DERNIERS MOMENTS DE D. FERNANDO COLOMB
la vieillesse était venue pour lui; sa maturité ayant commencé à l’âge ordinaire de la jeunesse. Quiconque renverse la loi du temps subit la peine de son infraction à la régie éternelle. L’immunité de l’exception n’appartient qu’à la Providence. Don Fernando avait fait de l’adolescence la virilité. Depuis sa treizième année, ses voyages, ses fatigues, ses veilles, son observation continue, l’application si prolongée de toutes ses facultés à la fois avaient usé les organes de la pensée. Et tout d’un coup, dans la tranquillité de ses paisibles occupations, il se sentit frappé aux sources de la vie. Avec le courage dont il avait fait preuve, encore enfant, aussitôt après avoir constaté le danger, il remercia le Seigneur d’avoir daigné le prévenir de sa fin prochaine.
Cinquante jours avant sa dernière heure, « il sut qu’il devait mourir avec sa grande science, » il avertit les compagnons de sa solitude chrétienne qu’il n’avait plus que peu de temps à demeurer avec eux \ Il relevait leur courage, les préparait à cet événement, les consolait et s’écriait avec le Psalmiste : « Lætatus sum in bis quæ dicta sont mihi : in domum Domini ibimus ! » Ensuite il lit exactement l’inventaire de ce qu’il possédait, et profita du répit que lui accordait la mort pour s’acquitter de petites dettes, satisfaire à des scrupules de conscience, et contempler de près l’éternité dans laquelle il allait entrer. Ainsi qu’autrefois, un grand repas de famille solennisait la fête des fiançailles, don Fernando voulut célébrer par un festin ses fiançailles avec la mort. Il prépara un banquet
i « Cincuenta dias antes que muriese supo que Rallia de morir con su grande saber y llamô â sus criados, y le dijo que poco habia de estai* con ellos en este mundo. » — Caria de Sevilla escrita jwr Julio de 1539 d D. Lui z Colon , Almïvantc de las Induis . — Coleccion de documents ineditos para la historia de Espana, tomo XVI, p. 420.