AUTRES SYMPATHIES ITALIENNES
bai die, réunissant aux grandeurs du passé et aux épreuves du présent les espérances de l'avenir : le comte Tullio Dandolo, auteur d’ouvrages estimés sur la philosophie de l’histoire et de nombreux écrits devenus familiers à toute 1 Italie. Caractère plein d’élévation et de désintéressement, esprit sagace, supérieur aux entraînements de parti et aux préventions d’un libéralisme aveugle, ce noble penseur a voué sa plume à la défense de la vérité historique et religieuse. Depuis plusieurs années, son nom a franchi les Apennins et les Alpes. L’école catholique le compte parmi ses gloires.
^°tie honorable ami Tullio Dandolo a reconnu, de bonne heure, le caractère quasi sacerdotal de Christophe Colomb *, et il reproduisit en 18o2, dans son remarquable ouvrage : I secoli di Dante e Colombo , la première idée que donnait de ce héros chrétien notre livre : la Croix dans les Deux Mondes. Son admiration de Colomb et son amitié pour nous lui ont inspire, il y a deux ans, en vue d’annoncer à l’Italie la présente histoire, un chaleureux manifeste sur la nécessité des réhabilitations historiques. Cette rapide improvisation de plume, écrite en moins d’une nuit, datée d’Adro, province de Brescia, qui fut imprimée à Paris et à Milan, a mérité d’être citée dans un autre manifeste au clergé d’Italie, sur le même sujet, par l’illustre P. Ventura de Raulica, l’un des protecteurs les plus dévoués de la renommée de Colomb.
De Gênes, foyer d’admiration et d’enthousiasme pour le Révélateur de la Création , rayonne une patriotique ardeur qui réchauffe les contrées voisines. C’est que Gênes comprend son honneur. Nulle cité ne fut dotée d’une si magnifique gloire. De ses murs est sorti le secret de l’autre moitié du Globe. Aime bien Colomb, ville de mar-*
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bre! c est justice. Reste fidèle à la mémoire de celui qui garda la tienne jusqu’au dernier jour.
Ce fut durant le pontificat d’un de tes citoyens, 6 Gênes la superbe! avec la secrète association de ses vœux, l’assistance de ses prières et de son intime bénédiction, que ton glorieux fils Christophe Colomb partit pour sa Découverte. Sous les auspices de l’Église, au nom du Christ, le vainqueur de la mer ténébreuse s’élança vers le redoutable inconnu. Par sa foi il gagna un monde, et acquit une renommée immortelle parmi les chrétiens. N’oublie pas la cause de ses succès. Ne rougis point de ta foi, cité magnifique ! l’illustration de tes murs, les monuments de ta charité , la splendeur de tes églises t’obligent. Tes vieux titres de gloire t'imposent un pur catholicisme.
Réveille ta prudence. Défie-toi des étrangers colporteurs de philanthropie et propagandistes de civilisation, qu’abritent généreusement tes mœurs hospitalières. Ils ne sont ni de ton sang ni de ta langue 5 ils ne croient ni ne pratiquent ce qui fit la force de tes patriciens illustres. Ces étrangers, contempteurs de nos dogmes, n’ont aucun lien de souvenir, d allection et de parenté dans cette Italie qu ils infectent de leurs erreurs et fatiguent de leur propagande. Ne laisse point implanter dans ton sol la racine des mœurs étrangères. Reste toi-même, noble Ligurie! tu dérogerais en les accueillant.
Un grand avenir bientôt va s’ouvrir devant toi. La navigation à vapeur, le prochain percement de l’isthme de Suez promettent à ton port et à tes rails une prospérité peut-être incalculable. Nos vœux pour ton bonheur pressent l’arrivée de ce jour. Hâte-toi de terminer le marbre monumental attendu par l’histoire. Aie sans cesse devant tes yeux le souvenir de ton Héros. Médite sur ce modèle de grandeur chrétienne 5 et sache bien que la
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meilleure façon de l’honorer serait d’imiter ses vertus. Car, s’il n’appartient à personne d’égaler son génie, il est permis à chacun de lui ressembler par la foi.
