MALADIE DE LA REINE ISABELLE
s onnés par la perte successive du prince don Juan, de sa lille aînée l’Infante Isabelle, de son petit-fils don Miguel, et les débats intérieurs qui rendaient si malheureuse sa fille dona Juana, mariée à l’arcbiduc Philippe le Beau. Toutes ces causes réunies aggravèrent cruellement sa position1. L’énergie de sa volonté dut peu à peu cédera l’affaissement de ses forces physiques. Il lui fallut suspendre une partie de ses travaux ordinaires. Pourtant elle consacrait encore chaque jour plusieurs heures aux affaires de ses royaumes. Ce fut dans cet état qu’elle reçut la lettre de l’Amiral écrite le 7 juillet 1503 à la Jamaïque, portée miraculeusement par Diego Mendez à l’Espagnole, et de là en Castille.
La Reine n’avait pas attendu l’arrivée de ce brave écuyer pour s’occuper de l’Amiral. Tandis qu’il languissait abandonné sur les côtes de la Jamaïque, elle lui prouvait la constance de son souvenir, en nommant garde du corps son fils aîné, avec un traitement de cinquante mille maravédis par an2. Peu après, elle écrivit deux fois au gouverneur Ovando pour qu’il sauvegardât les droits de l’Amiral3, conformément aux stipulations royales-, plus tard, elle avait accordé à son frère l’abbé don Diego
1 « Los muertes succesivas del principe don Juan, de su hija la infanta dona Isabel y de su nieto el principe don Miguel, junto con los extravagâncias de la infanta doua Juana y sus disturbidos matrimoniales con el Archiduque D. Felipe habian producido en la Reina un estado habituai de tristeza, que hizo mas püigrosa la enfermedad de que
adolecio etc. » — Lucio Marineo , Las cosas mémorables de la
Espana , libroxxi.
2 JSombramïento de contino à D. Diego Colon . — Archiv. de Simancas; lib. deContinos. Letra C.
3 Carta de la Reina alComendador Ovando, fecha en Segovia à veinte y siete dias del de noviembre de 1503. — Documentos diplomdticos, n° GLU.
isabelee Reçoit don diego mendez. 337
Colomb des lettres de naturalisation, afin de pouvoir l’investir de quelque bénéfice
Isabelle voulut admettre en sa présence le pieux et fidèle serviteur de Colomb. Elle entendit les détails de cette navigation , en opposition de laquelle semblaient s’être liguées les puissances de l’air; dernière lutte du Révélateur du Globe contre les forces inéprouvées de la nature ; expédition sans égale par les dangers et les souffrances, où l’environnèrent tous les périls de l’atmosphère et s’accumulèrent sur lui les rigueurs de la mer. Elle sut la découverte des mines d’or de Véragua, la recherche opiniâtre du Détroit , qu’on n’avait pas trouvé faute de navires en état de poursuivre l’exploration des côtes, mais dont l’ouverture en un lieu plus éloigné était confirmée par l’existence, de nouveau reconnue, d’une mer au delà de la Terre ferme. La Reine apprit par la bouche de ce noble écuyer l’état de la colonie, où il avait passé neuf mois contre son gré; elle sut les massacres de Xaragua, les massacres de l’Higuey, l’esclavage horrible auquel le travail des mines servait de prétexte. Elle connut la fin lamentable de la poétique souveraine d’Haïti, la noble et hospitalière Anacoana. Son cœur fut submergé d’amertume à ces horribles détails ; et , dans son indignation, que la parole ne pouvait rendre, elle dit lu président du conseil de justice don Alvaro, en parlant l’Ovando : « Je lui ferai tenir une place qui n’aura jamais 3té occupée2. )>
Pour récompenser le dévouement du valeureux Diego
1 Naturaleza de Reinos â don Diego Colon hermano del Almirante.— legistrada en el Real Archivo de Simancas , en el sello de Corte.
2 a Yo vos le hare tomar una residencia cual nunca fué tomada. »
- Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes, etc., dans les ndes occidentales . Décade ire, liv. IV, chap. iv.
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