LES MIRACLES DE LA VRAIE CROIX
furent guéris. De là vint que cette Croix fut appelée la
vraie Croix ; car elle se distinguait des autres Croix par les miracles.
Le nom et les merveilles de la vraie Croix se répandirent au loin. Les Indiens, opprimés par les Espagnols depuis le nouveau gouvernement de Bobadilla, remarquant la vénération de leurs maîtres pour ce signe, résolurent de le détruire. Ils s’approchèrent en force, attachèrent de solides cordes d’aloës et de lianes 1 au tronc de la Croix, s’efforçant de la renverser; mais pas plus leur nombre que leurs efforts n’y purent rien. La Croix demeura immobile, défiant leur vigueur. Humiliés de leur insuccès, ils essayèrent de l’anéantir par le feu. Ayant fait provision de broussailles sèches, nuitamment ils l’entourèrent de fagots inflammables, montant à une grande hauteur et les allumèrent. L’incendie éclata avec loi ce. La Croix disparut bientôt dans les flammes et la fumée. Les idolâtres accompagnés de leurs prêtres, les Bobutis , se retirèrent satisfaits. Mais le lendemain au jour, ils aperçurent la Croix subsistant entière, parfaitement conservée au milieu des cendres fumantes. Sa couleur naturelle n’avait pas même été altérée; « sinon au pied il paraissait un peu de noir, comme si l’on eût approché une chandelle allumée 2 * * 5. »
Interdits et effrayés de cette puissance miraculeuse, ils s’enfuirent alors avec tremblement, redoutant de s’être attirés son courroux, persuadés qu’elle provenait du Ciel. Poui tant, le dépit \iolent de leurs Bobutis, les fît reve-
1 « Ni jamas la pudieron moverde aquel lugar los Indios aun que la
quisieron arrancar tirando délia con cuerdas de bejucos mucha cantidad
de Indios, etc. » — Oviedo y Valdez, la Historia natural ij general de
las Indias , lib. III, cap. v.
5 Le P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue , 1. 1, liv. VI, p. 479,