‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 427 sur 444 · DERNIÈRES DISPOSITIONS DE F. COLOMB · texte numérisé non relu

DERNIÈRES DISPOSITIONS DE F. COLOMB

de trente-trois couverts auquel il fit asseoir trente-trois pauvres *, et les servit de ses propres mains, en leur qualité de membres de Jésus-Christ. Quand par l’épuisement de ses forces sa voix défaillit, son exemple continua d’édifier encore ses compagnons.

Don Fernando, de concert ‘avec son ami le licencié Marcos Felipe, qu’il nomma son exécuteur testamentaire, s'occupa de ses dernières dispositions.

Il défendit qu’on prît le deuil à son sujet, estimant qu’il fallait plutôt se réjouir. Il laissa sa riche bibliothèque à son neveu don Luiz Colomb, Amiral des Indes, qui la garda cinq ans en dépôt, jusqu’à ce qu’elle pût être transportée dans le couvent de Saint-Paul, sous certaines conditions. Le testateur indiquait de quelle manière on pourrait l’augmenter, au moyen du concours des négociants génois, qui en qualité de compatriotes 2 voudraient se prêter à faciliter l’achat et le transport des livres destinés à sa bibliothèque.

Don Fernando n’oublia ni les pauvres, ni les églises, et particulièrement le couvent des Franciscains de l’Observance à Rome, auquel il laissa, pour dire des messes, autant d’argent qu’à tous les autres monastères ensemble. Car ainsi que son père il avait une affection intime pour l’Ordre séraphique. Il pourvut aussi aux intérêts de ses serviteurs, en leur faisant un legs proportionné à la durée de leur service ^ et ce fut avec une telle équité, que Pedro de Arana, malgré sa parenté, fut moins avantagé que Vincent de Monte, engagé auprès de sa personne huit ans

plus tôt.

1 « Despues que supo su muerte, dio de comer â 33 pobres y él mismo les sirvio a la mesa... » — Carta de Sevilla escrita por Julio de 1 539 à D. Luiz Colon, Almirante de las Indias.

2 «... Y porque razon de ser de la patria del fundador, le pide por

MORT de FERNANDO COLOMB. 539

Le fils de Colomb n’ayant cessé de s’élever à Lieu à chaque instant de ses jours, fut comme son père, délivré des terreurs du moment redoutable. Il désirait si vivement posséder son Créateur dans la vie éternelle, qu’il prescrivit de faire célébrer, le jour de ses obsèques, une messe en 1 honneur des saints anges, avec des ornements blancs pour exprimer sa joie et remercier Dieu de lui permettre de quitter sitôt la prison de ce monde ‘.

Quand arriva le jour fatal, la mort trouva don Fernando déjà préparé à la recevoir. Elle s’empara lentement d’une proie qui ne faisait aucun effort pour retarder son approche. Elle respecta pourtant ses facultés intellectuelles. La vie se retirait peu à peu. L’agonisant ayant reçu les derniers sacrements, suivait les progrès graduels du trépas. Ses extrémités inférieures se refroidissaient, la vie semblait se

réfugier dans le cœur. Deux heures avant le dernier moment,

don Fernando demanda qu’on apportât près de son lit un plat rempli de terre. Suivant ses désirs le plat fut apporté ; on ignorait ce qu il en voulait faire. Il ordonna qu’on le lui répandît sur la tête et le visage; ceux qui l’assistaient crurent qu il délirait, et personne ne bougea. Alors, peiné de cette désobéissance, il fit un effort, allongea la main vers le plat, y prit une poignée de terre, et la répandit sur le milieu de son visage et ses yeux en prononçant ces paroles de 1 Église : Memento , homo , quia pulvis esy et in

merced le favorezca, etc. » — Testamento otorgado en J 2 de julio

1 « Se diga una misa de los angeles cantada con ornamentos blaneos, para denotar el alegria que dese tener él que sale de carcel deste mundo. » — Declaraciones del Testamento de D. Hernando Colon que hizo su albacea y amigo el licenciado Mdrcos Felippe , relator de la Audiencia Real de grados de Sevüla . — Coleccion de documentes ineditos para lahistoria de Espana, tomo XVI.

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