RETOUR FORCÉ DE MARTIN ALONZO PINZON
intarissable pour cette nature si harmonieuse dans son exubérance, se trahit encore sur son journal. Deux jours après, l’Amiral appareilla, continuant à longer dans toute son étendue vers l’est, cette côte dont il faisait le relèvement. On se tenait assez au large, à cause des récifs. D’ailleurs , on avançait peu , ayant presque vent debout. Dans l’après-midi, le matelot en vigie dans la hune signala une voile à l’avant ^ c'était la Pinta, qu’une forte brise d’est poussait vers l’Amiral.
Vainement Martin Alonzo Pinzon espérait-il que l’Océan déroberait sa désertion dans son immensité^ la Providence le ramenait à travers l’espace, sous les yeux de son chef, en vue de la petite Nim^ ce point imperceptible dans l’incommensurable étendue. Contraint par le vent à rejoindre l’Amiral, le capitaine de \siPinta le suivit au port de Monte- Christo, et passa sur son bord, cherchant à s’excuser. Les raisons qu’il donna de sa séparation étaient toutes mensongères, et plusieurs même manifestement contradictoires. Cependant Colomh eut l’air de les admettre, de peur d’aggraver le mal^ car les deux navires étaient commandés par les Pinzon -, la plus grande partie des équipages se composait de leurs parents ou de leurs concitoyens de Palos. A toute occasion, surtout depuis la Découverte, l’aîné des trois frères lui avait fait durement sentir som isolement et sa qualité d’étranger. Î1 savait de quels excès étaient capables son orgueil et sa grossièreté, irrites par l’envie. Il se contint, ne voulant point, dit Las Casas, (( donner lieu aux tentatives de Satan C qui cherchait à empêcher ce voyage, ainsi qu’il l’avait fait au commencement. )) H’se résigna, et sacrifia son amour-propre, son>
1 Las Casas, Journal de Colomb, 6 janvier 1493. — « Por no dai’i lugar â las malas obras de Satanés que deseaba impedir aquel viage comoi hasta cntonces habla hcchc. »