§ III
La vérité nous oblige à ce triste aveu : depuis trois siècles, l’Espagne semblait, de tous les pays chrétiens, le plus étranger à la renommée de Colomb. Telle était, à cet égard, l’insouciance commune que l'unique descendant de l’Amiral des Indes, le Duc de Veraguas, désespérant sans doute de vaincre jamais cette froideur séculaire, paraissait lui-même faire assez bon marché de son sublime ancêtre, lorsque, dans le cours de 1837, le créateur du musée de Versailles, le Roi Louis-Philippe, gratifia la Bibliothèque de l’Église patriarcale de Séville d’un portrait de Christophe Colomb , remarquablement peint- Depuis les jours où Saint Louis envoyait une bible à Saint Ferdinand, c’était la première fois qu’un Souverain français accordait un don à l’Église métropolitaine de l’Andalousie. La curiosité générale fut excitée par cet envoi ; et à cette occasion le public espagnol s’entretint de Colomb durant quelques semaines.
Cependant le monastère de la Rabida continuait de tomber en ruines, moins sous la faux du temps que sous la main de l’homme. Les maraudeurs, les contrebandiers, les pâtres des alentours en dérobaient pièce à pièce les boiseries, les charpentes, les pierres de taille. Nul ne prenait souci de ces dévastations plus ou moins clandestines. Vainement don Pascual de Campos s’efforçait-il d attirci les regards de l’autorité sur ce vandalisme; les déprédations restaient impunies. Chaque jour augmentait le mal
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et menaçait d’une destruction complète l’humble et célèbre monastère.
Heureusement, pour épargner cette honte à l’Espagne, le 11 mars 1854, Leurs Altesses Royales le Duc de Montpensier et la Sérénissime Infante doua Maria-Luiza- Fernanda,sa gracieuse épouse, accompagnant Sa Majesté Marie-Amélie, cet ange tutélaire qui, pendant dix-huit années, fut pour la France une bénédiction visible, parurent sur ces lieux, jadis hospitaliers à Colomb, et qui alors eussent à peine abrité les chevaux de l’escorte.
Dans l’état d’accablement où se trouvait la vénérable veuve du Roi Louis-Philippe, ce voyage ne pouvait être une simple excursion de touriste. C’était véritablement un pèlerinage chrétien. La plus affligée des Reines voulait célébrer la mémoire du plus éprouvé des hommes. Peutêtre cette sympathie sacrée de la plus haute souffrance pour la plus noble infortune est-elle l'hommage le mieux expressif dont la Providence ait permis d’honorer son serviteur Christophe Colomb. Qui dira les émotions du cœur de S. M. Marie-Amélie et l’indignation patriotique des deux Infants d'Espagne à la vue d’un tel délabrement, en présence des souvenirs enthousiastes que rappelaient ces lieux ? Comme pour réparer l'ingratitude de trois siècles, les trois augustes voyageurs arrivaient ensemble sur les restes de l’habitation où Christophe Colomb inconnu rencontra les généreuses prévenances de Juan Perez de Marchena. Leurs Altesses Royales avaient résolu de sauver la Rahida d’une destruction imminente.
Cette journée du I I mars 1854 restera consacrée dans la mémoire reconnaissante de tout peuple civilisé.
Nous l’avons dit plus haut, la restauration de l’Église et la réédification des murs du couvent furent décidées sur l’heure même. Avec la promptitude qui sied aux hommes
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faits pour commander, Monseigneur le Duc de Montpensier arrêta quels travaux s’exécuteraient d’abord. On se mit auss. ot a 1 œuvre. Chacun sait dans quelles nobles vues on tesse Royale avait précédemment acquis à son domaine la maison de Fernand Cortès. Mais la Rabida se trouvant une propriété de l’État, et la législation actuelle sur les couvents apportant des obstacles aux intentions du unce ce qui a été fait n’est point en entier ce que
t , , ,aura!t désiré faire- Néanmoins, grâce à son ini-
îative a 1 intérêt de la Sérénissime Infante dona Mariauiza-Fernanda, le petit monastère où fut acceptée, comprise et secondée la plus grande pensée du monde a été preserve de la ruine. Pour peu que Leurs Altesses Royales
eussent tardé d’y venir, il ne serait pas resté vestige de cet immortel couvent.
R semblait naturel d’établir dans ce cloître les franciscains de la Terre-Sainte, ces gardiens du tombeau qui fut le constant objet de la piété chevaleresque de Colomb Le bon goût de M«* le Duc de Montpensier 1 y portait
instinctivement. Par malheur, les nouvelles dispositions législatives de l'Espagne entravaient ses projets. Dans ces circonstances, S, A. R. avait eu l’heureuse idée de destiner le couvent de la Rabida aux missionnaires qui vont répandre l’Evangile dans le nouveau monde. Un décret récent semblait affecter le monastère cà cette destination, d’autant plus conforme au souvenir de Colomb, que ce Héros chrétien avait, dans son institution de majorât, fondé des chaires de théologie pour ceux qui devaient évangéliser les Indes. Mais une malencontreuse inspiration a voulu changer en maladrerie , en refuge de vieillards, cette
maison de science et de prière qu’immortalisa son hospitalité.
