divers oommiâàMilan, àNsples, à Turin, à Cadix, h Madrid, à Barcelone, el jusqu'à l'imiiation luxueuse de la grande édition Palmé, qu'actuellement prépare PAllemagne.

La France, par le génie de l'illustre Ferdinand de Lesseps, accomplit, h l'heure préscnfc, le désir du Na- TÎgalenr de Dieu, en créant !e pa>isnge qu'il s'opinift- Irait à chercher vers Panama, pour entrer de l'Atlantique dans le srand Océan.

La France encore, grâce aux sympnihies admlralives de rimpéralricc Eugénie, vient de dresser sur le canal Inter-Océauique la statue du Vainqueur des mers, œuvre d'un Français, exécutôe en France, premier don artistique de l'Ancien Monde au Nouveau.

Par suite de l'initiative françaiîM;, l'agreste monastère de lu Rabida, devenu désormais l'objeclif privilégié des 'i)uristes en Andalousie, va bîentAl se changer picus&> meut en but de Pèlerinage. A l'exemple de U vénérée

Reine des Français, et ^ubùsant augsi l'iofluencede M»' le duc de Monlpensier, le Roi d'Espagne, Alphonse XII, 5on neveu, s voulu venir à son tour saluer l'hiimble asile où se perfectionna la plus hardie conception de la lerre. Le retentissemenl de celte royale visite ayant surexcité la curiosité, le nom de Cbristophe Colomb devenant aujourd'hui Familier aux Espagnols, les excursions à la Rabida se sont mullipUées jusqu'à, nécessiter un nouveau service de hateitui à \apeur, allant de Cadix et de Sainte-Marie au port de Palos et à Rio Tinto. La ville d'Huelva, cheMieu de la prorince, s'est ressentie de cet empressement. Elle voit sa population s'accroître de jour en jour. Un caravansérail grandiose, fruit do la spéculation britannique, si habile à escompter l'avenir, s'est déjà ouvert sous ce nom : UâTEt CoLt^nos.

Sli ans nou^ séparent encore du quatrième centenaire de la Découverte, pourtant en différents [lays des deux oûntinent», ou prépare les moyens de célébrer avec une splendeur inouïe la journée du 12 octobre IH'j2. Des programmes de têtes ont étô combinés dans les deux Américtuee et dans plusieurs villes d'Europe. Divers projeta sont à l'étude, pai ticulièrement en Italie et co Espagne. Gènes surtout entend surpasser toutes les cités du monde, par des solennités d'un éclat jusqu'à présent inconnu.

Nous l'avouons : notre cœur ne saurait se défendre d'une patriotique fierté, en sentant que cette préoccupation lointaine des esprits, ce mouvement si étendu provient directement de rioitiative Française et de son

inOuence sur l'oi^inion. Il entrait daos notre destinée d'exhumer de l'oubli, le Vainqueur de /a mer ténébreuse; de reoannatire sa beauté morale ; de le montrer h nos contemporains avec ses dons niiraculeux, SOI) maudal |iruvideiitiel, âet; vertus hârulques s'élevaut jusqu'il la Sainteté.

Soyons satisraii:i. L'élttc du catholicisme semble codiprendre, aujourd'hui, l'importance de celte double restitution à l'histoire et tt Tliglise.

Tandis que la civilisation, ea vue d'honorer Thomme qui fîit son principal agent, depuis l'Ère du Christ, «quisse des plans de fêtes, rêve des inaugurations, imagine de^- statues, des portiques, môme des monumejits fastueux, n'oublions pas que la France avait pris l'avance, il y a plusieurs années, et proposé l'unique prix qui fût vraiment digne du Messager de la Providence. Nous demandions puur lui uut; récompense dont ne dispose ni Itui u) Lmpiireur; qu'aucune puissance terrestre ne saurait accorder : ta couronne immortelle, le nimbe céleste que l'Eglise seule décerne aux parfaits serviteurs de Dieu.

Par l'ascendant de son exemple et l'eracacité de son Principal catholique, la France a communiqué aui chrétiens des Deux Mondes ce tardif désir de justice, qu'on voit présentement se manifister partout eu faveur de Christophe Colomb. En dépit de toute prétention de l'étranger, l'honneur d avoir suscité ce sentiment général d'équité, parmi les nations, revient, incootQâtablemcnti la nOtre.

Quel que puisse être ullérîeuremcnl, h Rome, l'effet

de ces aspirations innombrnbles, exprimées par pluj de Sept Cknts Evêql'es, représentant t'universalilô des cnlholiqiies disséminés sur l'orbe entier de ta Terre, l'incomparable roajeslé d'un pareil témoignage irrndîe désormais mr le Révélateur du Globe une gloire aus-si éclatante qu'unique, et k toujours sans égnie dans les temps futurs do l'humanité.

'^u'aJDul«r à c«(te triomphale manife>laiicin du sentimeol chrétien? Une telle aitestalion éclipse tout bsmmage et surpas^se loule ambition du cœur.

