‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 126 sur 444 · COLOMB PROJETTE SON EXPÉDITION EN TERRE SAINTE · texte numérisé non relu

COLOMB PROJETTE SON EXPÉDITION EN TERRE SAINTE

nent à la seule Église catholique apostolique romaine -, et après elle, à la France, sa Fille Aînée.

Christophe Colomb calcula qu’avec le produit de ses droits de dîme et d’octave il pourrait faire cette entreprise. Il combinait son budget de manière à lever en deux fois une armée de cent mille hommes d’infanterie et de dix mille cavaliers 1 . Au moment où le Héros chrétien se livrait à ce pieux calcul, il ne touchait pas sur ses revenus de quoi se procurer un manteau. Les deux mille ducats que la Reine lui avait fait compter à Cadix avaient été employés tant pour sa maison que pour celle de l’Adelantado. Il lui fallait soutenir à Cordoue le modeste ménage de sa femme dona Béatrix Enriquez, et en outre son frère don Diego, qui inclinait à se séparer tout à fait du inonde. En sa double qualité de Yice-Roi des Indes et Grand-Amiral de l’Océan, il était obligé à un grand état, devait entretenir un certain nombre d’officiers et de domestiques. Après plus d’un an de séjour en Espagne, ses

ressources étaient épuisées.

Néanmoins, quand on se rappelle les principes sévères d’ordre et d’économie domestique dont fit toujours preuve l’Amiral, on ne conçoit pas, même en ayant égard à ses dépenses exceptionnelles, qu’il se trouvât ainsi au dépourvu. Nous ne saurions douter que son zèle pour les hôpitaux, son amour des pauvres, les amis de Dieu, n’aient particulièrement contribué à sa subite détresse. Suivant toute apparence , comptant sur ses revenus alors échus, qui devaient monter a plus de huit mille ducats, il

* « Que donde â siete anos yo le pagaria cincuenta mil de pie y cinco mil de cabalio en la conquista délia, y donde a cincos anos otros cincuenta mil de pie y otro cinco mil de cabalio, que serian diez mil de cabello é cien mil de pie para esto. » — Carta del Almirante Colon â Su Santitad.

DÉNU MENT DE COLOMD.

satisfit sa reconnaissance et sa piété en rendant à la famille franciscaine de Grenade ce qu’il en avait reçu jadis à la Rabida.

Mais comme il ne put toucher cette année-là les sommes qui lui étaient dues à l'Espagnole, et qu’un premier envoi de quatre mille ducats ne fut fait que le 2 août 1502, il se trouvait sans ressource. Lui qui avait donné à la Couronne des terres cent fois plus grandes que la Castille, ne possédait pas un coin de terre, un jardin pour s’y promener, un toit pour abriter sa tête. Il était réduit à une vie d’auberge-, et souvent n’avait pas de quoi solder la note de l’hôtelier. Non-seulement il ne trouvait point toujours de quoi a payer son écot1, » mais, chose autrement pénible à sa charité, il n’avait pas même une petite pièce de monnaie pour donner à l’offrande quand il était à l’église2. Et c’est là ce qui lui était le plus sensible. C’est uniquement à cette occasion qu’il se plaint de sa misère. Ne rien pouvoir offrir à l’Eglise et aux pauvres, lui fait regretter son dénûment. Colomb ne parle pas de cette gêne, qui tend à diminuer l’éclat de son rang, à rabaisser la dignité de ses titres. Pour lui, la pauvreté n’est surtout pénible que par cela qu’elle nuit aux pauvres qu’il ne peut assister.

La défaveur jetée sur la colonie empêchait l’Amiral d’obtenir des avances. Sa gêne, son manque de crédit pécuniaire et d’influence gouvernementale, devenus notoires en Castille, transpiraient même à l’étranger. Une lettre du secrétaire de l’ambassade vénitienne en Espagne, dans laquelle Angelo Trivigiano se vante d’être devenu « le grand ami » de Colomb, montre à la fois sa gêne, son

1 « Y las mas de las veces falta para pagar el escote. » — Christophe Colomb, Lettre aux Rois Catholiques , datée de la Jamaïque le 7 juillet 1503. 1

* « No tengo solamente una blanca para el oferta. » — Ibidem.

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