SOUFFRANCES DE COLOMB
licitant son pardon, s’étaient engagés à lui obéir désormais. 11 s’adressa aussi au docteur Angulo et au licencié Zapata, secrétaire de la cour, pour atténuer l’effet des accusations des Porras.
L’Amiral, accablé par ses douleurs physiques, subissait encore l’épreuve de la plus vive souffrance morale qui pût déchirer son cœur. Il savait en proie à un mal incurable l’héroïque femme qui l’avait compris, qui l’avait deviné, s’était faite sa protectrice, son amie. Il ne pouvait ni lui parler ni lui écrire en ce moment terrible. Il n’osait se rappeler directement à son souvenir, sur lequel il comptait pourtant. D’ailleurs elle n’était déjà plus cette vertueuse dona Juana de la Torre, qui seule peut-être aurait eu le courage de reparler de lui près du lit de douleur d’Isabelle. Chaque semaine, des courriers de la cour arrivaient à Séville, où les nouvelles qu’ils apportaient navraient la grande âme de l’Amiral, et, suivant sa propre expression, « faisaient dresser tous ses cheveux sur sa tête 1 . »
Hélas ! au moment du débarquement de Colomb , déjà tout espoir était évanoui.
La Reine se trouvait à Médina del Campo quand elle ressentit les premières atteintes d’une maladie dont les progrès ne s’arrêtèrent plus. Les uns l’attribuaient à une irritation vaginale2 occasionnée par les fatigues de l’équitation pendant la guerre ; les autres , aux chagrins occa-
1 « Y las nuevas acâ son tantas y taies que se me encrespan los cabellos todos de los diretan rêvés de lo que mi anima desea. » — Cartas de D. Cristôbal Colon à su hijo D. Diego. — Primero de diciembre de 1508.
2 « Putridum et verecundum ulcus quod ex assiduis ad granatam equitationibus contraxisse aiunt. » — Alvar Gomez de Castro, De rebus gestis Francisci Xîmenn, lib. III, fol. 47»