D. BARTHÉLEMY VIENT AU-DEVANT DE SON FRÈRE
§ IV
L’Amiral s’était orienté tout droit sur Saint-Domingue, ville que Don Barthélemy avait dû faire construire pendant son absence. Mais les courants et les vents d’est l’entraînèrent fort au-dessous ; et quand il pensait toucher le port dans l’ embouchure de l’Ozama, il se trouva devant la petite île Beata. L’Amiral s’étonna d’abord de cette erreur de calcul ; cependant sa réflexion y trouva bientôt la preuve et , i confirmation de sa découverte du grand Courant pélagique. Craignant d’être longtemps retardé par le Yent contraire et la force du Courant, il envoya une embarcation au rivage trouver un Indien qui se chargeât de porter à travers les montagnes un message à F Adelantado, et continua de faire voile vers le port. Peu de jours après, il aperçut une caravelle manœuvrant pour le joindre. Don Barthélemy accourait tendrement à sa rencontre. Hélas ! plus que jamais son dévouement était nécessaire à son ?rère aîné. Depuis son départ des îles du Cap Vert, l’Amiral, dévoré par la fièvre, travaillé par la goutte et atteint 1 une ophthalmie des plus douloureuses, n’avait éprouvé lucun relâchedans ses longues souffrances. Il arrivait pâle, imaigri, presque aveugle, aspirant de tous ses membres lu repos du corps, au sommeil de l’esprit ; et pourtant, ingratitude, le crime qui, durant son absence, avaient nis l’île en conflagration, n’allaient pas lui permettre une îeure de quiétude et de calme réparateur.
Déjà l’entouraient les mauvaises nouvelles, l’annonce les mécomptes, les présages des tribulations et des péni- 3les épreuves que le lapidaire de Burgos avait courageusement prédites au Héraut de la Croix.