LES ROIS RÉPARENT L’OUTRAGE SUBI PAR COLOMB
Bobadilla et les pièces de Conquête ne furent pas l’objet d’un examen attentif. On ne les parcourut que pour avoir la mesure de l’audace et de la haine des ennemis de l’Amiral. Les faits articulés étaient si incompatibles avec la nature élevée et toute chrétienne de Colomb, que cet échafaudage de dénonciations atroces, vertueusement repoussé par la colère de la Reine , s’anéantit sous son regard. Il ne fut question de cette procédure et de ces procédés que pour annoncer la destitution et le châtiment de Bobadilla.
Le 17 décembre, Colomb, au milieu de ses frères, fut conduit à l’audience solennelle des souverains, qui l’accueillirent avec les marques les plus satisfaisantes de leur bienveillance et d’un amer ressentiment envers son insulteur. Cette première réception des Rois, toute d’apparat, n’était, à proprement parler, qu’une réparation publique de l’outrage commis, en leur nom, contre l’homme dont ils étaient les obligés h Mais peu de jours après, la Reine appela en audience particulière Colomb, pour avoir une explication complète sur les causes de l’animosité qui le poursuivait et la véritable situation des Indes.
Dans cette entrevue , Christophe Colomb se présenta seul.
A l’aspect du Révélateur de la Création, la Reine, se rappelant l’indignité du traitement qu’il avait subi en son nom, se sentit remuée au fond du cœur, et les larmes remplirent ses yeux. Quand le vénérable vieillard surprit sous la paupière de sa Reine la marque de cette émotion,
1 L’Amiral parla peu en présence du Iloi, qu’il savait bien n’être pas dans ses intérêts, mais ayant été admis quelques jours après à une audience particulière de la Reine il toucha jusqu’aux larmes le cœur
de cette bonne princesse. — Le P. Charlevoix, Histoire de Saint-Do mingue , liv. III,