CHAPITRE IV
Proclamation du vice-roi des Indes aux habitants de la colonie. — Permission de retourner en Espagne, accordée aux mécontents. — Soupçons des officiers de Colomb sur la personne de Carvajal. — Confiance de PAmiral, dans sa loyauté. — Il le choisit pour négocier avec les rebelles. — L’Amiral réduit à combattre les insurgés, passe en revue la force armée de Saint-Domingue, et reconnaît sa faiblesse. — Il ne peut tenter une lutte. — Les insurgés assiègent le fort de la Conception, et font des risées sur une nouvelle proclamation de l’Amiral qui leur offre l’amnistie. — Carvajal amène Roldan à un arrangement avec le Vice-Roi.
Dès son retour, l’Amiral avait adressé aux colons une proclamation qui ratifiait tous les actes administratifs de l’Adelantado, et signalait dans la révolte de Roldan la cause de la détresse publique.
Carvajal, en se présentant à l’Amiral, lui peignit la situation d’esprit de Roldan, sans déguiser en rien ce qu’offrait d’inquiétant la force dont il disposait. A son avis, il fallait user de douceur, de ménagement, tout moyen d’énergique répression faisant défaut. Les équipages qu’avait ramenés l’Amiral se trouvaient en grande partie malades par suite des fatigues de la navigation et l’épreuve d’un climat nouveau. Parmi les anciens colons, les uns étaient atteints de nostalgie, dégoûtés de l’existence, les autres affectionnés aux rebelles , tous désenchantés d’un séjour où les retenait seule l’impossibilité d’en sortir. Pour adoucir les esprits et se les concilier, l’Amiral fit
SOUPÇONS CONTRE UARVAJAL.
publier la permission, donnée à quiconque en voudrait user, de retourner en Castille sur les cinq navires qui devaient partir. En môme temps il chargea Miguel Ballester, commandant du fort la Conception, de voir Boldan, qui se tenait avec sa bande dans ce quartier-là, de lui promettre en son nom l’oubli du passé ; et même , s’il l’exigeait, de lui donner cette promesse par écrit, afin qu’il pût librement venir à Saint-Domingue.
Quelques jours après, Ballester ayant su que les rebelles s étaient réunis à Bonao, s’y rendit. Il les trouva pleins d’arrogance et étrangement irrespectueux envers le Vice- Roi. Boldan , méprisant la grâce qui lui était offerte , répondit hautainement qu’il ne l’acceptait pas, n’en ayant nul besoin; qu’au contraire, il pouvait à son gré soutenir ou détruire l’autorité de l’Amiral lui-même. Jouant une indignation d’honnête homme, il déclara ne vouloir écouter aucune proposition tant qu’on ne lui aurait pas rendu compte des malheureux Indiens enlevés dans le district de la Conception; que, dans la force de sa situation, il ne lui convenait d’écouter que des propositions à son avantage; et qu’au surplus, il ne consentirait à traiter avec personne autre que Alonzo Sanchez de Carvajal, qui était honnête homme.
Ces éloges, cette exception, firent d’abord suspecter la fidélité de Carvajal. On accumula contre lui de nombreux indices. On constata des liaisons ouvertes et de secrètes intelligences avec les rebelles. On se rappela qu’il leur avait donné des vivres et des armes; qu’au lieu d’arrêter Boldan quand il le tenait à son bord, il l’avait hébergé et festoyé dans sa caravelle pendant deux jours entiers; puis, qu’il était revenu de Xaragua escorté par la bande de Gamez jusqu’aux approches de Saint-Domingue; et que, le jour même de son arrivée, il avait écrit à quel-