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DÉPART DE COLOMB POUR L’ESPAGNE

d’eux à la Navidad. A Santa-Gloria , ils pleurèrent aussi son départ. Mais il ne pouvait maintenant plus rien en leur faveur : son unique espérance pour eux était la justice de la Reine. Hélas! cette noble Isabelle ajoutait encore à tous ses chagrins. Les dernières nouvelles arrivées de Castille annonçaient qu’elle dépérissait à vue d’œil. Le cœur de Colomb en était transpercé de douleur.

§ III

Par les ordres de son frère, l’Adelantado hâtait de toutes ses forces les préparatifs du départ.

Enfin le 12 septembre, ayant fait ses adieux au gouverneur et reçu les vœux des colons les plus honorables, l’Amiral monta avec ses amis, ses officiers et les gens de sa maison à bord de la caravelle qu’il avait achetée. Dans l’autre, qu’on avait radoubée, prirent place ceux des marins qui voulaient rentrer en Espagne. L’Adelantado la commandait en personne.

On était éloigné d’environ deux lieues et encore en vue du port, quand un coup de vent imprévu brisa le grand mât du navire de l’Amiral, et le fendit jusqu’au tillac1. Loin de rentrer pour se réparer, l’Amiral passa aussitôt ) avec sa maison à bord de l’ Adelantado, et continua la tra- : versée, tandis que la caravelle maltraitée rentrait à Saint- Domingue. La route fut assez bonne, tant qu’on navigua par le travers des Antilles. Mais ensuite la mer devint mauvaise; et pendant une affreuse tempête, l’Amiral fut repris de son rhumatisme articulaire. Il était comme paralysé dans sa cabine.

La lutte contre les vents et les flots avait recommencé.

1 Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio, cap. cvn,

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332 RETOUR DIFF1CULTUEUX. '

Le samedi 9 octobre , après une forte bourrasque , quand les vents étaient tombés, et que la mer seule poussait encore de hautes vagues, une subite rafale brisa le grand mât en quatre endroits. Les conseils de l’Amiral, toujours perclus dans son lit, et l’industrie inventive de l’Adelantado remédièrent à cet accident. Le grand mât fut raccourci, et l’on raffermit les assemblages avec des pièces détachées du château d’arrière et du couronnement, fortement assujetties par des cordes.

Peu de jours après, une autre tempête brisa le mât de misaine.

Il restait encore plus de sept cents lieues à faire.

Loin de s’efforcer de gagner les Açores pour s’y réparer et changer sa mâture, comme eût d’abord fait tout prudent capitaine, l’Amiral, habitué au secours cl en Haut, ne parut point se préoccuper de ce nouvel accident. Ses douleurs ne lui laissaient aucun repos. En outre, de sombres pressentiments agitaient son esprit. Il lui tardait d’être auprès de la Reine ;.et il continua de faire porter directement sur la Castille. Le reste de cette navigation fut constamment clifficultueux et pénible. Pousse de tempêtes en tempêtes vers les côtes d’Europe , enfin le 7 novembre, « par la permission de Dieu1, » Colomb ai riva au port de San-Lucar de Barrameda.

1 Herrera, Histoire générale des voyages, etc., dans les Indes occidentales. Décade irR, liv. \I, chap. xn.

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