TÉMOINS DES MIRACLES DE LA VRAIE CROIX
revenant de son dernier voyage; et qu’en sa qualité de parent d’Ovando, le jeune Cortez, demeurant probablement dans sa maison, eut, malgré son Age, l’occasion de reconnaître la piété de l’Amiral. La précocité du génie de Fernand Cortez ne négligeait aucune observation. A plusieurs indices on reconnaît qu’il cherchait le succès dans son imitation des grands hommes; et qu’il a voulu se modeler sur Colomb. A son exemple, il avait arboré la Croix sur ses navires; à son exemple, il plantait aussi des Croix et proclamait le nom de Jésus-Christ dans les contrées nouvelles. Il est indubitable que le bruit des miracles de la vraie Croix n’eût frappé son attention. Nous savons que l’on emportait en relique des parcelles de cette Croix en Europe et aux Indes. Très - probablement Fernand Cortez avait fait incruster une de ces parcelles vénérées dans la grande Croix qu’il éleva au lieu, qu’il nomma pour cette cause : la Vraie Croix, « la Vera Cruz. »
Si l’on ne peut nier les miracles opérés par la vraie Croix, l’on peut encore moins douter que cette Croix n’ait été plantée par Colomb ; car son ennemi Oviedo en convient. Il écrivait ces détails près des lieux mômes où s’opéraient ces miracles; aussi en parle-t-il avec le plus ^rand respect. Il l’appelle la Sainte Vraie Croix de la Conception1. 11 spécifie l’époque où Christophe Colomb éleva cette Croix. Il nomme l’officier de mer qui, par les ardres de l’Amiral, avait commandé l’escouade chargée l’exécuter cette plantation de Croix. Cet officier, Alonzo le Valencia, vivait encore et habitait Saint-Domingue.
L’un des écrivains les plus rapprochés de cette époque, ’abbé Lopez de Gomara, dit fort clairement qu’on guérissait beaucoup de malades avec la Croix qu’éleva Chris-
« La Santa vera Cruz de la ciudad de la Concepcion. »
/j 92 LE TÉMOIGNAGE DE COLOMB
tophe Colomb, lors de son second voyage à la Véga; et que pour cela on lui donna le nom de la vraie Croix. On en enlevait des morceaux en guise de reliques \ Il rappelle que, malgré leur nombre, les Indiens ne purent 1 arracher. Un autre témoin fort important au sujet de cette Croix est Christophe Colomb lui-même. Dans son testament, il désigne, pour y faire construire une chapelle, ce lieu où. il a invoqué la Trinité. Et cet endroit est si familièrement connu des siens, qu’il ne le distingue pas par son nom particulier, il se borne à recommander que cette chapelle, sous l’invocation de la Trinité, soit, autant que possible , construite à l’endroit même où il l’invoqua1 2, dans la campagne appelée la Conception3. La notoriété de cet emplacement, sa modestie et le souvenir de ses consolations intérieures, le font s’abstenir de tout détail.
L’église que projetait Colomb ne put être construite. Les obstacles apportés par la Cour à l’exécution de ses traités, le manque des revenus qui lui appartenaient, empêchèrent son héritier de remplir aucune de ces pieuses intentions.
1 « Sanaron muchos enfermos con el palo y devocion de una Cruz que pusô Cristobal Colon la segunda vez que pasé en la vega, que llamaron por eso, de la vera Cruz, cuyo palo tomaban por reliquias. » — Francisco Lopez de Gomara, Historia de las Indias , capit. xxxiv.
2 Christophe Colomb. — « Holgaria que fuese alli donde yo la invoqué, que es en la Vega que se dice de la Concepcion. » — Testamento y codicilo del almirante D. Cristobal Colon otorgado en Valladolid à 1 9 de mayo del aîio 1 50 G.
3 Cette chapelle, en l’honneur de la Trinité, à laquelle devaient être attachés trois prêtres desservants, ne doit pas se confondre avec l’Église en l’honneur de l’immaculée Conception, sous le vocable de sainte Marie de la Conception, que l’Amiral avait fondée dans son Institution de majorât du 22 février 1498.