‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 209 sur 444 · CONSOLATION CÉLESTE · texte numérisé non relu

CONSOLATION CÉLESTE

« incertain : réponds, qui t’a tant et si souvent affligé? (< Est-ce Dieu ou le monde ? Dieu maintient toujours les f( privilèges qu il a accordés et ne fausse jamais ses pro- (< messes. Le service une fois rendu, il ne dit point que « l’on n’a pas suivi ses intentions, et qu’il l’entendait k d une autre maniéré ; il ne martyrise pas, afin de prou- « ver sa puissance. Il suit l’esprit de la lettre. Tout ce « qu’il promet, il le tient, et même au delà. N’est-ce « pas son usage? Voilà ce que ton Créateur a fait pour (( toi et ce qu il fera pour tous. Montre maintenant la « récompense des fatigues et des périls que tu as esu suyés en servant les autres. »

« J’étais, dit Colomb, comme à demi mort en entende dant tout cela; mais je ne sus trouver aucune réponse (t à des paroles si vraies ; je ne pus que pleurer mes « erreurs. Celui qui me parlait, quel qu’il fût, termina « en disant : « Ne crains pas; prends confiance; toutes « ces tribulations demeurent gravées sur le marbre, et <( ce n’est pas sans raison '. »

Ici nous nous arrêtons.

L admiiation suspend notre plume. En transcrivant ces expiessions repetees par Colomb lui-même avec sa ravissante naïveté, nous sommes saisis d’un indéfinissable respect. Dans la nuit de cette vision brille comme un reflet de 1 Horeb ou du Sinaï; on croit entendre soimême le monologue mystérieux qui justifiait la Providence aux yeux de son envoyé. Le récit de cette consolation céleste qui se passe en interrogations supérieures, en découvertes des intimes replis du cœur est au-dessus de toute comparaison moderne. Il nous faut remonter aux cèdres du Liban, aller sous les palmiers des prophètes

1 « No temas, confia: todas estas tribulaciones estan escrilas en piedra mâi’mol, y no sin causa. » — Cuarto e ültimo viage de Colon .

254 imputation de l’école protestante.

cliercner parmi les poésies sacrées du Jourdain pour retrouver une éloquence aussi puissante d’énergie et de mâle grandeur. Qui jamais ouït sur la mer des paroles d’une telle majesté! Conçoit-on un langage dune élévation plus solennelle et d’une simplicité plus digne? Nous dirions volontiers avec M. Yillemain : « Il faut clore le quinzième siècle par cette vision sublime ou rien ne manque : le genie, l’enthousiasme et le malheur d’un grand homme '. »

Mais, tout en reconnaissant l’élévation et la poésie de ces inimitables lignes, l’école protestante veut y voir l’œuvre de l’astuce ou le produit d’un délire fiévreux. Elle suspecte la sincérité de la vision, et réduit le récit de l’Amiral à un arrangement habilement conçu, pour donner ainsi une leçon indirecte au roi Ferdinand, qui

violait ses engagements envers lui.

Notre plume ne s’abaissera pas a discuter cette odieuse imputation ; il lui suffira de l’écraser sous un fait.

On est d’autant moins fondé à voir ici une leçon indirecte donnée aux souverains de Castille, que, dans la lettre même où il rapporte cette vision, Christophe Colomb ne prend aucun détour pour rappeler aux Rois catholiques la manière aussi outrageante qu’injuste dont on l’a dépouillé de son gouvernement ; réclamer son rétablissement dans ses pouvoirs , ses dignités , ses honneurs, et demander, par complément de justice, le châ timent de ses ennemis.

Tout ceci est fort net, fort direct. Il n’y a là, ce nous semble, ni allusion adroite, ni moyen détourné. Enve rité, les voies obliques n’étaient point celles de Colomb. L’apologue et la fiction n’entraient nullement dans ses

allures.

i Yillemain, Tableau de la littérature au moyen âge, tome II.

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