‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 74 sur 444 · LA REINE ANNULE LA VENTE · texte numérisé non relu

LA REINE ANNULE LA VENTE

des libéralités de cette espèce? » Et aussitôt elle fit publier à Séville, à Grenade et en d’autres cités « que, sous peine de mort, » tous ceux qui avaient reçu des esclaves de l’Amiral eussent à les rendre, pour être renvoyés aux Indes. Elle chargea le garde du corps Pedro de Torres1 et quelques autres officiers de recevoir ces infortunés, et de les remettre ensuite au commandeur Bobadilla poulies embarquer. Le majordome de l’archevêque de Tolède en reçut vingt et un en dépôt. Quelques-uns voulurent demeurer avec ceux quils avaient suivis; entre autres, une jeune tille, établie dans la maison de Diego de Escobar, déclara vouloir rester en Castille et ne plus retourner aux Indes2.

On comprend la juste indignation de l’âme d’Isabelle, à l’idée d' une pareille violation des droits les plus sacrés. Mais comment put-elle admettre que l’Amiral s’en fût rendu coupable , elle qui avait lu dans cette âme héroïque? Son erreur ne peut s’expliquer que par l’infernale astuce des ennemis de Colomb; sans doute, ils poussèrent l’audace jusqu à fabriquer des preuves matérielles du crime qu’ils lui attribuaient.

Colomb avait donné à chacun des Espagnols qui repayait, un esclave pour le servir; il les avait choisis parmi les esclaves légaux, ceux qui, en vertu du droit alors existant, par suite de leur participation aux meurtres des chrétiens, ou aux révoltes, se trouvaient réduits en esclavage; et il avait accordé aux Castillans d’emmener à leur place les Indiennes qui s’étaient attachées à eux par un lien naturel. Mais loin de faire cadeau d’indigènes libres et non atteints par le coup de la loi, à ces Espagnols pour

1 Ordre du 20 juin 1500. — Coleccion diplomâtica. Documenios n° cxxxiv.

2 Note au document n° 134 de la collection diplomatique.

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92 DÉSAFFECTIONS POUR COLOMB.

lesquels il ne pouvait éprouver aucune sympathie, l’Amiral avait expressément stipulé dans le traité, par lui ratifié le 21 novembre 1498, qu’ils « n’embarqueraient aucun esclave de vive force. »’ Il était si éloigné de disposer des Indiens libres pour les vendre, qu’il écrivait aux Rois, par le départ des navires transportant ces mêmes esclaves, pour les prier d’arracber à ces sujets vicieux et rebelles 1 or, et les Indiens qu’ils avaient emmenés, attendu que les accords qu’ils l’avaient forcé de signer étaient nuis , puisqu’ils y avaient dérogé les premiers-, et qu’ainsi Leurs Altesses ne se trouvaient pas liées par son engagement. Si les colons repatriés amenaient quelques esclaves libres, c’était en violation des ordres de l’Amiral : on osa pourtant publier que les ventes d’esclaves avaient lieu d’après ses instructions.

La Reine une fois entourée de ce réseau d’inimitiés, hypocritement dérobées à sa clairvoyance, la déchéance suivit de près la désaffection. Le remplacement suspendu depuis plus d’un an fut définitivement consenti.

Dès lors, aucune des choses qu’avait demandées l’Amiral ne lui est accordée. On refuse l’envoi de son fils aîné don Diego, dont il réclamait le concours, et qu’il voulait dès maintenant former aux affaires, et préparer au gouvernement qu’il devait exercer un jour, suivant les conventions du 17 avril 1492 signées au camp de Santa Fé, et le titre qui lui avait été expédié à Grenade, le 30 du même mois. Déjà on le regarde comme dépossédé de son gouvernement. On annule de fait les conventions qui obligeaient envers lui la couronne de Castille.

En violation des privilèges de l’Amiral, les Rois accordent une licence à Rodrigo de Rastidas pour faire des découvertes dans les Indes occidentales. Quinze jours après, une autre licence d’expédition de découverte est

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