‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 97 sur 444 · INDIGNATION DE LA REINE · texte numérisé non relu

INDIGNATION DE LA REINE

écrite à la nourrice de l’Infant don Juan. La célérité de ce messager devança l’arrivée des dépêches et de la procédure envoyées par le commandeur Bobadilla. Heureusement pour Colomb, Grenade n’était pas Séville; les hostilités bureaucratiques et les rancunes locales n’y pervertissaient point l’opinion. Autour de l’Âlhambra, cette conquête de la foi catholique, la gloire du grand Porte- Croix de l’Église se conservait intacte. Quels que fussent ses détracteurs, l’éclat de ses services, la grandeur de son œuvre, le souvenir triomphal de sa première Découverte, qu’admirèrent aussi les Musulmans, avaient soulevé une indignation unanime contre cet outrage, qui semblait à peine croyable. A Cadix même, ou Colomb et ses frères, conformément aux ordres de Bobadilla, venaient d’être remis au corrégidor de Jerez, Gonzalo Gomez de Cervantes, l’ami de Juan Fonseca, le sentiment public exprimait une réprobation sévère pour cet attentat. Qu’on juge de ce qui dut se passer au cœur de la Beine.

Dès que doua Juana de la Torre eut communiqué à la Reine la lettre de Colomb, l’indignation d’Isabelle ne fut surpassée que par sa douleur. Un courrier extraordinaire, dépêché à l’instant même, porta l’ordre à Gonzalo Gomez de Cervantes d’élargir sur-le-champ l’Amiral et ses frères. La Beine écrivit à Colomb une lettre signée aussi par Ferdinand, dans laquelle ils déploraient cette offense si opposée à leurs sentiments, et dont ils disaient se sentir atteints dans sa personne. Ils redoublaient leurs expressions de haute estime , de déférence ; l’invitaient à se rendre immédiatement à la cour ; et donnaient l’ordre de lui compter deux mille ducats d’or, afin qu’il pût réparer l’odieux dénûment dans lequel l’avait osé mettre Bobadilla.

Suivant toute apparence, le rapport du commandeur

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