RÉPONSE DES REBELLES
lie s’était jamais laissé prendre à ses belles promesses, et avait fini par le faire renvoyer en Castille, les fers aux pieds. Porras répondit aux envoyés de l’Amiral que ses compagnons n’acceptaient point leurs propositions. Seulement ils consentaient, s’il arrivait deux caravelles, à n’en prendre qu’une pour eux , et , s’il n’en arrivait qu’une, à s’y embarquer, en laissant une moitié du navire à la disposition de l’Amiral. En outre , puisqu’ils avaient perdu une partie de leurs vêtements sur la mer (quand ils avaient tenté de passer en canots à Hispaniola), ils entendaient que l’Amiral leur en donnât d’autres \ Et, comme les deux envoyés lui firent observer que ce n’était pas là une proposition présentable , il répondit qu’il aurait par la force ce qu’on n’accordait pas de bonne grâce ; et là-dessus congédia les deux officiers.
Cependant Porras, craignant que la promesse du pardon, la perspective d’un prompt départ, n’agit sur quelques hommes de sa bande, et qu’ils ne revinssent aux caravelles, nia qu’aucun navire eût abordé-, il leur dit que cette apparition de navire était une pure illusion opérée par l’Amiral, que l’on savait être un habile nécromancien2; car si quelque navire s’était présenté, Colomb s’y serait jeté aussitôt avec son fils et son frère pour sauver ses jours, au lieu de croupir honteusement sur ses caravelles. Ces âmes sordides, ne pouvant comprendre la noblesse de l’Amiral, la générosité de son message, se rendirent à cette démonstration; si bien que Porras « leur (.- persuada d’aller se saisir de la personne de l’Amiral et ci de prendre tout ce qu’il y avait dans ses vaisseaux3. »
1 Fernando Colombo, Vitci delV Ammiraglio, cap. cvi.
2 Las Casas, Historia de las Indias, libro II, cap. xxxv. Ms.
3 Henera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans danj les Indes occidentales. Décade ire, liv. VI, chap. vii.