BARTHÉLEMY COLOMB
demeurer sur la seconde ligne, s’il n’eût préféré Futilité a 1 éclat, le devoir a la gloire, et compris que c’était assez pour lui d’avoir été donné en qualité de lieutenant au Révélateur du Globe.
Le roi Ferdinand était véritablement curieux de l’Aclelantado. Il se montrait amateur de Barthélemy Colomb comme d’un superbe cheval de guerre ou d’une armure précieuse. Il aurait voulu pouvoir charger une armée à la tête d’un seul escadron composé de chevaliers tous de la force de Barthélemy. Il retenait volontiers l’Adelantado auprès de lui; il aimait à le voir de près ; à le considérer comme un type de grand capitaine; quoique sa jalousie l’empêchât toujours de l’employer efficacement. Parfois il semblait disposé à lui confier une expédition de découvertes maritimes; mais dès qu’on en parlait sérieusement, il changeait d’avis, et voulait le mettre à la tête d une armée de terre. Néanmoins, ce qui montra d’une façon irrécusable combien le Boi catholique appréciait don Barthélemy, c’est que ce monarque, parcimonieux jusqu’à l’avarice, lui fit sous divers prétextes quelques cadeaux en argent. Il lui donna en toute propriété la petite île Mena, près de l’Espagnole, qui avait six lieues de circuit, et y ajouta une répartition de deux cents Indiens pour la mettre en culture.
Cependant Barthélemy, conservant son titre d’Adelantado des Indes, accompagna son neveu l’amiral don Diego Colomb dans son gouvernement. Quelques années après, il quitta l’Espagnole pour aller défendre les intérêts de son neveu en Castille. Ayant un peu amélioré sa situation, il revint auprès de lui, et y resta occupé à disputer ses droits contre les créatures de Juan de Fonseca, ayant à leur tête Michel Passamonte. Durant ce temps, plus d’une lois Ferdinand eut la velléité d’utiliser les talents supé-
CARACTÈRE DE l’aDRLANTADO.
rieurs cle TAdelantado. Enfin, vers Tannée 1514, le vieux Catholique, remarquant l’insuccès des premiers essais de colonisation faits sur le Nouveau Continent, se décida, malgré ses suspicions, à charger d’une expédition don Barthélemy. Mais cette preuve trop tardive d’une appréciation si bien justifiée lut donnée inutilement; car au moment où la caravelle apportant sa commission arrivait à Saint-Domingue, TAdelantado avait cessé de vivre. Sa perte fut, dit-on, sentie du Roi, qui s’était, par excès de prudence, privé de ses services.
Dans le rang secondaire qu’il occupait, TAdelantado déploya une capacité supérieure et les qualités d’une âme héroïque. Son désintéressement, sa pureté de mœurs, ne furent pas inférieurs à son courage et à son habileté de
commandement. On le vit exact, fidèle et modeste, à l’exemple de l’Amiral dont il admirait le génie et dont il exécutait ponctuellement les instructions. Sans être avancé dans la haute piété, il se montra profondément attaché à la foi catholique ; en pratiqua les maximes, fut irréprochable sous le rapport des mœurs. Don Barthélemy en rendant généreusement, sans condition à son mari, la sœur du cacique Mayobanex, 1 une des plus célèbres beautés d’Haïti, devenue prisonnière, renouvela sans orgueil l’acte de continence de Scipion, tant vanté par l’histoire, et sa réserve pleine de courtoisie auprès de la ravissante Anacoana ne nous semble pas au-dessous de ce trait de vertu. Le sentiment du devoir était inné chez lui.
Les bureaux de Séville n’osèrent jamais ourdir contre sa personne les persécutions ouvertes auxquelles 1 Amiral fut en butte. Ils durent, pour le tracasser, recourir aux moyens obliques, redoubler de ruses et de ménagements. L’Adelantado inspirait naturellement le respect de