Kn vertu de son Aînesse catholique, la France a, la première, demandé la béniiflcatiou de rexlraordiiiuîre serviiciTdc Dieu, Christophe ("olomb. Elle a indiqué pour rîtiLmduciion de sa Cause une voie cicepiionnelle. Ce h^'-ros apostolique étant essonlielloment exceptionnel, dans sa destination, sa Cause pouvait-elle être d'une nuire nature que sa personne?

L'originelle grandeur de celte Cause apparaît si caracléristiquement exceptionnelle, qu'elle rehausse même le Tribunal souverain auquel la cbréUeuté la dcfôi'e. A son approche, à son contact, la Sacrée Congrégation des Rîtes ^e trouve grandie et surélevée dans l'opinion des peuples. Combien ne devient-il pas imposant ce suprême Aréopage, dès qu'on le sait appelé à prononcer, pour l'éternité, sur l'Amplilicalourde la Création?

— SOfi —

Assurément, quelque nombreux que puissent être les Saints dee siècles & venir, aucune Cause de bëatîQ- CBtiuQ d'un inlérôt immense, multiple et mondial, pareille à celle-ci, oc se représentera jamnï? dans la suite des âges ; pas plus qu'on ne verra, jusqu'à la fin des temps, un autre Découvreur augmenter d'un CodtiQ6Dt nouveau la masse terrestre de notre Planète.

Voil^ seulement ce qu'il nous est permis d'afSrraer.

Quant au reste, gardons-nous de vouloir devancer' le jugement de l'Église. Catholique^:, modérons notre^ légitime impatience, et sans cesser d'espérer, stlen-j doQsavec respect la décision iofaillib'e du Vicaire de Jésus-Christ.

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NOTE D'UN INTÉRÊT RÉCEiNT

L'espritd'erreurqui, pendant plusieurs siècles, avait fait déprécier Christophe Colomb et son Œuvre, s'efforce actuellement de soulever des doutes autour de son berceau.

Ainsi qu'autrefois sept villes s'étaient disputé l'honneur d'avoir donné le jour à Homère, en Italie sept villes ou bourgades se sont glorifiées d'avoir produit le Révélateur du Globe. Voici maintenant qu'à Tinstigation d'un Corse, l'infatigable abbé Casanova, la cité de Calvi se prétend le vrai lieu de naissance de Christophe Colomb.

Les Corses sont entrés avec enthousiasme dans cette imagination du brave Abbé, conférant de la sorte à leur lie le privik^ge de donner au monde les deux plus grands génies des temps modernes : Christophe Colomb et Napoléon Bonaparte.

Le patriotisme insulaire s'est bâté de découvrir la maison où, indubitablement, avait dû naître le grand navigateur. Le Gouvernement

républicain a même autoris*^ réreclion d'uno stiilue (le Colomb à Caivi, comme pour mieux consacrer l'imposture. Celte mensongère solennité s'est accomplie en grarnl apparat^ le 30 mai 188G, avec affluence de curieux, cris de joie des aubergistes, musique, discours, illuminations et feux d'artilice. Pourtant^ en dépit de tout ce tapage d'Arrondissement, aucun semblant de réalité n'est venu renforcer l'invention fantaisiste.

Florence aussi, depuis longtemps, nous montre incrustée dans le marbre, sur rétroito maison où naquit Améric Vespuce, une inscription lut attribuant la découverte du Nouveau Monde. Jusqu'à présent cette mensongère prétention n'a pu, malgré ses lettres d'or, séduire l'opinion publique. L'assertion officielle dont aujourd'hui se targue l'orgueil municipal de Caivi, est, aufond^ d'une valeur absolument pareille.

Gênes la Superbe, véritable patrie de Christophe Colomb, ne prend nullement ombrage de cette usurpation téméraire, pas plus qu'elle ne s'était inquiétée de celle de Florence. L'Italie se borne h rire de la naïveté de nos ardents insulaire-^, et du Ministère qui a si aveuglément patronné celte machination vaniteuse.

D'ailleurs, les soi-disant documents de l'abbé

Casanova ne sauraient infirmer, en rien, les paroles précises de Christophe Colomb. Or il nous dit : « Je suis né à Gênes, ville noble et puissante sur mer. C'est de là que je suis parti , et c'est là que je suis né. »

En sus de cette déclaration péremptoire et réitérée, trois générations de témoins, dans la propre famille de Timmortel Découvreur, certifient qu'il est né à Gênes. Qu'opposer à la puissance indéclinable du Fait? Quel document venant de la Corse donnera un démenti au Révélateur du Globe? Qui détruira l'autorité de son affirmation personnelle ?

Dédaignant donc toute discussion désormais inutile, nous en référons, sur ce sujet, au premier Chapitre du présent volume. S'il vous reste encore quelque doute, ami lecteur, veuillez prendre la peine de le revoir.

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