COLOMB DANS LA BAIE DE HONDURAS
disproportionnée contre les forces d’un ciel toujours voilé et d’une mer inconnue. « Ses équipages perdant cœur demandaient à relâcher à la Jamaïque ou à l’Espagnole. Tout autre que lui l’eût fait sans attendre même qu’on l’en priât. Mais personne ne savait mieux que lui se roidir contre les obstacles. Il tint bon, ranima ses gens, et attendit le vent favorable qui vint enfin b »
Alors en quelques heures on découvrit au midi une île. qu’entouraient plusieurs îlots : c’était Guanaja, située er avant du golfe de Honduras. L’Amiral commanda de la reconnaître. L’Adelantado fit aussitôt armer deux chaloupes, et prit terre avec un fort détachement. Il remarqua une grande quantité de pins semblables à ceux des Antilles et des traces de civilisation ; car on aperçut des creusets destinés à fondre le cuivre, dont quelques parcelles parurent des fragments d’or aux matelots, qui les dérobaient en cachette.
Sur ces entrefaites , on vit arriver une sorte de galère vénitienne, large de huit pieds et fort longue, fabriquée d’une seule pièce. La chambre, en forme de gondole, couverte de feuilles de palmier artistement tressées et impénétrables à la pluie, était remplie de marchandises : pièces de coton, couvertures, chemisettes, haches en cuivre, épées mexicaines , vases en terre et amandes de cacao. L’Adelantado serra cet esquif entre les deux chaloupes, s’en empara sans éprouver la moindre résistance, et conduisit à la Capitane ceux qui le montaient2. Il y avait là des femmes vêtues d’une couverture de coton dont elles se drapaient avec pudeur, et vingt-cinq hommes portant une large ceinture autour des reins. Ils ne témoignèrent aucune frayeur en se voyant au pouvoir de ces étrangers.
1 P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue, t. I, liv. iv, p. 237.
2 Fernando Colombo, Vita dell’ Ammiraglïo, cap. lxxxix.