SINCÉRITÉ DE LA VISION
Depuis quand d’ailleurs la dissimulation, l’imposture inspirent-elles le sublime? Vit-on jamais pareille grandeur d’images revêtir le mensonge et lui assurer les hommages et les étonnements de l’admiration? Qui peut douter de la réalité de cette vision, sinon ceux qui radicalement nient le surnaturel et l’action divine dans l’humanité? Infortunés aveugles, privés du regard intérieur, manquant du sens religieux, cette essence de la raison humaine! Quiconque admet la Révélation, croit aux apparitions dont furent favorisés les patriarches, à l’inspiration des prophètes, aux invisibles confortations des martyrs, aux prodiges opérés par les saints, ne saurait livrer au doute la vision que raconte Christophe Colomb. Un tel langage se répète ; on ne le fabrique pas.
Même tout en laissant de côté l’intervention divine, la réalité de la voix que seul entendait Colomb pendant le bruit de la tempête, les incrédules n’ont point lieu de mettre en débat la droiture de l’Amiral. Car évidemment, dans le sommeil de cette lumineuse intelligence, la pensée chrétienne, avec sa forme biblique d’images, devait subsister encore. Colomb restait lui-même jusque dans son assoupissement. Et si cette vision n’était qu’un songe profond, ce songe du moins se proportionnait à l’âme du Révélateur du Globe. Il était sublime comme son génie, noble comme ses intentions. Durant cet éclatant sommeil, le Messager de la Croix entendit des paroles dignes de son âme, capables de relever son cœur abattu et de rester à jamais inscrites dans sa mémoire.
Ce que raconte Colomb se passa pendant son sommeil. Ce ne fut pas même précisément une vision comme celle du père des croyants ou d’Israël, aïeul des douze tribus; ce n’était pas non plus un vent comme celui qui souilla sur le prophète de la désolation ; c’était une voix. Chris-