TERRIBLE TEMPÊTE
sors, rien ne reparut. Plus de vingt-six caravelles, toutes chargées d’or, dépouilles des malheureux Indiens, furent ( brisées et ensevelies dans les gouffres des vagues; d’autres, emportées dans les sillons écumeux de l’Océan, furent entraînées sous des parallèles inconnus, et sombrèrent plus loin, après avoir ressenti plus longtemps les angoisses du désespoir.
De toute cette superbe flotte, il ne revint à Hispaniola que deux ou trois navires fracassés, à demi noyés; tandis qu’un seul, le plus mauvais, le plus usé, le plus petit de tous, nommé Y Aiguille « El Aguja, » continuait sa route vers l’Europe. « Il portait tout le bien de l’Amiral, qui consistait en quatre mille pesos; et ce fut le premier qui arriva en Castille, comme par la permission de Dieu » Les navires maltraités qui revinrent se réparer à l’Espagnole portaient les gens les plus pauvres, les plus obscurs de ce convoi ; il n’y avait parmi eux qu’un seul hidalgo, le notaire navigateur Rodrigo de Bastidas : « c’était un fort honnête homme2, » que Bobadilla avait aussi persécuté inhumainement.
Dans cette terrible journée périrent, sans en excepter un seul, les traîtres, les calomniateurs, les ennemis jurés de Colomb. « Là, dit un historiographe royal, là prit fin François de Bobadilla, celui qui avait envoyé l’Amiral et ses frères, les fers aux pieds, sans l’accuser, ni lui donner lieu de se défendre ; là prit fin aussi le rebelle François Roldan et quantité de ses complices qui s’étaient soulevés contre les Rois , contre l’Amiral, dont ils avaient mangé le pain, et qui avaient tyrannisé les Indiens. Là périt
1 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castil lans dans les Indes occidentales. Décade ir% liv. V, chap. n, p. 337
2 « Bastidas hombre bueno y piedoso con indios. » — Rafael Maria Baralt, Resurncnde la historia de Venuezela, t. I, cap. vii, p. 132.