JOO COLOMB POURVOIT A LA DÉFENSE DU FORTIN
les hommes qui paraissaient les plus solides, les mieux intentionnés. Il leur adjoignit le bachelier Bernardin de Tapia maître Juan, « le gentil chirurgien, » le fondeur de métaux et joaillier de Séville, Castillo, le premier maître armurier, qui était mécanicien, un constructeur de navires, un maître calfat, un tonnelier, un tailleur; et les plaça sous le commandement deDiégo de Arana, auquel il délégua tous les pouvoirs qu’il tenait lui-même des Rois. Il lui donna pour lieutenant Pédro Guttierrez, officier de la maison royale , et en cas d’empêchement de celui-ci : Rodrigo de Escovedo, neveu d’un religieux très-estimé en Espagne; Rodrigo Ferez. Ce premier noyau de colonie se composait en tout de quarante-deux hommes.
L autorité ainsi établie, Colomb munit cette avant-garde
de l’ancien monde de tout ce qui se trouvait dans la Santa- 'Maria-, lui laissa des instruments, des ustensiles de tout genre, du biscuit pour un an, du vin, beaucoup d’armes, d’arüllerie, et la chaloupe du vaisseau échoué. L’Amiral remit cà ces hommes des graines pour ensemencer les terres; leur confia toutes les marchandises avec lesquelles ils devaient se procurer de l’or, par voie d’échange; puis
recommanda, en particulier, les trois officiers au roi Cuacanagari.
Colomb laissait donc les Espagnols sur ce sol nouveau dans les meilleures conditions qu’on pût souhaiter : pourvus abondamment de toute chose nécessaire à la vie, à la sûreté et à la défense , entourés de dispositions amicales, sous la protection d’un monarque généreux. Avant de se S( parer d eux, il leur fît la plus touchante allocution que jamais pere ait adressée à ses enfants. Il leur donna des conseils admirables de prévoyance et de pénétration. Il leui 1 appela le but glorieux de la Decouverte : la propagation de la Foi j les pria d’étudier la langue des naturels,
l’amiral fait ses adieux a guacanarari. 337
e les attirer au cliristianisme par leurs exemples et leur nseignement. Au nom des Rois, il ordonna l’oLéissance assive envers les officiers qu’il avait investis de ses prores pouvoiis. L Amiral leur recommanda d’avoir les [)lus lands égards pour le souverain de la contrée, d’éviter )ute contestation avec son peuple, de s’observer rigouîusement au sujet des femmes, de ne jamais se séparer, 3 ne pas marcher isoléjnent, et de coucher toujours dans citadelle, surtout de ne jamais dépasser les États hostaliers du Roi qui les avait accueillis.
On ne peut se défendre d’une émotion admirative en cueillant les échos affaiblis de son éloquente exhorta- )n , empreinte d une solennité presque testamentaire le nous ont transmis les historiographes d’Espagne Herra et Rautista Muhos. Et quand on se rappelle les évéments accomplis peu après, on est frappé de la lucidité s prévisions de Colomb 5 on y reconnaît une supériorité sollicitude et de pénétration des éventualités qui dépasse niveau de la prudence humaine.
Le 2 janvier, l’Amiral fit ses derniers adieux au roi lacanagari. R lui donna une nouvelle chemise ^ mit à son U, un collier en pierreries d’Afrique 5 sur ses épaules, manteau d ecarlate 5 a ses pieds, des brodequins rouges^ on doigt, un anneau d’argent, que celui-ci préférait à r, et 1 embrassa avec une bonté chrétiennement paterlle , tandis que le naïf Cacique, qui déjà l’aimait avec
îdeur, ne pouvant contenir sa tristesse, la répandait en mes.
Le Vendredi 4 janvier, au lever du soleil, la iVma, aorquée par sa chaloupe, sortit de la passe et gouverna ’est, dans la direction d’une montagne élevée, que mirai nomma Monte -Christo. Colomb observait en Irographe, en naturaliste, en poëte;; et son admiration