COLOMB DONNÉ EN ENSEIGNEMENT
couvertes et de nouveaux empires aux terres déjà données à l’Espagne 5 aucun prodige de largesse et de gloire ne le relève dans l’opinion. Il se voit abandonné de tous, parce qu’il l’est du Roi. Et celui qui a fait la Castille, la plus riche nation de 1 univers, languit obscurément, en proie à la gêne, aux souffrances du corps et du cœur, inquiet sur le pain du jour- il meurt sans qu’on y prenne garde. L’accumulation de ses revers excède les proportions humaines. Son infortune est près de surpasser sa gloire. Pourtant cet homme ne se lamente pas, n’accuse et ne maudit personne; ne regrette point d’être venu à la vie. L’antiquité n’aurait jamais conçu ce type de Héros. Le christianisme seul qui le créa peut le comprendre.
Cet exemple nous montre que, même en dominant ses propres passions, en accomplissant avec amour chacun de ses devoirs, et en mettant au service des plus nobles intentions la sagesse la plus soutenue, nul n’est exempté des tribulations ordinaires de la vie. Le génie, la gloire, la sublimité, ne préservent pas des traits envenimés de la médisance; la vertu, les dons de Dieu, n’affranchissent point l’homme de sa condition. Malgré les conseils de la prudence la plus éclairée, on n’est pas maître d’échapper à l’oppression et d’éloigner de soi l’injustice. Le temps inexorable nous courbe et nous brise dans sa marche vers l’éternité. Le cours des événements dissipe nos résolutions, détourne ou use nos forces. On est contraint à faire ce qu’on voulait éviter, sans pouvoir éviter ce qu’on voulait ne pas faire.
L’exemple de Colomb établit que personne n’atteint ici-bas complètement le but de ses désirs. L’homme qui doubla l’espace de la Terre ne put arriver à son but; il se proposait beaucoup plus qu’il ne réalisa.
INJUSTICE ENVEItS COLOMB.
Colomb nourrissait en sa pensée trois nobles ambitions : découvrir le Nouveau Monde, — exécuter le tour du Globe, — délivrer le Saint-Sépulcre.
De ces trois aspirations de son cœur, une seule fut à peine exaucée; car s’il découvrit le Nouveau Continent, il n’eût pas la satisfaction légitime de lui donner son nom. Un homme, qui n’avait rien fait que recueillir ses conversations, s’empara de sa gloire; et cette inique possession n’a pas été troublée par les siècles! l’indifférence publique a sanctionné cette spoliation de l’héroïsme ! Les intentions catholiques du Messager de la Croix furent presque entièrement ignorées de l’Espagne. 11 ne fut pas plus reconnu pour grand chrétien que pour grand navigateur. L’injustice de ses contemporains se transmit à leurs descendants, et par ceux-ci s’est perpétuée jusqu’à notre génération. L’obstination de l’erreur est tenace comme l’enfer, qui pourtant ne prévaudra pas enfin.
L’amoncellement des difficultés que dut surmonter Colomb afin d’accomplir son œuvre, semble se renouveler, de nos jours, pour empêcher de lui rendre justice. Autant il fut aisé d’ensevelir sa gloire sous les préventions, et d’abandonner à un étranger la primauté de son génie, autant il est difficile aujourd’hui de ramener les esprits à la vérité, d’effacer de vieux préjugés et d’obtenir sa réhabilitation terrestre.
D’abord d’importants documents ont disparu des Archives d’Espagne, depuis l’impression des Décades d’IIerrera. Le brouillon du Livre des Prophéties a été lacéré. L’occupation française sous Napoléon Ier a servi d’occasion ou de prétexte à de regrettables larcins. Des pièces manuscrites qui nous auraient permis d’exposer les grandeurs spirituelles du Héraut de la Croix ont disparu. Le savant chanoine de Plaisance, Pietro Maria Campi, est
‘‘■'P SüR L’IMAGE DE COLOMB.
mort au moment où il allait mettre en écrit la fin édifiante de Christophe Colomb; et les papiers précieux qu’il s était procurés ont été détruits par l’ignorante insouciance de ses héritiers. Il n’est pas jusqu’à la réhabilitation matérielle de la personne de Colomb, à son portrait, qui ne rencontre des obstacles de divers genres. Des figures de fantaisie, des images ignobles, d’une in\rraisemblance choquante, placées dans les galeries historiques et les musées de l’Europe, sont accréditées et soutenues opiniâtrement par des noms estimés. Chaque grande ville d’Italie nous montre son effigie particulière du héros génois.
On dirait que l’étrange destinée de Colomb lui survit; et que les labeurs imposés au Révélateur du Globe, en compensation de sa glorieuse tache, les obstacles contre lesquels il lutta durant toute sa vie, sont également imposés à sa mémoire comme pour éprouver la constance des efforts qui tentent de la rendre au grand jour de la vérité.
Gênes, voulant élever à Colomb un monument de son patriotique enthousiasme, a depuis dix ans dépensé des sommes énormes sans pouvoir encore atteindre son but. Le célèbre sculpteur de Florence, Bartolini, s’est vu impitoyablement arracher par la mort à l’exécution de son travail. A prés lui, l’éminent artiste chargé de cette succession du génie, Pietro Freccia, subitement frappé d’un accident cérébral, laisse inachevée son œuvre. D’autres sculpteurs de mérite devaient immortaliser de leur ciseau quelques pages de la vie de Colomb, sur le piédestal du monument de l’Acqua-Verde; la maladie, l’infortune sont venues paralyser plusieurs d’entre eux et faire tomber le maillet de leur main. Nous -mêmes c’est à travers d’incessantes épreuves de santé, toujours incertain du jour suivant,
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OSEIGNLmiuYrb A TI H Eli DE SA VIE. 499
que nous avons tracé, en faisant effort, ces lignes si inférieures à nos désirs, si éloignées de notre primitive conception. Notre main alanguie s’est pourtant hâtée, de peur qu’un essai de correction littéraire nous empêchât de terminer ce travail. Nous remercions Dieu, du plus profond du cœur, d’avoir permis que, nonobstant l’anéantissement de notre plume, nous soyons arrivé jusqu’à cette page.
Si l’œuvre de Colomb profite à l’humanité collectivement, l’histoire de sa vie n’est pas moins utile à chaque homme en particulier.
Pour les esprits superficiels ou mondains, il en ressort la démonstration du transitoire et du néant des choses humaines; la nécessité d’une autre vie, expliquant l’existence présente et rémunérant ses œuvres. On y voit que les stimulants terrestres de la richesse et de la renommée n’auraient pu résister à l’imminence des périls et à l’infinité des obstacles dont triompha une résolution inébranlable comme la vérité; et qu’il s’est mêlé aux grands actes du rôle de Colomb quelque chose de supérieur et de mystérieux, aussi en dehors de son génie qu’au-dessus de sa volonté. Cette puissance , que la philosophie de l’histoire désigne par toute espèce de noms, excepté le véritable , s’appelle la Grâce, dans le langage du Catholicisme.
Quant aux sincères chrétiens, en reconnaissant l’influence manifeste de la Grâce sur les prodiges du Révélateur de la Création, ils verront simultanément dans sa vie la plus haute glorification individuelle possible du Catholicisme. Assurément, depuis le commencement de Ihistoire, aucun mortel n’accomplit une opération comparable en importance à celle de Christophe Colomb. L’esprit humain ne saurait concevoir comment, d’ici à la