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La prudence de l’Amiral entretenait de bonnes relations avec les Indiens. Ils apportaient des vivres en abondance. Néanmoins, peu à peu ils se montrèrent plus exigeants dans les échanges. Soit qu’ils cédassent aux excitations des rebelles, soit que les déprédations de ceux-ci, commises dans les autres quartiers de bile, eussent changé leurs dispositions, ils cessèrent tout à coup d’alimenter les caravelles. Cette interruption de rapports avec les naturels excita une grande inquiétude. On ne pouvait s’avancer dans les terres pour enlever de vive force des provisions, en laissant exposés sur les caravelles
1 « Si stettero in quella populatione di Aomaquique piu di un mese,
aspettando i! tempo e distruggcndo il paese. Poi, venuta la calma, tornarono ad imbarcarsi dice altre volte; ma non fecero nulla per liavcre i venti contrarii. Per la quai cosa essendo disperati etc. » — Fer-
nando Colombo, Vit a dell* Ammïraglio , cap. en.
2 P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue 9 liv. IV, p. 251.
sur l’histoire de l’éclipse.
l’Amiral et les convalescents. D’ailleurs tous les vivres étaient presque épuisés; la famine imminente s’ajoutait à tous les malheurs de cette navigation, sans qu’aucun expédient pût cette fois sauver les naufragés.
Dans cette horrible perplexité, Christophe Colomb seul, conservant encore quelque espérance, comme toujours, invoqua le Seigneur son maître; et comme à l’ordinaire ce ne fut pas en vain.
C’est à l’occasion de cette disette qu’eut lieu la prédiction de l'éclipse si connue de l’enfance, et que divers écrivains ont arrangée, au point d’en faire le digne pendant du conte de l’œuf cassé par le bout sur une table. Pourtant, entre les deux anecdotes, il existe toute la différence de la fable à la vérité. L'historiette de l’œuf est un conte; et .le conte de 1 éclipse prédite, une historiette. Nous sommes loin de contester la realite de la prédiction astronomique; nous devons seulement rectifier certains accessoires, et surtout les paroles attribuées à Colomb dans cette circonstance.
On a dit fort légèrement que l’Amiral, ayant calculé une éclipse, avait convoqué les Indiens sous le prétexte d’un spectacle, et qu il leur avait annoncé que son Dieu était irrité contre eux, parce qu ils lui refusaient des vivres; que, dans trois jours, ils verraient la lune à son lever rougir et noircir en signe des châtiments qui fondraient sur eux; et qu’au moment de l’éclipse, les Indiens épouvantés avaient supplié l’Amiral d’apaiser son Dieu, promettant de lui fournir des vivres désormais; qu’alors Colomb, s’étant adroitement enfermé, avait fait semblant de parler à son Dieu, et leur avait annoncé, un peu avant la lin de l’éclipse, qu’il avait obtenu leur grâce. Cette jonglerie grossière, vrai tour d’escamotage religieux, indigne façon d’exploiter la crédulité des sauvages et de mettre en jeu le
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