‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 272 sur 444 · LES INDIENS TRAQUÉS · texte numérisé non relu

LES INDIENS TRAQUÉS

mis en oubli. Sous le prétexte que les Indiens étaient naturellement enclins à la paresse, aux vices les plus hideux, et qu’il serait salutaire à leur âme de les familiariser avec le travail, on les distribua par groupes ou par catégories à des Espagnols insatiables, venus dans l’île, non pour la peupler, mais pour l’exploiter. Ces maîtres barbares n’accordaient aucun repos à ces malheureux. Leur cupidité les contraignait à des travaux sans relâche, tandis que leur avarice refusait de leur accorder une nourriture suffisante. Ces infortunés, séparés de leurs femmes, de leurs enfants, arrachés à toutes leurs habitudes, devaient, sous peine de mort, suivre leurs maîtres dans les excursions lointaines où les entraînait leur recherche de For. La découverte d’un placer était pour eux comme un arrêt fatal. Chaque mine devenait une sorte de tombeau. Les travailleurs périssaient faute d’aliments et par épuisement de forces. Ils trouvaient la mort dans les mines -, ils la trouvaient dans les forêts où les poursuivaient des chasseurs d’hommes implacables. La désolation, l’effroi, la faim, la fatigue les décimaient chaque jour. La mortalité moissonnait des tribus entières.

Des populations émigraient en masse, poursuivies comme des bêtes fauves par des chiens et des cavaliers. D’autres, dégoûtées de l’existence, s’en délivraient en commun par le suicide. Les maladies achevaient la destruction qu’avait commencé la barbarie. Ces calamités, ces transes, tant de crimes froidement exécutés, oppressaient le cœur de l’Amiral. Hélas ! ce n’était point ce qu’il avait espéré quand il découvrit ces contrées. Il aimait ces naïfs et bizarres enfants des forêts -, il avait reçu le don de les deviner, de les subjuguer par son ascendant personnel. Ils versèrent des larmes la première fois qu’il s’éloigna

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