LA MARGUERITE
côte extérieure de Paria: signala en face du cap « des trois Pics » les trois îles qu’il appela les Témoins , sans doute, par allusion aux trois événements miraculeux de ce troisième voyage, entrepris au nom de la 'Irinite. hnsuilc, laissant au nord-est deux îles plus éloignées, qu’il nomma, en l’honneur de la Sainte-Vierge, l’une la Conception et l’autre Y Assomption, il arriva à la Marguerite , véritable joyau de la nature, île parée d’une verdure somptueuse, pleine d aménité, riche des dons du sol, des pioduits de la mer et couverte d’habitations De là, il vint aCuba-
gua, petite île voisine, aride et morne, mais depuis lors
célèbre à cause de la pèche des perles.
Séduit par ces decouvertes, 1 Amiral auiait poursuivi sa navigation, et serait entre dans le golfe de Venezuela, en passant par la côte de Caracas, au delà de Cutnana, dont l’horizon éternellement pur offre à V admiration de
l'homme, dans la constante sérénité des nuits, plusieurs constellations des deux mondes, et réunit sur la limite aérienne de l’ancien hemisphere les surprises du Ciel austral. De là se découvrent , aplatis a 1 extrême horizon du nord, les astres familiers à l’Europe : le Chariot, la Lyre, Arcturus, Sirius, Cassiopée, Orion, tandis que dans les champs de l’espace éclatent les étoiles zénithales de l’Aigle et du Serpentaire, le splendide Navire, la Couronne, la magnifique Croix du Sud, et que se laissent soupçonner au loin, comme une sublime vapeur, les Nuées Magellaniques.
Mais l’Amiral dut renoncer a ces jouissances. La cor-
1 Herrera, Histoire générale des voyages, etc., dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. 111, chap. xi. — Aujourd’hui la Marguerite, totalement dépouillée de ses bois, a perdu sa fraîcheur et sa beauté. Ou y cultive le coton et la canne à sucre dans les parties les moins arides le reste de Vile paraît triste et stérile.
^ l’amiral suspend ses observations.
ruption diminuait de jour en jour les vivres qu’il avait obtenus avec tant de peine. Sa cécité presque complète s opposait maintenant a ses observations. Il ne pouvait retirer de son voyage des notions entières ; et il y avait péril pour la santé des équipages à prolonger cette reconnaissance du Nouveau Continent. L’Amiral fît décidément mettre le cap sur T Espagnole.