DE L’ERREUR SYSTÉMATIQUE
parenté avec les productions des langues antiques et les traditions du docte Orient, néanmoins accessible à tous et merveilleuse pour chacun!
Qu’ on nous dise sur quel modèle et dans quel milieu fut conçu ce genre inouï d’exposition historique, de nari al ion naïve dominant tout esprit par le sentiment du
vrai , l’ingénu des images et l’incomparable attrait du divin !
L Ecole rationaliste , procédant d’après sa théorie sur la philosophie de l’histoire , ne peut expliquer l’Évangile. Elle n’expliquera pas davantage ses propagateurs , les apôtres et les martyrs. L’histoire de l’Église, qui nous olïre dix-huit siècles d’observation, d’expérience, de vie active et bienfaisante, a, ce nous semble, le droit de compter pour quelque chose en ce monde. Elle fait indissolublement partie de la constitution des nations européennes. Or, cette tradition de dix-huit cents ans contient la réfutation permanente des principes de la philosophie de l’histoire. Car de génération en génération , par une succession spirituelle non interrompue, cette Église a produit des hommes étonnants et parfaits, éternellement dignes d’admiration, qui ont justifié cette parole : « Dieu est admirable dans ses Saints » . Ces hommes parfaits, ces Saints, pour les appeler par leur nom glorieux , nous paraissent , ainsi que l’Église elle-même , n’être nullement explicables par la philosophie de l’histoire.
Cette école est obligée d’attribuer à l’exaltation de lame, à l’hallucination certains faits dont les résultats heureux dépassent les calculs de la science, les méditations de la sagesse du monde. En voulant éviter de reconnaître l’action surnaturelle, la Providence, il faut admettre une puissance aveugle et sourde, le Hasard. On tombe dans des explications contraires au bon sens. On déplace les
DES BIOGRAPHES DE COLOMB. 4ll
oîs de la raison. On renverse les règles du juste, la notion lu beau, pour déférer a 1 illusion, l’erreur ou la super- •herie le gouvernement de l’humanité. La nouvelle phiosophie de l’histoire n’est que le fatalisme appliqué au écit des événements du monde.
< Les écrivains imbus de ce système , afin de soumettre -olomh à leur théorie, acceptent complaisamment toute amputation , toute erreur biographique qui tend à le raaïsser, à leplacerplus prèsdu niveau des autres hommes. Is l’accusent d’ingratitude1, de vanité puérile, d’ignoance, d’avidité, de duplicité, de liaison illicite, d’enthouiasme religieux, ce qui est, à leurs yeux, la pire des failesses. Néanmoins, l’inévitable puissance de la vérité emporte sur eux-mêmes , à ce point que, ne pouvant 1er la sublimité de Colomb, ils sont forces d’admirer,
1 Humboldt taxe Colomb d’ingratitude envers Martin Alonzo Pinzon, l’accuse « d'une haine longtemps dissimulée contre le chef de cette mille puissante de Palos, à laquelle l’Amiral avait beaucoup d’obliga- >ns. »— Humboldt, Examen critique de V histoire de la géographie du mveau Continent , t. III, § 2, p. 180, 181.— Humboldt, en preuve de tte haine longtemps dissimulée (si longtemps qu’elle ne s’est jamais inifestée que par la clémence et l’oubli), dit que « Y Amiral eut la peesse » d’appeler Fleuve de Grâce, le fleuve auquel Martin Alonzo izon avait donné son nom, « quoique Pinzon y eût été à l’ancre seize irs avant lui. » Humboldt oublie que Martin Alonzo Pinzon était venu tivement en ce lieu pendant sa désertion doublement criminelle, isqu il avait abandonné son poste, et s’était contrairement à la défense l Amiral livré au trafic de l’or, sans songer à réparer la mâture de caravelle pendant ses seize jours d’ancrage. Colomb pouvait-il en convant à ce fleuve le nom de Martin Alonzo paraître consacrer sa détion et innocenter son crime ? Dans aucune marine du monde, fit-on lais à un déserteur l’honneur de ses découvertes? L’Amiral appela leuve de Martin Alonzo « Fleuve de Grâce, » peut-être, précisément ce qu’il lui faisait grâce du châtiment que méritait sa trahison. En ît, il ne fit point de rapport sur ce crime à son retour en Castille au lieu d’admirer ici Colomb, Humboldt l’accuse !