LA FLOTTILLE DE COLOMB PENDANT LA TEMPÊTE
aussi le Cacique Guarionex (qui avait opiniâtrement refusé l’Évangile) -, les deux mille pesos furent submergés avec ce grain d’or de grandeur prodigieuse L » Tout fut perdu-, la mer engloutit à la fois avec ces richesses iniques leurs iniques possesseurs, « au nombre de plus de cinq cents hommes1 2. »
Or, pendant que s’accomplissait ce désastre, l’Amiral, retiré dans « le port caché, » puerto escondido , laissait gronder l’ouragan, et se confiait à Dieu.
Durant le jour, les quatre caravelles, parant de leur mieux aux coups de vent et de mer, tinrent bon. Mais « la tempête fut terrible pendant cette nuit-là, et elle désempara les vaisseaux. » Au milieu de l’obscurité, trois navires furent arrachés du port, où la Capitane resta seule. Chacun d’eux fut emporté de son côté3, sans conserver d autre espoir que la mort -, chacun croyait que les autres étaient irrémissiblement perdus. Ils durent s’abandonner à la violence des flots. Le Galicien, sur lequel se trouvait heureusement l’Adelantado, perdit sa chaloupe, et, pour la ravoir, le bâtiment faillit périr. Il dut y renoncer. On s’efforça de gagner la haute mer. Les trois caravelles furent fort maltraitées, perdirent une partie de leurs agrès et de leurs provisions. Le navire de l’Amiral, quoique horriblement fatigué, ne reçut aucune avarie. 11 dit luimême : « Notre Seigneur sauva celui dans lequel je me trouvais, en telle sorte que, quoique étrangement assailli,
1 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales. Décade iie, liv. V, chap. n
8 Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes , liv. III,
chap. ix.
3 « La notte con grandissima oscurita si partirono tue navigli délia sua compagnia, ciascun per lo suo camino. » Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio , cap. lxxxviii.