‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 303 sur 444 · DE LA CONDUITE DE FERDINAND · texte numérisé non relu

DE LA CONDUITE DE FERDINAND

mes, ces avantages n’avaient qu’une extension proportionnée aux profits môme de la Castille. D’ailleurs ces éventualités heureuses, maintenant objet d’étonnement et d’envie, étaient entrées d'avance dans l’esprit de Colomb, quand il avait posé ses conditions rémunératoires. La cour s’en étonnait et s’en alarmait aujourd’hui ; mais lui n’était nullement surpris. Tous ses engagements avaient été tenus et dépassés. Il avait trouvé mieux qu’il ne cherchait, donné aux souverains plus qu'il n’avait promis, et bien au delà de leurs espérances. De telle sorte que la violation flagrante des obligations de la couronne , l’oubli de la parole et de la signature royale ne sauraient rencontrer l’apparence d’une excuse ou même d’un prétexte.

A quelque degré d’indulgence qu’on se place pour la considérer, la conduite de Ferdinand attriste la conscience. On souffre de voir le dédain de la justice en si laut lieu. Ce parti pris de ne pas tenir ses engagements car cela qu’ils deviennent lourds ou gênants, et qu’on cossède la force, révolte l’honnêteté publique. Pour se croduire sous des plafonds dorés, la mauvaise foi n’est jue plus dégradante. La préméditation de Ferdinand , sa spéculation sur la détresse et l’affaiblissement du Révélaeur de la Création, sa spoliation du Héros malade offrent juelque chose de cruel et d’impie , comme l’entreprise contre l’orphelin ou la pauvre veuve sans protecteur. La ustice ne connaît aucune prescription ; l’histoire n’a point l’amnistie pour de telles iniquités.

La déloyauté de Ferdinand devait indigner Colomb lu tan t que son ingratitude } car malgré le silence de sa nodestie, il portait en lui le sentiment de la grandeur de son œuvre ; par conséquent de ses services si obstinément néconnus.

D’après une certaine école, la plupart des biographes

l’existence d’un nouveau continent

répètent aveuglément que l’Amiral mourut sans se douter de l’importance de ses découvertes, et qu’il prit jusqu’à la fin le Nouveau Continent pour la Côte asiatique.

C’est la, ne déplaise à Humboldt, une complète erreur. 11 faut se rappeler que Colomb donna le nom d 'Indes aux terres découvertes afin d’y intéresser la cour, parce que les Indes passaient alors pour le pays du monde le plus riche en épiceries, en perles, en or, en diamants. Fernando Colomb le dit positivement1. D’autres contemporains ont également assuré qu’il ne donna ce nom à ses découvertes que par ce motif2. On doit aussi ajouter que l’Amiral, dès son troisième voyage, désignait une terre de laquelle on n avait jamais ouï parler. Quant à Cuba, comme personne n’en avait fait le tour, même plusieurs années après la mort de l’Amiral ; qu’on prenait cette île pour un continent, il avait pu partager cette opinion et penser que cette terre était le prolongement de la côte d Asie, s’avançant vers l’est jusque dans la mer des Antilles'. Ceci ne préjudicie point à l’exactitude de sa notion sur l’existence du Nouveau Continent. Après sa troisième expédition il sut non-seulement que la Terre ferme était un Continent, mais que l’Océan en faisait le tour.

La logique des faits est plus forte que celle des histo-

1 bernando Colombo, Vita dell ’ Ammiraglio , cap. vi.

2 « Otros dicen que no tuvo Colon mas causa para llamarlas Indias, sino aver querido poner mas codicia â los principes con quien trataba, y autorizar mas su navegacion con este nombre, por el oro, plata, per^ las y otras cosas... » — Juan de Torquemada, la Monarquia indiana, libro primero, cap. vu.

8 1508, deux ans après la mort de l’Amiral, le roi Ferdinand

donna l’ordre d’explorer toutes les côtes de Cuba, pour qu’on sût enfin si elle était une île ou un continent. Sébastien de Ocampo reçut une commission à cet effet. — Herrera, Historia general de la§ Indias occidentales, Decada i, lib. VII, cap. i.

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