SPECTACLE MORAL DE LA VIE DE COLOMB
influa si directement sur les siècles à venir, agit triplement dans l’imagination, le cœur et Vaine. Si l’aspect de ses longs revers nous attriste, la vue de son indéfectible constance nous élève, nous rapproche de Dieu. Quand on voit ce sublime donateur de l’inconnu, accablé sous Vingratitude, garder un silence plein de grandeur envers ses ennemis, conserver sa primitive candeur, ne rien perdre de sa sérénité, et de son inépuisable affection; on reconnaît, en examinant ce nouveau prodige, qu’au milieu des plus terribles épreuves le Très-Haut ne dépouilla point son serviteur de la ceinture de vaillance dont il avait serré ses reins de voyageur. Il lui conserva l’espérance, parce qu’il avait gardé la foi ; et la poésie ne déserta point son âme que délaissait le monde après l’avoir navré. Pour sa récompense intérieure, Dieu permit qu’il gardât sa première fraîcheur de sentiment, que le temps ne produisit aucune ride en son âme, aucun endurcissement de raison; qu’il n éprouvât aucune sécheresse de cœur. L’excès des injustices subies ne lui donna point cette teinte morose, cette disposition à la misanthropie et ces défiantes préventions si naturelles à tous ceux qui eurent longuement à se plaindre des hommes. Ce grand contemplateur de la Création, parvenu à l’apogée de l’expérience humaine et de la connaissance divine du Yerbe, cherchait à devenir enfant par la naïveté de la foi, la candeur des espérances, afin de pouvoir entrer dans le royaume des cieux.
Quand on vient à considérer l’ensemble de cette vie de voyageur, d’apôtre et de martyr, quand on voit cette puissante intelligence pénétrée de la présence de Dieu au point de toujours souffrir sans murmure, tant elle s’est assurée de la rétribution immortelle des actes accomplis durant notre passage ici-bas, on se sent courbé de respect,