Que la I iovidence nous garde des pures spécialités ad-
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ministratives et judiciaires, des légistes esclaves de la lettre et des lettrés esclaves de la statistique, gens hostiles à toute poesie comme a toute grandeur. Il est si difficile d échapper aux coups de leurs perfectionnements ! quand on en revient, ce qui est rare, on s’en ressent durant plusieurs générations. S emparer de la Rabida, ce monument de la gloire franciscaine, ce témoignage vivant de la part qu eut 1 Église à l’œuvre de la Découverte, en faire banalement une maison de secours, un dépôt de mendicité ou un asile d'incurables, voilà leur habileté ! Effacer ainsi toute la tradition qui se lie à la vie de Christophe Colomb, tel est le prodige de leur génie ! Qui le croirait? il avait été sérieusement question de dépecer en lots la Rabida, et du produit de cette vente d’élever une statue à Colomb ! Mais comme Dieu, qui « a fait les nations guérissables, » n’a pas rendu éternels les gouverneurs d’Huelva et les Alcades de Moguer, ce péril a été conjuré. Le voyage deMgrle Duc de Montpensier a définitivement sauvé de la destruction le vénérable monastère.
L’essentiel était d’arrêter les déprédations, l’écroulement des murs; de conserver à la piété de nos descendants le plus touchant des monuments d’histoire. Plus tard, nous l’espérons, des conseils moins éloignés de la
raison rendront la Rabida au projet qu’avait eu d’abord S. A. R. d’y placer les franciscains de la Terre-Sainte. En attendant, l’Église dans laquelle, à son départ et à son retour, Colomb se rendit suivi de ses trois équipages, s’ouvre tous les Dimanches et jours de fêtes. Un chapelain entretenu sur la cassette de LL. AA. RR. va de Moquer à Palos y célébrer les saints offices. L’étranger pénètre ensuite d’un pas recueilli dans la cellule du Père Gardien Juan Perez de Marchena. 11 s’y trouve presque avec Christophe Colomb, puisque une délicatesse de pensée pleine
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de giâce et d a-propos y a fait placer son portrait, afin
d’offrir ensemble au souvenir l’image de deux amis fidèles.
Non-seulement Leurs Altesses Royales ont préservé 1 asib' de Colomb, mais leur magnanime patronage a vaincu la froideur publique. Les muses de la Bétique s’inspirant de leur patriotisme ont exhalé des chants mélodieux. La sainteté de Colomb, la grandeur d’Isabelle, l’hospitalité de Juan Perez de Marchena ont été célébrées en vers. La restauration de la Rabida a suscité, surtout en Andalousie, de poétiques hommages. LL. AA. RR. ont daigné recueillir dans un album, imprimé par leur munificence, cette harmonieuse expression de la gratitude castillane unie à la foi catholique. Grâce à leur protection des lettres, si rare aujourd’hui, l’inspiration des poètes espagnols pour cette solennité ne s’est pas effacée avec ce jour. LL. AA. RR. ont récompensé les muses ibériennes, en décernant à leur œuvre l’honneur d’une publicité permanente. Notre sympathie pour les admirateurs de Colomb nous fait une obligation d’inscrire ici au moins les noms qui se lisent sur l’Album de la Rabida. Nous y voyons d’abord ceux de deux femmes : la Senora Dolores de Molina et la Senora Antonia Diaz y Fernandez. Nous citerons ensuite Juan Manuel Alvarez, Francisco Rodriguez Zapata, José Fernandez Espino, A. Magarinos Cervantes, Jo$é Benavides, Demetrio de los Rios, Fernando de Gabriel y Apodaca, Tomas de Reyna y Reyna, Aristides Pongilioni, Narcisso Campillo, Juan José Bueno.
A ces chantres de la gloire et de la vertu nous aimons à joindre M. Antoine de Latour, qui a si doctement écrit sur Fernando Colomb et si bien dépeint l’Espagne moderne. Comme on ne sépare pas Diego Mendez des infortunes de l’Amiral, nous n’éloignerons pas ici l’ingénieux écrivain