‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 127 sur 444 · ISOLEMENT DE COLOMB · texte numérisé non relu

ISOLEMENT DE COLOMB

discrédit et son inépuisable bonté. Au milieu de ses tribulations, de ses secrets déplaisirs, le Vice-Roi des Indes faisait exécuter par des pilotes de Palos, pour Dominique Malipiero, une carte de grande dimension *, représentant toutes les terres découvertes dans les Indes.

Les grands, qui prennent pour boussole dans leurs relations la faveur Je la cour, avaient abandonné le vieux marin. A l’exception des Franciscains 2 et de quelques savants étrangers, personne ne troublait la solitude du Vice-Roi disgracié. Il comprit alors que celui qui se dévoue à tous n’obtient aucune gratitude individuelle. Qu’après avoir servi tout le monde , il semble n’avoir servi personne , et que nul ne le traite comme ayant profité à chacun. Il se rappelait ce proverbe : « Qui sert chacun ne sert personne 3 . » Allégé du fardeau de l’administration, il s’élevait plus librement à Dieu. Un sublime élan emportait plus fréquemment son âme dans les hauteurs inscru tables de la conversation céleste. Le contemplateur du Verbe trouvait à son oisiveté forcée de consolantes compensations. L’ingratitude du Roi, l’injustice de l’opinion publique ne faisaient que détacher de plus en plus Colomb des intérêts temporels, et le portaient, comme l’apôtre des nations, l’heureux admirateur de l’invisible, saint Paul, à vivre dans le Christ seul, et à ne vouloir posséder d’autre science, que Jésus mort sur la croix.

1 « Lettre d’Angelo Trivigiano du 21 août 1501. — Morelli, Lettera rarissima , pag. 4 4.

2 Humboldt reconnaît qu’à Grenade Colomb vivait dans la société des Franciscains. — Examen critique de l’Histoire de la géographie du Nouveau Continent , t. III, § 2, p. 258.

8 « Chi serve al comune, non serve a nessuno.

Page 1