‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 351 sur 444 · ABNÉGATION DE L* AMIRAL · texte numérisé non relu

ABNÉGATION DE L* AMIRAL

Son refus d’une principauté, de peur cpie ses avantages particuliers ne le détournassent de ses devoirs publics, dit mieux qu’aucune parole son désintéressement.

Grand-Amiral de l’Océan, Vice-Roi et Gouverneur- Général à titre perpétuel, il n’oublie jamais l’obéissance, et se soumet aux ordres d’un simple commissaire des rois, tant il respecte l’autorité légitime, cette délégation visible d’en Haut.

Gonstamment il donne l’exemple du dévouement et de l’égalité dans le malheur. Durant la disette et les maladies, soit en mer, soit à terre, il n’use d’aucun de ses droits, et ne veut accepter que la part commune.

Ses mesures administratives n’offrent point cet empressement du provisoire, cette aveugle soumission à l’urgence qui règlent la plupart des actes de l’autorité dans la pratique des affaires. Il ne sacrifie jamais à l’actualité du jour les intérêts du lendemain ; car il sait que les actes de l’administration durent plus que l’administrateur, et que l’avenir est tout entier contenu dans le présent. En aucune occasion on ne le voit descendre aux velléités delà gloire et céder a quelque ambition de popularité ou tenter la faveur de la Cour. Les tracasseries de bureaux, l’injustice et l’ingratitude du roi ne le font pas varier dans sa conduite : son zèle reste immuable comme le devoir -, il s’occupe avec la même ardeur des intérêts de la couronne et de la civilisation.

Alors même que le texte de ses conventions avec les souverains lui donnait le droit de défendre, par les armes, le gouvernement perpétuel dont il était saisi, et sa vice-royauté des Indes, qu’aucun ordre postérieur ne pouvait légalement annuler, il donne l’exemple de l’obéissance chrétienne à l’autorité légitime. Il respecte jusqu’au bout son serment de fidélité, et ne s’en croit point délié

par l’in justice d’autrui. Quand on l’a chargé de fers, il ne demande aucune indemnité, aucune réhabilitation publique. Au lieu de conserver rancune, de punir les rois par son inaction, il cherche encore à servir la couronne de Castille. Après la mort de la Reine, il recommande à son fils de redoubler de zèle pour le service du roi et de phercher à lui alléger le poids des affaires.

Son activité, son soin des détails, sa prévoyance, sa modération, sa fermeté , son dévouement , son respect pour la puissance même inique envers lui, sa protection des faibles, des marins qui ont partagé ses souffrances, sa reconnaissance pour ses subordonnés fidèles et zélés, font de Colomb le modèle des vertus publiques.

Comme la religion est le secret de cette force, le lien de toutes ses actions et de ses vertus, Christophe Colomb est montré aux hommes du monde en exemple. Un saint semble n’être un modèle que pour les plus purs d’entre les chrétiens. Un évêque, un fondateur d’ordre monastique, un missionnaire ne paraissent proposés en exemple qu’à des évêques, des prêtres, des religieux. On dirait que le cloître ou le sanctuaire aient seuls à profiter de leur histoire. La Providence a jugé utile de faire voir aux hommes un laïque, un fonctionnaire selon l’Evangile. Colomb laïque et administrateur, forcément placé dans le monde officiel, est surtout un enseignement pour les hauts fonctionnaires et les Souverains même.

Sa vie contient une instruction féconde.

Les subordonnés y apprendront à supporter courageusement les mécomptes, les injustices qui pourraient survenir dans le cours de leurs fonctions ou de leur carrière. La vie de Colomb montre que le mérite peut n’être pas récompensé. Le manque d’équité de la part des supérieurs ne change pas les devoirs du subordonné : il souffre, mais

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