LE RENFLEMENT ÉQUATORIAL
Globe, et la partie opime de l’un des principaux continents. Par ses seules inductions d ^perceptions spontanées et d’impressions confuses qu’il n’aurait pu définir, il sentait que la partie de la Terre où il se trouvait alors était plus élevée que celle d’où il était parti. Il lui semblait avoir gravi le dos de la mer comme une montagne 5 il assurait s’être approché de la partie la plus exhaussée du Monde.
Déjà cette simple assertion dépassait de toute la hauteur du génie les enseignements de la science contemporaine. Colomb était sur la voie d’une grande découverte cosmographique : le renflement équatorial.
Dans sa rapide dictée qu’il adressa aux Rois catholiques, sous le titre de Relation, l’Amiral dit clairement que l’on croit que la Terre est ronde ; mais que, par ce qu’il a vu, il conjecture que la Terre n’est point parfaitement sphérique ; qu’elle a plutôt la forme d’une poire trèsarrondie *, dont la partie qui tient au pédicule serait plus allongée, et que cette partie conséquemment est plus rapprochée des cieux. En effet, le renflement équatorial mesure une hauteur d’environ vingt-un kilomètres ou cinq lieues de poste 2 5 c’est à peu près cinq fois la hauteur du mont Rlanc. Cette partie du Globe plonge plus profondément dans l’éther.
Colomb dit qu’ Aristote plaçait le point le plus culminant de la Terre sous le pôle antarctique-, que d’autres savants l’avaient combattu, et voulaient au contraire que
1 « Y fallé que no era redondo en la forma que escriben ; salvo que es
de la forma de una pera que sea toda muy redonda salvo allî donde tiene el pezon. » — Tercer viage de Cristôbcil Colon. — Coleccion de los viages y descubrimientos, etc., tomo 1. *
2 Itumboldt, Cosmos, Essai d'une description physique du Monde, t, I, p. 1 89.