‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 297 sur 444 · LE CONSEIL DES ACQUITS S’ABSTIENT DE JUGER · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DES ACQUITS S’ABSTIENT DE JUGER

Comme c’était surtout la Reine qui se trouvait engagée envers l’Amiral, il parut convenable de soumettre sa réclamation au Conseil des Acquits, institué pour veiller à l’exécution des intentions et obligations testamentaires des Rois d’Espagne. Le Conseil fut régulièrement saisi de l’affaire. Il passa beaucoup de temps à examiner les pièces, à les discuter, à délibérer, toutefois sans rendre aucune décision. On eût dit qu’il déclinait sa propre compétence. Une haute influence semblait secrètement le paralyser. A Ségovie se faisait sentir le même esprit qui animait la coterie de Séville.

Au bout d’un certain temps, l’Amiral obtint que le Conseil des Acquits reprît son affaire; mais ce ne fut que pour recommencer les délais. La Cour était fort partagée sur cette réclamation. Dans leur droiture, le cardinal Ximenès et l’archevêque de Séville n’admettaient pas qu’on pût se dispenser de tenir à Colomb ce qu’on lui avait promis. L’autorite de ces deux éminents prélats rangea de leur avis les hommes craignant Dieu. Mais auprès du Roi les courtisans de race étaient en majorité. Pour eux la raison d’Etat l’emportait sur toute considération privée de conscience et d’engagement. L’intérêt de l’État, disaient-ils, s opposait à l’exécution du traité du 17 avril 1492, malgré ses ratifications. La récompense demandée était trop audessus des services rendus. Et il ne convenait pas de faire si puissant un particulier, un étranger surtout h Le Conseil des Acquits ne se prononça point. Évidemment l’intervention secrète du Roi était cause de cette abstention. Mais Colomb, ne pouvant jamais supposer le mal, pensa que, cette affaire ayant une grande importance, le Roi ne voulait point prendre sur lui de la décider,

1 Le P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue , liv. IV, in-4.

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