‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 302 sur 444 · ARRIÈRE-PENSÉES DU ROI · texte numérisé non relu

ARRIÈRE-PENSÉES DU ROI

tant l’honneur d’une audience, suppliant qu’on voulut le croire, et qui, après sept ans d’importunités, avait, en moins de huit mois, conquis la Vice-Royauté de pays plus vastes que l’Espagne; s’était vu traiter en Souverain par le chef de l’Église, la cour de Portugal, celle de Castille et les puissances catholiques.

En voyant tant d’ingratitude répondre à de tels bienfaits, le cœur attristé d’une déloyauté si noire, on voudrait, pour l’honneur de l’humanité, pouvoir atténuer l’odieux de cette conduite. Il faut dire à la décharge de Ferdinand, qu indépendamment de son antipathie naturelle pour la grandeur de Colomb, le Roi craignait que le progrès des Découvertes, le développement des colonies ne finît par donner à la vice-royauté des Indes une puissance trop réelle qui, favorisée par la distance et d’immenses trésors, lui susciterait peut-être le désir de se

déclarer indépendante et de former un Etat rival de la Castille. L’accroissement indéfini de territoire que présageaient les découvertes successives aurait pu naturellement inspirer les mêmes craintes, les mêmes prévisions à tout autre monarque. Néanmoins cette suspicion de l’avenir, la défiance inhérente à ces arrière-pensées ne pouvaient délier le Roi de ses engagements. D’abord, la défection et le crime ne se supposent pas : on ne peut, au moins, les punir avant de les constater. Ensuite, il n’y avait point dans ces prévisions hypothétiques péril immédiat pour l’existence du royaume. Aussi Ferdinand n’osait-il pas invoquer cette nécessité suprême du salut public, cette légitime raison d’Élat qui permet de suspendre, résoudre ou briser tout engagement contraire à la loi de sa propre conservation.

Si de 1 exécution des traités passés entre la couronne et f Amiral devaient résulter pour celui-ci des avantages énor-

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